Depuis 2015, la Pologne est confrontée à une crise majeure suite à l'arrivée au pouvoir du parti conservateur PiS (Droit et Justice). Cette situation a particulièrement affecté le paysage médiatique polonais, notamment la télévision publique.
Un Contexte Historique Complexe
A quelques années près, la naissance et les phases de développement successives du média télévisuel en Pologne, se sont déroulées à la même époque que dans les pays d’Europe occidentale. Les premiers essais de transmission télévisuelle remontent aux années 1930 du XXème siècle. Interrompus par la guerre, ils reprendront juste après la fin de celle-ci. Le 15 décembre 1951 la première transmission publique de télévision eut lieu. A partir de janvier 1953 commença l’émission d’un programme régulier d’une demi-heure hebdomadaire.
Cependant, depuis sa (re)naissance à la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la chute du régime communiste, la télévision, comme tous les médias en Europe centrale et orientale soviétisée, est instrumentalisée par les régimes en place et considérée comme un outil d’exercice du pouvoir. Le régime a d’ailleurs fait de la télévision un outil de propagande en raison de sa très grande popularité. Distillée à travers des programmes d’information, cette propagande adopte comme principal support Dziennik telewizyjny, le journal télévisé.
La transformation des médias conjointement à la transformation des systèmes politiques après la chute des régimes communistes dans les ex-pays satellites de l’URSS, a montré à quel point les deux sont interdépendants et à quel point le système et la culture politiques influencent le système et la culture médiatique, même si cette influence est réciproque. Dans l’idéaltype de la culture politique démocratique, les médias doivent servir, non pas une idéologie dominante et le régime en place, mais toute la société.
La "Petite Loi sur les Médias" et ses Conséquences
Au cœur de la polémique autour de la liberté de la presse se trouve la "petite loi sur les médias", votée le 30 décembre 2015. Cette loi vise à museler l'audiovisuel public. Les changements intervenus touchent les cadres de la télévision et de la radio publique.
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Ils sont congédiés au profit de personnalités plus proches du PiS (Droit et Justice), certains même sans grande expérience, comme Samuel Rodrigo Pereira, né en 1988 et aujourd’hui vice-chef de publicité chez TVP ou de journalistes moins compétents dont le seul mérite est de travailler dans les médias les plus à droite comme la chaîne Republika ou Trwam (Je perdure). Malgré de vives protestations, entre autres de la part de la Société des Journalistes (Towarzystwo Dziennikarskie), la vague de licenciements a fait des ravages. Au total, 216 journalistes limogés.
La chaîne TVP a décidé de ne plus accorder son patronage à des émissions très grand public. À titre d’exemple, le célèbre concert organisé chaque année par Le Grand Orchestre de charité de Noël (Wielka Orkiestra Swiatecznej Pomocy) n’a pas été retransmis sur TVP, pour la première fois en 25 ans d’existence. De même que le festival de film et d’art « Dwa brzegi » (Les deux rives) ou encore le prix littéraire Nike (équivalent du prix Goncourt). Cependant, d’autres programmes sont prévus, tels qu’une conférence sur les pogroms antisémites de Kielce ou encore sur l’histoire de la Pologne d’après-guerre. Toutes ces rencontres sont organisées sous la houlette de TVP (dirigée par Jacek Kurski) et les invités sont choisis scrupuleusement, en fonction de leurs convictions.
La plupart des programmes télévisés qui ne répondaient pas aux exigences du PiS ont été supprimés et remplacés par d’anciennes émissions diffusées à l’époque du régime communiste telles que « Pegaz », « Teleranek » ou « Sonda2 ». Cependant, cette tentative de modification des grilles n’emporte pas l’adhésion des téléspectateurs et les audiences demeurent au plus bas.
