La Radio Télévision Guinéenne (RTG) a célébré son 47e anniversaire, un jalon remarquable dans l’histoire des médias en Guinée. Depuis sa création le 14 mai 1977, la RTG a été le fruit d’une collaboration fructueuse entre la République de Guinée et la Libye, soulignant l’importance de la coopération internationale dans le développement des médias nationaux.
Vue panoramique de Conakry, Guinée
Les Débuts de la Télévision en Afrique
Lorsque la télévision démarre en Afrique au Sud du Sahara, il y a près de cinquante ans, le continent accède à peine à l’indépendance, son développement économique est faible, la presse écrite y est diffusée depuis plusieurs siècles et la radio est reine. C’est dire que le petit écran n’est pas une priorité pour l’époque.
Dans la partie francophone, la télévision publique est calquée, dès les origines, sur le modèle juridique et administratif de l'Office de radiodiffusion télévision française (ORTF), reflet essentiel de l’organisation politique centralisée de la Cinquième république française.
Tout commence à Brazzaville, ancienne capitale de la France libre. Le Chef de l’État du Congo Brazzaville, Fulbert Youlou, veut à tout prix sa télévision nationale. À cet effet, dès avril 1962, il introduit une demande d’assistance technique auprès de la France. À l’issue d’une séance de travail tenue en octobre 1962 au siège de l’Ocora à Paris, son directeur général Robert Pontillon et Apollinaire Bazinga, ministre congolais de l’Information, conviennent de diffuser une série d’émissions expérimentales à Brazzaville, les 27, 28 et 29 novembre 1962.
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Suivra, dans la foulée, le Gabon, où la télévision nationale est inaugurée le 9 mai 1963 en présence du Président Léon Mba et de Raymond Triboulet, ministre français de la Coopération. En Haute-Volta, actuel Burkina Faso, la Volta Vision est inaugurée le 5 août 1963, 48 heures avant celle de la Côte d’Ivoire. Le Président Félix Houphouët-Boigny, qui souhaitait que son pays inaugure sa télévision avant celle de la Haute-Volta, en est passablement vexé.
En ces temps-là, posséder sa propre télévision nationale est gage de souveraineté et signe de puissance diplomatique et économique. Ainsi, au Togo où, dès 1969, la population de la capitale, Lomé, reçoit la télévision du Ghana, pays anglophone, la France se presse de débloquer près de 3,5 milliards de francs CFA, pour accélérer l’installation de la télévision togolaise, le 31 juillet 1973 !
À défaut de l’aide de Paris, d’autres pays vont chercher très loin l’aide nécessaire à la mise sur pied de leur télévision nationale. On retrouve les traces de l’aide libyenne dans la Guinée de Sékou Touré, alors en froid avec la France. Les 6 000 récepteurs, les trois caméras de studio en noir et blanc, le télécinéma, le lecteur de diapositives, les deux magnétoscopes, le laboratoire et le car de reportage qu’offre le Colonel Khadafi sont décisifs pour les débuts de la télévision guinéenne, le 14 mai 1977.
La Radio Télévision Guinéenne (RTG)
Depuis sa création, la RTG a continué de jouer un rôle essentiel dans la vie quotidienne des Guinéens, en fournissant des informations objectives, des programmes éducatifs et des divertissements captivants. Cet anniversaire est l’occasion de saluer le dévouement et le professionnalisme du personnel de la RTG, qui travaille sans relâche pour maintenir le cap malgré les tempêtes.
Logo de la télévision
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Transition vers la Télévision Numérique Terrestre (TNT)
Depuis vingt ans, la Guinée attend la transformation qualificative de sa télévision et sa radio nationales. Depuis treize années, le projet de migration de l’analogique au numérique et de nos médias de service publique.
