C'est bon de rire parfois. Si le drame et la tragédie paraissent parfois plus nobles aux yeux de la critique, la comédie a toujours fait partie de la panoplie des grands artistes, au théâtre comme au cinéma.
Tout comme il y eut la tragédie grecque, la comedia dell'arte italienne, le théâtre classique français, il existe désormais la sitcom anglo-saxonne. Loin d'être un art mineur, ce genre à part entière a connu son âge d'or entre les années 1980 et aujourd'hui, où il continue de vivre une effervescence créatrice.
Ce n'est pas un hasard si beaucoup de penseurs, de philosophes, d'écrivains, ont comparé la vie même à une comédie plutôt qu'à une tragédie, car si la première contient son lot de drames, la seconde fait plus rarement rire. Desproges défendait quant à lui l'art si difficile de l'humoriste en disant : « Mais elle est immense, la prétention de faire rire ! »
C'est donc très sérieusement qu'il nous a paru nécessaire d'opérer une sélection dans les meilleures séries TV comiques, à la fois pour rendre hommage au genre, et pour confectionner un petit guide pratique à l'usage des curieux qui n'ont plus rien à télécharger.
Comme tout classement, le nôtre est totalement subjectif. Amputé de certains classiques, partial, voire partisan, il ne contentera pas tout le monde. Certains lecteurs esquisseront une moue à la vue de plusieurs titres inconnus de lui et il est vrai que 'Party Down', 'Arrested Development', 'Curb Your Enthusiasm' ou 'It's Always Sunny In Philadelphia' ne sont pas très connues sous nos latitudes.
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Mais l'intérêt d'un tel dossier n'est-il pas également de faire découvrir de nouveaux territoires à explorer plutôt que de ressasser ce que d'autres ont déjà dit cent fois ? D'autres séries auraient donc eu leur place ici, telles que 'Spin City', 'Scrubs' (surtout pour les premières saisons), 'That 70's Show', 'Flight Of The Conchords', 'Modern Family', 'Community', 'How I Met Your Mother', et quelques autres.
Pourtant, les dix qui sont citées ci-dessous possèdent toutes quelque chose en plus, une originalité saillante, des interprètes surdoués, une écriture aux petits oignons, une sombre insolence, un regard presque sociologique sur le quotidien, un sens de l'absurde.
Si certains trouvaient à redire à la position numéro un de 'Seinfeld' dans ce classement, soyons clairs : 'Seinfeld' concentre en neuf saisons tout ce qu'il est possible de faire en humour, avec un génie inégalé. Toutes les séries sans exception lui doivent quelque chose et toutes lui ont piqué à un moment ou à un autre une idée, une vanne, une intrigue.
'Seinfeld' est tout simplement la matrice, le big bang, les tables de la loi de l'humour à la télévision. Aux Etats-Unis, le show a connu un succès que l'on ne soupçonne pas en France (où seules Canal + et Canal Jimmy sur le câble ont diffusé la série), jusqu'à atteindre pour son dernier épisode l'audience monstrueuse de 76 millions de spectateurs !
Un score qui place 'Seinfeld' en troisième position des plus grandes audiences pour un dernier épisode dans l'histoire de la télévision américaine, derrière 'M.A.S.H.' et 'Cheers'. D'autres chiffres ? En 2002, la série a été nommée meilleur programme télé de tous les temps par le magazine TV Guide (plus de 2 millions de lecteurs toutes les semaines quand même) et en 2013 la Writers Guild Of America, puissant syndicat des scénaristes aux Etats-Unis, a décrété qu'il s'agissait de la seconde série la mieux écrite après 'Les Sopranos'. Tout simplement.
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Mais si la série créée par Larry David et Jerry Seinfeld s'impose comme un chef-d'œuvre indépassable dans son genre, c'est d'abord parce que son concept, le fameux « show about nothing », est révolutionnaire - il sera d'ailleurs repris par 'Friends' et bien d'autres. Quand la série est programmée pour la première fois sur NBC en 1989, une telle idée n'avait jamais germé auparavant dans la tête d'un scénariste.
Il faut dire que les deux créateurs, Larry David, futur auteur et acteur de 'Curb Your Enthusiasm', et Jerry Seinfeld, qui donne son nom à l'émission, ont la vis comica dans le sang. Grâce à un sens aigu de l'observation, ils se servent de leur quotidien, des gens qu'ils connaissent, de leurs expériences personnelles, pour en faire la matière des histoires qu'ils racontent, en laissant aller leur imagination à partir de situations banales.
