En 1984, une émission de télévision a marqué un tournant dans l'histoire culturelle française : H.I.P. H.O.P., animée par Sidney. Cette émission, diffusée sur TF1, a été la première à être entièrement consacrée à la culture hip-hop, un mouvement alors émergent en France. Retour sur les origines et l'impact de ce programme culte.
Les « anciens » s’en souviennent avec émotion. Tous les dimanches après-midi, de janvier à décembre 1984, juste après la série américaine, Starsky et Hutch, la culture hip-hop avait son rendez-vous cathodique à une heure de grande écoute. En 1984, Sidney animait la première émission de télé 100% hip-hop. Sur le plateau, les pionniers du mouvement convertissaient la nouvelle génération.
Avec son look de B-Boy new-yorkais parfaitement maîtrisé - lunettes intergalactiques, casquette et jogging stylés inclus - Sidney débarquait sur le plateau avant de lancer « Bonjour les frères et sœurs ! ». Un générique coloré, des beats synthétiques, et six lettres, désormais cultes : H.I.P. H.O.P. (prononcez « ache-i-pé ache-o-pé »).
Durant quatorze minutes, dans un décor minimaliste fait d’échafaudages, de murs tagués et d’un cercle dessiné sur le sol, Sidney Dutheil (29 ans à l’époque), faisait découvrir le rap, la danse, le graffiti et le scratch à la France de François Mitterrand.
Première émission entièrement consacrée à la culture hip-hop et présentée par un animateur noir, H.I.P. H.O.P. devient le passage obligé de tous les pionniers américains du mouvement. Le public survolté, des gamins de toutes origines âgés de 7 à 16 ans, voient défiler sur le plateau Afrika Bambaataa, Sugarhill Gang, les breakers du Rock Steady Crew, Herbie Hancock, le DJ DST, Kurtis Blow, et même Madonna.
Dans un décor de graffiti et d’échafaudages censés rappeler le "New York Ghetto", Sidney a popularisé plus qu’un genre, une culture. Même Madonna fait des pieds et des mains pour figurer parmi les invités.
TF1 avait ouvert son antenne à la culture hip-hop. Et vous savez quoi ? Ça n’existait nulle part ailleurs dans le monde. Les Américains nous enviaient. De Madonna à Herbie Hanckok, ils sont tous venus sur ce plateau resté mythique dans l’histoire de la télévision française.
Sidney démarrait irrémédiablement par un tonitruant « Bonjour, les frères et les sœurs ! » et qui vont bouleverser la vie de dizaines de milliers de jeunes Français - 14 ans de moyenne d’âge - qui répéteront les pas de danses enseignés par Sidney et les Paris City Breakers.
Quinze minutes d’un plateau avec échafaudages et graffiti censés rappeler un décor urbain à New York où Patrick Duteil, dit Sidney, n’avait jamais mis les pieds.
Dans ces conditions et malgré une seule et unique saison, l’émission reste gravée dans les mémoires de toute une génération.
En 1984, cet OVNI débarque du Bronx pour nous apprendre le rap. Avec le smurf, les moonwalks et le premier présentateur noir à la TV française, HIPHOP a semé les graines du hip hop qui a éclos en France et en Europe.
Un livre d'histoire qui n'en finit pas de sortir de nouveaux tomes. "Dans la culture hip-hop, on apprend tous les jours", poursuit Sidney, "j'apprends avec la génération d'aujourd'hui. Le hip-hop bouge, se transforme... On est dans une culture de création avec des gens passionnés, de l'image au son, qui ne s'arrête jamais. Je dis souvent "Hip-hop, don't stop".
Quarante ans après "H.I.P. H.O.P", le breaking fera ses premiers pas aux JO à Paris.
"Le hip-hop aux Jeux Olympiques, j'y croyais encore moins" s'amuse Sidney.
Après le grand succès rencontré par la discipline lors des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Buenos Aires, en 2018, c’est à l’occasion des Jeux de Paris 2024 que le breaking entrera encore un peu plus dans le monde de l’olympisme.