Entamée depuis 2011, la Guinée concrétise la pose de la première pierre et le lancement officiel de la télévision numérique terrestre (TNT) ce vendredi 20 décembre 2024, à Koloma. « Le projet pour lequel nous sommes là ce matin, projet qui a fait du chemin et beaucoup d’efforts ont été fournis. Beaucoup de boulot a été abattu pour que nous soyons là aujourd’hui. La Guinée a compris, le gouvernement, depuis le 5 septembre, a pris la juste mesure et a inscrit dès les premières heures, le projet TNT dans ses priorités et cela a été suivi. Beaucoup de membres du gouvernement se sont investis pour que les bailleurs passent à la vitesse supérieure pour permettre ce pourquoi nous sommes là ce matin.
Depuis le début de la Transition, la vision du Président a permis de franchir des étapes essentielles vers la réalisation de ce droit. Et c’est dans cet élan, depuis le début de la transition, que Mamadi Doumbouya fait de la Télévision Numérique Terrestre son affaire personnelle. Il l’inscrit dans les quarante-quatre projets estampillés «priorité présidentielle».
Les trois ministres nommés par le Président de la République ont tous compris cette priorité du Président. Rose Pola Pricemou, Aminata Kaba et Fana Soumah ont porté, chacun-e à son tour cette exigence du Général Mamadi Doumbouya qui a décidé de faire de l’amélioration des conditions de vie des populations son cheval de bataille.
La TNT va révolutionner notre environnement audiovisuel. Et le jour où il ne sera plus là, la radio et la télévision nationales auront conquis définitivement les cœurs de ses compatriotes et ceux-ci seront fiers de leur RTG. L’héritage sera dans les archives de notre Institut National de l’Audiovisuel.
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État Actuel de l’Audiovisuel en Guinée
Il est important de noter l'état actuel de l'audiovisuel en Guinée en matière d’infrastructures. Il y a deux sites qui diffusent les programmes de la radio et télévision nationale sur les 32 sites. À la date d’aujourd’hui, il n’y a que 8 qui fonctionnent. Évidemment, huit sites sur 32, ça veut dire que la couverture nationale n’est pas encore celle qu’on veut. Au-delà de ce déficit de couverture nationale, il y a que le seul moyen de transport de signal de la RTG vers l’intérieur du pays.
C’est important donc de savoir que le gouvernement a fait un bon choix de démarrer ce projet. Les autres parlent de ce projet qui consiste à la numérisation de la radio télévision guinéenne. C’est le signal de la radio télévision guinéenne que nous transportons. C’est pourquoi une bonne partie de ce projet concerne la numérisation complète des studios de la RTG1 où nous sommes mais aussi ceux de la RTG2 à Boulbinet. Ils seront, renommés, équipés, le personnel sera formé, mis à niveau mais la télévision numérique terrestre vient avec de nouveaux métiers pour ces métiers. Là aussi, les collaborateurs seront formés. Un vaste programme de formation est contenu dans le projet.
Le partenaire Thomson est revenu sur les étapes traversées par la radio télévision guinéenne avant de mettre un accent particulier enregistré par celle-ci dans sa numérisation. « Les premières télévisions en Guinée ont été diffusées dès 1977 sur un émetteur analogique Thompson installé ici à Conakry dans les années 80. Ensuite, la France a accompagné la modernisation du secteur audiovisuel en Guinée et nous sommes réunis aujourd’hui en 2024 pour célébrer le démarrage d’un projet de modernisation sans précédent du secteur de visuel de la Guinée. Avec un soutien important de la France, c’est donc pour nous en tant qu’entreprise une très grande fierté de continuer à écrire l’histoire de la télévision et de la radio aux côtés de notre partenaire guinéen. Ce n’est pas un hasard qui nous appartenons depuis 2018 un groupe africain basé dans l’océan Indien. À l’issue du projet, je tiens à rappeler notre engagement et notre détermination à mener à bien ce projet dans le respect des bénéfices.
L’ambassadeur de France en Guinée, Luc Briard, a réaffirmé l´engagement de son pays à la Guinée pour cette reconquête. « Vous avez d’abord choisi de vous mettre en conformité avec vos exigences de l’Union internationale des télécommunications. Vous avez voulu reprendre votre territoire, le contrôle de votre territoire en diffusant sur l’ensemble de la Guinée. Vous produisez aussi dans vos langues nationales et c’est, je crois, très important. Et c’est très important parce que cette TNT va permettre de produire des contenus en langue nationale évidemment sur l’histoire et à partir des archives guinéennes. Et je me réjouis de la construction des 5 studios qui vont permettre à la jeunesse guinéenne de créer ses propres images, de raconter ses propres histoires et de le faire dans toutes les richesses de vos langues et en français.