Jaroslaw Kaczynski, président du PiS, a affirmé dans une interview accordée à l’hebdomadaire de droite Do Rzeczy, qu’en Pologne, en utilisant la télévision l’on peut donner l’image que l’on souhaite de la réalité, car la société n’analyse pas ce qu’elle voit, mais reçoit la vision proposée comme la vérité. Il affirme aussi que les médias publics ont pour vocation de faire la « couverture médiatique » du pouvoir en place et sont « leur canal de transmission aux Polonais ».
Le manque d’objectivité et de respect élémentaire des règles du métier, la promotion systématique d’une vision sectaire de la situation contribuent à renforcer le climat de guerre idéologique entre les médias publics et privés. Tout mouvement de protestation est systématiquement présenté comme une tentative de déstabilisation de l’État dans une rhétorique haineuse, typique de l’époque de la Pologne populaire.
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En décembre 2016, le Maréchal de la Diète a annoncé qu’il allait mettre de l’ordre dans l’organisation des contacts entre les journalistes et les députés et sénateurs. Les changements, décidés sans aucune consultation avec le milieu journalistique visaient à introduire de grandes restrictions dans les conditions de travail des journalistes parlementaires. Le Centre de presse allait être déplacé et installé en dehors des locaux du Parlement, un nombre limité d’accréditations allait être dorénavant accordé aux journalistes. Et ceux qui recevraient le droit de travailler à l’intérieur de la Diète, n’auraient pas le droit de faire des interviews ou de filmer. Les journalistes ont manifesté à l’intérieur et à l’extérieur de la Diète au motif de la non constitutionnalité de ces mesures et que le gouvernement souhaitait limiter leur droit d’accès aux salles de débat ainsi qu’aux informations concernant les activités du Parlement polonais. Le blocage de la Diète a duré trois semaines. Les contestataires se sont réunis sous le hashtag #wolnemedia (médias libres) et le Comité de Défense de la Démocratie (Komitet Obrony Demokracji) [1] a organisé de grandes manifestations.
L’assèchement du marché des annonces se poursuit pour les médias privés. Ceux considérés comme « de droite » reçoivent plus d’argent de la part des annonceurs, plus de publicité des entreprises d’État également et voient ainsi leurs recettes croître largement même si ces journaux ont un tirage inférieur à celui de Gazeta Wyborcza par exemple (100 000 exemplaires). Quant à ceux affiliés « de gauche », tels Polityka, Tygodnik powszechny, Newsweek Polska et Wprost, ils sont en grande difficulté. Le tirage moyen diminue et certains points de vente rechignent à les placer en tête de gondole. Dernièrement, le gouvernement prépare une nouvelle loi concernant la concentration du capital sur le marché des médias. Les nouvelles réformes doivent être présentées à la Diète en début de l’année 2017. Le gouvernement affirme que c’est certainement la meilleure manière « d’assurer le pluralisme des médias en Pologne ».
Télévision publique polonaise : un média de service public en difficulté
D’un média d’Etat - outil de propagande du régime communiste -, rejeté en tant que média d’information par la majorité de la population polonaise, cette télévision est devenue un média de service public, censé servir toutes les sensibilités et orientations présentes au sein de la société. Cette difficulté est d’autant plus grande, qu’elle a vu grandir la concurrence de la télévision commerciale dont le dynamisme est servi par des taux d’audience et de revenus confortables. Aujourd’hui, elle doit affronter non seulement cette concurrence-là, mais aussi celle de nouveaux médias. Elle doit aussi faire face à la numérisation des contenus sur des supports de plus en plus nombreux.
Pour transformer le système des médias, la Pologne a largement emprunté les règles de fonctionnement des médias, adoptées par différentes démocraties ouest-européennes. Ainsi, à titre d’exemple, l’organisme de régulation du secteur de l’audiovisuel polonais, Krajowa Rada Radiofonii i Telewizji (KRRiT), a été créé en 1993 suivant le modèle français, (Ociepka, 2003 : 140) alors que le modèle normatif anglo-saxon, prônant la suprématie du journalisme des faits sur celui du commentaire, a été promu en ce qui concerne les pratiques journalistiques. Cette transformation a été accompagnée par des discours normatifs bien marqués, émanant de différents types d’acteurs prônant la nécessité d’instaurer un régime démocratique des médias en Pologne. L’accent était surtout mis sur la nécessité de séparer la sphère politique de la sphère médiatique.