"On va être aux JO, très bien. Qu'on y reste ou pas, on s'en moque. Ce qui compte, c'est la culture et c'est une culture à part entière.
Genèse de l'Émission
Au début des années 1980, Sidney, jeune musicien et danseur d’origine antillaise, officie comme DJ résident au club L’Emeraude, rue des Petites-Ecuries, à Paris (10e). C’est au club L’Emeraude, connu pour son public à « 80% noir, 15% reubeu et 5% blanc », qu’elle tombe sous le charme de ce DJ survolté, capable de rapper et de danser entre les morceaux, derrière ses platines.
En pleine fièvre du disco, ce passionné de musique funk et soul né dans une famille de mélomanes (un papa saxophoniste, un oncle trombonniste et une maman fan de jazz), rencontre Marie-France Brière, alors présidente de Radio 7, l’une des premières radios libres. Le « petit bout de femme au caractère bien trempé » cherche une nouvelle tête pour animer la case 22 heures-minuit. C’est lui qu’elle veut pour son émission : « Quand j’y repense aujourd’hui, c’est un scénario de film !, raconte Sidney. Elle m’a donné sa carte de visite et j’ai vu le logo de Radio France. J’ai tout de suite pensé à leur immense discothèque. C’est pour ça que j’ai accepté. Et j’ai eu carte blanche », ajoute-t-il.
Durant deux ans, Sidney anime la case du soir, en mélangeant les genres de musiques noires, jazz, soul, reggae, salsa ou électro. Un jour, il balance un disque qui changera le cours de sa carrière. Un savant mélange d’électro avant-gardiste et de rap jusque-là inconnu des auditeurs : Planet Rock, d’Afrika Bambaataa.
Hasard de la vie, Bambaataa est à Paris. La rencontre se fait le soir même dans les locaux de Radio 7. Accompagné de Mister Freeze, le breaker fou du Rock Steady Crew, Sidney le banlieusard de La Courneuve est adoubé par le fondateur de la Zulu Nation.
« C’était l’époque du New York City Rap Tour organisé par Bernard Zekri. Des artistes américains étaient à Paris, je connaissais leur musique sans savoir que c’était un vrai mouvement. Bambaataa m’a dit : “Tu as le même parcours que nous, tu représentes notre culture.” Il m’a nommé Premier roi zoulou français. »
Epaulé par Laurence Touitou, future directrice d’un label rap, et Sophie Bramly, photographe qui présentera plus tard l’émission Yo! MTV Raps, Sidney rencontre la crème du hip-hop américain, apprend les steps de breakdance et découvre le graffiti avec Futura 2000.
Quelques mois plus tard, une séance dédicace virant presque à l’émeute sur le parvis d’une cité de La Courneuve sera le point de départ de l’émission. « J’avais annoncé à l’antenne que Futura allait dédicacer des T-shirts dans le quartier. On attendait trois pèlerins et finalement dix mille jeunes ont débarqué de toute l’Ile-de-France. Marie-France Brière est venue et a vu tous ces jeunes faire du break dans tous les sens. Elle venait d’être nommée directrice des programmes de TF1. En voyant ça, elle m’a dit : “Sidney, tu vas faire de la télé et tu vas apprendre à la France à tourner sur le dos !” Et c’est ce qu’on a fait. »
Encore une fois, la nouvelle directrice des programmes laisse carte blanche à l’animateur, qui embarque avec lui ses « soul sistas » Laurence Touitou et Sophie Bramly. Sans le savoir, ensemble ils créent la première émission entièrement consacrée à la culture hip-hop au monde.
