Dialogue La Belle et la Bête Disney: Analyse et Évolution

Tous ceux qui ont eu la joie de découvrir La belle et la bête lors de sa sortie initiale en salle il y a déjà 30 ans sont quasiment tous unanimes : le film était mieux avant. Une constatation récurrente, qui doit probablement lasser les jeunes générations de spectateurs et tous ceux qui ont connu le film des années après sa sortie initiale, mais qui résulte d'une réalité.

La belle et la bête fut, en son temps, un immense succès au point d'être nominé en tant que meilleur film aux Oscars, le seul et unique film d'animation à avoir eu cet immense honneur, puisque la catégorie film d'animation n'existait pas encore en ce temps là. Pire, la sortie VHS de La belle et la bête va complètement bousculer le marché vidéo en propulsant le film comme meilleure vente VHS de tous les temps au Etats-Unis en 1992 !

De fait, grâce à cet aura prestigieuse et, surtout, car il s'agit d'un film d'animation relativement récent, Disney a toujours utilisé La belle et la bête comme fer de lance de la plupart des technologies émergentes. A chaque sortie vidéo notamment, quelle que soit l'époque et son appellation associée (Masterpiece, Golden Collection, Platinum, Diamond, Signature...), La belle et la bête suit systématiquement les ressorties de Blanche-Neige et les sept nains de manière cyclique, via son célèbre et désormais révolu, système moratoire.

Mais La belle et la bête sert également à vanter les nouvelles technologies cinématographiques. Contrairement à Blanche-Neige et les sept nains, La belle et la bête possède un second énorme atout dans sa manche, en dehors de sa popularité : la technologie CAPS utilisée pour produire le film.

Cette affirmation est bien évidemment entièrement fausse, car il y a eu un précédent. Bernard et Bianca au pays des kangourous a été le premier vrai film à bénéficier entièrement d'une animation par peinture numérique via les outils CAPS développé par la compagnie à l'époque. Mais Disney a volontairement occulté ce premier succès technologique au profit de La belle et la bête, bien plus populaire et rentable que son prédécesseur.

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C'est donc lui qui se voit, années après années, transformé, modifié, adapté aux nouvelles technologies du cinéma. A chaque fois que le film ressort, son traitement visuel et sonore changent, ce qui chagrine forcément les générations qui ont vu le triomphe du film en salle sans qu'il y ai eu besoin de tous ces artifices.

Depuis sa sortie initiale en 1991, La belle et la bête semble continuellement malmené. Il doit se plier aux volontés de Disney, sans réellement suivre la volonté des auteurs initiaux du long métrage. La belle et la bête doit systématiquement épouser les normes de chacune des époques durant lesquelles il est proposé à nouveau (IMAX, DVD, Blu-ray, 3D, 4K...

Pour commémorer les 30 ans de la sortie initiale de La belle et la bête, je vous propose donc, pour la première fois sur le site, de compiler ici même les diverses modifications qu'a connu le long métrage en trois décennies.

Avant même d'entamer sa carrière sur tous les écrans de cinéma du monde, La belle et la bête a été proposé devant un parterre de spectateurs lors du New York Film Festival le 29 septembre 1991 en tant que grande avant-première du long métrage. Cette version, que l'on nomme Work-In-Progress Edition (Copie de travail en version française) reprenait le film dans une version finalisée à 80% environ. Certaines scènes absentes étaient donc proposées à partir de storyboard ou bien sous la forme de séquences animées et crayonnées.

D'une durée équivalente à la version finale, cette édition a connu un tel succès qu'elle fut ensuite régulièrement commercialisée, d'abord exclusivement en VHS aux Etats-Unis, puis ajoutée en tant que 3e choix dans les premières éditions DVD puis, plus tard, en Blu-ray.

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Par contre, ce que le grand public sait moins, c'est qu'il existe en réalité non pas une, mais bel et bien deux copies de travail de La belle et la bête. Avant cette version, il existait une copie de travail exclusivement réservées aux équipes internes de Disney. Cette version dont la durée est plus courte, trouvable sous le manteau si on sait où chercher, comportaient quelques variations majeures.