Les premières propositions formalisées d’une réforme des médias pour les rendre indépendants et pluralistes sont apparues en Pologne dix ans avant la chute du régime communiste, soit dès le début des années 1980. Rendre la télévision à la société constituait déjà l’une des exigences du Rapport sur l’état de la communication sociale en Pologne au début des années 1980, rédigé à la demande de l’Association des journalistes polonais SPD en 1981. Cette exigence avait été également inscrite dans la résolution finale du Ier Congrès national du syndicat NSZZ Solidarnosc qui s’était tenu à Gdansk la même année. Son trente-troisième point exige la suppression du monopole d’Etat de la radio et de la télévision et la mise en place d’un contrôle social effectif sur le secteur audiovisuel. En effet, les médias pluralistes, sur lesquels s’exerçait un contrôle social, étaient considérés comme l’un des éléments fondateurs d’une « république autogérée » revendiquée par le premier syndicat indépendant de la Pologne populaire.
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Réunissant les représentants du régime communiste et de l’opposition en 1989, ces négociations ont abouti à l’organisation des premières élections semi-libres en Pologne depuis un demi-siècle. Selon les principales conclusions formulées par ladite commission, le nouveau système de radio et de télévision en Pologne devait être ouvert à tous, démocratique et pluraliste et se composer de trois secteurs : public, social et commercial. Le secteur public devait se composer d’organismes de radio-télévision existants mais réformés selon les nouveaux principes, le secteur social devait réunir les médias électroniques de différents groupements d’intérêt alors que le secteur des médias du pays devait s’ouvrir à la concurrence en acceptant la venue d’opérateurs commerciaux. Enfin, la commission a préconisé la création d’une autorité le 29 décembre 1992 et, après de nombreux rebondissements, a repris plusieurs de ces propositions (Braun, 2008 : 49-61 ; Jakubowicz, 2007 : 221-2 ; Konarska, 2011). L’adoption de cette loi a été précédée par deux mesures qui, du point de vue symbolique, constituaient un point de rupture essentiel avec le système médiatique du régime communiste.
Selon Karol Jakubowicz, un spécialiste reconnu des médias électroniques, les dispositions de la loi sur l’audiovisuel votée en 1992 permettaient théoriquement d’assurer l’indépendance et l’impartialité de la télévision publique polonaise. Mais, au tout début de la transition démocratique de la Pologne, cette loi ne pouvait être qu’une déclaration d’intentions. A ce jour, la loi du 29 décembre 1992 reste le principal texte législatif régissant le secteur des médias électroniques, donc aussi celui de la télévision. Mais celle-ci montre de plus en plus de faiblesses liées au contexte de son élaboration, et principalement, au manque d’expérience des législateurs de la jeune démocratie polonaise. Elle ne définit d’une manière précise et satisfaisante, ni le statut légal et organisationnel des sociétés de l’audiovisuel public ni leurs sources de financement. Ce flou juridique s’est soldé par une situation financière catastrophique de Polskie Radio, société de radiodiffusion publique polonaise, financée essentiellement par la redevance, ainsi que par la commercialisation à outrance de Telewizja Polska, financée aux 4/5èmes par les recettes commerciales, ce qui compromet l’accomplissement des missions de service public qui lui ont été assignées par le législateur (Konarska, 2011). Ces missions ne sont définies précisément dans aucun texte (Bierzynski, 2008).
