Le Portrait de Dorian Gray illustré par Benjamin Lacombe
L'Exposition "Papillon Noir"
L'exposition « Papillon Noir » met en lumière le travail de plusieurs artistes talentueux. Dans la première salle, on retrouve des illustrations de Benjamin Lacombe pour *Le Portrait de Dorian Gray*. Dans la seconde, des illustrations de Marco Mazzoni pour *Les Sorcières de Venise*. Marco Mazzoni est un artiste italien qui a récemment illustré *Les Sorcière de Venise* de Sébastien Pérez. Il est actuellement en France pour une exposition sur ce livre et une tournée de dédicaces. Benjamin Lacombe, Marco Mazzoni et Sébastien Pérez sont donc réunis à l’exposition « Papillon Noir »."Il y a une dimension magique", les oeuvres de l'illustrateur Benjamin Lacombe en mode immersif
Dorian Gray : Un Défi Iconique
Après *Alice au Pays des Merveilles*, *Notre-Dame de Paris*, les contes d’Edgar Poe, *Carmen*, *La petite sirène*, Benjamin Lacombe s’attaque au chef d’œuvre d’Oscar Wilde, *Le Portrait de Dorian Gray*.Illustration de Dorian Gray incarnant la beauté et la noirceur
Dorian Gray est un personnage iconique, et Benjamin Lacombe se confie sur le défi de le dessiner. De représenter le contraste entre sa beauté et la noirceur de son âme.Benjamin Lacombe :Oui, c’est toujours une pression de représenter un personnage qui non seulement est iconique, mais qui est aussi ultra-décrit par le narrateur tout en étant décrit de manière très imprécise. On nous décrit l’effet qu’il fait aux gens, mais on nous donne très peu d’éléments de description physique. Par chance, Oscar Wilde a défini son personnage et l’incarnation de son personnage dans la figure d’une personne qui a vraiment existé, Lord Alfred Douglas, dont il dira qu’il était la personnification de sa créature. Je me suis donc beaucoup inspiré des photographies de Lord Alfred Douglas pour représenter mon Dorian Gray.
Inspirations et influences
Pour ce personnage-là, l'inspiration de Benjamin Lacombe vient directement du film de Visconti. Benjamin Lacombe : « Tadzio est une figure androgyne : il représente une masculinité encore incomplète et exerce une fascination à l’instar d’une Lolita chez Nabokov. Il émeut comme Dorian Gray, dans les passages du roman qui avaient été censurés. » Mais, plus généralement, il y a plein de mangas qui l’ont inspiré.Une traduction inédite
Benjamin Lacombe : « Oui c’est une traduction inédite. On n’avait jamais eu le texte complet avant, ou en tout cas pas présenté ainsi. Le manuscrit original avait été traduit, mais c’était sans les six chapitres qu’Oscar Wilde a rajouté dans une seconde version. Ici, c’est la première fois qu’on a à la fois les passages censurés du manuscrit original et les chapitres additionnels de la version complétée. On a donc véritablement l’œuvre complète. »Marco Mazzoni : Un Artiste Hors des Sentiers Battus
Marco Mazzoni aborde son travail d'illustrateur avec une perspective unique. Marco Mazzoni : « Je viens vraiment du monde des galeries d’art, pas de l’illustration. Je ne suis donc pas un illustrateur avec un passé d’illustrateur. Et je pense que cela se voit dans mon art. Je n’ai pas les mêmes mécanismes que les illustrateurs, tout est plus complexe. Je n’avais jamais fait de livre avant de rencontrer Benjamin. »Les Sorcières de Venise illustré par Marco Mazzoni
Collaboration avec Sébastien Pérez