Il est très difficile aujourd'hui d'avoir une idée très précise de ce qu'était la version finale de La belle et la bête en 1991, pour la simple et bonne raison qu'au-delà de sa sortie initiale sur grand écran, il n'a plus jamais été proposé, ni revu dans son état d'origine, nulle part ailleurs depuis.

Nombreux sont ceux qui tournent donc leurs regards vers les sorties vidéos de l'époque, VHS et LaserDisc en particulier, pour témoigner que le film était plus beau auparavant. Une perception tenace du film, mais logique, s'est naturellement imposée à travers ces médias commerciaux car on pouvait revoir son film préféré autant de fois que souhaité.

La réalité est évidemment plus nuancée. Les VHS et LaserDisc ont imposé une vision du long métrage qui est, en partie, très erronée. Déjà, il existait deux versions du film à l'époque, inhérente aux technologies utilisées selon les pays. Le format NTSC américain côtoyait ainsi les formats PAL européens et SECAM français.

Chaque de ces trois technologies avaient leurs avantages comme leurs défauts. Le NTSC avait ainsi une meilleure fréquence d'image, mais un rendu des couleurs limité et plus criard que son concurrent. A l'opposé, le PAL, tout comme le SECAM, étaient réputés pour leur meilleure restitution des couleurs, mais avec un rendu plus terne et sombre, ainsi qu'une fréquence d'image plus élevée qui accélérait les films.

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Dans les faits, la version européenne était donc relativement plus proche de la version artistique initiale que la version américaine. Mais elle était quand même beaucoup plus sombre qu'elle devait l'être initialement. Un problème qui résulte du principe de la « copie d'une copie », où à chaque fois que le film est dupliqué, il perd inexorablement en qualité à chaque fois.

Pour être plus clair, La belle et la bête a été réalisé via la technologie CAPS, puis transféré sur pellicule standard 35mm. Le film est ensuite expédié dans les autres pays, afin que les versions internationales calent leurs versions locales dessus. Il en résulte alors un nouveau master de 35mm, qui va lui-même servir ensuite de base aux versions vidéos ultérieures. Cela fait donc beaucoup d'étapes et autant de dégradations successives à chaque fois.

Toutefois, il est indéniable que l'intention initiale des auteurs de La belle et la bête était d'en faire un film enrobé de mystère. Bien que le film ait subi d'importantes dégradations visuelles et sonores en sortant en VHS et LaserDisc, il est indéniable que les artistes de l'époque avaient parfaitement conscience des limitations technologiques de leur époque.

Je suis convaincu que si La belle et la bête a désormais des couleurs si différentes, c'était justement pour compenser la dégradation irrémédiable du film lors de son transfert sur pellicule. Une constatation que l'on peut parfaitement affirmer grâce à la version 3D du film qui repose exactement sur ce même principe : la saturation et la luminosité du film ont été augmentées justement pour compenser l'assombrissement provoqué par le port des lunettes 3D.

On peut d'ailleurs faire exactement le même constat sur de nombreux animés japonais des années 1970/1980, qui ressortent aujourd'hui en Blu-ray avec des couleurs affreusement criardes, ce qui était sans nul doute le résultat d'un choix lié aux limitations du format de diffusion NTSC à l'époque.

Les plus importantes modifications apportées à La belle et la bête remontent à la ressortie du film sur les écrans géants IMAX en 2002. Contrairement à Fantasia 2000 qui fut pensé dès le départ au format gigantesque de la pellicule, La belle et la bête a nécessité une grande opération de conversion, car le système CAPS était limité à une résolution maximale en 2K en 1991.

Les images ont été agrandies, le format du film légèrement recadré et rogné. Et, comme toujours dans ce genre de situation, des éléments parasites se sont invités à la fête. Des aménagements ont donc été rendus nécessaires et ce sont ceux-là même que l'on retrouve encore aujourd'hui dans le film.