Avec les segments « La leçon » et « Le défi », la danse, et plus particulièrement le break, est au centre du programme réalisé par le trio de choc. « Je m’occupais de la musique, de tous les textes, je dansais, Sophie et Laurence se chargeaient de toute la partie administrative. On tournait à Boulogne-Billancourt avec rien, on s’est débrouillés. On a mis des échafaudages sur le plateau, on a accroché des vélos et on a dit à Futura 2000 de venir graffer. Parfois, le réalisateur appuyait sur le bouton et on ne savait pas ce qui allait se passer. Les connexions entre Laurence, Sophie et les Etats-Unis nous ont permis de faire venir des artistes incroyables pour une petite émission de quatorze minutes. Quand TF1 a vu ça ils ont commencé à mettre de l’argent et on a pu inviter plus de monde. Je me souviens que Madonna a beaucoup insisté pour venir. Cette émission, c’était vraiment comme faire venir des copains dans une soirée. »
Dès la première diffusion, le 14 janvier 1984, H.I.P. H.O.P. séduit enfants et ados, qui découvrent cette culture émergente portée par Sidney et ses invités venus d’outre-Atlantique.
Dans un pur esprit hip-hop à l’ancienne « Peace, Unity, Love and Having fun », Sidney délivre le message de positivité de Bambaataa aux petits Français devant leur écran et sur le plateau. Un message qui fait mouche instantanément.
« Les courriers ont afflué de partout, dès le lendemain de la première émission. On a été complètement surpris par l’engouement. A l’époque, j’habitais à Saint-Denis, en face de la basilique, je ne pouvais même plus sortir de chez moi ! » se souvient Sidney.
Avec H.I.P. H.O.P., c’est aussi la France des quartiers populaires, qui est représentée à 14h20, juste avant l’épisode de la série Starsky et Hutch. Des gamins et ados issus des cités de banlieue parisienne (les jeunes Stomy Bugsy, JoeyStarr, Shurik’n… assistaient souvent à l’émission), qui voient en Sidney un modèle de réussite dans une époque de crise économique et de montée du Front national.
« Selon les statistiques de la police de l’époque, l’année 1984 a été la moins violente en France. Les jeunes des cités n’allaient plus casser des voitures, ils apprenaient à danser sur un bout de carton. Beaucoup m’ont dit plus tard que s’il n’y avait pas eu l’émission, ils auraient pu passer du côté des voyous. Le hip-hop a sauvé des vies. »
Une danse s'empare des lycéens Français en 1984 | INA HIP-HOP
Fin Prématurée et Héritage
Mais malgré de bonnes audiences, la direction de TF1 change l’horaire de l’émission en septembre 1984 (de dimanche à mercredi, 14h), entraînant la fin du programme deux mois plus tard.
« TF1 ne nous a jamais parlé des bons chiffres de l’émission. Un programme qui marche où de jeunes Noirs, Arabes, Chinois, Blancs viennent s’éclater et danser tranquillement... Ils ne pouvaient pas nous le dire, sinon ils savaient qu’on allait demander plus. Pour beaucoup, c’était une émission de banlieue, les pauvres arrivaient à la télévision. On était à contre-courant de tout ce qui se faisait à la télé à l’époque. Participer à la première émission mondiale consacrée à la culture hip-hop, c’est une vraie fierté. Aux Etats-Unis, ça n’existait pas et ils étaient très jaloux. »
Un véritable ovni télévisuel stoppé en pleine gloire par TF1 en décembre 1984, au terme de la première saison. Suffisant pour faire entrer le hip-hop dans les foyers français et installer Sidney comme un solide ambassadeur.
Trente ans plus tard, Sidney n’a pour autant aucun regret. Après une nouvelle émission musicale intitulée Code d’amour, arrêtée prématurément, il s’éloigne des plateaux télé pour retourner derrière un micro de radio.
A 64 ans, si l’animateur garde un œil aiguisé sur la nouvelle scène rap, il continue néanmoins à porter haut et fort le message positif du rap old school.
« Je ne voulais plus me retrouver à table avec des cadres en costard qui essayaient de me mettre dans une case à la télé. J’ai claqué la porte au bout de six mois, mon téléphone n’a plus jamais sonné après ça. Aujourd’hui, le hip-hop est là où il doit être. Ce n’était pas une mode. Maintenant, je préfère voir Drake qui distribue son argent dans la rue, ou un Kendrick Lamar qui porte des messages profonds, que PNL qui fume des joints en haut de la tour Eiffel. Je me souviens qu’après H.I.P. H.O.P., j’avais proposé une émission de découverte rap à Skyrock. “Le rap c’est fini”, m’avaient-ils dit... Ils se sont bien trompés ! »
A l’occasion de la sortie de la websérie La Vraie Histoire de H.I.P. H.O.P. réalisée par J.O.E. l’Extraterrestre (diffusée sur Arte Creative), Sidney revient sur les coulisses de ce programme mythique.
