Alice au pays des merveilles de Walt Disney : Une analyse approfondie

Sorti en 1951, Alice au pays des merveilles, un grand classique des studios Walt Disney Pictures, célèbre ses 70 ans. Réalisé par Clyde Geronimi, Wilfred Jackson et Hamilton Luske, il est le 13ème classique d’animation des studios Disney. À l’origine, « Alice in Wonderland » est l’adaptation des romans du grand écrivain anglais Lewis Carroll.

Ces deux contes, « Les Aventures d’Alice au pays des merveilles » écrit en 1865 et « De l’autre côté du miroir » écrit en 1871, ont énormément inspiré Walt Disney à tel point qu’il vouait un culte à ces œuvres et tenait beaucoup à les adapter en dessin animé.

Walt Disney éprouvait un intérêt tout particulier pour Alice au pays des merveilles dont il avait lu les aventures étant enfant. En 1936, les Studios réalisent le court métrage De l'Autre Côté du Miroir, inspiré directement du roman de Lewis Carroll. Mais Walt Disney réfléchit depuis longtemps à une adaptation sous forme de long métrage, s’inspirant des deux romans de Lewis Carroll : Les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles et De l'Autre Côté du Miroir.

Après avoir hésité sur la forme à privilégier, entre animation et prises de vues réelles, Disney opte finalement pour une version animée. Néanmoins, pour donner un maximum de réalisme au personnage d’Alice, les studios font appel à la jeune actrice Kathryn Beaumont, qui leur sert de modèle pour réaliser les dessins et définir le graphisme du personnage.

C’est également elle qui incarne la voix de la jeune héroïne : « Le tournage fut mémorable ! Il n'y avait aucun décor sur le plateau sauf quelques structures et des dispositifs nécessaires à certaines scènes. J'en veux pour exemple cette bouteille géante en plastique montée sur une plateforme roulante prévue pour la séquence où Alice rencontre le Dodo. Alors que je marchais en vacillant d'avant en arrière pour tenter de m'échapper, les animateurs pouvaient saisir mes mouvements de manière plus réaliste. Pour le style graphique du film, Disney fit appel à l’artiste Mary Blair qui réalisa une centaine d’esquisses préparatoires servant de base d'inspiration aux décorateurs.

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La production avait initialement commencé en 1930 avec le souhait de réaliser un film mélangeant le réel et l’animation comme dans « Qui veut la peau de Roger Rabbit« . Cependant, en 1939, la guerre met sur pause le projet. Repris en 1940, le maître de l’animation réfléchit beaucoup et décide en 1945 que l’adaptation ne serait qu’en dessin.

Alice est une jeune fille qui se raconte toutes sortes d’histoires pour rendre son quotidien moins maussade. Elle rêve d’un monde rempli de divagations où les fleurs chantent, les animaux parlent et les chenilles fument. C’est lors d’une après-midi avec sa soeur qu’Alice aperçoit un lapin blanc habillé d’un veston qui court prétextant qu’il est affreusement en retard. Curieuse comme tout, la jeune fille le suit pour en savoir la raison.

Pour le suivre, elle plonge même dans une sorte de crevasse. Dans sa chute, sa robe lui sert de parachute et elle évite tant bien que mal les horloges, armoires pianos sur son chemin. Elle chute dans une salle et le lapin prend la fuite par une minuscule porte, toujours aussi pressé. Déterminée, Alice se fait rapetisser puis à nouveau grandir avant d’entrer dans le pays des merveilles.

Bien qu’il soit vu comme un simple classique pour certains, le long-métrage de 70 minutes va bien plus loin que ça. Des experts ont analysé le contenu du dessin animé, finalement assez complexe. Plusieurs scènes d’Alice au pays des merveilles font référence à la folie ou aux drogues.

Le personnage d’Absolem, par exemple, est un mélange de fumeur dépendant et de sage majestueux. La chenille à 12 pattes remet en question l’identité de la jeune Alice en lui soufflant sa fumée au visage en forme de lettres de l’alphabet. Puis Absolem lui conseille de consommer des champignons, bizarre non? Le chat du Cheshire quant à lui est la parfaite allégorie de la folie. Disparaissant et apparaissant à sa guise, ce dernier l’assume fièrement « tout le monde est fou ici ».

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Dans la langue de Molière, Alice au pays des merveilles a connu deux doublages. Le premier a été utilisé exclusivement au cinéma en 1951, et il n'a malheureusement jamais été proposé au complet dans le commerce ou à la location depuis. La version actuelle nous arrive tout droit de l'année 1974 lorsque le film est retourné en salle. Il a ensuite été proposé à la vente de 1981 à 1996. A partir de cette date, plusieurs versions vont dès lors se côtoyer dont un étonnant mixage de la chanson « Peignons les roses en rouge » dans sa version 1951 inclus dans la version de 1974. Ce mélange hétéroclite était dû à une détérioration du master français originel (d'après une information officielle de Disney France), mais il n'est désormais plus qu'un mauvais souvenir puisqu'il n'est plus présent sur le Blu-Ray.

