Aujourd'hui, les critiques discuteront de deux films événements: L'Amour ouf de Gilles Lellouche, un triangle amoureux qui s'amuse des codes du genre, et la suite horrifique très attendue, Smile 2 de Finn Parker. En plus de ces deux films, nous explorerons également les critiques de The Substance de Coralie Fargeat, Juré n°2 de Clint Eastwood, et Nouvelle Vague de Richard Linklater.
"L'Amour ouf" de Gilles Lellouche
L’Amour ouf raconte l’amour passionnel entre Jackie (Adèle Exarchopoulos) et Clotaire (François Civil) à deux époques différentes, d'abord adolescents puis adultes à la sortie de prison de Clotaire. Déjà amer de ses années perdues derrière les barreaux pour une peine purgée à tort, Clotaire découvre à sa sortie que Jackie, incapable de supporter la tristesse provoquée par son enfermement, s’est mariée avec un jeune entrepreneur interprété par Vincent Lacoste.
Sélectionné en compétition officielle au dernier Festival de Cannes où il a reçu un accueil mitigé, L’Amour ouf est le 3ᵉ long-métrage de Gilles Lellouche. Fort de ses 37,5 millions d'euros de budget, le film réunit un vaste casting avec presque toutes les grandes têtes d'affiches du cinéma français, pour proposer un thriller amoureux à la mise en scène extrêmement riche.
Les avis des critiques
Olivier Lamm : "J’ai trouvé L’Amour ouf épatant. Je pense d’ailleurs que le remontage du film à la suite de sa présentation à Cannes est une bonne idée du réalisateur. Ce film est un croisement du cinéma de Paul Thomas Anderson et de Luc Besson. Il déploie un éventail technique par le biais de montages et d’effets de mise en scène qui tendent à prouver que le cinéma de Lellouche est une réussite. Je trouve tout de même la première moitié plus réussie que la deuxième. Mais c’est aussi un film sur le trop-plein au cinéma qui assume complètement son délire, la manière dont il a été produit. J’ai retrouvé un vrai plaisir en le regardant. Selon moi, L’Amour ouf fait preuve d’un lyrisme et d'une passion de l’image que l’on ne peut que reconnaître comme le muscle d’un cinéaste, qu’on aime le produit fini ou non. Il a la capacité de forcer la suspension d’incrédulité, même pour les spectateurs critiques."
Guillaume Orignac : "L’Amour ouf est un film généreux, à gros cylindre, qui accélère tout le temps, mais à vide. Les scènes sont réussies dans leurs clichés sans se poser la question de la justesse de ses séquences. Derrière L’Amour ouf, ce que l’on voit, c'est l’amour de Lellouche pour le cinéma, son idée du 7ᵉ art comme un grand spectacle cinématographique. Mais, puisqu'il parle beaucoup de lui-même, il s’intéresse un peu moins à ses personnages et donne un rendu où ils ne laissent derrière eux que l’impression d’être des personnages secondaires. Sur le fond, Lellouche nous montre ici un cinéma publicitaire qui fait sa propre promotion, mais aussi un film qui traite de la corruption du monde adulte, avec un mouvement d’opposition entre la pureté supposée des personnages principaux et le mal environnant. J’y ai vu beaucoup de vieux clichés vieillots cachés sur le capot d’un engin remis à neuf."
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Le film est sorti en salles le 16 octobre 2024.
"Smile 2" de Finn Parker
À l’aube d’une nouvelle tournée mondiale, la star de la pop, Skye Riley se met à vivre des événements aussi terrifiants qu’inexplicables. Submergée par la pression de la célébrité et devant un quotidien qui bascule de plus en plus dans l’horreur, Skye est forcée de se confronter à son passé obscur pour tenter de reprendre le contrôle de sa vie avant qu’il ne soit trop tard.
Smile 2 s'affiche comme la suite horrifique du premier opus Smile, par ailleurs très bien reçu, sorti en 2022, déjà écrit et réalisé par Parker Finn. Dans Smile, après avoir été témoin d'un incident traumatisant impliquant l’une de ses patientes, une psychiatre à l’histoire familiale douloureuse se retrouvait harcelée par une entité démoniaque ne s’incarnant qu'à ses yeux sous la forme de proches ou d’inconnus arborant un sourire inhumain, terrifiant. Lancée dans une enquête, elle découvrait finalement l’existence d'une entité démoniaque poussant ses victimes à des suicides spectaculaires devant les yeux de ses futures cibles, en utilisant le traumatisme pour passer d’une personne à l’autre.
