Affaire Pierre Palmade : Le procès et ses conséquences

Vingt-et-un mois après l'accident, le procès de Pierre Palmade s'est ouvert ce mercredi à Melun, l'humoriste y est jugé pour blessures involontaires, aggravées par la prise de drogues, après le grave accident de la route qu'il a causé en février 2023 en Seine-et-Marne. Cet accident a fait trois blessés graves, dont une femme enceinte qui a perdu le bébé qu'elle attendait. Une famille réclame que justice soit faite.

Le 10 février 2023, vers 19 heures, la voiture de Pierre Palmade s'était soudainement déportée sur la voie de gauche et avait percuté un véhicule arrivant dans le sens inverse près de Villiers-en-Bière, un village au sud de Melun, en Seine-et-Marne. Outre le comédien, la collision avait fait trois blessés graves : un homme de 38 ans, son fils de 6 ans et sa belle-sœur de 27 ans, enceinte de six mois. Elle a perdu son bébé après l'accident.

Le soir de l'accident, l'humoriste venait de faire la fête pendant plusieurs jours dans sa maison de Seine-et-Marne. Après la collision, il avait été testé positif aux stupéfiants : des drogues de synthèse pour augmenter sa performance sexuelle et de la cocaïne pour résister à la fatigue.

Les victimes et leurs séquelles

Si les trois passagers du véhicule frappé de plein fouet par celui du comédien tentent de se reconstruire, les douleurs physiques ainsi que les séquelles psychologiques restent bien présentes. Malgré de longs mois de rééducation, ceux-ci souffrent toujours des conséquences physiques et psychologiques de cette collision.

Yuksel Yakut, âgé de 41 ans, explique : "Il a transformé notre vie en enfer. [...] J'ai des douleurs tellement intenses que je suis épuisé et que j'ai l'impression que mon cerveau va exploser". Il ajoute : "Je me suis fait opérer cinq ou six fois. Quand je ne prends pas mes médicaments, je ne peux pas marcher, c'est trop douloureux. Il y a des cicatrices sur le ventre, sur la jambe…".

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Yuksel affirme également ne plus se souvenir du moment de la collision. "Je faisais très attention sur la route. Je me rappelle lui avoir demandé si je ne roulais pas trop vite sur les dos-d’âne", a-t-il expliqué. L'homme se souvient de "quelques morceaux de conversation", mais ensuite, "c'est le black-out".

Yuksel Yakut a également donné des nouvelles de son fils, Devrim, qui "ne va pas bien du tout." L'enfant de six ans au moment de l'accident "ne veut plus sortir dehors à cause des cicatrices qu'il a à la tête, il a mal en permanence." Selon le quotidien francilien, la scolarité de Devrim est difficile, marquée par des crises de paniques qui ont provoqué son redoublement en CE1.

“Je n'attends qu'une chose, que la sanction soit à la hauteur de ce que Pierre Palmade m’a fait, et des conséquences qui nous écrasent encore aujourd’hui", dit la jeune femme auprès de RMC. Celle-ci explique l'appréhension qui la touche à l'approche du procès, qui "l'oblige à repenser à l'accident, à le revivre encore une fois. L’inquiétude, les cauchemars et les flash-backs ressurgissent automatiquement”, déplore-t-elle.

Elle craint que ce ne soit pas suffisant pour combattre ses angoisses: “J’ai eu un rendez-vous à l’hôpital pour mettre en place un nouveau traitement médicamenteux, plus fort, que je vais prendre jusqu’à la fin du procès pour tenir psychologiquement”.

Ercan, le frère de Yuksel, témoigne : "Nous avons traversé des moments très difficiles. On a eu des problèmes financiers, psychologiques, l’argent ce n’est pas grave mais le moral c’était compliqué. Heureusement, tout le monde est en vie".

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Les victimes de l'accident de la route sont "physiquement et psychologiquement toujours très affectées", a confié ce mercredi sur franceinfo Me Mourad Battikh, avocat de la famille de ces victimes. L'avocat assure qu"'à l'approche de l'audience", ses clients "sont dans un état de stress absolu" car elles vont devoir faire face "à celui qui a bouleversé leur vie et leur existence".

Me Mourad Battikh affirme que ses clients "attendent d'affronter et de confronter avec beaucoup de dignité celui qui a bouleversé leur vie, de pouvoir expliquer ce qu'était leur vie avant et ce qu'elle est maintenant".

L'avocat des parties civiles espère que sera l'occasion pour ses clients d'"essayer de tourner la page", et notamment pour la jeune femme "de pouvoir terminer le deuil de cet enfant perdu qu'elle ne rencontrera jamais". Mais aussi qu'il aura "une valeur pédagogique sur les consommations de drogues, sur le rapport des consommateurs de drogue et la prise de risque".

Victimes de l'accident

Les victimes de l'accident causé par Pierre Palmade.

Procédure judiciaire

L'artiste sera jugé devant le tribunal correctionnel de Melun du chef de blessures involontaires, aggravées par la prise de drogues. La qualification d'homicide involontaire, que le parquet avait requise pour la perte du fœtus, n'a pas été retenue.

