La Famille Bélier : Analyse d'un Phénomène Cinématographique

Mine de rien, Eric Lartigau commence à accumuler les succès. Alors que La Famille Bélier n’est que son cinquième film en tant que réalisateur, tous ont connu un franc succès. Mais ça, c’était avant le « raz-de-marée » de la fin d’année 2014 : La Famille Bélier et ses plus de quatre millions de personnes dans les salles en à peine quatre semaines.

Eric Lartigau aurait-il réalisé lui aussi un « film-phénomène », dont tout le monde ou presque parle et dont on analyse le succès en arrivant toujours à la même conclusion : les facteurs sont multiples et il est difficile d’expliquer rationnellement un tel succès ? Voyant ce film un mois après sa sortie, j’ai déjà eu l’avis de beaucoup de monde, j’ai entendu parler du long métrage dans pas mal de situation et je me trouvais même bête de ne pas l’avoir visionné et, donc, de ne pas pouvoir donner un avis argumenté. Et, forcément, ce n’est pas vraiment facile de passer après tout le monde mais je vais quand même m’y essayer.

Il est assez clair qu’Eric Lartigau a choisi pour son nouveau film de faire un feel good movie avec tous les ingrédients qu’il faut et que l’on retrouve dans les derniers succès français du genre : la question du handicap (Intouchables), même si ce n’est pas le personnage central, le côté très terroir (Bienvenue chez les Ch’tis), le chant (Les choristes), l’éveil adolescent et les histoires d’amour qui vont avec (LOL)… C’est peut-être un peu facile de réduire ce film à un concentré des bonnes méthodes appliquées par d’autres mais le problème, c’est que c’est souvent l’impression que ça donne. En effet, pendant plus d’une heure et demie, on a réellement la sensation d’être devant un long métrage extrêmement calibré, où le scénario comme la réalisation ne sont là que pour accompagner ce qui s’apparente alors à un produit.

Il y a à la fois peu d’originalité et peu de personnalité dans cette Famille Bélier alors que, justement, il y avait quelques possibilités de sortir un peu de ce à quoi on peut s’attendre. Et c’est vraiment ce qui m’a bloqué pendant tout le visionnage du film et qui m’a complètement empêché de rire aux éclats ou d’être ému. Finalement, je suis resté de marbre pendant l’immense majorité du film alors que tout (absolument tout) est fait pour que l’on pleure à la fin (et pourtant, je ne suis pas le dernier à verser ma petite larme au cinéma). Le souci, c’est que, là, c’est tellement téléguidé et annoncé que, personnellement, ça me bloque complètement et ça finit même par m’agacer un peu à la longue.

Il manque en fait à ce long métrage quelque chose d’original ou de plus fort pour réellement se démarquer. Et c’est d’ailleurs le cas aussi dans la mise en scène qui n’est en aucun cas inventive. Deux autres soucis majeurs viennent renforcer le fait que ce long métrage ne m’a pas vraiment convaincu. Le premier vient de l’interprétation du personnage principal. Pour sa première expérience au cinéma, Louane Emera (découverte par un télé crochet) ne fait guère d’étincelles et est même très limite lors de nombreuses scènes. Heureusement, elle chante bien (c’est quand même le minimum). J’ai du mal à comprendre l’enthousiasme autour de sa performance…

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Le deuxième problème tourne autour d’un scénario qui, de façon assez étrange, cumule beaucoup d’éléments sans bien les traiter : on a tout ce qui tourne autour de la question agricole et qui, pour le coup est complètement évacué au profit d’une imagerie un peu idéalisée de la profession, ou encore la problématique de l’élection qui sort un peu d’on ne sait où. Ces sujets sont abordés mais bâclés, au profit d’une pseudo-amourette adolescente très mal traitée et d’un récit d’émancipation bien trop lourdaud pour être crédible. Mais bon, ne soyons pas trop négatif et parlons un peu de ce qui fonctionne dans ce film car il est tout de même assez sympathique et on ne s’ennuie finalement pas.