Voici un tableau récapitulatif des principaux éléments du film :

Élément Description
Réalisateurs Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske, Jack Kinney
Date de sortie 1951
Durée 1h15
Musique Oliver Wallace
Scénariste Lewis Carroll
Pays Etats-Unis

Le succès ne fut pas immédiat. Bien loin des standards de Disney, il n’a pas su charmer l’audience avec ses personnages loufoques. Néanmoins Walt Disney avait tenté de lui donner une seconde chance dans son show télévisé Disneyland, malheureusement peu de personnes s’y étaient intéressées et la critique anglaise était dure. C’est dans les années 60 que le long métrage connaît finalement le succès qu’il méritait. Et c’est dans le circuit universitaire qu’il est adulé.

Alice au pays des merveilles n’a hélas pas trouvé le succès escompté à sa sortie sur les écrans en 1951. Il fallu attendre sa ressortie en 1974, en pleine période hippie, pour qu’il trouve enfin son public et gagne en popularité !

Alice au pays des merveilles est un film psychédélique, servi par une histoire insensée et aux propos surréalistes. Le film ne peut donc attirer que de la méprise ou du ravissement selon que l'on l'aime ou non. Vous trouverez en effet rarement quelqu'un qui n'a pas un avis tranché de Alice au pays des merveilles, dans un sens comme dans l'autre. A titre personnel, c'est avant tout une indifférence totale que j'ai envers lui, après l'avoir vu une fois, je ne le regarde jamais à nouveau de ma propre initiative. Pour autant, cela ne me dérange pas plus que ça de le revoir à nouveau, même si je sais qu'il ne me conviendra jamais.

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Alice au pays des merveilles à ses adeptes et ses détracteurs, et la seule façon pour vous de savoir dans quel camp vous vous rangez, c'est de le visionner.

Un petit mot en guise de conclusion : « Dans mon monde à moi, il n'y aurait que des divagations. Comme disent les grands, les choses ne seraient pas ce qu'elles sont, au contraire, elles seraient ce qu'elles ne sont pas ». Par cette simple phrase prononcée par Alice dans la séquence d’ouverture, c’est finalement tout le projet du film qui est annoncé… Avant même de pousser les portes du pays des merveilles, le spectateur est donc averti. Il sait qu’en suivant Alice dans ses pérégrinations, il va pénétrer à ses côtés dans un univers dépourvu de logique, dont il accepte tacitement d’en vivre toute l’absurdité.

Le spectateur va ainsi rencontrer une pléiade de personnages totalement fous. Un chat rose au sourire psychédélique qui n’a, au sens propre comme au figuré, pas toute sa tête, un chapelier fou et un lièvre de mars qui célèbrent leur non-anniversaire dans une scène mythique... Et encore bien d’autres créatures qui ne se départent jamais de jeux de mots saugrenus ! C’est bien là que réside également le sentiment d’étrangeté que le spectateur peut ressentir à la découverte de ce film, mais qui en fait aussi toute la beauté.

Le pays des merveilles paraît en effet n’avoir aucune limite, se déployant à l’infini comme l’imagination des enfants, que le film célèbre de bout en bout.

Le sens caché dans Alice au pays des merveilles

Il est intéressant de noter que bon nombre d’illustrateurs se sont emparés de l’œuvre de Lewis Carroll, réinterprétant l’univers d’Alice pour offrir aux lecteurs leur propre vision du monde merveilleux.

Regarder Alice au pays des merveilles est aussi l’occasion de revoir Mon voisin Totoro d’Hayao Miyazaki !

Presque cinquante ans après son long-métrage d’animation inspiré du classique de Lewis Carroll, Disney produit un nouvel Alice au pays des merveilles, dont il a confié la réalisation au père (cinématographique) de toute une famille d’outsiders, Tim Burton. Le film est déjà le meilleur démarrage du cinéaste aux États-Unis.

Il faut dire que toutes les conditions sont réunies : une sortie en 3D alliée à une pléthore d’effets visuels, une gigantesque campagne de promotion, la publicité involontaire offerte par la fronde des exploitants après la décision prise par Disney d’avancer la sortie DVD du film, et bien sûr, le nom du réalisateur, qui sera le président du festival de Cannes cette année.

Après Sweeney Todd, Tim Burton aurait-il décidé de céder à un enchantement moins macabre ? Rien n’est moins sûr : Wonderland n’est plus, le titre est une malice pour nous faire tomber avec Alice dans un Underland bel et bien burtonien, mais sans l’inspiration qu’on a pu lui connaître.

