Black-ish : Un Phénomène Américain Disponible sur Disney+ France

Largement méconnue en France, malgré son arrivée dans le catalogue Star de la plateforme Disney+, la série "Black-ish" est un véritable phénomène de société aux Etats-Unis. Dans la catégorie des séries qui cartonnent outre-Atlantique mais demeurent méconnues en France, Black-ish fait figure d'évidence.

Lancée aux Etats-Unis en 2014, Black-ish raconte l’histoire de Dre, un ancien gamin des quartiers devenu grand, qui vit le « rêve américain », avec ses quatre enfants, sa femme, son père, sa grande maison dans un quartier riche de Los Angeles, et ses dizaines de paires de baskets. Sauf qu’il se sent un peu étranger dans cette banlieue blanche, et commence à se soucier que ses enfants oublient la culture noire.

C’est ainsi qu’il manque de faire une syncope lorsque son fils lui confie vouloir jouer au hockey sur gazon plutôt qu’au basketball. Et qu’il décide de lui organiser une cérémonie de passage rituelle africaine.

Les acteurs et les producteurs de « Black-ish » sur l'influence de la série

De Quoi Parle Black-ish?

Dre Johnson et sa femme médecin Rainbow vivent le rêve américain. Avec son job de rêve, son mariage harmonieux, ses quatre enfants et sa luxueuse villa nichée dans un quartier huppé de la ville, Dre Johnson est un homme comblé. Mais l'éducation de sa progéniture demande énergie et ingéniosité. Dre déplore chaque jour le faible intérêt que ses enfants, trop occupés à se fondre dans la masse, manifestent pour leur identité afro-américaine. Il se met en tête de les aider à renouer avec leurs racines et leur histoire.

Comédie lancée sur ABC en 2014, la sitcom se présente à la fois comme une comédie familale reprenant tous les codes de la série humoristique américaine, mais également comme un portrait de l'Amérique d'aujourd'hui par le prisme d'une famille afro-américaine.

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Ainsi, en parallèle de ses intrigues de vie quotidienne, de nombreux sujets de société ont pu être abordés par le showrunner Kenya Barris, comme les violences policières à l'encontre des noirs américains ou l'élection de Donald Trump...

Black-ish affiche

Un Portrait de l'Amérique d'Aujourd'hui

Black-ish explore les conséquences de l’immersion d’une famille afro-américaine dans un monde bourgeois et blanc, à la fois dans la vie quotidienne, et aussi au travail. Alors qu’il s’attend à être le premier Noir à être promu parmi les cadres supérieurs de sa boîte, Dre est finalement nommé directeur général adjoint du département « culture urbaine », où il estime avoir été cantonné en raison de sa couleur de peau, pour faire, dit-il, la « marionnette ».

D’autant qu’il abhorre l’expression « culture urbaine », qui lui semble avoir été inventée par les Blancs expressément pour s’approprier la culture noire. « Grosses fesses, R&B et hip-hop, c’est le domaine des Noirs ! », se désole-t-il.

Dans Black-ish, le racisme et les rapports sociaux de race ne sont pas un simple thème abordé parmi d’autres, ils sont LE thème central de la série, qui s’inspire de la vie d’Anthony Anderson, acteur principal et producteur, et de celle de Kenya Barris, réalisateur et scénariste.

« Kenya a créé la série en se basant sur les conversations qu’on avait ensemble : on parlait de ce que cela faisait à nos enfants, nos épouses, nos vies, d’être le seul Afro-Américain dans nos quartiers, ou bien que nos enfants soient les seuls Afro-Américains à l’école. Et mon fils n’était pas seulement la seule goutte de chocolat de sa classe, il était la seule goutte de chocolat parmi tous les enfants de son âge ! », raconte à 20 Minutes Anthony Anderson.

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Black-ish réussit à aborder tous ces sujets avec une bonne grosse dose d’humour, grâce au personnage de Dre, dont on rit des inquiétudes que ne partagent pas ses enfants. Son fils par exemple ne voit aucun inconvénient à se convertir au judaïsme, si cela peut lui permettre d’organiser une bar-mitzvah pour son anniversaire.

Le racisme, ses enfants ne le voient guère. « Si on ne peut pas se moquer de soi, de quoi peut-on se moquer ? » commente Anthony Anderson, pour lequel l’humour « rend plus facile le fait d’avoir certaines conversations » : « Dans Black-ish, on s’attaque à des sujets délicats, explosifs. On s’y attaque en dosant bien. On ne veut pas que les gens interprètent mal, que cela soit perçu comme trop compliqué ou étrange. En faisant passer l’information et les connaissances avec humour, cela rend plus facile la conversation sur le sujet. »

Les Spin-offs de Black-ish

Succès oblige, Black-ish a fait l'objet de deux spin-off : Grown-ish (2018) tout d'abord, qui suit les aventures à l'université de Zoey, l'aînée du clan Johnson; puis Mixed-ish (2019), un prequel consacrée à la jeunesse de Rainbow (incarnée dans cette nouvelle version par Harica Himmel).