Marco Mazzoni : « Mais j’étais arrivé à un moment de ma vie où j’avais envie d’entreprendre de nouvelles choses et où j’étais un peu lassé par les galeries. Nous avons donc commencé à travailler ensemble autour du livre Poucette. Puis, j’ai rencontré Sébastien Pérez et, lui et moi, nous avons vraiment créé un livre en coopération. Nous avons véritablement monté le livre ensemble, ce qui est très proche d’une démarche artistique. Ce n’est pas un simple travail d’illustration. »Benjamin Lacombe, vous avez également illustré des textes de Sébastien Pérez. Benjamin Lacombe : « Sébastien est quelqu’un de très singulier et particulier dans sa façon de créer les textes. Pour l’instant, il n’a réalisé que des livres illustrés, ce qui est très rare pour un auteur. C’est justement parce qu’il aime l’idée de créer ensemble. Il présente une première version, puis on en discute et on se donne des retours. Il dit souvent qu’il écrit avant tout pour inspirer l’artiste illustrateur. Personnellement, c’est seulement au moment où le texte est vraiment terminé que je me mets à l’illustrer. Alors que je sais que Marco travaille beaucoup au fur et à mesure avec Sébastien. »Les Sorcières de Venise : Une Narration Complexe
Marco Mazzoni : « C’est un livre complexe car il s’étale sur plusieurs narrations différentes. Il y a trois ou quatre timelines différentes. Il y a des moments dans le présent, des moments de flashbacks, et même une narration totalement différente à travers le carnet d’une sorcière… L’histoire raconte l’apparition d’un virus qui envahit l’Italie et change complètement les relations entre les gens, la façon dont ils interagissent les uns avec les autres. Ils deviennent en quelque sorte des zombies.Parallèles entre l'Œuvre et la Vie d'Oscar Wilde
Benjamin Lacombe, dans *Le Portrait de Dorian Gray*, inclut des doubles-pages sous forme de bande dessinée qui racontent des épisodes de la vie d’Oscar Wilde en parallèle du roman : la genèse de son œuvre, puis sa relation avec Lord Alfred Douglas qui a mené à son procès.Oscar Wilde et Lord Alfred Douglas, une relation tumultueuse
Un parallèle voulu ?
Benjamin Lacombe : « C’est une bonne question… Ce que je trouvais fascinant en faisant mes recherches était de me rendre compte à quel point la vie et l’œuvre d’Oscar Wilde avaient interféré. Combien, d’une manière presque prémonitoire, il allait rencontrer cette créature qui, un peu comme dans le roman, le mènerait à sa perte. Et, en même temps, combien l’œuvre elle-même avait influé sur la vie d’Oscar Wilde. Puisqu’il a été mis en accusation pour homosexualité suite à cette œuvre, qui est une œuvre de séduction. Car ce roman va séduire Lord Alfred Douglas qui le lira neuf fois, qui dira « Dorian Gray, c’est moi » et qui désirera rencontrer Oscar Wilde. C’est comme ça que cette relation va naître. C’est quelque chose qui est également intéressant d’un point de vue philosophique, de se dire : « Est-ce qu’une œuvre de fiction peut servir de mise en accusation à un artiste ? » C’est vertigineux et ça pose des questions très intéressantes, également de manière contemporaine. Il y a encore aujourd’hui de nombreux débats sur les questions de distinguer l’homme de l’artiste, ou l’œuvre de l’artiste. Tous ces sujets, je voulais les aborder. Et, en même temps, je voulais rester dans l’univers d’Oscar Wilde. C’est pour ça que j’ai utilisé ce stratagème de la narration visuelle par ces graphic novels : des images qui nous raconte quelque chose, avec la voix d’Oscar Wilde lui-même, puisque le texte de ces passages sont des extraits de De Profundis, cette longue lettre qu’il adresse à Lord Alfred Douglas depuis la prison. Donc ce sont les mots de Wilde qui racontent cette histoire. »Les Vanités et la Mort
Benjamin Lacombe : « Oui, les Vanités sont une réflexion sur la mort, sur les natures mortes. Le papillon est un être très éphémère, qui conserve sa beauté. En effet, je dessine beaucoup de fleurs dans ce livre, vivantes comme fanées. Toute cette nature vivante et mouvante sur mes illustrations ne fait qu’ajouter, en fait, au côté très inquiétant de ce personnage qui, lui, ne change pas et qui est comme momifié. »Illustration « Dorian aux Lys » pour Le Portrait de Dorian Gray
Influences Artistiques de Marco Mazzoni