Cela tient d’abord à la performance, bien sûr caricaturale mais quand même géniale, des trois acteurs « connus » de l’affaire : François Damiens et Karin Viard se font plaisir en sourds, en faisant des tonnes et des tonnes avec leurs expressions du visage. Eric Elmosnino, lui, en prof de chant désabusé, est une sacrée usine à répliques bien senties. D’ailleurs, il y a pas mal de dialogues et de situations vraiment drôles, dont certaines pourraient assez vite devenir cultes.

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France.

Selon Éric Lartigau, l'idée de réaliser un film sur une famille malentendante est née de sa volonté de faire un film sur la famille. Il a rencontré par hasard les producteurs qui lui ont parlé d'une famille malentendante, ce qui l'a touché. Le film explore des thèmes tels que la séparation, les contradictions, la peur, l'adolescence et l'émancipation.

Lartigau souligne que le corps s'exprime pleinement dans la langue des signes, chaque signe devant être en accord avec l'expression du visage. Il considère que le film établit un pont entre les sourds et le monde extérieur, même si certains critiquent le choix d'acteurs entendants pour incarner des personnages sourds.

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Le réalisateur explique avoir choisi Karin Viard pour le rôle de la mère en raison de sa capacité à incarner une femme libre, maîtresse d'elle-même, coquette et crédible en agricultrice. Pour le rôle du père, il recherchait un personnage bourru, intérieur, retenu, mais avec une poésie et une fantaisie, qualités qu'il a trouvées chez François Damiens.

En fait tout est parti de la chanson "Je vole" qui est le cadre de l'histoire.

la java de broadway

Il a lu le scénario, il y a a deux ans, on avait la trouille qu'il refuse, parce qu'il devait donner son accord et on a cherché d'autres chanteurs populaires, mais on ne trouvait de chansons aussi marquantes que "Je vole" et par bonheur il a accepté.

L’histoire d’une jeune fille entendante, née dans une famille de sourds et qui découvre sa vocation à chanter. Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France.

Ce film connaît un succès certain auprès du grand public. La LSF utilisée est de mauvaise qualité. A part Luca, jeune acteur sourd, ce sont des acteurs entendants qui jouent des sourds. Enfin, ils trouvent que l’image qui est donnée des sourds les ridiculise: la scène où le père, dans son meeting électoral est aidé par un traducteur malentendant n’est pas du tout réaliste ! Cela fait parler de la communauté des sourds. Les performances d’acteurs sont réelles et il faut reconnaître qu’en cette période de crise, le public cherche à se divertir avec des comédies plus légères.

Paula (Anne Peichert) est la seule entendante d’une famille de sourds, les Bélier. Agacé par l’attitude dénigrante du maire Lapidus (Stéphan Wojtowicz), Rodolphe décide de se présenter aux élections. Embarquée malgré elle dans la campagne de son père, Paula pense plutôt à Gabriel (Ilian Bergala), un jeune Parisien ténébreux. Afin de se rapprocher de lui, la jeune fille finit dans la chorale de son lycée, son talent tape dans l’oreille de M. Thomasson.

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L’adolescente en pleine puberté vient d’avoir ses règles. Les bouleversements sont nombreux. Le professeur de musique croit en elle et veut l’inscrire à un concours de la Maîtrise de Radio France, alors que ses parents la verrait plutôt reprendre le cheptel en compagnie de son frère Quentin (Luca Gelberg). Paula ne veut pas quitter sa famille. Adieu le concours. Elle continue néanmoins de s’accrocher à son Sardou, poussée par M. Le spectacle est une révélation. Conscient qu’il vient de passer à côté d’un grand moment, Rodolphe demande à Paula de chanter pour lui en collant sa main sur sa gorge pour mieux sentir sa voix.

