La Fabrique du Mensonge : Analyse d'un Documentaire sur la Propagande Nazie

Le film La fabrique du mensonge, réalisé par Joachim Lang, offre une plongée au cœur de la machine de propagande nazie, en se concentrant sur la figure de Joseph Goebbels. Ce film a été projeté au ciné-club de L’Histoire au cinéma Le Champo le 14 février 2025, suivi d’une rencontre avec Joachim Lang, le réalisateur, Johann Chapoutot, historien spécialiste du nazisme, et Antoine de Baecque, historien et critique cinéma.

La Fabrique du Mensonge Affiche

Genèse et Objectifs du Film

Joachim Lang explique que son intérêt pour le sujet a débuté dès l'enfance, après avoir lu L’État SS. Le système des camps de concentration allemands d'Eugen Kogon. Il ne comprenait pas comment de tels crimes étaient possibles et comment autant d’Allemands aient suivi le mouvement. Le film vise à comprendre les mécanismes de la propagande nazie et à éveiller la vigilance des spectateurs face aux manipulations contemporaines. L'adoption du point de vue de Goebbels a pour but de mieux comprendre les causes des horreurs dont il a été un coupable majeur, afin d’établir un parallèle avec les tentations autoritaristes actuelles, et leur lot de désinformations et fake news.

Goebbels : Un Personnage Central

Antoine de Baecque interroge Joachim Lang sur les raisons de centrer le film sur Goebbels. Joachim Lang répond que Goebbels était une figure centrale, il était Gauleiter de Berlin et a pavé le chemin pour le parti et pour le système. La période dont parle le film s'étend entre 1938 et 1945. En 1938, durant l’annexion de l'Autriche, on voit qu’il joue un rôle toujours plus important.

Selon Johann Chapoutot, Goebbels est sans doute le personnage du Troisième Reich et de ce qu’on appelle le Führungsriege (« premier cercle ») le mieux connu. Il a laissé lui-même un journal de 12 000 pages, dans lequel il écrivait chaque jour. Outre les sources qu’il a lui-même produites, il était en charge de la culture et de la propagande au sein du Troisième Reich, c’est-à-dire qu’il était en contact avec des gens qui eux-mêmes sont très réflexifs, écrivent beaucoup et ont laissé beaucoup de témoignages.

Johann Chapoutot souligne également que l'acteur Robert Stadlober incarne avec justesse la ferveur qui caractérisait Goebbels, un homme constamment en quête de sens et de mission. Il trouve tout cela dans une rencontre qu'il fait en 1925, à un moment où Hitler sort de prison, où le parti nazi remet en cause sa primauté et est en train d’éclater. Goebbels tombe véritablement amoureux de Hitler, et il le sera jusqu’à la fin.

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Robert Stadlober dans le rôle de Goebbels

Le Rôle du Cinéma dans la Propagande Nazie

Antoine de Baecque souligne l'importance du cinéma dans la propagande nazie, une idée chère à Goebbels et à Hitler. Joachim Lang explique que Goebbels préparait des mises en scène pour les actualités et les grandes réunions du parti. Les actualités étaient quelque chose d'extrêmement populaire. A l'époque, c’étaient les seules images qu'on pouvait avoir du front. Il avait ensuite créé des espèces d'escadrons de propagande qui allaient filmer sur le front, donc il y avait partout une fabrication totale des images.

Johann Chapoutot insiste sur le fait que notre vision du Troisième Reich est complètement informée par la production d'images nazies. Concernant les actualités cinématographiques : Goebbels a marché dans les pas d’un précurseur des années 1920. Alfred Hugenberg était le grand magnat des médias dans les années 1920 et dominait en propre une vingtaine de titres. Mais en réalité, il contrôlait 1 600 journaux, et il avait ajouté à son empire médiatique deux compagnies cinématographiques : l'UFA et la Deulig. Goebbels apparaît comme un peu trop social pour tout ce patronat et cette banque allemande qui ont soutenu l'arrivée de Hitler au pouvoir. Il arrive finalement plus tard, le 11 mars 1933 au ministère : il fait tout, évidemment, pour dévorer Hugenberg, et ç’a été le cas en quelques mois.

