L'histoire du cinéma Le Rexy à Saint-Pierre-en-Auge

Le cinéma associatif Le Rexy à Saint-Pierre-en-Auge, près de Lisieux (Calvados), a changé de demeure pour s'installer dans l’abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives. L’ouverture est prévue samedi 5 juillet 2025, à 18 h, avec une première projection, après trois ans de chantier.

La ville de Saint-Pierre-sur-Dives possédait deux salles de cinéma. La municipalité a acheté la salle dans les années 80. C'est Jean Foulogne, agissant pour le compte de son fils Stéphane, qui en a l'exploitation.

Les débuts et l'évolution du cinéma Le Rexy

Depuis septembre 2006, une trentaine de bénévoles s'attachent à faire vivre cet espace culturel. « Dès notre première année d'activité, la salle retrouve un niveau de fréquentation convenable. Le chiffre des entrées évolue de 4 000 à 10 000 spectateurs. ».

« Lorsque l'on découvre le Rexy pour la première fois, on peut être surpris par son look vieillot avec son balcon, des sympathisants diront qu'il est resté « dans son jus » ! ». Cependant Le Rexy a su évoluer avec son temps et possède un projecteur numérique, un équipement 3 D, un son Dolby, une plate-forme de téléchargement des films et dernièrement une caisse informatisée. La municipalité finance les gros équipements et les factures d'électricité.

Pour la salle, pourtant en constante évolution depuis sa création, quelque part au milieu des années 1920, l’enjeu est de fidéliser ce qu’on appelle les « jeunes », tranche d’âge aussi flottante qu’instable. Pourtant, ce temps de l’antique cinéma communal est bien loin. Après une fermeture au milieu des années 1980 faute de combattants, des volontaires ont répondu à l’appel de la mairie pour reprendre le cinéma en 1992.

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Aujourd’hui, ce sont encore les 40 bénévoles de l’association qui font battre le pouls de la salle. Ils font tout, de l’administration à la projection en passant par la trésorerie et la programmation. « Se formant les uns les autres, ils sont parfaitement autonomes et gèrent leurs plannings via internet, sur le modèle du Doodle » se félicite Christophe Lapeyre.

Même si les choses n’ont pas toujours été aussi faciles… « A la réouverture du cinéma en 1992, on n’avait pas de lieu pour se réunir et on ne projetait que 3 films par semaine, se souvient Gérard Le Cann, bénévole chargé de la programmation. Et puis on gérait la programmation via La Soredix, une plateforme qui nous attribuait des films en fonction de ce qu’ils pensaient devoir nous correspondre, et passant parfois 8 semaines après leur sortie. Ils avaient décrété par exemple que Land and freedom de Ken Loach n’était pas adapté à notre public, et nous n’avons pas eu le droit de le passer ! ».

C’est MaCaO qui leur a suggéré quelques années plus tard de faire appel au réseau Génériques pour construire une programmation cohérente. « On nous a dit : il n’y a pas de raison que vous n’ayez pas de films en sortie nationale, raconte Gérard Le Cann. C’est la première fois qu’on entendait ça !

En 2014, forte de l’expansion de son activité, la belle équipe quitte la salle communale. Mais le lieu flambant neuf s’est fait attendre. Désir émergé au sein de l’association au début de l’an 2000, il est le fruit de « longues années de gestation » et d’âpres négociations avec la municipalité, portant grande part au financement.

« La salle communale n’étant plus aux normes, nous avons travaillé à ce projet de nouveau lieu, bien situé dans Villedieu, car on ne voulait pas d’un mauvais hangar en périphérie, indique Christophe Lapeyre. Aujourd’hui le Cinéma-Théâtre peut accueillir 190 spectateurs et, excepté le lundi, projette un à deux films par jour, dont une dizaine de sorties nationales par an.

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Outre les dispositifs MaCa0 comme « Clap ou pas Clap » ou « Révisons nos classiques » dans lequel le cinéma s’inscrit, il explore depuis 2003 les terres riches et toujours neuves du documentaire, à travers un festival, facétieusement nommé « Doc doc doc entrez ! ».

C’est suite à la rencontre, au Café des images, entre Gérard Le Cann et le critique Patrick Leboutte, spécialiste du documentaire et enseignant d’Histoire du cinéma à l’INSAS que naît l’idée de monter un festival sur ce que d’aucuns nomment le « cinéma du réel ».