Marco Mazzoni, quelles sont vos principales influences artistiques ? Vous avez la particularité de dessiner principalement aux crayons de couleur. Et vous dessinez beaucoup de portraits de femmes avec des motifs floraux.Marco Mazzoni : « En Italie, les premières œuvres d’art qu’on voit, enfants, sont toujours les peintures dans les églises et l’art religieux ! Ma mère m’emmenait régulièrement à l’église donc ce fut ma toute première inspiration artistique. Il y a dans mon style un gros travail sur l’ombre et la lumière, une technique appelée le « chiaroscuro » qui consiste à aller du clair au sombre, petit à petit. C’est cela qui donne cette impression de volume. Tout se rapporte à l’ombre et la lumière. Et c’est quelque chose qui, en effet, existe dans les traditions de peinture ecclésiastique. Cela servait à donner un sentiment de réel et de vie, car les peintures d’église avaient vocation à amplifier la foi. » L’influence de la peinture religieuse est particulièrement visible dans certaines illustrations de Marco Mazzoni présentées à l’exposition.La Collection "Papillon Noir" de Gallimard
*Le Portrait de Dorian Gray*, *Carmen* également illustré par Benjamin Lacombe et *Les Sorcières de Venise* de Marco Mazzoni forment les premiers ouvrages de la nouvelle collection « Papillon Noir » de Gallimard.Benjamin Lacombe : « Le lien entre ces trois livres, c’est le thème de la métamorphose. Le nom « Papillon Noir » vient du papillon des bouleaux, qui a lui-même évolué à cause de l’industrialisation. Il s’est couvert de noir pour se cacher lorsque la suie envahissait les bouleaux à cause de la Révolution industrielle. Cette idée de transformation dans l’ombre, c’est un peu ce dont parlent ces trois livres. Il y a aussi un goût de la métaphore visuelle, cette idée d’être dans un univers qui joue sur différentes strates : littérature, illustration, bande dessinée… Et que tout ça se conjugue pour évoquer un sentiment. »Les trois premiers livres de la collection « Papillon Noir »
Littérature et Pop Culture
Diriez-vous que vous tentez de réunir littérature et pop culture ?Benjamin Lacombe : « Oui, je suis assez d’accord avec cette affirmation. Les gens aiment beaucoup catégoriser. Souvent, on m’associe avec des courants de peintures ou des artistes contemporains, sans revenir aux sources des choses et sans se rendre compte que nous sommes tous le fruit d’une époque et d’une pop culture. La pop culture, c’est une influence prégnante, qui est là tout le temps sans même qu’on l’ait décidé et qui fait partie de nos vies. C’est pourquoi, on dit que c’est « pop », c’est-à-dire « populaire ». Parce que ça transcende des questions de goûts et qu’on ne peut pas y échapper. Donc, bien sûr qu’on est le fruit de la pop culture d’une époque. On va plus ou moins se laisser infuser par cela ou non, mais ça fera partie quelque part d’un vocabulaire commun, visuel, scénaristique, etc. Je trouve intéressant, même quand on aborde de la grande littérature, de l’aborder avec un œil ouvert. »Benjamin Lacombe : « Bien sûr ! Les choses évoluent, les statuts évoluent… On parlait tout-à-l’heure de Miyazaki : je me rappelle qu’il était initialement très mésestimé en France. Lorsque *Porco Rosso* est sorti, c’était un peu rejeté par la presse qui ne comprenait pas et qui méprisait le style manga. Mais maintenant, le manga a atteint ses lettres de noblesses. On sait qu’il y a de grandes œuvres de manga qui ont existé et qui n’ont pas à rougir d’être comparées à de la littérature plus classique. Je pense que ce qu’il faut juger, c’est la qualité intrinsèque d’une œuvre. La séparation est d’autant plus artificielle que certains mangas ont de véritables racines littéraires. »Benjamin Lacombe : « …Et les mangas finissent par inspirer aussi !Marco Mazzoni : « Bien sûr, beaucoup. J’ai été influencé par les couleurs un peu synthétiques de la nouvelle vague de la peinture