Le monde du patinage artistique, souvent perçu comme un univers de grâce et de beauté, révèle une réalité bien plus complexe et impitoyable. Les séries et documentaires disponibles sur Netflix offrent un regard captivant sur les défis, les rivalités et les sacrifices que les athlètes doivent affronter pour atteindre le sommet.
"Spinning Out": Entre rêve et réalité dans le monde du patinage
SPINNING OUT est un teen drama qui suit Kat Baker, une ancienne championne de patinage artistique interprétée par Kaya Scodelario, qui rêve de renouer avec la glace après une grave chute. Au-delà des éblouissantes performances de patinage artistique, le point fort de SPINNING OUT reste son approche de la bipolarité.
Dans la lignée de Skins, la série aborde les maladies mentales de façon mature face aux problèmes de Kaya Scodelario mais également de January Jones qui incarne sa mère. Bien loin d’une approche à la Sharp Objects, le show prend le parti de représenter la réalité des troubles mentaux non seulement du point de vue des malades mais également de leurs proches.
Dans une suite d’épisodes dramatiques, la série arrive ainsi avec succès à faire ressentir le manque de contrôle d’une personne souffrante de même que l’impuissance et l’incompréhension qu’un entourage peut ressentir lors d’un épisode maniaque. Écartelé entre les brillants passages de patinage et les scènes tourmentées de mutilation, SPINNING OUT exprime aussi toute sa singularité par le choix du répertoire musical.
Comme le souligne le personnage de January Jones, la musique a toute son importance dans le monde du patinage artistique. Ainsi, le simple choix de la Sérénade pour cordes de Tchaïkovski par l’héroïne illustre toute la complexité qu’elle peut ressentir. Dès le premier mouvement chimérique à la poursuite passionnée des violoncelles, Kat Baker patine sur cette musique qui reflète avec sensibilité la psychologie de son personnage en donnant vie à cette performance qui envahit progressivement le quotidien de la patineuse.
Il faut savoir que Kat, l’héroïne, est atteinte de bipolarité, comme sa mère. Du coup le thème de la santé mentale accompagne toute l’intrigue de Spinning out et c’est ce qui en fait toute son originalité. Forcément, le milieu de la compétition de haut niveau est idéal pour imaginer toute sorte d’intrigues, coups bas et pression monumentale pour faire un cocktail détonnant pour tous ceux qui sont sur glace.
Et de ce point de vue, Spinning out montre à la perfection tous les travers du sport de haut niveau, entre les mères omniprésentes prêtes à sacrifier la santé de leurs enfants, le contrôle autour de la nourriture et de l’entraînement, les coûts faramineux qu’exige le haut niveau sans certitude de la médaille au bout, la tentation d’aller au-delà des possibilités de son corps, le calcul en compétition, le grand flou sur “l’après carrière” quand un sport a pris toute votre vie pendant des années… La série aborde également le sujet des abus de confiance et abus sexuels sur les athlètes mineurs, qui est bien entendu un vrai sujet dans ce sport comme dans d’autres (je vous invite notamment à regarder si ce n’est pas fait le documentaire Netflix consacré à cette question, Team USA : scandale dans le milieu de la gymnastique, le système qu’il dénonce est édifiant).
Tableau récapitulatif des thèmes abordés dans "Spinning Out"
| Thème | Description |
|---|---|
| Bipolarité | Représentation réaliste des troubles mentaux du point de vue des malades et de leurs proches. |
| Compétition de haut niveau | Intrigues, coups bas et pression monumentale dans le monde du patinage. |
| Santé mentale | Accompagnement de l'intrigue par le thème de la santé mentale. |
| Abus | Abus de confiance et abus sexuels sur les athlètes mineurs. |
"Losers": La beauté de la défaite
Juste après notre habituelle gamelle à l’Eurovision et quelques jours avant Roland-Garros, la France a besoin qu’on lui rappelle la beauté de la défaite ! Blague à part, voici une très belle série documentaire qui se penche sur l’échec, en matière sportive : "Losers" est disponible sur Netflix. Elle montre que perdre avec panache est parfois bien plus beau que de gagner.
Il y a huit épisodes, chacun nous raconte une histoire différente. Ces sont des histoires vraies, des histoires de boxe, de golfe, de foot, ou de course en chiens de traîneaux. Des histoires portées par un sens de la narration hyper efficace, grâce aux témoignages des premiers concernés, aux commentaires d'experts et de témoins de l'époque, aux images d'archives, mais surtout grâce à du dessin d'animation très bien senti.
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Finalement, peu importe comment on définit l’échec : ce qui compte, c’est que le sportif, lui, ait connu un sentiment de défaite, de frustration. Et surtout le regard qu'il porte dessus des années plus tard.
Surya Bonaly et tous les autres sportifs de cette série sont peut-être des perdants mais ils sont loin, très loin, d'être des tocards. De leur échec ils ont fait quelque chose de beau. A côté, les gagnants sont à mourir d'ennui.
Surya Bonaly: Une figure emblématique du patinage artistique brisant les codes
L'épisode le plus intéressant est consacré à une grande athlète française : Surya Bonaly. Une grande athlète, oui, mais qui n’a jamais décroché de médaille aux Jeux Olympiques dans sa discipline, le patinage artistique. Il faut mesurer le racisme dont a été victime cette sportive noire, qu'on qualifiait volontiers d'exotique, que l'on jugeait pas assez féminine, ou pas assez gracieuse... Ses triples lutz et ses triples piqués étaient impressionnants, mais elle est systématiquement mal notée par les juges.
En 1994, lors des championnats du monde, elle termine deuxième après une prestation parfaite... et refuse de monter sur le podium. Pire : elle enlève, en larmes, la médaille d'argent qu'on vient de lui mettre autour du cou. Certains diront qu'elle était mauvaise perdante. Mais on comprend, 25 ans après, son immense sentiment d'injustice.
Et puis il y eut les JO de 1998. Surya Bonaly n'était pas encore remise d'une blessure au talon d'Achille. C'est elle qui raconte la suite, en anglais puisque c'est un documentaire américain et qu'elle est devenue, depuis, franco-américaine :
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Le salto arrière est interdit et elle le sait, évidemment. Elle le fait quand même et termine dans les choux du classement, mais ovationnée par le public. Magnifique pied de nez aux juges, qui l'ont si souvent méprisée. Ce salto a définitivement marqué l'histoire de son sport. Et ça, ça vaut de l'or.
Alors que son film Suprêmes, qui revient sur l'ascension du groupe de rap NTM, sortira au cinéma le 24 novembre, la réalisatrice Audrey Estrougo va bientôt raconter l'histoire de Surya Bonaly. La patineuse franco-américaine sera le personnage principal d'une série qui relatera son parcours, son ascension dans le monde du patinage artistique, mais aussi les obstacles qu'elle a traversés en tant que femme noire dans la France des années 90.
« C’est le combat qu’elle a mené contre les discriminations notamment racistes et classistes qui me motivent à réaliser ce projet », explique Audrey Estrougo dans un communiqué de presse publié ce lundi 15 novembre.
Ce ne sera pas la première fois que la vie de la créatrice du salto arrière sur glace sera racontée. De nombreux documentaires sont déjà revenus sur l'histoire de Surya Bonaly, aussi bien sous la forme télévisuelle (Rebel On Ice, produit par Eva Longoria) qu'audio (le podcast Surya Bonaly : Corps et Lames réalisé par Binge Audio).
History made! Surya Bonaly lands a Backflip during her free skate!
tags: #serie #patinage #artistique #netflix