Ainsi, sortir pour chercher une soupe au boui-boui du coin peut se transformer en épisode mythique, tout comme un stylo offert par politesse devient l'origine d'une succession de malentendus. Autre originalité, Larry David et Jerry Seinfeld s'interdisent tout moralisme et tout sentimentalisme, une règle de conduire résumée par leur motto : "No learning, no hugging."
Cette absence de jugement moral leur permet d'aborder des sujets sensibles de façon clinique ou avec dérision. La masturbation, par exemple, est abordée dans l'épisode "The Contest", où chacun des quatre personnages principaux doit se retenir le plus longtemps possible. Ainsi la série ne se refuse rien, allant jusqu'à mettre au chômage l'un des meilleurs personnages, George Costanza, pendant plusieurs saisons !
Chauve, myope, petit, chômeur et enrobé, George apporte d'ailleurs une dimension plus sombre à 'Seinfeld', même s'il reste l'un des éléments comiques les plus efficaces du show. Plus important que tout, la série transpire la bonne humeur et les comédiens semblent prendre un pied monumental à jouer ensemble.
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Il n'est pas rare de voir Jerry Seinfeld, acteur assez neutre (un peu comme Tintin était une feuille blanche où chaque lecteur pouvait transposer les traits qu'il voulait) sourire ouvertement à une de ses propres répliques ou rire devant la performance d'un de ses camarades, une chose impensable dans la plupart des sitcoms.
La légèreté qui parcourt la série lui confère au final un état de grâce, une audace insensée qui naît de l'envie des auteurs de se fendre la poire, eux, d'abord. Comment expliquer sinon une idée aussi farfelue que faire jouer à Larry David les aboiements d'un chien qu'on ne voit jamais et dont Jerry Seinfeld a la garde ?
Comment expliquer le gag où Jerry ne supporte pas les mains trop masculines de sa copine, mains que l'on aperçoit sur des gros plans à mourir de rire, car elles appartiennent clairement à une armoire à glace? Au fil des saisons, une grande complicité s'installe entre le spectateur et les personnages, et les auteurs ont vite compris tout ce qu'ils pouvaient tirer de cette relation.
'Seinfeld' fait donc partie des premiers programmes à avoir su se mettre en abîme, au point de faire rejouer à George et Jerry la création (avortée, cette fois) de la série dans laquelle ils jouent pour de vrai. Plus fort encore, les auteurs se sont amusés à créer des doubles inversés de Jerry, George, Kramer et Newman, dans un épisode où Elaine se fait une nouvelle bande d'amis.
De même, quand Seinfeld habite dans l'appartement de Kramer durant quelques jours, il se met soudain à parler, agir et gesticuler comme ce dernier.
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L'équipe de Seinfeld.
Malcolm
Un petit garçon danse sur place de façon ridicule en chantant « pou pi, pou pi, pou pi pou » : si cette image ne provoque pas chez vous un fou rire nostalgique, c'est que vous ne connaissez pas 'Malcolm', cette série qui a fait les beaux jours de M6.
C'est d'ailleurs grâce à ses nombreuses diffusions sur la sixième chaîne, puis Paris Première, que 'Malcolm' est devenue une série culte en France pour plusieurs générations de spectateurs. L'excellente qualité de la version doublée en français a aussi beaucoup contribué à son succès, un vrai contraste par rapport à une grande partie des séries américaines qui sont doublées avec les pieds.
Ici, les voix d'illustres inconnus, travailleurs de l'ombre auxquels nous rendons hommage, apportent une vraie personnalité aux comédiens. L'exubérance du père, la bêtise crasse de Reese, la candeur de Dewey, le génie anxiogène de Malcolm, l'asthme de Stevie leur doivent tous une bonne part de leur humour.
Ainsi les blagues mal traduites ou les censures malvenues sont-elles compensées par l'ingéniosité de ces interprètes français, allez tiens, on les cite : Brice Ournac (Malcolm), Christophe et Yann Peyroux (Dewey), Romain Douilly et Donald Reignoux (Reese), ou encore Jean-Louis Faure (Hal).