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Dans la foulée de l'accident, le bébé avait été extrait en urgence par césarienne du ventre de sa mère mais déclaré mort après 32 minutes de réanimation, sans avoir donné de signe de vie extra-utérine. Or, selon une jurisprudence constante de la Cour de cassation qui s'est prononcée sur des cas semblables d'accidents de la route, un enfant qui n'est pas né vivant n'existe pas en tant que personne légale.

Pierre Palmade se trouvant en état de récidive légale en raison d'une condamnation en 2019 pour usage de stupéfiants, il encourt une peine de quatorze ans d'emprisonnement et 200.000 euros d'amende.

Quel que soit le déroulé exact de l'accident, dont l'artiste dit ne pas avoir de souvenirs, "Pierre Palmade a commis une faute de conduite lorsqu'il a soudainement tourné le volant, amenant ainsi son véhicule à rouler à contre-sens", a estimé la juge d'instruction.

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La question de l'homicide involontaire

En prenant le contre-pied de la Cour de cassation, le parquet de Melun a requis le renvoi de l’humoriste Pierre Palmade devant le tribunal pour « homicide involontaire ». Me Mourad Battikh revient par ailleurs sur le fait que la juge d'instruction n'a pas retenu la qualification d'homicide involontaire qu'avait requise le parquet pour la perte du fœtus. En effet, l'humoriste est jugé pour le seul chef de blessures involontaires, aggravées par la prise de drogues, car le bébé, extrait en urgence par césarienne du ventre de sa mère, a été déclaré mort sans avoir donné de signe de vie extra-utérine.

Me Mourad Battikh juge cette jurisprudence "hautement contestable", "absurde".

Lors du procès de Pierre Palmade, Maitre Battikh, l’avocat de la jeune maman, avait demandé la requalification de ses « blessures involontaires » en « homicide involontaire aggravé ». Me Céline Lasek, avocate de Pierre Palmade avait aussitôt rétorqué « Le fœtus n’a pas respiré à sa naissance (…), je m’y oppose ! ». Appelé à la barre, Pierre Palmade, à la question du président « Acceptez-vous que cette prévention soit rajoutée aux mentions précédentes ? » a confirmé ce refus d’un mot : « Non ».

Le même avocat a dénoncé dans les médias une « décision absurde » : « Aujourd’hui en France, les animaux domestiques ont un statut juridique ; les œufs de certains oiseaux sont mieux protégés que les fœtus !

En effet, l’article L. 415-3 du code de l’environnement prévoit une peine trois ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende pour la destruction des œufs des espèces animales protégées. Cela peut être des oiseaux, des reptiles, des batraciens voire des insectes.

Lors des débats, Me Mourad Battikh, avocat des parties civiles, a soulevé la question du statut juridique du fœtus, soulignant l'injustice de ne pas reconnaître la mort du bébé comme un homicide involontaire. Il s'appuie sur les déclarations de Pierre Palmade : « Il a dit : “Le mot qui me vient à l’esprit est meurtrier. Je suis responsable de la mort de l’enfant”.

Mila, 27 ans à l’époque de la collision, dit sa détresse à la barre. Elle raconte « l’après ». La césarienne en urgence, le bébé, « ce miracle » tant attendu qui n’a pas survécu : « Il a tué ma fille. Je l’ai vue. J’ai compté ses doigts. Elle m’a montré ses yeux. Et elle est partie seule… »

Mila, autrefois assistante auprès de jeunes handicapés, évoque ses séquelles, ses « cauchemars » : « Je ne regarde plus mon ventre. » Elle pleure. Précise que son conjoint est absent « car il ne pardonne pas. » Confie sa difficulté à s’attacher à la petite fille qu’elle a mise au monde il y a deux mois.

Les aveux et les excuses de Pierre Palmade

Quelques jours après l'accident, l'humoriste s'était dit "catastrophé" et avait "honte", avait déclaré sa sœur Hélène Palmade, qui avait pu le voir à l'hôpital. Pierre Palmade avait alors demandé à la famille "pardon du plus profond de son âme".

Devant la juge d'instruction en septembre 2023, Pierre Palmade s'était aussi dit "horrifié" des conséquences de l'accident qu'il a causé. "J'ai bousillé la vie d'une famille. Je m'endors et je me lève avec ça", avait-il ajouté. "Je suis obsédé par ça, par le bébé qui est mort (...). Je suis dangereux à cause de la drogue, je suis un chic type, je suis quelqu'un de bien", avait déclaré l'artiste, qui a lui-même perdu son père dans un accident de la route à l'âge de 8 ans.

Ce mercredi après-midi, Pierre Palmade a, à son tour, pris la parole. Il est revenu sur les circonstances qui ont précédé l'accident, dont il dit n'avoir aucun souvenir, et ses années de toxicomanie. L'humoriste s'est également adressé directement aux victimes pour leur "demander pardon du plus profond de (s)on être".