Hélas, on se relève difficilement de notre chute dans le terrier : mettant la technique au service de son imagination débordante, Tim Burton semble ne pas trop s’intéresser à son histoire ni à ses personnages.

Nous ne sommes plus au temps mythique du pays des merveilles : cet espace-temps-là était l’apanage de l’enfance, et l’Alice de Tim Burton est en âge de se marier.

Justement, le film s’ouvre sur une garden-party organisée en son honneur : car Alice Kingsleigh ne le sait pas encore, mais Hamish, le laid et rasant rejeton de Lord et Lady Ascot, va la demander en mariage devant un parterre d’aristocrates anglais qui semblent avoir tous mangé des balais au petit déjeuner. L’image se fige sur une vision cauchemardesque : face à Alice, une armée de sourires mielleux et de corsets serrés à couper le souffle attend sa réponse. On comprend aisément qu’elle prenne ses jambes à son cou.

On le ferait tout autant, même sans petit lapin blanc en gilet et montre à gousset pour nous héler d’un clin d’œil. Le film s’ouvre donc en beauté sur un tableau ironique de la société victorienne vue à travers le regard démystificateur - révolutionnaire, serait-on tenté de dire - de la jeune Alice, clairement identifiée comme une héroïne excentrique : et donc burtonienne en droit.

Mais d’ordinaire, les mondes créés par Tim Burton tirent leur force poétique et critique d’une capacité à faire jouer le fantastique de l’intérieur même du réel, du banal, de l’ordinaire. Mais Alice n’est pas encore tout à fait prête à remettre en cause l’ordre établi, car, comme dirait un certain Socrate, elle ne se connaît pas encore très bien elle-même. La prescription de Tim Burton ? Un petit trip halluciné dans Underland.

C’est donc à cette « introspection » que vient la convier Mac Twisp le lapin blanc, l’entraînant dans une chute vertigineuse dans un terrier avant qu’elle n’ait eu le temps de répondre à son futur cher et tendre époux. Et voici donc le leitmotiv du film, qui se présente comme un voyage initiatique censé sanctionner le passage de l’enfance à l’âge adulte. « Es-tu la vraie Alice ? », ne cesse-t-on de demander à la jeune fille, qui du coup, n’est plus très sûre.

Heureusement pour elle, une série d’épreuves l’attend dans l’univers glauque d’Underland, sur lequel règne la terrible Reine Rouge. Le problème, c’est que passés le prologue et les premiers pas dans un univers qu’on découvre, on s’ennuie. Et l’on soupçonne Alice elle-même (Mia Wasikowska franchement pas très convaincante) de s’ennuyer un peu, à la voir si passive et « absente ».

Pourtant, tout est fait pour maintenir notre attention éveillée. À commencer par le recours à un mélange de techniques d’effets visuels, supervisés par Ken Ralston (un des membres fondateurs d’Industrial Light & Magic, la société de George Lucas). Si l’on parle tant du dernier Tim Burton, c’est qu’il est en 3D (converti après un tournage en 2D), qu’il fait interagir les acteurs avec des décors et des personnages réalisés en images de synthèse (concrètement, Underland, lors du tournage, ce n’était qu’un fond vert), et met tout cela au service d’une plongée dans un univers fantastique où les perceptions ne sont plus tout à fait les mêmes.

Du point de vue d’une certaine « impression de réel », la chute d’Alice dans le terrier est bluffante (on pense d’ailleurs à cette autre ouverture réussie, celle d’Avatar). Mais là n’est pas le principal. Qu’on ait le sentiment de tomber avec Alice, qu’on se prenne toutes sortes d’objets en pleine figure, c’est très bien (le spectateur est masochiste, c’est bien connu), et bienvenu dans un film comme Alice au pays des merveilles (non, la 3D n’est pas la bienvenue partout…)

Mais il y a quelque chose de troublant, qui est beaucoup plus intéressant. C’est que le jeu sur la profondeur du champ mêlé aux disproportions flagrantes entre les corps des différents personnages et aux constantes métamorphoses du corps d’Alice (de sa taille) entraîne presque une perte des repères spatiaux, plongeant le spectateur dans un monde n’obéissant pas tout à fait aux règles de la perception habituelles.

Car pour le reste, Underland est désespérément… plat. Non pas que la 3D ne fonctionne pas : au contraire, il est même parfois difficile de choisir quoi regarder dans l’image, car l’attention est ultra sollicitée (mais aussi, malheureusement, « éclatée ») par toutes sortes de détails qui s’exposent dans les différentes couches de l’image en relief. Tant mieux, d’ailleurs, car ce n’est ni l’histoire ni les personnages qui nous tiendraient éveillés…

Underland est un terrain propice à l’imagination débordante de Tim Burton et de sa géniale costumière Colleen Atwood, qui affuble le Chapelier Fou (Johnny Depp) d’un nœud papillon qui sourit presque quand il est heureux et d’un costume dont la couleur s’accorde subtilement à ses humeurs. On ne s’étonnera pas que le film inspire depuis plusieurs mois le monde de la mode. Mais cela suffit-il ?