Pour ceux qui l'ignorent, Malcolm est un surdoué qui fait sa scolarité dans une classe de petits génies surnommés les « têtes d'ampoule » par leurs camarades moins brillants. C'est à travers ses yeux - au point qu'il s'adresse parfois directement au spectateur en regardant la caméra - que nous découvrons le quotidien d'une famille délirante, où quatre garçons font la vie dure à des parents pas très équilibrés non plus.
Outre ce point de vue subjectif, 'Malcolm' se démarque de ses concurrents par une tonalité doux-dingue très différente de celles auxquelles les sitcoms à l'ancienne nous avaient habitués. Fondées sur le comique de situation (d'où le nom de « sitcom », pour situation comedy) et les punchlines, les séries des années 1980 et 1990 ressemblent par bien des aspects à du théâtre de boulevard filmé, en dépit de toutes leurs qualités d'écriture.
Avec 'Malcolm', on a enfin l'impression d'assister à une œuvre qui a été réfléchie d'un point de vue télévisuel. La réalisation épouse donc totalement l'esprit du scénario, à coups de points de vue subjectifs, d'ellipses radicales, de bruitages abusifs, d'idées loufoques.
Comme celle où Dewey entend une peluche Orby, sorte d'éléphant bleu flippant, lui parler à travers la télévision, ou quand Hal se prend de passion pour un rouleau compresseur, l'un des meilleurs épisodes de la série. Au final, cette folie latente teintée d'absurde fait qu'on s'attache vite aux personnages, qu'ils soient stupides (Reese), surdoués (Malcolm), dingues (Hal) ou beaucoup trop mignons (Dewey).
Pour qui : ceux qui aiment l'humour absurde, ceux qui sont aussi anxieux que Malcolm, ceux qui veulent voir Bryan Cranston avant 'Breaking Bad'.
Nombre de saisons : 7.
Le détail qui tue : le grand frère de Malcolm, Francis, passe la plupart de la série séparé du reste de la famille. En séjour à l'école militaire ou dans une ferme, il permet en réalité à la série de sortir du cocon familial et de varier les situations. Si Francis paraît un peu moins drôle que ses frères, il participe toutefois à l'un des plus grands moments de la série, dans l'épisode 12 de la saison 4. Chef-d'œuvre absolu de non-sens comique, cet épisode intitulé "Tolérance zéro" voit Francis être harcelé par un jeune Allemand qui joue du piano pour accompagner chacun de ses mouvements...
La famille de Malcolm.
Friends
Dès ses premières notes, le générique de 'Friends' déclenche un réflexe pavlovien chez toute une génération, réminiscence d'après-midis entiers passés en pyjama à végéter devant un flot continu d'épisodes, un paquet de gâteaux à portée de main. « Chouette, un épisode de 'Friends' ! » Car la série se visionne et se revisionne à l'infini, elle s'apprend par cœur et fait partie du décor pour un bon nombre de gens.
En dix saisons de très bonne qualité, 'Friends' a réussi son pari : faire de Ross, Rachel, Monica, Chandler, Phoebe et Joey des amis des téléspectateurs. La force du show, c'est d'avoir repris le concept de 'Seinfeld' (« a show about nothing ») en lui administrant une bonne dose de romance.
Amitiés, amours, quotidien banal, 'Friends' ressemble davantage à la vraie vie que toutes les séries avant elles, mais la fantasme aussi beaucoup, la rend par bien des aspects idéale. Certains commentateurs ont vite interprété le succès de la série comme le symbole d'une génération qui privilégie les relations amicales aux amoureuses, plus fluctuantes et versatiles, et il est indéniable que la famille artificielle créée par les auteurs avec ces six amis a fait rêver plus d'un spectateur.
Qui, à la suite de Chandler, Joey, Rachel et les autres, n'a pas rêvé en effet de s'installer en coloc avec ses meilleurs amis, ou de trouver des amis pour le faire ? Mieux encore : deux colocs, en face l'une de l'autre, sorte d'utopie idéale pour tous les jeunes adultes des années 1990.
Si la série de David Crane et Marta Kauffman révèle des trésors d'écriture et d'imagination, c'est d'abord l'alchimie entre les comédiens qui va engendrer la réussite planétaire du show. Les acteurs David Schwimmer et Matthew Perry vont notamment apporter à leurs personnages, l'un une fantaisie touchante, l'autre une quantité astronomique de vannes, Perry étant d'ailleurs réputé pour ses impros et ses blagues permanentes durant les tournages.