Les avis des critiques
Guillaume Orignac : "Avec Smile 2, Parker Finn nous présente le haut du panier des grosses productions du cinéma d’horreur contemporain. Le film n’a pas beaucoup d’ambition à faire penser son public, mais c’est un bon film du samedi soir pour effrayer les adolescents. Parker Finn parvient correctement à réduire l’univers de pop stars de New York à un univers évidé, habité par la folie de son personnage, afin de multiplier les séquences d’effroi. La mise en scène est très particulière, très carrée et oscille en le style de Polanski dans Rosemary’s Baby et celui Kubrick dans Shining. Naomi Scott incarne la “screaming girl” parfaite - figure très appréciée dans les grosses productions américaines -. De plus, le réalisateur joue beaucoup sur l’aspect hyperbolique de la pop-star pour enrichir l’intensité de son film. Cependant, j’ai l’impression que Parker ne présente aucun vrai personnage, mais s'amuse à merveille avec la matière du genre horrifique. Il prépare très bien ses “jumpscares” et, notamment dans la dernière scène du film, décuple les effets de gore."
Olivier Lamm : "Smile 2 est un film qui fait assez peur. Le réalisateur porte une attention particulière pour la démolition des visages, le masque déformé. Ce qui est intéressant ici, c’est le jeu autour de ce sourire qui indique que l’on glisse du réel à l’horreur, mais aussi la manière dont le film prend en charge et critique le monde de la musique pop et la société du spectacle de la musique contemporaine à travers le personnage joué par Naomi Swann. Parker Finn nous livre là un film qui veut vraiment du mal à son spectateur en cherchant à le terrifier, mais toujours en l’amusant."
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Le film est sorti en salles le 16 octobre 2024.
Si vous le voyez, courez ! - SMILE
"The Substance" de Coralie Fargeat
Avez-vous déjà rêvé d’une meilleure version de vous-même? Avec The Substance, c'est désormais possible! Accédez à une autre version de vous-même, plus jeune, plus belle, plus parfaite. Il suffit de partager le temps. Une semaine pour une version, une semaine pour l'autre. Un équilibre parfait de sept jours. Facile n'est-ce pas? Si vous respectez les instructions, qu'est-ce qui pourrait mal tourner?
The Substance est le deuxième long-métrage de la réalisatrice française Coralie Fargeat, après Revenge en 2017, qui était déjà un film de genre. Cette fois-ci, c’est le vieillissement du corps féminin la cinéaste explore à travers le sous-genre du body horror, avec une Demi Moore tentant de se refaire une jeunesse grâce à un sérum aux effets secondaires monstrueux.
Présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes 2024, le film a remporté le Prix du Scénario.
Les avis des critiques
Antoine Guillot : "The Substance scrute avec une complaisance totale le corps de Margaret Qualley, retouchée en numérique. C’est un peu un film qui se targue de faire du male gaze sous le prisme du female gaze. Son utilisation du gore est d'ailleurs à peu près du même acabit. Le film utilise un langage publicitaire, calculé pour être clair sans avoir confiance ni en lui-même ni en la compréhension de ses spectateurs. Et, puisqu’il appuie autant sur ses propos, le trouble n’est plus vraiment là. C’est un cinéma qui essaye de choquer sur quelque chose qui ne nous choque plus vraiment, finalement notre œil glisse dessus de manière agréable."
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Murielle Joudet : "Le film ne raconte pas de choses très originales et lorsqu’il le fait, il appuie énormément dessus. Il est construit sur une recette un peu opportuniste, celle du cinéma de genre bourré de références associées au féminisme contemporain. C’est un film agressif et clinquant, mais l’expérience est incontournable. Je n’ai pas réussi à le détester malgré ma volonté initiale. Car derrière la pauvreté théorique de The Substance, il y a des choses qui se passent sous la surface. Le travail sur la texture est fascinant, le corps de Demi Moore est scruté de manière très précise, chirurgicale, opposé à une Margaret Qualley proche de la perfection. Pour moi, ce film parle surtout de la vieillesse à l’heure du numérique. The Substance gentrifie les références du cinéma d’horreur, et c’est un film que je trouve très sympathique si je le sors de Cannes et de son titre de “film d’auteur”."
Le film est sorti en salle le 6 novembre 2024.
"Juré n°2" de Clint Eastwood
Alors qu'un homme se retrouve juré d'un procès pour meurtre, il découvre qu'il est à l'origine de cet acte criminel. Il se retrouve alors face à un dilemme moral entre se protéger ou se livrer alors que sa femme arrive au terme de sa grossesse.
Juré n°2 signe le retour de Clint Eastwood derrière la caméra, trois ans après son dernier film, Cry Macho qui avait pourtant tout d'un film testamentaire. À 94 ans, le réalisateur américain livre un nouveau film de procès à la morale complexe, dans une filiation assumée avec Douze hommes en colère, de Sidney Lumet.