L'autre particularité de la version IMAX est d'avoir, pour une raison inconnue, poussée très nettement la saturation des couleurs, rendant le long métrage extrêmement lumineux, ainsi qu'une forte accentuation de la balance des couleurs, avec une très forte dominance du rouge, dénaturant de nombreuses scènes du film.

La ressortie du long métrage ayant également été l'occasion d'intégrer une nouvelle séquence musicale, beaucoup de modifications furent apportées pour rendre l'intrigue plus cohérente par rapport à l'ajout de cette nouvelle scène. C'est d'ailleurs à partir de 2002 que le film va se scinder en deux oeuvres distinctes qui vont coexister ensemble selon le support où on les trouve.

La première modification notable du film. Bien qu'assez similaire, l'arrière plan a bel et bien été entièrement redessiné. Le fauteuil de Gaston disparait mystérieusement dans la version IMAX.

Suite à l'ajout de « Humain à nouveau », ce plan a simplement été retourné, sans autre modification de l'animation, et l'arrière plan redessiné afin d'offrir une transition plus logique à la nouvelle séquence musicale.

On notera toutefois une erreur sur l'édition DVD, puisque même en choisissant la version cinéma du film, c'est la nouvelle scène qui est lue, l'ancienne ayant semble-t-il été oubliée dans les paramètres multiplans.

Une toute nouvelle chanson est désormais intégrée au film. C'est ici que se trouve la modification majeure de la version IMAX.

Subtile et discrète pour ceux qui n'ont pas le soucis du détail, ce gros changement résulte du nettoyage du château dans « Humain à nouveau ». Tous les arrières plans du film qui étaient autrefois délabrés ont été modifiés pour tenir compte de la remise en état de la demeure de la bête. Seul le tout dernier plan du film échappera à cette modification lorsque la bête, dévastée par le départ de Belle, est prostrée dans sa chambre qui est, étrangement, à nouveau délabrée.

L'ultime changement notable de la version IMAX concerne une scène de Big Ben. Lorsqu'il s'exclame, en VF « Mais enfin pourquoi ? », toute la scène a été remplacée par une nouvelle animation inédite. L'artiste à l'origine de cette scène n'était pas satisfait de l'expression du personnage en 1991 et s'est donc chargé de la modifier.

Disney s'est assez vite rendu compte que la version IMAX fut très critiquée à sa sortie, d'autant plus que tout le monde pouvait facilement accéder à cette version à la maison. Contrairement à l'époque VHS/LaserDisc, le transfert de La belle et la bête sur DVD respectait la version IMAX. Il était donc assez difficile de l'ignorer.

Appréciant toujours autant les nouvelles technologies et, ayant désormais choisi son camp dans le champ de bataille opposant le Blu-ray au feu HD-DVD, Disney prend la décision de rectifier le tir avec La belle et la bête dès 2009. Assez maladroitement, mais toutefois avec les meilleures intentions, Disney tente alors de retravailler les couleurs, la saturation et l'ambiance du film afin de redonner son éclat d'antan à La belle et la bête.

Malheureusement, Disney commet un gros impair : toutes les erreurs apportées par la version IMAX vont être oubliées et conservées telles quelles à l'écran. Ce qui constitue alors un bien joli raté.

L'autre problème majeur de cette édition Diamant est son hybridation chaotique entre la version originale et la version IMAX du film. Le DVD, tout comme le Blu-ray, offrant la possibilité du mode multiplan, le film dispose de plusieurs pistes vidéos qui sont lues en fonction du choix du spectateur effectué sur le menu.

Si on choisit la version originale, le film lit toutes les séquences qui sont propres à la version cinéma. Pour la version IMAX, c'est la même chose. Tandis que tout ce qui est commun aux deux versions est lu dans les deux cas. On remarque assez vite le problème de cette hybridation, car la colorimétrie, le contraste et la teinte du film ne correspondent pas vraiment entre ces séquences bénéficiant de restaurations diverses.

