Après des mois de négociations, Nathalie Tourret et Julien Alric ont obtenu un accès rare pour réaliser un reportage en Corée du Nord, le pays le plus fermé et le plus militarisé du monde. Ce reportage, diffusé sur France 2, constitue un témoignage exceptionnel de la vie dans le « Pays le plus fermé au monde ».
Les autorités nord-coréennes ont donné leur accord pour un tournage dans ce pays qui s'isole pourtant du reste du monde. L'équipe a pu suivre une famille dans son intimité, entrer dans une usine, un hôpital, traverser la campagne et même interroger des Nord-Coréens dans la rue. Ce tournage inédit permet de mieux comprendre la vie quotidienne dans cette dictature qu’une commission d’enquête onusienne veut traduire devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité.
État parmi les plus fermés au monde, la Corée du Nord fait régner ordre et obéissance jusque dans les foyers. Ce jeune couple et leur bébé ont accepté d'ouvrir les portes de leur appartement moderne. Au-dessus du canapé, dans le salon, trône une photo du Maréchal entouré du couple. Un logement fourni par le maréchal Kim Jong-un ; ce dernier est même venu leur rendre visite depuis leur emménagement.
La Doctrine de Songun et l'Embrigadement Militaire
"Ici, c'est la chambre de notre petit chéri. Ici, c'est son lit. Ça, ce sont des cadeaux qui ont été offerts par le Maréchal à notre fils", désigne fièrement le jeune père. Accroché au mur, un uniforme militaire taille enfant, signe de leur allégeance au régime qui applique la "doctrine de Songun" - une politique qui donne toute priorité à l'armée. En Corée du Nord, le service militaire dure dix ans. Avec plus de 1 million de militaires actifs et 8,2 millions de réservistes, c'est le cinquième pays le plus militarisé au monde.
"J'espère que notre fils pourra être une arme au service de notre maréchal Kim Jong-un", renchérit le père. Une "arme" avant même d'être leur fils... Le petit appartient déjà au régime, avec un destin tout tracé malgré son jeune âge. Dans le pays, les aspirations individuelles s'effacent devant le bien commun.
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Propagande et Isolement Informationnel
Dans le salon, une télé dernier cri diffuse en boucle des images à la gloire du régime. Une seule chaîne pour 24 millions de personnes. Cette télévision d'État distille chaque jour des messages de propagande au service du culte de la personnalité et du parti unique, ainsi que des vieux films de l'ex-bloc soviétique.
Interrogé sur les films étrangers, le père est catégorique : "Les films capitalistes sont obscènes. Les films socialistes nous correspondent, nous ressemblent. La télévision ne diffuse jamais de films américains pourris." Ici, regarder des films étrangers est passible d'emprisonnement. L'information et la "propagande" extérieures ne doivent pas parasiter les esprits des citoyens nord-coréens.
Pourtant, malgré l'omniprésence de l'État dans la vie de chacun, il semblerait que le tableau ne soit pas idyllique. Au milieu des années 1990, le pays a dû faire face à une famine effroyable, qui a coûté la vie à des centaines de milliers de citoyens. Une crise qui a montré les limites du pouvoir. Les tickets de rationnement qui existaient bien avant la famine ont été largement insuffisants.
Les Défis Alimentaires et les Marchés Parallèles
Dans sa cuisine spacieuse, Mun Kang-Sun, son épouse, prépare le dîner, mais elle n'a pas l'eau courante. "On nous distribue du riz et d'autres produits alimentaires de base, comme de l'huile, de la sauce de soja, de la pâte de soja, des œufs, des légumes. Mais comme la quantité de légumes qu'on nous fournit chaque année n'est pas suffisante, on va de temps en temps au marché pour en acheter."
D'après les Nations unies, 80% des foyers ne mangent pas à leur faim. Interrogée sur la grande famine de 1990, la jeune femme est confuse, visiblement mal à l'aise. Puis elle se ressaisit : "Nous savions que tant que nous avions la direction de notre général Kim Jong-il, nous surmonterions tous les obstacles. Même avec une soupe de riz, nous n'avions pas faim." L'alimentation reste probablement le problème numéro 1 du régime. La Corée du Nord n'est pas un pays agricole.
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Pour éviter que l'histoire ne se répète, les Nord-Coréens ont développé des systèmes parallèles leur permettant d'acheter des produits de consommation venant de l'étranger, notamment de Chine.
Provocations Nucléaires et Tensions Internationales
Corée du Nord, la dictature du nucléaire
Alors que Kim Jong-un multiplie les provocations, propageant la menace d'une guerre nucléaire contre les États-Unis, Laurent Delahousse et l'équipe de « 20h55 » retracent soixante-dix ans de dictature nord-coréenne pour comprendre comment un si petit État autarcique a pu devenir une véritable puissance nucléaire.
Depuis 2011, Kim Jong-un multiplie les provocations, plongeant davantage son pays dans le chaos pour accélérer la course à l’armement nucléaire. En septembre dernier, menaçant directement les États-Unis, le jeune dictateur a ainsi fait une annonce fracassante : Pyongyang possède désormais la bombe H et serait capable de frapper le territoire nord-américain.
Si la Corée du Nord s’est, depuis, engagée à envoyer une délégation d’athlètes aux Jeux d’hiver en signe d’apaisement et de dégel des relations entre les deux Corée, la communauté internationale reste plus que jamais inquiète. D’autant que, provocation pour provocation, le président américain menace lui aussi Pyongyang de représailles funestes.
« Il n’y a qu’une seule personne plus imprévisible que Kim Jong-un, c’est Donald Trump », analyse, pour les caméras de « 20h55 », le spécialiste de l’espionnage international Joseph Fitsanakis. Faut-il redouter l’escalade ? Est-il possible de voir à nouveau exploser une bombe atomique, plus de soixante-dix ans après Hiroshima ? Assiste-t-on à une nouvelle guerre froide ?
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L'Histoire de la Dynastie Kim
Dans ce film inédit, Laurent Delahousse et les équipes de « 20h55 » retracent ainsi plus de soixante-dix ans d’histoire nord-coréenne, depuis la fondation du régime stalinien par Kim Il-sung lors du partage de la péninsule au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, jusqu’au récent essai de bombe H mené par son petit-fils Kim Jong-un, en passant par l’apparente transition politique menée par son fils Kim Jong-il. En trois générations, la « dynastie Kim » aura régné sans partage sur la Corée du Nord.