Le monde de la nuit française est sur le point de perdre l'un de ses symboles les plus emblématiques. Le dernier Macumba de France, situé près de Lille (Nord), va fermer définitivement ses portes en février 2025, marquant la fin d'une époque pour des générations de fêtards. Cet établissement, qui a ouvert ses portes en novembre 1975, ne célébrera donc pas son cinquantième anniversaire. Le week-end des 22 et 23 février 2025 sera donc le dernier pour ce lieu mythique.
Mais avant de dire adieu à cette institution, plongeons-nous dans l'histoire fascinante des Macumba, ces discothèques qui ont révolutionné la fête et ouvert la voie aux clubs d'aujourd'hui.
L'emblématique Macumba d'Englos, près de Lille.
Les Origines du Phénomène Macumba
L'aventure des "Macumba" commence à Oran en Algérie, au milieu des années 1960. Deux beaux-frères, Henri Souque et Jean Calvo, tombent amoureux d'une paillote de plage nommée "Macumba". Une fois revenus en France, ils fondent en 1966 un complexe de loisirs à Montpellier (Hérault) et décident de le nommer : le "Macumba". Dans leur nouvel établissement, les créateurs du "Macumba" proposent aux clients de venir se déhancher sur un dancefloor géant. Mais pour se démarquer des dancings traditionnels, ils mettent aussi à disposition des cours de tennis et une piscine avec plongeoir, un terrain de camping et un restaurant.
L'ouverture est un succès immédiat, mais c'est surtout le dancing qui attire les foules. Les propriétaires décident alors de vendre le complexe de Montpellier et d'ouvrir de grands dancings dans toute la France. L'aventure des "Macumba" est lancée.
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L'Âge d'Or des Macumba : Innovation et Démesure
En 1972, un "Macumba" XXL s'implante à Mérignac près de Bordeaux. L'architecte du bâtiment imagine un établissement rond, très original pour l'époque. Il choisit des couleurs vives à la mode comme l'orange et le mauve, sans oublier le sol en parquet et des murs qui bougent. "Bien avant Jean-Michel Jarre, il y a eu un laser au Macumba", s'amuse André Siarri, directeur de la boîte de nuit de Bordeaux, sur France 3. La sono du DJ est au centre de la salle, installée dans une cabine en forme de hamburger. Le bar, lui, mesure 22 mètres. De petits podiums sont aussi prévus pour les danseuses "topless" (seins nus, en français). "Il fallait oser, ça n'existait pas en France", ajoute André Siarri.
Le succès est fulgurant. Plus de 1 000 personnes viennent fouler la piste du "Macumba" bordelais. "Les gens n'avaient jamais vu ça, ils ne partaient pas", confie l'architecte Michel Petuaud-Létang. Les week-ends passent et cette boîte de nuit nouvelle génération attire entre 1 500 et 1 800 fêtards. "Des gens venaient de Paris pour voir l'établissement", affirme aussi André Siarri.
Après Mérignac près de Bordeaux, celui du Nord s'implante à Englos près de Lille. Ces emplacements ne sont pas un hasard. Ils permettent d'"éviter les nuisances" car les boîtes de nuit sont éloignées des habitations, explique Dimitri Derepas, actuel patron de l'établissement d'Englos. Les clients peuvent y accéder facilement grâce aux grands axes autoroutiers à proximité et n'ont pas de problème pour se garer avec des parkings de grande taille.
Une publicité pour le Macumba de Mérignac, près de Bordeaux.
L'Expansion des Macumba
Les discothèques arrivent aussi à Madrid en Espagne, à Fribourg en Suisse et même à Cuba ! Les plus grandes stars passent dans les "Macumba" pour faire chanter et danser les clients hors de la capitale : Claude François, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Laurent Voulzy, Alain Souchon, Michel Sardou, Gloria Gaynor, Eddy Mitchell ou encore Dave.
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Le plus impressionnant est en Haute-Savoie, un multicomplexe de 12 pistes de danse, 12 ambiances différentes. Ce dernier deviendra la plus grande discothèque de France au fil des années. Douze salles, douze pistes, douze ambiances différentes et une affluence record avec 10.000 personnes par week-end, c'est la boîte de nuit de la démesure.
À leur apogée, on compte 23 établissements. Ces discothèques arrivent aussi à Madrid en Espagne, à Fribourg en Suisse et même à Cuba !
Le Macumba, la plus grande discothèque de France ( reportage 1997)
Macumba : Plus Qu'une Discothèque, un Lieu de Vie
Le "Macumba" devient aussi un lieu de rencontres pour les jeunes. Des centaines de couples se sont formés depuis le tout premier Macumba, il y a près de 60 ans. "C’est au Macumba que j’ai rencontré la mère de mes filles, puis il y a 10 ans ma compagne actuelle", confiait Roland, aficionado du"Macumba", au micro de "ici Pays de Savoie". Ces rencontres étaient facilitées par une nouvelle danse très collé-serré, pas toujours apprécié des DJ : le slow.
