L'Autre Côté (La Valla) : Synopsis et Analyse d'une Série Dystopique Espagnole sur Netflix

En 2020, les plateformes de vidéo à la demande ont connu un énorme succès, au profit de l’horizon restreint de nos vies confinées. Cette expérience inédite nous a conduits à interroger notre rapport au temps et à l’espace. Pour beaucoup, la pratique de marathons audiovisuels, aux contenus de qualité très inégale, a été une réponse simple à ces questionnements existentiels et un passe-temps - ou un trompe-l’ennui - efficace. Dans ce contexte, l’année a été florissante pour la fiction espagnole.

Au milieu de succès attendus (30 monedas, Patria, Veneno), celui de La Valla a été une surprise. À l’heure des bilans audiométriques, la production de Daniel Écija a su toucher un large public, avec une part moyenne de 10 % (environ un million de téléspectateurs) pour les 13 épisodes diffusés de septembre à décembre 2020 sur la chaîne espagnole Antena 3. Mais c’est la collaboration du groupe Atresmedia avec Netflix qui a donné une dimension internationale à la série. Elle s’est classée dans le top 10 des séries les plus regardées de la plateforme pendant plus de cent jours.

La Valla (littéralement « la clôture » ou « la barrière »), sortie en France sous le titre L’Autre côté, nous plonge dans l’Espagne de 2045, aux allures post-apocalyptiques. Depuis 25 ans, les libertés démocratiques ont été suspendues par le président, qui a instauré un régime autoritaire sous le nom de Nueva España, mettant à profit une situation sanitaire dramatique. Dans ce futur proche, la société espagnole est livrée à ses plus bas instincts, alors que le Noravirus circule toujours.

Veuf, Hugo part avec sa fille Marta et son frère s’installer à Madrid, auprès de sa belle-mère et de Julia, la sœur jumelle de sa femme. Afin de pénétrer dans la capitale, ils doivent une première fois franchir la barrière qui la sépare du reste du pays. À peine arrivés, Marta lui est enlevée. Dans une ville terne où la population vit dans une totale soumission aux autorités, Hugo et Julia partent à la recherche de la petite fille. Leur quête les emmène à s’introduire dans le Secteur 1, immense zone résidentielle fermée et protégée où vivent les élites et le gouvernement, en entrant au service du ministre de la Santé.

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Cette œuvre originale ne vaut sans doute pas les adaptations des grands modèles du genre (Le Meilleur des mondes, 1984 ou Le Maître du Haut-Château), mais, malgré son scénario simpliste, elle offre plus de profondeur qu’il n’y paraît. Dès l’ouverture de l’épisode pilote, le spectateur apprend la propagation d’un virus agressif, sur fond de troisième guerre mondiale (ressort orwellien). Au fil de la saison, on en apprend plus sur la pandémie de Noravirus - aux sonorités équivoques -, aux symptômes respiratoires et à la fièvre manifestes. Plus létal que le Coronavirus - ignorant la question de l’âge -, ce virus fictif est fortement contagieux et implique des mesures sanitaires d’isolement physique et social (quarantaine). Son origine inconnue et les problématiques liées au vaccin sont autant d’éléments qui font écho à la réalité de 2020.

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Les autorités de Nueva España ont proclamé des mesures d’exception pour endiguer la propagation du virus, qui ne sont pas sans évoquer les règlementations imposées en temps de Covid-19, en particulier la restriction de mobilité (confinement périmétral, couvre-feu), dans le cadre d’un état d’urgence permanent. La série expose également dans de nombreuses scènes des cas de violences policières et d’abus d’autorité, qui trouvent une certaine résonnance dans l’actualité (affaire George Floyd).

Indirectement, la série renvoie au débat sur l’efficacité des moyens démocratiques pour faire face à une pandémie. L’application des mesures sanitaires, faute de recours humains et matériels pour les faire respecter, repose essentiellement sur l’acceptation populaire. Cependant, ce contrôle sanitaire, lorsqu’il se prolonge, est de plus en plus dénoncé comme une dérive autoritaire et liberticide. Sans grande finesse, La Valla soutient cette idée sur le long terme mais amène à réfléchir aux fragilités internes du modèle occidental.

À budget contraint, la direction artistique a recréé le Madrid de l’après-guerre. L’essentiel des décors extérieurs sont d’ailleurs réels et caractéristiques de l’époque. La Colonia Pico de Pañuelo, quartier ouvrier du début des années 1930 et épargné par les combats, donne vie au Secteur 2, celui des pauvres et des vaincus. Comme le pouvoir franquiste, le gouvernement néo-espagnol est installé en périphérie de Madrid (Secteur 1), dont les plans ont été tournés dans le quartier cossu d’El Plantio.

La série reprend également les codes des régimes autoritaires et totalitaires du 20e siècle, en les mélangeant parfois. La Dirección General de Seguridad, police politique comme sous le franquisme, porte un uniforme noir, avec képi et bottes montantes, qui renvoie, dans l’imaginaire visuel collectif, à celui des SS. Le logotype néo-espagnol fait de chevrons blancs cerclés de noir rappelle à la fois une symbolique militaire et se confond avec un négatif de croix gammée, unie à la bandera nacional. Le nom même du régime est sans équivoque : Nueva España fait partie de la terminologie d’inspiration phalangiste employée sous le franquisme.

L’ambiance de la série retranscrit également la « culture de guerre » dans l’Espagne franquiste, où toute attaque contre l’autorité est présentée comme du terrorisme et où une population persécutée est condamnée à un « exil intérieur » (clandestinité). L’encadrement de la société est très strict, comme aux heures de la répression franquiste : enregistrement (registre de quartier, carte professionnelle) et surveillance de la population (points de contrôle, réseau d’indicateurs et de référents de quartier, couvre-feu).

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Le rapt d’enfants, fil conducteur de la série, renvoie à un crime du régime franquiste. Le 7e épisode expose, enfin, clairement la filiation entre cette nouvelle Espagne fictive et le régime franquiste. La fin de la saison laisse entrevoir des jours meilleurs pour l’Espagne et sa population, avec un changement politique à l’œuvre.

Voici un tableau récapitulatif des éléments clés de la série :

Élément Description
Année 2045
Lieu Madrid, Espagne
Contexte Monde post-apocalyptique, régime autoritaire
Problème Pandémie de Noravirus, manque de ressources
Thèmes Autoritarisme, pandémie, libertés individuelles, franquisme

En conclusion, L'Autre Côté est une série qui, malgré ses faiblesses scénaristiques et son manque de budget, parvient à susciter la réflexion sur des thèmes d'actualité tels que les dérives autoritaires et la gestion des pandémies.

Affiche de la série L'Autre Côté

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