Cependant, dans la réalité, rien ne permet de constater quelle émission peut être qualifiée « de service public », aucune liste de critères n’ayant été définie. Après la suppression de la censure, on assiste en Pologne à l’émergence d’opérateurs de radio et de télévision privés. Les premières années, ils fonctionnent dans un contexte de vide juridique. Au printemps 1993, on dénombre 57 chaînes de télévision qui émettent de manière illégale. Le vote de la loi sur l’audiovisuel à la fin de 1992 permet de régulariser la situation d’une partie d’entre elles entre 1993 et 1997. Au milieu des années 1990, on assiste également à l’émergence massive d’opérateurs de télévision par câble et par satellite. Si bien qu’en 2005, avec 4,5 millions de foyers câblés, le pays constituait le troisième marché européen de télévision par satellite. En même temps, 8% de foyers avaient accès à la télévision par satellite (Telewizja w Europie : regulacje, polityka i niezaleznosc. Raport z monitoringu.
Aujourd’hui, l’offre télévisuelle adressée aux téléspectateurs polonais est sans commune mesure avec celle du début des années 1990, lorsque les premières chaînes de télévision commerciale ont vu le jour. Les téléspectateurs ont le choix entre plus de cent chaînes accessibles en mode numérique (TNT, câble, satellite) dont neuf chaînes de télévision publique(3). Dix-huit chaînes sont actuellement disponibles gratuitement en TNT.
Avec la naissance et la montée en puissance des chaînes de télévision privées, la part d’audience globale des chaînes de télévision publique polonaise a chuté de 80% en 1995 à 51,2% en 2003. Malgré ces résultats, l’opérateur public polonais réussissait encore à se maintenir, en termes d’audience, au même niveau, voire au-dessus de ses principaux homologues d’Europe occidentale en 2003 avec 46,4% d’audience pour la télévision publique en France, 46,2% en Grande Bretagne et 44,4% en Allemagne (Telewizja w Europie : regulacje, polityka i niezaleznosc. Raport z monitoringu. Polska, 2005 : 172). En 2006, TVP1 et TVP2, les deux principales chaînes du service public se partageaient encore plus de 45% d’audience.
Pologne : des milliers de personnes manifestent pour défendre les médias publics
Résistance et Alternatives
Les journalistes licenciés ont trouvé des réponses pour pallier cet acharnement, en créant des médias indépendants (journaux et radios), mais cela n’est pas suffisant face au raz-de-marée conservateur, qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
Pour contrer la vague de réformes gouvernementales, deux solutions se dessinent. La première passe par la mobilisation de la société civile. La seconde par l’interpellation des gouvernements étrangers et de l’Union européenne. Les citoyens polonais ont déjà fait preuve d’initiative en protestant contre les menaces formulées contre leurs libertés démocratiques. Bruxelles, quant à elle, devrait se montrer garante d’une Europe respectueuse des droits et des libertés démocratiques.
La liberté d’expression ne souffre pas uniquement dans le secteur des médias. Les institutions culturelles sont également visées par le gouvernement du PiS. Ces dernières années, les Instituts culturels polonais avaient à faire connaître à travers le monde les œuvres les plus intéressantes et les plus fortes des créateurs polonais contemporains, à faciliter les contacts des artistes polonais avec le monde et à convaincre de l’exceptionnalité et de l’attractivité de la culture polonaise. Bref, ils voulaient prouver que la Pologne avait changé, qu’elle était devenue un pays ouvert, innovant, qui s’intéresse aux autres.
Le PiS a donc décidé de procéder à des changements, en nommant de nouveaux directeurs à la tête des Instituts culturels polonais qui vont dorénavant mettre en œuvre des programmes différents, beaucoup moins portés sur la création contemporaine et les échanges, et qui seront moins en mesure d’attirer le public de leur pays de résidence. De ce fait, ils se cantonneront à l’accueil de la polonia (terme désignant la diaspora polonaise) puisqu’ils se concentreront sur la présentation de l’histoire du pays, en particulier dans le cadre de la célébration du 1050e anniversaire du baptême de la Pologne. Le ministre des Affaires étrangères a déclaré « qu’il était préférable de parler de personnages tels que Copernic, Chopin, Jean-Paul II, Maria Sklodowska-Curie », charriant ainsi l’électorat conservateur du PiS à l’étranger. Les Instituts vont inévitablement se transformer peu à peu en centres culturels dédiés à la polonia.