Les avis des critiques
Antoine Guillot : "Eastwood nous présente ici un film qui est une variation faussement classique et un peu tordue de 12 hommes en colère. Au premier abord, on se dit, “qu’est-ce que c’est que ce téléfilm très monté ?’, puis on retrouve le réalisateur, du moins dans sa thématique de fond. C’est un homme qui va trouver toutes les solutions possibles afin d’échapper à son devoir familial, quitte à prolonger les débats encore et encore. Le personnage principal commence comme un idéal du rêve américain trop lisse, fade ; et finalement, Eastwood met en pièce l’image lisse du petit foyer américain. De plus, le personnage de la procureure est très intéressant. Il semble suggérer que le cinéaste place plutôt sa foi dans une figure féminine pour sauver les valeurs troubles des autres personnages."
Murielle Joudet : "Le cinéma d'Eastwood c’est la question du temps figé qu’on répare, qu’on remonte. Contrairement à ses films précédents, ce n’est plus un film testamentaire, mais plutôt une œuvre qui en annonce encore plusieurs autres à sa suite. Cependant, le film est captivant seulement si l’on accepte certaines incohérences et impensés du scénario. Il devient intéressant lorsqu’on l’aborde comme un film sur le bonheur plat du rêve américain et l’angoisse de la conjugalité que fuit le personnage principal. Je pense que Clint Eastwood n’arrive pas à filmer le bonheur et c’est cette angoisse, cette culpabilité d’être heureux, qu’il nous met à l'écran."
Le film est sorti en salle le 30 octobre 2024.
"Nouvelle Vague" de Richard Linklater
Avec Nouvelle Vague, Richard Linklater signe un hommage vibrant et sensible au cinéma à l'aube d'une révolution cinématographique. En noir et blanc, tourné en français, le film replonge dans le Paris de 1959 pour raconter les coulisses du tournage d'À bout de Souffle de Jean-Luc Godard.
Richard Linklater n'est pas simple à situer: on lui doit à la fois la trilogie Before sunrise, Before sunset et Before Midnight, le fameux Boyhood, filmé sur douze ans, quelques courts métrages expérimentaux et bien sûr aussi, la comédie Rock Academy. Mais c’est donc le fan absolu de Godard qui s’exprime dans ce film Nouvelle Vague où il rejoue le tournage d’À Bout de souffle dans le Paris des années 50. On suit donc la folie et la puissance de ce cinéma en train de naître, et dans le même temps le geste d’un copieur admiratif, qui reproduit les scènes, la lumière et le noir et blanc de l’époque.
Les avis des critiques
Raphëlle Pireyre : "Nouvelle Vague est un film à la joie communicative, dont la légèreté m’a profondément touché. Bien que son format de biopic et de remake puisse, à première vue, en décourager certains ou laisser penser qu’il s’agit d’une œuvre impersonnelle, il n’en est rien. Le film explore des thèmes chers à Richard Linklater, notamment le passage du temps et la jeunesse. Le temps, d’ailleurs, est le véritable cœur du film: le personnage de Godard est hanté par l’idée de manquer « la vague », obsédé par cette course contre la montre. À travers lui, Linklater interroge en profondeur ce que signifie devenir cinéaste et ce qu’implique l’acte de création. C’est cette réflexion, intime et sincère, qui donne au film toute sa résonance."
Adrien Dénouette : "Nouvelle Vague donne envie d’aller au cinéma. Je l’ai vécu avec le regard émerveillé d’un enfant devant un Disney. Le film relève du miracle, une sorte de retour à une idée originelle du cinéma, il cherche ce qui, malgré tout, a survécu de cette époque. Le film est drôle, et il faut le souligner. Parce qu’on a tendance à l’oublier, mais À bout de souffle était sans doute le film le plus drôle de Godard, et peut-être même de toute la Nouvelle Vague. Ce n’est pas un biopic d’une personne, mais d’un film, ou plutôt d’un moment de cinéma. Au fond, c’est un film sur la jeunesse, sur ce qu’elle représente, et sur la nostalgie.
Tableau Récapitulatif des Films et Critiques
| Film | Réalisateur | Avis Général |
|---|---|---|
| L'Amour ouf | Gilles Lellouche | Mitigé, certains louant la technique et la passion, d'autres critiquant le manque de profondeur des personnages. |
| Smile 2 | Finn Parker | Principalement positif pour son efficacité à effrayer, bien que manquant d'ambition intellectuelle. |
| The Substance | Coralie Fargeat | Divisé, certains critiquant son approche opportuniste, d'autres appréciant son exploration des thèmes de la vieillesse et du corps féminin. |
| Juré n°2 | Clint Eastwood | Varié, certains voyant une variation tordue de "12 hommes en colère", d'autres appréciant la complexité morale. |
| Nouvelle Vague | Richard Linklater | Largement positif, saluant la joie communicative et l'exploration des thèmes du temps et de la jeunesse. |