Prenant conscience du talent de sa fille, il lui offre de faire l’audition. Elle chante Je vole de Michel Sardou, accompagnée par M. Thomasson au piano. Ses parents sont émus.

En France, il y a Paris avec ses élites, et le province - sans majuscule. Perdu dans cette approximation, le village de Lassay-les-Châteaux avec l’exploitation agricole des Bélier. Paula a honte de son père quand il vient la chercher devant le lycée avec sa Renault Kangoo et la musique à fond. La province à la dérive, pays des beaufs, manque clairement de goût. Pourtant la province a du caractère à l’image de Rodolphe, vexé par l’attitude du maire, et qui ne voit aucun problème à se présenter.

Les provinciaux sont sans filtre. Ne pas mettre les formes ne leur rend pas toujours service d’ailleurs. Car cette province a des idées, et de l’énergie à revendre. Pas de vacances pour les agriculteurs qui ne rechignent pas à la tâche. Le problème est précisément qu’ils ne souhaitent pas assez déplacer des montagnes. Ils pêchent par manque d’ambition. Peur de l’échec ? La faute à pas de chance ou la faute des autres. La bêtise est sournoise. C’est ainsi que la famille Bélier finit par s’enliser dans son obscurantisme. Les autres sont des con·nes.

En réalité, les Provinciaux se comportent un peu comme Paula, une adolescente qui se cherche et qui risque de manquer l’opportunité de passer à l’âge adulte. Difficile d’entendre la vérité quand on se sent isolée ou oubliée. Le terre tourne pas autour de vous Paula. Les provinciaux se cachent derrière leur condition médiocre pour ne pas se donner les moyens d’y arriver, en l’occurrence à Paris. Paula va achever ce que Rodolphe a commencé.

Thomasson a l’oreille qui fait défaut cruellement aux culs terreux, comme il les appelle. Lui sait qu’il faut faire des efforts pour s’en sortir dans la vie. Thomasson détecte le talent et permet à Paula de travailler. Il l’aide à transformer sa colère en beauté. Lui permettant de quitter son trou pour accéder à une vie de raffinements. Ne pas oublier ses racines, sans que celles-ci vous empêchent de vous envoler. Bravo à la jeune fille qui va connaître le succès, sans avoir la tête qui tourne.

Une petite comédie franchouillarde qui ne vole pas très haut mais qui, miracle du cinéma, a attiré 7,5 millions de spectateurs en salles. Et offert à Louane Emera le César 2015 du meilleur espoir féminin.

La jeune Paula Bélier est devant un dilemme. Doit-elle suivre sa voie ? Celle qui, tracée depuis toujours, la rend indispensable à ses parents : traductrice et porte-parole, elle est la seule de la famille à ne pas être sourde-muette. Doit-elle, au contraire, écouter sa voix ? Au lycée, presque par hasard, elle vient de découvrir son don pour le chant, grâce à son prof (Eric Elmosnino), fan de… Michel Sardou. Cette drôle de lubie donne à elle seule le ton du film. Tendrement loufoque, indifférent au bon goût.

La Famille Bélier est un chaleureux portrait de groupe en langue des signes, porté par le duo François Damiens-Karin Viard.

Les Bélier, agriculteurs en Normandie, sont sourds, à l'exception de Paula, la fille lycéenne, qui a pris l'habitude de régler au téléphone de nombreux soucis familiaux. Emue par l'arrivée au lycée d'un beau Parisien bouclé, Gabriel, Paula persuade sa meilleure amie, Mathilde, aussi délurée qu'elle est réservée, de s'inscrire à sa suite dans la chorale du professeur de musique, monsieur Thomasson. Fan absolu de Michel Sardou, artiste en berne, Thomasson détecte le talent de Paula et la presse de présenter le concours de la maîtrise de Radio-France. Mathilde hésite. Peut-elle abandonner sa famille pour suivre sa voie ?...