Le ministre de l’Information et de la Communication, Fana Soumah a tenu à remercier l’implication de tout un chacun dès le début. « C’est le lieu de magnifier et remercier l’engagement indéfectible de Son Excellence le Général d´armée, président de la République, chef de l’État, chef suprême des armées depuis le 5 septembre 2023 à engager de grandes réformes en faveur du secteur de l’audiovisuel. L’investissement très important mobilisé pour la mise en œuvre de ce grand projet est illustratif que le chef de l’État et le gouvernement ont pris en compte les besoins à l’information de l’ensemble des populations guinéennes quelle que soit l’œuvre de leur résidence. Le projet TNT (télévision numérique terrestre) vise également à préserver la mémoire et le patrimoine de notre pays en configurant l’installation d’équipement d’enregistrement et de conservation des archives audiovisuelles pour la prospérité », a déclaré le ministre de l´Information et de la Communication.
Schéma de la Télévision Numérique Terrestre
Et de préciser: « Ceci n’a pas abouti à la création de la télévision du patrimoine exclusivement sur le web. Au-delà des équipements et infrastructures qui seront acquis, plus d’informations sont planifiées pour le personnel dans le cadre du projet sur les nouveaux métiers de l’objet visuel. Pour terminer, mesdames et messieurs, permettez-moi de rendre un vibrant hommage à mes prédécesseurs. L´aboutissement de ce jour est le résultat des actions accomplies au fil des années, de la continuité de l’administration.
« Au début, nous étions parmi les pionniers du cinéma. Nous étions les premiers dans la création artistique, musicale. Nous avons, à travers certains de nos compatriotes, lancé, disons, la créativité dans maints pays, comme la Côte d’Ivoire et ailleurs. Nos talents ont été oubliés. Aujourd’hui, le TNT, c’est un autre univers qui va fondamentalement changer notre approche, c’est un monde formidable si nous avons le courage, nous avons le sens de l’effort, le sens de la créativité pour se mettre au goût du jour, pour créer du contenu. En mesure d’être vendus, de s’exporter. Je sais que nous avons les talents qu’il faut et donc rattrapons le retard le plus rapidement possible. Que ce soit dans la création du contenu pour les télévisions, que ce soit dans la création du contenu à travers le théâtre ou le cinéma.
Défis et Perspectives
En dépit des défis financiers, technologiques et organisationnels, la RTG a continué de jouer un rôle essentiel dans la vie quotidienne des Guinéens, en fournissant des informations objectives, des programmes éducatifs et des divertissements captivants.
Depuis vingt ans, la Guinée attend la transformation qualificative de sa télévision et sa radio nationales. Depuis treize années, le projet de migration de l’analogique au numérique et de nos médias de service publique.
Aujourd’hui, le chinois StarTimes, grâce à la puissance financière des banques chinoises et sa solution clés en main, a pris le contrôle de la TNT dans de nombreux pays, notamment d'Afrique francophone, mais le consortium français porté par Canal+ vol au secours de la préservation des intérêts de la France dans son pré-carré.
Les années 1990 virent également l'arrivée par satellite des grands networks et la prolifération des antennes paraboliques et MMDS (Multipoint Multichannel Distribution Service).
La libéralisation a fait naître l'importance d'organes de régulation des médias. Au nigérian la National Broadcasting Commission (NBC) est créée en 1992 dans un contexte d’ouverture de l’industrie audiovisuelle nationale aux investissements privés locaux et étrangers alors qu'au contraire l’Independant Broadcasting Authority d'Afrique du Sud, créée en 1993 veille à la nationalisation de l’industrie audiovisuelle.