Les clients se sentent aussi comme à la maison au "Macumba". "La particularité c'est que tout le monde est le bienvenu, quelle que soit la classe sociale. C'est ça qui était magique", explique Dimitri Derepas, patron de la discothèque d'Englos. "C'est l'inverse de l'expérience parisienne où l'épreuve est d'arriver à rentrer", note Martine Drozdz, co-auteur de "Nos lieux communs" (Ed. Fayard), auprès de France 2. Là on n'a pas l'impression de sentir une grande discrimination à l'entrée".
Le Macumba d'Englos, près de Lille (Nord), est une institution, son esprit demeure. "On peut tout faire au Macumba, on peut danser, on peut chanter, on peut parler", applaudit une danseuse. "Tu as des beaux, tu as des moches, tu as des gros, des minces, mais les gens ils s'en foutent", assure une autre habituée.
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Il rassemble toutes les générations, la recette d'un succès qui traverse les décennies. Il y a tous les âges, vous avez aussi bien les jeunes de 18 ans que les personnes de 50 ans, de 60 ans. Tout le monde est passé par là au moins une fois.
"Macumba" : Une Chanson Devenue un Hymne
"Macumba" : une chanson devenue un hymne, et sept lettres gravées dans l'histoire des nuits françaises. Le chanteur, star des années 80, vient de sortir son titre "Disparue" et cherche à créer un nouveau tube. "Avec mon ami Richard Seff, on se demandait ce qu'on allait pouvoir sortir, raconte Jean-Pierre Mader à "ici Nord". Il m'a rappelé que j'avais essayé de faire une chanson un an auparavant pour Philippe Lavil et son directeur artistique Jean Maresca. Et c'est vrai que j'avais abandonné ce projet de chanson comme il n'avait pas été enregistré", poursuit-il.
Les deux amis ont l'idée d'évoquer une "une fille" qui "chante dans un club". "Moi, j'ai dit, ce serait bien le Mocambo, le César Palace. On cherchait et c'est Richard qui a eu l'idée du 'Macumba, elle danse tous les soirs'", confie Jean-Pierre Mader. Dès qu'on a eu cette phrase, on a pu finir la chanson rapidement. Donc le Macumba n'est pas à l'origine de la chanson directement. Ce nom Macumba, elle danse tous les soirs, c'est une punchline de Richard qui a vraiment bien fonctionné".
La chanson qui tourne en boucle à la radio "nous a fait de la pub", admet aujourd'hui Henri Souque.
Jean-Pierre Mader - Macumba (Clip officiel HD)
Le Déclin Progressif des Macumba
Mais la popularité de ces boîtes mythiques décline progressivement. "Les problèmes ont commencé dans les années 80, avec l’apparition du sida. Dès lors, on a remarqué une certaine retenue", raconte Henri Souque dans La Voix du Nord. "On parlait que de ça, il y avait une hantise", se souvient également André Siarri.
Les "Macumba" sont aussi des lieux "pour aller écouter de la musique live, souligne la géographe Martine Drozdz auprès de France Culture. Or à partir des années 80, il y a des nouveaux lieux dédiés à l'écoute de la musique qui émergent, en particulier les Zéniths". "Il y a une forme de spécialisation des loisirs dans des lieux dédiés" et les clients se détournent petit à petit des "Macumba".
Ces établissements sont aussi délaissés alors que se développent les contrôles d'alcoolémie de la police avec un renforcement des sanctions dès les années 70. Les centres-villes, "qui permettent d'aller faire la fête en marchant, à vélo ou en transport en commun, sont des espaces plus sûrs", explique Martine Drozdz.
Le "Macumba" est aussi considéré comme de plus en plus ringard dans les journaux et les parodies. En 1988, le "Macumba" de Nantes ferme notamment ses portes. En 2013, c'est le "Macumba" de Marignac qui s'arrête puis celui de Neydens deux ans plus tard.
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La Fermeture Inéluctable du Dernier Macumba
Le dernier "Macumba" de France, celui d'Englos, ferme ce dimanche. Le patron prend sa retraite et n'a pas trouvé de repreneur. Car ce modèle de boîte de nuit n'attire plus les investisseurs.
Cette fermeture illustre la transformation de nos habitudes festives, alors que le nombre de discothèques en France est passé de 4 000 dans les années 1980 à seulement 1 300 aujourd'hui.
Dans la mémoire collective, ces discothèques périurbaines ont ainsi rejoint d'autres symboles des Trente Glorieuses comme le centre commercial ou le pavillon. Et resteront les témoins d'une époque révolue où la fête rimait avec kilomètres parcourus en voiture et nuits endiablées loin des centres-villes.
Pour le chanteur toulousain Jean-Pierre Mader, qui avait écrit une chanson inspirée par le Macumba en 1985, « c’est aussi une époque qui s’achève ».
| Établissement | Année d'ouverture | Année de fermeture |
|---|---|---|
| Montpellier | 1966 | ? |
| Mérignac | 1972 | 2013 |
| Englos | 1975 | 2025 |
| Nantes | ? | 1988 |
| Neydens | ? | 2015 |