japonaise, des mangas des années 1990. Ou encore les Shows de Gagosian de la fin des années 1990 que j’ai trouvés sensationnels car les artistes commençaient à être plus provoquants. Certains artistes comme Jenny Saville m’ont beaucoup influencés. Et l’un des films les plus importants dans ma vie est *The Antichrist* de Lars von Trier. Ce film m’a énormément marqué et, d’une certaine façon, influencé. »Benjamin Lacombe : « Antichrist, vraiment ? Personnellement, je préfère de loin *Melancholia* ! Certes, *Antichrist* est une œuvre d’une immense force et sa volonté était de mettre mal à l’aise, un peu comme *Irréversible* de Gaspard Noé. Il met mal à l’aise dans le jusqu’au-boutisme du jeu d’acteur, dans la dépravation volontairement montrée à l’écran… C’est très fort et ça marche très bien. Lars von Trier est comme une sorte de marionnettiste qui pousse ses acteurs, et par la même occasion le public, dans des retranchements. Mais dans *Melancholia*, il y a une forme de visuel extrêmement travaillé qui emballe ça, qui est extrêmement magnifique, tout comme la musique, et qui arrive finalement à faire passer la dureté du propos. »Inspiration Disney
Quand vous illustrez des romans qui ont aussi été adaptés par Disney, vous vous inspirez souvent de ces adaptations… Mais dans *Notre-Dame de Paris*, vous n’avez pas du tout repris le design de Disney pour Claude Frollo : vous lui avez donné le même visage qu’au moine dans *L’Ombre du Golem*, que vous aviez précédemment illustré.Benjamin Lacombe : « Je m’inspire de Disney, mais pas pour les designs des personnages. À part, bien sûr pour la sorcière de *La petite Sirène*, mais c’était un cas particulier. Je trouvais intéressant que Disney se soit inspiré d’une drag queen que j’adore, qui s’appelait Divine. J’ai donc voulu reprendre cette idée pour faire un hommage à la fois à Disney et à cette figure transgressive de Divine. Car le personnage de la Sorcière des mers, Andersen le décrivait comme une sorte de caricature de féminité. Et, justement, les drag queens c’est cette expression d’une féminité ultra-exacerbée et caricaturée, donc je trouvais très intelligent de proposer ça. Quant à Frollo et le moine de *L’Ombre du Golem*, les deux personnages étaient, pour moi, assez analogues. Ce sont deux ecclésiastiques terribles, secs, froids qui, par leur jusqu’au-boutisme et leur folie religieuse, mènent l’histoire à la tragédie. »Divine, source d'inspiration pour le personnage d'Ursula dans La Petite Sirène
Projets Futurs
Quels sont vos prochains projets ? Vos décors victoriens dans *Dorian Gray* sont incroyables ! Personnellement, j’aimerais vous voir illustrer *Dracula*, qui est mon roman gothique préféré.Benjamin Lacombe : « J’adore *Dracula*, j’aime aussi *Carmilla*… Je n’ai pas prévu de les illustrer mais peut-être qu’il y aura effectivement un *Dracula* dans la collection « Papillon Noir ». Cependant, il ne sera pas illustré par moi. »Marco Mazzoni : « Avec Sébastien Pérez, nous allons travailler sur le deuxième volume des *Sorcières de Venise*. »La Passion de Benjamin Lacombe pour le Japon
Benjamin Lacombe, vous avez une grande passion pour le Japon : vous illustrez les légendes mises par écrit par Lafcadio Hearn, qui sont peu connues en France. Également l’opéra italien *Madame Butterfly* qui se déroule au Japon. Et un livre sur des légendes et histoires vraies de femmes samouraïs… D’où vous vient cette passion ?Benjamin Lacombe : « Ma passion pour le Japon vient elle-aussi de la pop culture. Je suis né dans les années 1980, au moment de l’arrivée des premiers anime : Sailor Moon, Dragon Ball, Akira… Ça m’a influencé énormément et c’est devenu, d’une certaine façon, ma pop culture, ma culture de base. »Esprits et créatures du Japon, une exploration de la mythologie japonaise
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