La Famille Bélier

La Famille Bélier raconte l'histoire d'une famille lambda, à quelques exceptions près : les parents, Rodolphe et Gigi, incarnés par François Damiens et Karin Viard, sont sourds et muets. Entre deux mondes, l'adolescente de seize ans a du mal à trouver sa place et à faire comprendre à sa famille son envie, plus encore, son besoin de s'ouvrir aux autres. Encouragée par son professeur de musique, interprété par Eric Elmosnino, elle décide de participer au concours de la Maîtrise de Radio France.

Lors du dîner, Paula décide de tout avouer à ses parents. "J'ai un truc à vous dire, un truc important", déclare l'adolescente. "Je présente la Maîtrise de Radio France", annonce t-elle. Sa mère intriguée, ne sait pas de quoi il s'agit. "C'est une école de chant à Paris. Monsieur Thomasson, mon prof de chant, pense que je peux l'avoir", explique la jeune fille.

Rodolphe et Gigi sont choqués d'apprendre que leur fille veut quitter leur ferme de Lassay-les-Châteaux pour la capitale. Rodolphe cherche à savoir si sa fille chante. "Oui, je chante", rétorque-t-elle. Ses parents tombent des nues, car elle ne leur avait jamais dit qu'elle chantait, et encore moins qu'elle prenait des cours. Dans l'incompréhension totale, Gigi se tourne vers Quentin, afin de savoir s'il était au courant du secret se sa sœur. Le jeune garçon affirme en langue des signes qu'il ne savait rien. "Parce que j'avais peur que vous pensiez que je vous abandonne", confie l'adolescente.

Paula aide sa famille au quotidien, que ce soit pour un rendez-vous chez le médecin ou dans leur travail à la ferme. Gigi commence à s'énerver. Elle rappelle à sa fille qu'elle n'est qu'une enfant. "Ah, je suis un bébé ! C'est pas toi qui m'a dit que j'étais une femme maintenant ?", objecte Paula qui fait référence au fait d'avoir eu ses règles pour la première fois quelques scènes auparavant. Gigi tape du poing, et s'exprime de plus en plus vite en langue des signes.

La Famille Bélier

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France.

Après s’être acheté un semblant de crédibilité en adaptant Douglas Kennedy dans L’Homme qui voulait vivre sa vie suite à une série de comédies toutes plus insipides les unes que les autres (Mais qui a tué Pamela Rose ?, Prête-moi ta main), Éric Lartigau s’embarque dans un bien drôle de projet avec La Famille Bélier. En racontant l’histoire d’une famille d’agriculteurs sourds-muets de laquelle émerge la fille aînée Paula, seule entendante et plutôt douée pour le chant, le réalisateur prenait le risque de se fourvoyer dans un projet putassier au discours un peu rance sur la singularisation des individus.

Surtout qu’en s’adjoignant les services de Karin Viard et François Damiens pour jouer les parents (seul le benjamin de la famille est joué par un « vrai » malentendant, donnant le sentiment d’être un peu la caution du film), La Famille Bélier affiche sans détour son image de divertissement familial avec ses têtes d’affiche bankable dont le seul objectif serait d’engranger quelques millions d’entrées à la veille des fêtes de fin d’année.

Au-delà des astuces de scénario qui visent à dégraisser les enjeux pour s’assurer l’adhésion du spectateur au message, il est assez surprenant de constater que La Famille Bélier, dans sa manière de dépeindre la réalité d’un quotidien inscrit dans la ruralité, évite de sombrer dans un pittoresque démonstratif. Si la dureté du travail au champ et dans les étables ne transparaît que rarement, le récit ne se fourvoie pas pour autant dans une vaine figuration bucolique du travail de la terre.