Pour fêter comme il se doit son dixième anniversaire, le festival Paris Hip-Hop a fait appel à un parrain de choix en la personne de Sidney. Grâce à son émission télévisée "H.I.P H.O.P", diffusée sur TFI durant l'année 1984, il est celui qui a pour la première fois médiatisé la culture hip-hop en France.
"Je pense hip-hop, je mange hip-hop, je vis hip-hop". Ainsi parle Sidney, figure historique d’un genre qu’il mettre en lumière avec l’émission "H.I.P. H.O.P". diffusée en 1984 sur TF1.
Car Sidney c'est aussi un look, une attitude : grosses lunettes, veste oversize, couleurs flashy, casquette et chaînes en or...
C’est la naissance de H.I.P H.O.P., "un pied de nez à tous ceux qui disaient à qu’à la télévision, on fait de la télévision. Pas de la culture." Pendant quinze minutes, Sidney propose un programme complet avec de la danse, de la musique et du graffiti. L'animateur accueille sur son plateau de grands artistes tels que Afrika Bambaataa, Sugarhill Gang, un tout jeune Joeystarr mais aussi celle qui allait devenir la reine de la pop... Madonna.
30 ans plus tard, Sidney reste l'un des piliers du hip-hop made in France.
Alors qu’il prépare un album avec son groupe de toujours, Black, White & Co, l’intéressé continue de suivre de très près l’évolution d’une culture hier émergente, aujourd’hui omniprésente.
"La vraie histoire de H.I.P H.O.P" réunit pour la première fois toute l’équipe de l’émission, qui nous raconte l’histoire à la fois drôle, inspirante et totalement chaotique de sa naissance. Des artistes hip-hop d’hier et d’aujourd’hui acclament cette émission qui a changé leur vie et déterminé la carrière de beaucoup, et qui constitue une page méconnue de l’histoire culturelle française. Cette émission a donné à toute une génération banlieusarde et métissée une place à la télévision.
Présentateur du programme « H.I.P. H.O.P. » sur TF1, de janvier à décembre 1984, le DJ et animateur avait déjà son émission radio dédiée aux musiques noires dès 1981.
Dans le premier long-métrage de Jimmy Laporal-Trésor, Rascals, il jouera son propre rôle, « en tant que MC » (maître de cérémonie) d’une battle de danse. L’histoire se passe en 1984, l’année où toute la France a découvert Sidney comme animateur de la première émission télévisée au monde qui mettait en lumière la culture hip-hop.
En 1984, son émission culte "H.I.P. H.O.P" a popularisé la culture hip-hop en France.
Tous les dimanches, en début d’après-midi sur TF1, de janvier à décembre 1984, juste après la série américaine, Starsky et Hutch, la culture hip-hop avait son rendez-vous cathodique à une heure de grande écoute.
"Je ne pensais pas que le hip-hop durerait autant et qu'on en parlerait même encore en 2023" déclare-t-il sans aucune nostalgie, "et je pensais encore moins qu'on m’appellerait pour des battles ou des conférences. C’est assez incroyable. J'ai l'impression que j'ai fait quelque chose de formidable dans ma vie. Après le traditionnel et incontournable "Bonjour, les frères et les sœurs !", Sidney reçoit dans son émission les pionniers du mouvement hip-hop.
Parmi eux, des graffeurs comme Futura 2000, les breakdancers du Rock Steady Crew et surtout la crème de la musique comme Sugarhill Gang, Herbie Hancock, et Afrika Bambaataa, considéré comme un des créateurs du mouvement hip-hop et le fondateur de la Zulu Nation.
Le premier présentateur noir à la télévision française a les honneurs du New York Times comme un certain... Michael Jackson.