Rencontre déterminante, s’il en est, puisque Patrick Leboutte n’est autre qu’un des ardents défenseurs, à la suite notamment de Jean-Louis Comolli d’un cinéma différent, échappant à toute forme de standardisation, proposant un regard juste et singulier sur le monde.

Cinéma Le Rexy à Saint-Pierre-en-Auge

« C’est Geneviève Troussier, alors directrice du Café des images qui m’a présenté Patrick, pensant que nous pourrions travailler ensemble », se souvient Gérard Le Cann. Avec, à l’arrivée, un rendez-vous de 5 jours chaque année, début avril, et une offre d’une quinzaine de documentaires, sortis dans l’année ou pas, pour certains n’ayant même pas de distributeurs, mais correspondant tous à une ligne éditoriale aussi éclectique qu’exigeante.

De vendredi à dimanche, le cinéma Le Rexy fête ses 10 ans. Dimanche : Gran Torino, à 10 h 30 ; La famille Bélier, à 14 h ; Valse avec Bachir, à 16 h ; Le discours d'un roi, à 18 h et Sherlock Holmes, jeu d'ombres, à 20 h 45. Vendredi 7 octobre, samedi 8 et dimanche 9, cinéma Le Rexy, 9, rue de l'Eglise. Tél. 02 31 90 84 73.

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MaCaO et le soutien au cinéma art et essai

Tolérante et ouverte aux migrations, MaCaO 7e art se définit comme un « réseau de salles » dont la mission principale est la « promotion et la diffusion en région du cinéma art et essai ». Un projet d’agrandissement à l’échelle de la grande Normandie est du reste à l’étude avec, d’après Agathe Fourcin « de l’envie de part et d’autre mais l’attente de financements adéquats.

Née d’une initiative assez rare en France, la structure a été créée en 1992 par des exploitants de salles privées bas-normandes, suite, entre autres, aux transformations du métier liées à l’apparition du numérique. « Nous ne sommes pas programmateurs, précise Agathe Fourcin, mais une force de proposition en termes de programmations et d’animations. Nous sommes comme une boîte à outils où chacun prend ce dont il a envie. ».

Parmi les propositions, des options de programmation, savamment sélectionnées à Cannes, Paris ou via divers distributeurs ou autre GNCR (Groupement National des Cinémas de Recherche) et projetées lors de journées de prévisionnement. Un temps de rencontre très suivi puisqu’une cinquantaine d’exploitants s’y retrouvent chaque mois, et saisissent ainsi l’occasion de « découvrir un cinéma ami ».

Qui a inventé le cinéma ? - 1 jour, 1 question

« Dans le monde du cinéma, on est les champions de la mutualisation. « Dans le monde du cinéma, on est les champions de la mutualisation, car on a peu de moyens, humains comme financiers » résume Agathe Fourcin. En effet, il faut savoir que pour obtenir un film à programmer, il est nécessaire de proposer quatre semaines d’exploitation, ce qui est énorme pour une petite structure avec peu de salles. Les réseaux comme MaCaO, entre autres, permettent de partager les copies entre différentes salles de la région et de pouvoir ainsi accueillir plus de films.

Le second axe de travail de MaCaO, ce sont ses actions en direction du jeune public. « Le but est de faire découvrir dès le plus jeune âge un autre cinéma que celui des grands studios, dans une vraie salle de cinéma » avance Agathe Fourcin.

Selon elle, en considérant les 48 adhérents du réseau, on peut observer une région contrastée, entre l’ex-Basse-Normandie, relativement homogène en population, plutôt rurale et agricole, qui compte, par conséquent, bon nombre de petites salles en mono-écran et l’ex-Haute-Normandie, plus fournie en grosses agglomérations à population concentrée et donc davantage de grosses salles multi-écrans. Mais aussi de nombreuses salles qui proposent des festivals aussi variés que « Doc doc doc entrez !

L'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives : un écrin pour le cinéma

L’Abbaye s’organise autour du cloître. Il est entouré, sur trois côtés des bâtiments conventuels, reconstruits à l’époque mauriste, et sur le quatrième, de l’église. Ces bâtiments retrouvent petit à petit leur caractère original des XVIIème et XVIIIème siècles depuis que la ville en est propriétaire et les restaure.