Black-ish et Disney+

C’est l’une des séries les plus intéressantes que nous pourrons voir sur Star, dernière section née de la plateforme Disney+, qui s’est lancée le 23 février. Ça y est : la nouvelle section destinée aux contenus plus adultes est incorporée à Disney+ depuis le 23 février 2021.

Disney+ propose à ses abonnés les saisons 1 à 5 de Black-ish depuis le mois de février 2021. Cette série américaine suit le quotidien de la famille Johnson, André (Anthony Anderson) et sa femme Rainbow (Tracee Ellis Ross), leurs enfants Zoey, Junior, Diane, Jack et le grand-père Pops (Laurence Fishburne).

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Réaction et Impact

A la fois série comique et politique donc, Black-ish est peu à peu devenue un phénomène de société aux Etats-Unis. Un succès qui a d'ailleurs poussé l'ancien président Barack Obama à lui tisser des louanges, révélant même associer sa propre famille à celle dépeinte dans la série (au contraire de son successeur Donald Trump qui l'a qualifiée de "raciste").

La série montre avec brio le décalage de vision sur la perception du racisme, quand on change de classe sociale, et de génération. Les enfants de Dre, qui n’ont connu qu’un seul président dans leur vie, ignorent que Barack Obama est le premier président noir. Pour eux, ce fait-là est quelque chose de « normal », qu’ils remarquent moins que leur père ou leur grand-père.

Malgré l’aspect picaresque du personnage de Dre, le fait qu’il est gentiment tourné en dérision, et que tout est fait pour le rendre au final très sympathique auprès du public, cela n’a pas empêché Donald Trump d’estimer que la série faisait preuve de « racisme au plus haut niveau ». « C’est leur opinion, et ils ont le droit, se défend Anthony Anderson. Si vous regardez notre série, vous comprendrez que cela n’a rien à voir avec cela. C’est simplement la réalité de cette famille spécifique. »

En France, où parler de racisme est peut-être encore plus compliqué qu’aux Etats-Unis, en raison d’une tradition républicaine longtemps aveugle aux différences, comment le public va-t-il réagir ? Il n’est pas impossible que certains et certaines opposent le modèle français au modèle américain, jugeant Black-ish « obsédé par la race », comme souvent dès que ces sujets sont abordés dans l’hexagone.

Une critique à laquelle Anthony Anderson répond très sereinement : « Pour celles et ceux d’entre nous qui sont jugés par notre seule apparence, et pas sur le contenu de notre personnalité, mais simplement sur leur couleur de peau, c’est une réalité dans laquelle nous vivons, avec laquelle nous devons composer. Mais ce n’est pas un étendard non plus. Nous faisons tous et toutes partie de l’humanité.

« 90% des épisodes de la série sont basés sur des faits réels » révélait ainsi Kenya Barris dans un entretien accordé en 2017 à The Guardian. Ce sont d'ailleurs des discussions avec l'acteur principal Anthony Anderson sur leurs familles respectives qui ont été à l'origine du projet Black-ish, expliquant en conséquence pourquoi la série paraît aussi authentique et pertinente à ses téléspectateurs.

L'avis d'Anthony Anderson

Coproducteur de la série avec Kenya Barris, qui en est aussi le créateur, Anthony Anderson se dit proche de son personnage. "J’ai beaucoup en commun avec Dré. Le personnage d’André Johnson est basé sur Kenya Barris et moi-même et les histoires que nous avons vécues. J’apporte beaucoup de ma sensibilité personnelle à l’évolution et à la création de ce personnage", nous a-t-il expliqué.

Black-ish aborde notamment la question de la discrimination des Afro-Américains aux Etats-Unis. "En tant qu'homme noir aux Etats-Unis, la discrimination est quelque chose que la plupart d’entre nous avons vécue, mais aussi le racisme", souligne-t-il.

Anthony Anderson a aussi insisté sur la dimension universelle de cette série : "Nous nous sommes inspirés d’expériences personnelles avec Kenya. C’est pour cela que notre série trouve une résonance globale auprès du public, grâce à l’authenticité avec laquelle ces histoires sont racontées."

Et d'ajouter : "à chaque épisode, tout le monde peut s’identifier parce que ce sont des situations qui arrivent dans la vie de tous les jours, peu importe de quelle couleur vous êtes. Les histoires de la famille Johnson sont universelles."

Pour le comédien, cette universalité permet aussi d'ouvrir le dialogue sur des sujets pas toujours évidents à aborder. "Ce sont ces choses qui nous arrivent à tous, pas forcément de la même manière, mais on peut avoir de l’empathie et comprendre les situations. Ouvrir le dialogue permet à mieux se comprendre les uns les autres, en évoquant les similarités et les différences", constate Anthony Anderson.

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