Ici, c’est surtout l’isolement social auquel peut condamner cette profession qui va agir en déterminant du désir de Paula, contrainte chaque jour d’enfourcher son vélo puis de prendre un bus jusqu’au lycée où se jouent pour elle d’autres aventures. Car si c’est sur elle que repose entièrement sa famille (elle est la seule interlocutrice de la banque et des fournisseurs), une fois arrivée à l’école et extirpée de son environnement exceptionnel, elle redevient une adolescente gauche et mal dans ses baskets pour qui le ténébreux Gabriel revêt plus d’importance que le cours du lait.

Louane Emera

Plutôt habile dans cette manière de jouer sur cet écart entre l’image de soi et les obligations, Éric Lartigau semble avoir trouvé en Louane Emera l’interprète parfaite pour le rôle : repérée dans l’émission The Voice, la jeune actrice fait preuve d’une surprenante humilité, donnant le sentiment de ne jamais trouver sa place dans le cadre, presque désolée d’être là.

Sous ses airs de franche comédie qui permet à Karin Viard et François Damiens de s’en donner à cœur joie au point de faire passer les acteurs du muet pour des modèles de retenue, La Famille Bélier ose se livrer à une réflexion plus grave sur la manière dont un enfant peut être amené à trahir les attentes et projections de ses parents. En faisant de Paula une apprentie-chanteuse prête à s’envoler pour Paris pour vivre de sa nouvelle passion, il ne s’agit en aucun cas de marquer une opposition un brin méprisante entre l’art et le travail manuel. À ce propos, le scénario s’en tire plutôt à bon compte en ne donnant à la musique aucun prestige d’élévation, la jeune Paula s’époumonant avec le plus grand sérieux sur le répertoire d’un Michel Sardou vénéré par le professeur de chant.

Débarrassé de tout ce qui pourrait contribuer à brouiller le message, le film peut donc à nouveau se concentrer sur la cruauté d’un constat : la nouvelle passion de Paula signe tout simplement son exclusion du groupe. Mise de côté par ses parents qui ne comprennent pas son engagement et rejettent l’idée qu’elle puisse les quitter, l’adolescente doit finalement faire le cheminement de l’acceptation de sa différence. Même si la résolution des enjeux ne réserve que peu de surprises, il aura pourtant fallu en passer par des épreuves : de la troublante confession d’une mère sur son dégoût des « entendants » à l’acceptation de cette rupture, La Famille Bélier figure d’une certaine manière la nécessité de faire le deuil de ses parents pour oser se livrer à l’inconnu.

Paula, 16 ans, occupe une place bien spécifique dans sa famille d’éleveurs laitiers. Seule entendante auprès de parents et d’un frère sourds et muets, elle sert de truchement entre eux et le monde. Quand son père se met en tête de contrer le maire en se présentant aux élections municipales, elle doit également assurer l’interprétation entre lui et ses futurs électeurs. Elle a pourtant une vie d’adolescente à mener entre le lycée, sa meilleure amie et les garçons qu’elle regarde de loin.

Sur une trame proche, Éric Lartigau tricote une jolie comédie pleine d’amour et d’énergie. De manière réaliste, il décrit ce faux monde du silence où vivent les sourds, indifférents aux portes qui claquent et aux couverts qui s’entrechoquent. Si Paula est accoutumée aux bruits qu’émettent ses parents à la maison (aussi dans leur sexualité, registre dont le film joue un peu lourdement), leur manque de réserve la met mal à l’aise lorsqu’ils viennent la chercher à la sortie du lycée en klaxonnant.

Plutôt que de choisir une actrice capable de chanter, Éric Lartigau a misé sur une chanteuse apte à jouer. Bien lui a pris. Sa direction d’acteur impeccable permet à Louane Emera, découverte dans l’émission The Voice, de porter sur ses épaules un film où elle est de presque tous les plans. Karin Viard et François Damiens interprètent avec beaucoup d’humour et de charme des parents aimants, gentiment décalés et très épris l’un de l’autre.