L'église Notre Dame de L'Epinay

De la cour du cloître, il faut admirer l’élévation de l’église, celle de ses deux tours de façade ainsi que la tour lanterne. La tour la plus visible, romane, est la tour Saint-Michel. Ses bases datent de la première abbaye et son élévation actuelle est du XIIème siècle. La tour Nord est du XIVème. La tour lanterne à la croisée du transept, caractéristique de l’architecture normande, est spécialement imposante. La nef gothique, dont on situe facilement les bas-côtés avec leurs toits en appentis, est maintenue par de puissants arcs-boutants du XVIème siècle. Une porte permet de communiquer du cloître vers l’église.

L'aile Sud

L’aile Sud est bâtie sur les caves voûtées médiévales et les travaux de restauration ont permis de mettre à jour d’autres traces de la première abbaye. Cette aile sud est destinée à accueillir le cinéma « Le Rexy ».

L'aile Ouest

L’aile Ouest où se situait l’entrée principale de l’abbaye correspondait à la partie hôtellerie ; on y trouvait une infirmerie. Il y avait aussi des cuisines et quelques chambres. Adossée à la tour Saint-Michel se trouve la chambre de l’aumône. Aujourd’hui, l’ancienne salle d’entrée est occupée par la Maison France Services et les autres pièces sont utilisées par la ville à des fins diverses.

L'aile Est

Incluse dans les plans des abbayes, la salle Capitulaire, située dans l’aile Est, est à l’endroit habituel. Elle est essentiellement du XIIIème siècle. Elle est divisée en deux nefs par une rangée de trois piliers. Là, se réglaient le spirituel et le temporel de la communauté. En 1791, elle est vendue comme bien national et servira d’écuries au Haras du Pin. Elle est classée au titre des Monuments Historiques en 1904. Elle est restaurée en 1995.

La salle du Pressoir

La salle du Pressoir, ainsi nommée car elle abrite un pressoir à longue étreinte, sert aussi à présenter les fresques post-révolutionnaires découvertes pendant les travaux dans l’Auditorium, puis restaurées.

L’Auditorium

L’actuel Auditorium est installé dans l’ancien réfectoire des mauristes. Il est spécialement intéressant par son volume et par les fresques qui y ont été découvertes lors de la restauration. Celles-ci sont un témoignage de l’utilisation privée de ce bâtiment.

Le Cloître

Les bâtiments conventuels disposés en F contre l’abbatiale datent du XVIIe siècle. Ils remplacent les premiers bâtiments médiévaux dont seules les parties basses et les caves voûtées ont été conservées.

Depuis quelques années, la ville procède au rachat progressif de ces bâtiments vendus comme biens nationaux pendant la révolution. Une partie a déjà été rénovée et abrite la bibliothèque et l’office de tourisme.

Le cloître ne présente plus qu’une travée d’arcades datant du milieu du XVIIIe siècle. Il remplace un cloître primitif qui était très semblable à celui du Mont Saint-Michel.

L’Abbatiale

L’entrée principale de l’église se fait par le portail Ouest. L’église est reconstruite après 1106, elle est d’architecture gothique. La nef et le chœur s’élèvent sur trois niveaux : grandes arcades, triforium, fenêtres hautes. Des colonnes engagées montent des chapiteaux vers la retombée des voûtes. Le décor est sobre : chapiteaux à larges feuilles ou à crochets, bandeau de quatre feuilles. La tour lanterne constitue un puits de lumière à la croisée du transept. L’abside est délimitée par cinq belles arcatures qui ouvrent sur le déambulatoire entouré de cinq chapelles rayonnantes.

Le chœur

Les vitraux du chœur (1952) représentent plusieurs saints et personnalités qui eurent un rôle d’importance dans le développement de l’Abbaye : Saint Pierre, Saint Wambert, Notre Dame de l’Epinay, l’abbé Ainard, la comtesse Lesceline ou encore l’abbé commendataire Jacques de Silly.

Le maître-autel du XVIIème est dû aux mauristes. Au centre, la colombe du Saint-Esprit est sculptée, avec de chaque côté le Christ et la Vierge puis Saint Benoit et Sainte Scholastique.