Michel, 87 ans, est aussi sourd que sa mémoire du choc est vive. L’humoriste leur succède. « Je suis terrassé de voir les victimes en vrai. Je suis horrifié de savoir que je suis responsable de ça. » Ça, ces douleurs, ces sanglots, ces corps broyés. Le sien n’est guère plus confortable. Il se bat, il lutte au jour le jour, on lui injecte de l’acide hyaluronique pour redessiner son visage. « Je voudrais leur demander pardon. Je peux me retourner ? » Il pivote et tend un bras vers la famille kurde. « Du plus profond de moi, je veux vous demander pardon. Sincèrement. » Mila fait non de la tête. Deux fois. Pierre Palmade se tétanise : « Je comprends leur colère : un fou, drogué, leur est rentré dedans.

Il entraîne dès lors le tribunal dans « l’enfer » de la drogue. Il a commencé en 1989 à 21 ans : « De la cocaïne, pour me débarrasser de l’embarras d’être homosexuel. C’était considéré comme une maladie mentale. » Palmade ne s’est « jamais aimé ». En 2018, il découvre la 3-MMC. Redoutable produit de synthèse.

Arrive le 8 février 2023 : « On commence à en prendre chez moi à Paris, le mercredi soir. Dans mon appartement, il y a du sang à cause des injections. » Avec ses deux escort boys, il part dans sa maison de Cély-en-Bière. « On s’en injecte une fois par heure pour avoir des rapports sexuels délurés et délirants. Je prends de la coke pour me réveiller. On ne dort pas. » De mercredi soir à vendredi après-midi. « On prolonge la fête. Je dis fête, mais c’est l’enfer. On est comme des zombis, nus et ensanglantés à cause des injections. C’est horrible. À 18h30, il part chercher de l’argent à Villiers « pour payer le dealer qui va venir nous ravitailler ». Acheter de la nourriture, de l’alcool. Il s’installe au volant : « Je viens de prendre quatre lignes de coke. Je nous revois tous les trois, euphoriques. Ensuite, c’est le trou noir.

Au président qui l’interroge sur son inconséquence, il a cette réponse qui explique presque tout : « Mon cerveau a effacé toute notion de prudence et de légalité. « La 3-MMC a des effets dévastateurs. Les démons de Pierre Palmade ont envahi le prétoire.

Désormais « sous antidépresseurs à dose élevée », il évite les rechutes, se réfugie auprès de sa sœur Hélène qui, à la barre, tient ces mots terrifiants : « Avant l’accident, je m’imaginais organiser ses obsèques. À la « 3-MMC qui a des effets dévastateurs. Dévastateurs ! », il ne touchera plus.

Son parrain des Narcotiques anonymes, ancien toxicomane, est à ses côtés : « Il y a un an, c’était un homme à terre. Il a su trouver sa place parmi nous grâce à son humilité et son honnêteté. Depuis l’accident, il a retrouvé « les plaisirs simples, la famille, tout ce que j’avais perdu ». Il prononce ses derniers mots : « J’ai une seule pensée, c’est pour les victimes.

Condamnation et suites

Pierre Palmade a été condamné, à Melun, à cinq ans de prison, dont deux ferme, pour le terrible accident de la route qu’il a causé le 10 février 2023 à Villiers-en-Bière (Seine-et-Marne). Il encourt jusqu'à 14 ans d'emprisonnement et 200 000 euros d'amende.

Le prévenu, Pierre Palmade, 56 ans, se maintient à la barre. Le comédien, plus exactement l’ombre de l’artiste qu’il fut, s’attendait à la déclaration de culpabilité - il reconnaît sa responsabilité depuis l’accident. Pas à la peine : cinq ans de prison, trois avec sursis probatoire d’une même durée. Deux ans ferme, donc, avec un mandat de dépôt à effet différé et une exécution provisoire. Qu’il interjette appel ou pas, il va être convoqué incessamment par le parquet de Bordeaux, où il réside. Avec la procureure Porterie, il fixera la date et le lieu d’incarcération en Gironde pour purger la sanction. En l’état, elle n’est pas aménageable.

Pierre Palmade, un pan de sa chemise blanche dépassant de sa veste noire, est sonné. À l’évidence, il n’était pas préparé à ce coup de massue bien que la sentence, assortie d’obligations de soins, d’indemnisation et de travail, soit conforme aux réquisitions de Marie-Denise Pichonnier, la procureure adjointe de Melun.

À petits pas mal assurés, il rejoint ses avocats, pose ses poings sur le pupitre. Courbé, il leur parle quelques minutes. Puis, il s’en va par la porte dérobée empruntée en matinée. Il fuit la forêt de cameramen, photographes et médias honnis qui l’ont traqué jusqu’à l’hôpital.

Le tribunal de Melun a condamné Pierre Palmade à cinq ans de prison, dont deux ferme, ce mercredi, après le grave accident de voiture qu'il a provoqué en février 2023 en Seine-et-Marne alors qu'il était sous drogues.

Après sa condamnation en novembre 2024 à cinq ans de prison dont deux ans ferme, Pierre Palmade a sollicité un aménagement de sa peine. L'humoriste souhaite sortir de la prison de Gradignan et être placé sous bracelet électronique.

Pierre Palmade au tribunal

Pierre Palmade lors de son procès au tribunal de Melun.

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