Synopsis : Paula a 16 ans. Elle vit à la campagne et partage son quotidien entre le travail à la ferme et l’école. Pour avoir une chance de côtoyer le beau garçon de ses rêves, elle s’inscrit à la chorale de l’école avec sa meilleure amie.

Si l’on devait opposer artiste et artisan, Eric Lartigau rentrerait certainement dans la deuxième catégorie. Il est d’ailleurs assez ironique qu’il soit le réalisateur de l’Homme qui voulait vivre sa vie, tant il semble ne pas se soucier de vivre la sienne. En effet, ses réalisations sont toujours associées au talent des autres : H à celui d’Eric, Ramzy, et Jamel, Mais qui a tué Paméla Rose à celui de Kad et Olivier, Prête moi ta main à celui d’Alain Chabat, et enfin l’Homme qui voulait vivre sa vie est l’adaptation d’un best seller.

Acteur Rôle
Louane Emera Paula Bélier
Karin Viard Gigi Bélier
François Damiens Rodolphe Bélier
Éric Elmosnino Fabien Thomasson

Il se met ici au service du scénario écrit par Victoria Bedos et Stanislas Carré de Malberg, qui ont travaillé auparavant sur la série Paris XVIème. Et si l’on doit identifier le problème de La famille Bélier, il se trouve certainement dans ce scénario d’une grande faiblesse. Le point de départ est pourtant assez original : on parle très peu de surdité au cinéma, et encore moins dans un cadre familial. Qu’est-ce que ça fait d’être sourd et d’élever un enfant qui parle, et même chante ?

Dès les premières minutes, on comprend pourtant que l’unique but recherché est l’efficacité, et que cela passe par une liste très précise de tous les clichés liés au genre de « l’outsider qui réussit contre toute attente ». Ainsi, l’héroïne voit son talent se développer dans l’environnement le plus improbable, mais va mûrir grâce à la rencontre avec un mentor, et, après avoir subi des échecs décourageants, finira par triompher. La question de la surdité n’est jamais vraiment posée, et comme le révélait Eric Lartigau dans l’entretien d’après projection, elle n’est que le prétexte à une histoire de réussite malgré la différence. Cela aurait pu être une championne de course issue d’une famille de paralytiques, une peintre issue d’une famille d’aveugles, le scénario n’en aurait pas fondamentalement changé.

Mais tout est grossier et fade dans cette famille Bélier. Au delà d’une mise en scène strictement fonctionnelle, et d’un jeu d’acteur pas toujours bien juste, on est choqué par la lourdeur constante du propos. Une histoire d’amour qui se construit autour de la répétition d’une chanson romantique en duo. A côté de cette charpente plus qu’apparente, La famille Bélier a peu à apporter, et ne semble même pas avoir envie de jouer son programme jusqu’au bout.

Mais la vraie question est : pourquoi autant de chansons de Michel Sardou durant le film ? On en compte au moins 4, si ce n’est plus, que l’on entendra en long en large et en travers, en chorale, a capella, accompagnées au piano, ou en duo. En effet, l’obsession du professeur de musique joué par Eric Elmosnino est tout d’abord présentée comme un élément comique : alors qu’il s’énerve auprès du rectorat d’être coincé dans un trou paumé imperméable à la grande culture, sa première décision est de choisir de faire travailler ses élèves sur l’oeuvre du « grand Michel Sardou ».

Histoire que l’on comprenne bien le décalage, on entend les élèves soupirer et se plaindre de devoir travailler sur quelque chose d’aussi ringard. Pourtant, au fur et à mesure que la relation mentor / élève s’approfondit, on se rend compte que le choix de ces nombreuses chansons est en fait au premier degré. A tel point qu’on en ressent un certain malaise : qu’il termine son spectacle de fin d’année par un duo d’amour, très bien, mais fallait-il choisir un morceau qui commence par « A faire pâlir tous les Marquis de Sade, à faire rougir les putains de la rade » ?

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