La méridienne

Lors de votre passage dans la nef, n’oubliez pas de baisser les yeux. Vous pourrez voir la méridienne gravée dans le pavé, traversant du bas-côté nord, près de la tour d’escalier jusqu’au bas-côté sud, où vous vous apercevrez que l’un des vitraux est muni d’une plaque de zinc, percée d’un trou, le gnomon. Lorsque les rayons du midi solaire le traversent, ils éclairent sur la méridienne tel ou tel signe du zodiaque, selon la saison.

Le pavement

Au sol, un pavement du XIIIème siècle vous attend. Composé de carreaux de terre cuite incrustés de motifs de couleur blanche sur fond rouge (ou inversement), cette rosace de trois mètres de diamètre se divise en neuf cercles concentriques dans lesquels alternent des représentations d’animaux fantastiques et des fleurs de lys. Retiré en 1927, ce pavement est reposé en 2011. Les ossements humains retrouvés lors des fouilles ont été replacés sous l’ensemble.

Saint-Wambert

Dans le bas-côté sud, découvrez un tableau du XIXème siècle, représentant le martyr de Saint-Wambert, qui fut martyrisé par les envahisseurs normands. Un peu plus loin, dans le déambulatoire, près de la sacristie, un autre tableau présente une procession des reliques de ce Saint. Si vous le regardez bien, vous pourrez apercevoir sur cette toile l’église abbatiale et, au fond, l’église paroissiale, désormais détruite et qui se trouvait sur l’actuelle place de la mairie.

Les chapelles rayonnantes

Au nombre de cinq, retrouvez les chapelles rayonnantes donnant sur le déambulatoire : la Chapelle Notre Dame de Pitié, la Chapelle Saint Pierre, la Chapelle Notre Dame de l’Epinay, la Chapelle Saint Sébastien et la Chapelle Saint Roch.

La Chapelle de Saint Sébastien est ornée de fresques. D’une part le Credo (XVIIème) et de chaque côté de l’autel, deux peintures murales (fin XVème), représentant deux scènes de la “Passion du Christ” : le baiser de Judas et la mise au tombeau.

À gauche de la Chapelle de la Vierge (chapelle axiale), une dalle rappelle la fondatrice de l’Abbaye, la comtesse Lesceline.

La Salle Capitulaire

Splendide construction gothique, cette ancienne salle du chapitre date de la première moitié du XIIIe siècle.

Les moines bénédictins s’y réunissaient pour s’occuper des affaires conventuelles qui nécessitaient l’assentiment de chacun.

Située dans l’aile des bâtiments conventuels et ouvrant sur la cour du cloître, sa construction est de type ogival. Trois colonnes cylindriques reçoivent les arceaux des voûtes au milieu de la salle.

La Salle du Pressoir

La salle du Pressoir, ainsi nommée car elle abrite un pressoir à longue étreinte, sert aussi à présenter les fresques post-révolutionnaires découvertes pendant les travaux dans l’Auditorium, puis restaurées.

L’Auditorium

L’actuel Auditorium est installé dans l’ancien réfectoire des mauristes. Il est spécialement intéressant par son volume et par les fresques qui y ont été découvertes lors de la restauration. Celles-ci sont un témoignage de l’utilisation privée de ce bâtiment.

Découverte d’un décor mural de la fin du XVIII siècle

Dans le cadre des travaux de réhabilitation des bâtiments conventuels de l’Abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives, a été mis à jour un décor mural datant de la fin du XVIIIe siècle, début du XIXe siècle.

Ces peintures, bien que naïves, sont un témoignage rare de la période révolutionnaire et d’une étape de la vie de l’abbaye.

Elles se présentent sous la forme d’une frise de 0,95 m de hauteur et se situent sur les murs d’une pièce de l’entresol à l’extrémité Est de l’aile Sud.

Il y a également deux grands personnages, un homme et une femme qui se font face et brandissent chacun dans leurs mains une bouteille et un verre.

Selon les conclusions de Jean Desloges, ancien conservateur du patrimoine, la pièce devait servir d’estaminet à la période révolutionnaire, après la vente des bâtiments conventuels en biens nationaux.

La municipalité de Saint-Pierre-sur-Dives, consciente de la valeur de ces peintures, et désireuse de les préserver, s’est cependant montrée fidèle à son engagement d’économie. Une solution a donc été trouvée, couvrant les frais ainsi occasionnés : la plus longue frise sera donc déposée en plusieurs fragments et transférée sur 12 tableaux qui seront ensuite exposés dans les bâtiments rénovés.

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