Un exemple frappant de la mise en scène du cinéma est le film Kolberg de Veit Harlan, tourné à l’été 1944 avec des moyens considérables, mobilisant 20 000 figurants et créant de fausse neige en plein été. Ce film devait être l'équivalent de la Wunderwaffe, - l’arme miraculeuse - sur écran.

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Le Discours du Palais des Sports (1943)

Antoine de Baecque souligne l'importance du discours de Goebbels au Palais des sports de Berlin, le 18 février 1943, un moment clé du film. Joachim Lang explique qu'il était absolument conscient qu'il fallait utiliser tous les moyens disponibles pour créer cet événement multimédia. Un livre de l'historien Peter Longerich décortique ce discours comme j'ai essayé de le faire dans mon film. Mon idée était toujours de montrer ce qu'on pouvait obtenir avec les moyens de l'époque, et faire réfléchir le spectateur en déconstruisant et en montrant les mécanismes.

Johann Chapoutot note que ce discours marque le retour en grâce de Goebbels après une période de mécontentement de Hitler. Il se trouve que la manière dont Goebbels a pensé les choses à partir de février 1943 va jouer sans doute un rôle très important. Une analyse rationnelle des choses montrait que l'Allemagne allait perdre la guerre.

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Goebbels va réussir avec les actualités cinématographiques à montrer que tout fléchissement face à l'Armée rouge aboutit à la dévastation de la civilisation, à l'extinction biologique de la race allemande, en montrant quelques images d’exactions commises par les Soviétiques sur le front de l’Est, dans des villages qui ont été perdus puis reconquis par les Allemands, et où on a vu ce que les Soviétiques avaient laissé. Cette propagande-là eu un effet très efficace, puisque les soldats allemands se sont littéralement laissé piler sur place pour défendre leur territoire.

Goebbels discours

Antisémitisme et Catholicisme

En réponse à une question du public, Johann Chapoutot explique que l'antisémitisme était largement répandu dans le catholicisme et le protestantisme de l'époque. Et par ailleurs, dans le premier cercle nazi, on a beaucoup de catholiques. Goebbels en est, Hitler en est, Himmler en est également. C’est quelque chose d'assez singulier en fait, qui veut qu’on ait des catholiques proéminents dans l’appareil nazi.

Parallèles Contemporains

Johann Chapoutot observe que les acteurs sociaux de la monstruosité actuelle font des références permanentes au nazisme. Joachim Lang exprime également son inquiétude face aux allusions de l'AfD, le parti d'extrême droite en Allemagne. France 5 propose une nouvelle soirée exceptionnelle de La Fabrique du mensonge intitulée « Sur la piste des agents de Poutine », avec la diffusion d'un documentaire suivi d'un plateau présenté par Thomas Snégaroff.

Le film La fabrique du mensonge, à travers le regard de Victor Klemperer, dresse un portrait terrifiant de Joseph Goebbels, homme cynique et nazi fanatique, ministre de la Propagande du IIIe Reich. Le long-métrage est une plongée au cœur de l’entourage d’Hitler qui permet de comprendre les méthodes de propagande et de manipulation des masses développées par Goebbels.

Tableau Récapitulatif des Personnages Clés et de Leurs Rôles

Personnage Rôle Importance
Joseph Goebbels Ministre de la Propagande du IIIe Reich Figure centrale de la machine de propagande nazie
Adolf Hitler Führer Chef du régime nazi, bénéficiaire de la propagande de Goebbels
Alfred Hugenberg Magnat des médias Précurseur de Goebbels dans la manipulation de l'information
Veit Harlan Réalisateur Auteur de films de propagande comme "Le Juif Süss" et "Kolberg"

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