En 2006 le studio Disney change complètement son logo d'ouverture. Pirates des Caraïbes - Le secret du coffre maudit sera le premier à en bénéficier. L'année suivante, lorsque John Lasseter prend la tête des Walt Disney Animation Studios, il fait de même en créant un nouveau logo incluant Mickey extrait de Steamboat Willie. L'édition Diamond est la première à permettre de comparer les deux versions du film en 16/9e sur un même disque.

La variation de teinte, de saturation et de contraste saute littéralement aux yeux des spectateurs attentifs, tout comme les modifications des deux versions. L'édition Diamond ajoute un effet, que tout le monde devra considérer comme affreusement raté : le reflet de Belle, mais aussi, quoi que plus subtil, de la bête sur la fenêtre de l'escalier.

Bien que le Blu-ray, comme le DVD des années avant lui, bénéficie du film au format multipistes, un seul et même générique de fin est proposé sur la version Diamond. Le roulot compression Avatar est désormais passé par là.

Une fois encore, bien qu'il ne soit pas le premier converti en 3D cependant, Disney saute sur l'occasion en utilisant La belle et la bête pour faire la promotion de son savoir-faire dans le domaine. Et il devient assez rapidement évident que l'équipe chargée de la version Diamond et celle de la version 3D ne semblent vraiment pas s'être consultés mutuellement.

Là où la version Diamond va être entièrement basée sur la version IMAX retravaillée, la version 3D va reposer intégralement sur le film dans sa version originale. Assez vite, les fans vont se rendre compte que La belle et la bête dans sa version 3D se rapproche bien plus de l'expérience cinéma que toutes les autres versions proposées jusqu'alors.

Sauf que la technologie 3D a immanquablement un triple défaut : La belle et la bête est bien trop lumineux, pour compenser l'inhérent problème des lunettes 3D, le film est également proposé dans un format tronqué en largeur, pour permettre le relief de l'image et, surtout, la technologie est restée cloisonnée dans un marché de niche.

Les crédits d'ouverture sont repris de la version Diamond, toutefois, ils bénéficient cette fois d'effets de profondeur, de jaillissement et de scintillement.

La Belle et la Bête : Comparaison des versions Diamond et 3D

La Belle et la Bête : Comparaison des versions Diamond et 3D

A gauche, l'édition Diamond, proposée en format plus large, mais comportant plusieurs zones floues. A droite, la version 3D, tronquée, mais dont l'image est par contre totalement nette. La différence de contraste tend à rendre l'édition Diamond meilleure, mais la luminosité de la version 3D est contrebalancée par le port des lunettes qui assombrissent la scène.

Cette fois, la différence est plus marquée. On remarque à droite les couleurs rougeoyantes typiques de la version IMAX. La version 3D se rapproche bien plus de l'aspect originel du film.

En dehors de l'aspect ... Je veux partir à l'aventure, tout parcourir... Je veux tellement plus que ce qu'ils ont planifié pour moi

2ème comparaison des VF de La Belle et La Bête

Voici un tableau comparatif des différentes versions du film et de leurs caractéristiques :

Version Année Technologie Particularités
Sortie initiale 1991 Cinéma Version originale, couleurs et sons d'origine.
Work-In-Progress Edition 1991 VHS, DVD, Blu-ray Version à 80% finalisée, scènes avec storyboard et séquences crayonnées.
VHS et LaserDisc Années 1990 VHS, LaserDisc Couleurs potentiellement altérées, versions NTSC, PAL et SECAM.
IMAX 2002 IMAX Séquence musicale ajoutée, couleurs saturées, format recadré.
Édition Diamant 2009 DVD, Blu-ray Tentative de restauration des couleurs, erreurs de la version IMAX conservées.
Version 3D N/A Cinéma 3D, Blu-ray 3D Basée sur la version originale, trop lumineuse, format tronqué.

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