Au Théâtre polonais de Wroclaw, depuis la nomination du nouveau directeur, des manifestations de protestation sont organisées par les acteurs eux-mêmes. L’une des meilleures scènes théâtrales de Pologne est en fait en cours de liquidation. À Bialystok, le nouveau directeur nommé à la tête du Théâtre dramatique a annulé toutes les représentations de « Biala sila, czarna pamiec » (La force blanche, le souvenir noir). Cette politique du gouvernement ne touche pas uniquement les projets déjà réalisés mais également ceux qui sont encore à la recherche de financements. La situation semble se dégrader de plus en plus et ce, dans tous les domaines de la culture.
Tentative de reprise en main des médias publics en 2023
Maciej Czajkowski, rédacteur en chef adjoint de l’émission d’information du soir sur la télévision publique polonaise, a retrouvé son travail après 8 ans d'interruption, suite au limogeage de 180 journalistes en 2016 par le gouvernement ultra-conservateur du parti PiS. Située sur JP Woronicza 17, à Varsovie, Telewizia Polska est ainsi devenue pendant plusieurs années le symbole de l’asservissement aux idées de l’ultra droite, jusqu’à fin 2023, où les populistes ont été battus aux législatives par trois partis proeuropéens, dont celui, majoritaire, du conservateur Donald Tusk. Pendant la campagne celui-ci s’était engagé : « si je prends la tête du gouvernement, je promets de rétablir immédiatement l’État de droit en Pologne. Il est hors de question que nous vivions dans un pays où la justice, les médias, les libertés et la démocratie sont manipulés pour maintenir au pouvoir un gouvernement populiste. »
Nommé Premier ministre le 13 décembre 2023, Donald Tusk a démarré son mandat en trombe, prenant immédiatement des mesures symboliques fortes. Aux commandes depuis une semaine à peine, il a fait le ménage dans l’audiovisuel public, licenciant les rédactions inféodées au PiS et rétablissant l’équipe ancienne. Mot d’ordre : « fini la propagande et les fake news. »La bascule s’est faite au jour au lendemain, dans le plus grand secret.
Le 20 décembre 2023, les spectateurs ont été informés qu’il n’y aurait pas d’informations du soir, mais que le lendemain, ils pourraient voir un tout nouveau programme : l'émission « 19:30 ». Au début, l'équipe subissait des pressions de politiciens du PiS, et certains journalistes arrivaient au travail escortés et protégés par la police. Les trois premières semaines, ils ne sortaient presque pas de la rédaction, se faisant apporter à manger, et certains dormaient sur place.
Si tout au début les audiences de 19:30 étaient extraordinaires, tant les curieux se pressaient devant leur petit écran, depuis les scores sont moins bons. Certains politiciens de l’opposition accusent aussi les programmes d’être complaisants avec Donald Tusk.
Après le changement spectaculaire à la télévision publique, le Premier ministre a poursuivi ses purges pour destituer les affidés du précédent gouvernement : des directeurs de musées et d’instituts, une cinquantaine d’ambassadeurs et, tout récemment, le président de la compagnie aérienne Lot.