Au-delà du 17 juin 2015, date limite fixée par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) pour le passage de la télévision analogique à la télévision numérique, derrière l’explosion des offres, l’inévitable recomposition de l’écosystème médiatique et des mutations socio-technologiques se joue une part importante de l'avenir de l'audiovisuel public africain.
À l’ère du numérique et de la mondialisation culturelle, les médias africains doivent être capables de proposer à la planète entière un récit de ce qui se passent chez elle. Ce ci suppose des conditions minimales, notamment que la majorité des Africains, surtout les plus pauvres puissent avoir un téléviseur numérique, que les médias convertissent les stocks de programmes analogiques, que les nouvelles chaînes de télévisions numériques soient africanisées.
Car au-delà de l’aspect technique de cette transition, c’est dans la production de contenus adaptés à la TNT que se trouve le véritable enjeu mais dans ce domaine aussi, si les offres africaines comme celles de la chaîne sud-africaine GoTV se multiplient, le secteur reste dominé par les majors internationaux.
Il faut dire que l’essentiel des plans de formation des agents se résument en des voyages d’études ou de partage d’expériences, qui se transforment vite en voyages de plaisance. A la RTG, on se félicite de la qualité des nouveaux équipements, à la pointe de la technologie, gracieusement mis à disposition par des partenaires il y a quelques années. Ainsi se pose l’épineuse question de formation des techniciens à la fois dans l’utilisation et le maintien des équipements.
Nombre de journalistes, rencontrés samedi dans la foulée des préparatifs de cette fête ont, sous le sceau de l’anonymat, plaidé pour des assises, en lieu et place des jouissances. « Je ne sais pas si vous l’appelleriez atelier, séminaire, états généraux ou que sais-je encore ? Avant d’ajouter, presque menaçant : «notre avenir et celui de la maison en dépendent.»
Une chose reste certaine, la célébration avec pompe de ces quatre décennies d’existence a eu le mérite d’occulter la lourde dette de ce média devenu l’antithèse d’un organe public d’informations vis-à-vis de son public. Les Guinéens ne s’identifient d’ailleurs plus guère à la télévision nationale, ni à leur radio, et sont devenus plus que jamais accros aux chaines privées ou étrangères.
Au Nigeria,sous-continent logé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, la Nigerian Television Authority - originellement baptisée Nigerian Television (NTA) - est créée en 1977 : les militaires, arrivés au pouvoir à la suite d’un coup d’État, ont nationalisé les stations régionales du pays et les ont placées sous une tutelle unique.
Dans l’Afrique lusophone, ce qui frappe c’est la naissance tardive de la télévision qu’il faut mettre en lien avec la situation politique de cette partie du continent et les indépendances tardives de ces anciennes colonies portugaises, intervenues au milieu des années soixante-dix.
En Afrique, la télévision a dû s’imposer ou a été imposée au détriment d’une presse écrite qui s’était très tôt développée sur le continent, notamment le long des pays côtiers.
Pieds après pieds, pas à pas, étape après étape, le corps Guinée avance, tiré en avant par le colosse du 21 septembre 2021. Muré dans un silence de carmélite, son action positive elle, hurle de toute sa force intuitive, réactive et proactive imprimée dans l’espace public. Demain et après-demain et les jours suivants, il continuera à tirer la Guinée vers les sommets.
𝐌𝐈𝐂 – 𝐏𝐑𝐎𝐉𝐄𝐓 𝐃𝐄 𝐓𝐄́𝐋𝐄́𝐕𝐈𝐒𝐈𝐎𝐍 𝐍𝐔𝐌𝐄́𝐑𝐈𝐐𝐔𝐄 𝐏𝐎𝐔𝐑 𝐓𝐎𝐔𝐒 ( 𝐓𝐍𝐓 )
Tableau Récapitulatif des Étapes Clés de la Télévision en Guinée
| Date | Événement |
|---|---|
| 14 mai 1977 | Création de la RTG (Radio Télévision Guinéenne) |
| Années 1980 | Premières émissions diffusées sur un émetteur analogique Thompson à Conakry |
| 2011 | Début du projet de Télévision Numérique Terrestre (TNT) |
| 20 décembre 2024 | Lancement officiel de la TNT à Koloma |
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