Avec un tel casting sans aucune fausse note, les premiers reproches adressés à la série, qui serait une simple réplique de 'Seinfeld', vont vite disparaître au profit d'un concert de louanges. Contrairement à 'Seinfeld', dont les personnages sont soit neutres (Jerry), soit très caricaturaux (Kramer), ceux de 'Friends' poussent la force d'identification à son paroxysme.
Force, mais également faiblesse par contrecoup, car les personnages deviennent au bout d'un moment prévisibles, si bien qu'une vanne de Chandler peut presque se deviner à l'avance. La forme désormais datée de la sitcom, avec rires préenregistrés, contribue à ce côté mécanique du rire, sans pour autant ruiner les effets comiques, toujours aussi pertinents.
Pour qui : ceux qui aiment les bandes de potes et regarder la télé en pyjama.
Nombre de saisons : 10.
Le détail qui tue : Parmi les épisodes de 'Friends', "The One With The Jellyfish" fait partie des plus fameux. Pendant un séjour à la plage, Monica se fait piquer par une méduse. Joey propose alors d'appliquer une méthode qu'il a vue à la télévision, qui consiste à uriner sur la plaie. La suite est un grand moment de la série, avec cette réplique mythique : « If I had to, I'd pee on anyone of you.
L'équipe de Friends.
It's Always Sunny In Philadelphia
Voici probablement la série la plus féroce de toutes, la moins politiquement correcte et la plus irrévérencieuse. Dès le pilote tourné pour trois francs en caméscope numérique dégueulasse, les créateurs attaquaient fort en présentant un personnage qui annonce à son ami, de passage pour demander du sucre, qu'il est atteint du cancer. Après une courte conversation, l'ami repart en disant : « je peux quand même avoir le sucre ? ».
Le ton est donné : humour noir, sujets sérieux tournés en dérision, amis sans pitié les uns avec les autres. Toute la série tient là, dans sa façon de n'accepter aucun compromis, aucun tabou, aucune censure, ce qui explique qu'elle soit diffusée sur la chaîne du câble FX.
Petite sœur de la Fox, FX est désormais presque aussi réputée que HBO pour la qualité de ses séries (on peut citer 'The Shield' et 'Louie'), et 'It's Always Sunny In Philadelphia' y est pour beaucoup. Car si le show n'est pas très connu en France, où l'on préfère l'humour de sitcom à la 'Friends' et 'How I Met Your Mother', voire les séries geeks telles que 'Community' et 'Big Bang Theory', 'It's Always Sunny' fête aux Etats-Unis sa neuvième saison et son centième épisode sera diffusé le 9 octobre 2013.
En soi, le concept de la série, co...
L'équipe de It's Always Sunny In Philadelphia.
Autres Séries Comiques à Découvrir
Voici une liste non exhaustive d'autres séries comiques qui méritent d'être découvertes :
- Kaamelott (2005): À mi-chemin entre le Sacré Graal des Monty Python, Les Visiteurs et Dumb & Dumber, Kaamelott nous rappelle à chaque épisode à quel point bêtise profonde et imagination sont connectées.
- The Big Bang Theory (2007): Une série sur les geeks.
- Scrubs (2001): Une série médicale.
- Les Simpson (1989): Une série d'animation sur la famille.
- How I Met Your Mother (2005): Une série avec une bande de potes et des histoires d'amour.
- South Park (1997): Une série d'animation pour adultes.
- Community (2009): Une série sur les geeks.
- The Office (US) (2005): Une série satirique et drôle.
- Parks and Recreation (2009): Une série sur la fonction publique.
- Futurama (1999): Une série d'animation de science-fiction.
- Arrested Development (2003): Une série satirique sur la famille.
- The IT Crowd (2006): Une série sur les geeks.
- Brooklyn Nine-Nine (2013): Une série policière et comique.
Tableau Récapitulatif des Séries Comiques
| Série | Année de Début | Genre | Description |
|---|---|---|---|
| Seinfeld | 1989 | Sitcom | Un "show about nothing" révolutionnaire. |
| Malcolm | 2000 | Sitcom | Le quotidien d'une famille délirante vu à travers les yeux d'un surdoué. |
| Friends | 1994 | Sitcom | Une bande de potes vivant à New York. |
| It's Always Sunny In Philadelphia | 2005 | Sitcom | Une série féroce et irrévérencieuse. |
| Kaamelott | 2005 | Comédie, Fantasy | Une relecture humoristique de la légende du roi Arthur. |
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