Bataille autour des médias publics en Pologne : le nouveau Premier ministre Donald Tusk, proeuropéen, veut en finir avec la propagande nationaliste, relayée sous l'ancien gouvernement du parti Droit et Justice. Les populistes en viennent donc à manifester à Varsovie, notamment, au siège de la télévision publique polonaise TVP. Les locaux de la chaîne sont même occupés par certains députés et l'ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki, qui veulent défendre, disent-ils, la "liberté d'expression" et le "pluralisme des médias", mais ce n'est qu'une "farce grotesque", selon le quotidien Rzeczpospolita, pour construire le mythe d'un parti populiste d'opposition qui serait muselé par un gouvernement proeuropéen.
Mardi, le parlement polonais a adopté une résolution appelant à la "restauration de l'impartialité et de la crédibilité des médias publics". Ce qui s'est traduit, sur la chaîne publique TVP, par ces propos du journaliste Adrian Borecki : "C'est du jamais vu dans l'histoire de la Pologne ! Le ministre de la Culture a limogé tous les directeurs de la télé, de la radio publiques et de l'agence de presse nationale", juste avant que l'antenne ne soit suspendue, écran figé.
"Lex TVN"
Le gouvernement polonais, affaibli par le départ d'un des partis de sa coalition, a réussi à faire voter une loi sur les médias qui risque de grever davantage ses relations avec ses principaux alliés, l'Europe et les Etats-Unis. Au cours d'une séance houleuse et pleine de rebondissements, les députés ont décidé de passer au vote sur un texte qui revient à interdire à des sociétés étrangères à l'Europe de détenir majoritairement le capital des chaînes de radio ou de télévision. La loi baptisée « Lex TVN » viserait en particulier le groupe américain Discovery, propriétaire du principal réseau de télévision privé polonais, TVN, dont la chaîne TVN24 est souvent critique envers le gouvernement polonais. Si elle est définitivement votée, la loi obligerait le groupe à vendre tout ou partie de la société. Elle a été adoptée par 228 contre 216, avec dix abstentions et doit désormais être soumise au Sénat.
Selon le parti au pouvoir Droit et Justice (PiS), ces nouvelles règles sont nécessaires pour empêcher les puissances étrangères de prendre le contrôle des diffuseurs du pays. Le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, cite souvent la Russie ou la Chine pour justifier cette « repolonisation » des médias qui est une obsession du parti Droit et Justice depuis son retour au pouvoir en 2015.
La décision du Parlement constitue « une attaque sans précédent contre la liberté d'expression et l'indépendance des médias », a déclaré mercredi soir la direction de TVN dans un communiqué. « Le résultat du vote d'aujourd'hui porte atteinte aux droits de propriété, ce qui inquiète les investisseurs étrangers en Pologne. Elle sape aussi sans aucun doute les fondements de l'alliance polono-américaine construite au cours des trente dernières années », a ajouté la direction de la télévision qui a également appelé le Sénat et le président à rejeter la loi.
L'initiative du gouvernement polonais s'annonce en effet lourde de conséquences pour ses relations extérieures. Les Etats-Unis, présentés en toutes circonstances comme leur principal allié, ont déjà fait part de leur agacement. Dès mercredi soir, le secrétaire d'Etat américain, Anthony Blinken, a réagi en se disant « profondément préoccupé » par le passage de la loi. Il souligne en outre que ce texte « affaiblirait fortement l'environnement médiatique que le peuple polonais a travaillé si longtemps à construire » ajoutant que le projet allait « à l'encontre des principes et valeurs que les nations modernes et démocratiques défendent ».
L'Union européenne s'est également insurgée, comme elle le fait à chaque fois qu'elle considère que la Pologne s'en prend aux libertés publiques et à la démocratie . «Le pluralisme des médias et la diversité des opinions sont ce que les démocraties fortes accueillent, et non ce qu'elles combattent», a écrit Vera Jourova, vice-présidente de la Commission européenne, « la loi polonaise sur la radiodiffusion envoie un signal négatif».
Tableau des parts d'audience de la télévision publique polonaise
| Année | Part d'audience globale des chaînes de télévision publique |
|---|---|
| 1995 | 80% |
| 2003 | 51.2% |
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