Car déjà, les personnages de Lewis Caroll sont bien plus complexes, loufoques, plus impertinents que le sage Underland de Tim Burton. Tout est lisse, ici. Par exemple, Tim Burton a conservé quelques-uns des jeux de mots du livre, mais ce n’est là qu’un décor verbal, une couleur locale (celle d’un pays qui serait « Lewis Carroll »). Un peu plus de folie aurait été bienvenue : un brin de cynisme, un zeste supplémentaire de gothique, une once de macabre, peut-être : un peu d’esprit, que diable !

On comprend vite qu’Underland, c’est l’envers terne du jardin fleuri de la garden party du prologue : son revers, même, son miroir magique dans lequel s’expose sa nature mortifère et oppressante. Ce n’est pas le pays des merveilles en soi qui a changé : il n’est de toute façon qu’une projection du regard d’Alice sur le monde qui l’entoure, une extériorisation de ce qui est en elle. Enfant, elle avait pu croire en « Wonderland » : mais elle a grandi et doit désormais affronter Underland.

Vaincre la Reine rouge, c’est vaincre ses propres démons, et se donner la chance de pouvoir substituer à son regard un monde qui s’accorde à ses désirs… Tel est bien le sens de l’épilogue (nullissime) du film : Alice a la force de dire non à son « mal-aimé » d’Hamish Ascot, et de refuser la sclérose victorienne, pour choisir une vie d’aventurière. C’est dit, elle prendra la mer pour… inaugurer le commerce avec la Chine (sic).

Le problème, c’est que dans son trip « Underland », Alice n’a en réalité pas affronté grand-chose : Tim Burton est incapable de donner corps à l’altérité (ou à l’identité), d’insuffler un peu de vie et de folie dans les êtres qu’Alice affronte. Seule leur apparence est bizarre, et c’est loin de suffire. Que le cinéaste ne soit pas très à l’aise avec les scènes d’actions, c’est dommageable (il suffit de voir le ratage total de la lutte finale contre le Jabberwocky, grand moment de sous-Harry Potter, dont on retrouve d’ailleurs des acteurs …), mais passons.

Surtout, la plupart des personnages ne présentent aucun intérêt psychologique et dramatique. Les interprétations d’Anne Hathaway (la Reine Blanche) et Helena Bonham Carter (sa sœur la Reine Rouge) sont plutôt convaincantes, et intéressantes : la Reine Blanche est tellement éthérée qu’elle semble flotter ou montée sur patin à glaces : « Je n’arrêtais pas de me dire que c’était une punk-rock végétalienne et pacifiste », dit-elle à propos de son rôle, mais la rivalité des deux sœurs, qui aurait pu nourrir le scénario, motiver la progression narrative et la question de la confrontation à soi (à son double) reste une donnée stérile.

Quant à Johnny Depp, qui avait su se montrer si trouble dans Sweeney Todd, il n’a ici de fou que son nom de « Chapelier fou ».

Comment Alice peut-elle nous aider, en particulier les jeunes qui actuellement vivent, comme elle, dans un monde où le temps peut leur sembler suspendu, surréaliste ?

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais ces deux dernières années m’ont un peu donné l’impression d’être un lapin dans les phares d’une voiture, un lapin affolé qui a perdu la notion du temps, comme si le lapin blanc d’Alice aux pays des merveilles tournait sur lui-même, coincé dans une étrange boucle temporelle…

Le temps, quand il est clément, tisse une texture soyeuse qui s’appelle 'l'avenir". Mais quels contours surréalistes et opaques a pris cet avenir pour les adolescents et pré-adolescents, qui sont censés être à cet âge de tous les possibles où il s’agit de démasquer le monde adulte ?

Il suffit, comme Alice, de se pincer pour se réveiller. Et j’admire ce petit bout de femme, qui, heureusement, garde la tête sur les épaules. Elle répète sans cesse « Je me demande » … et cette curiosité l’aide à avancer et à découvrir le monde qui l’entoure même si l’effraie. Toujours rationnelle, elle balance à la Reine : « On ne peut pas croire des choses impossibles ».

Celle-ci lui répond « J’ose dire que vous ne vous y êtes pas beaucoup exercée ». Tu m’étonnes ! Quel enfant, quel adulte d’ailleurs, aurait pensé à s’exercer à… l’impensable, comme vivre, soudain, au milieu de visages qui disparaissent sous des masques en papier qui ressemblent à de vielles chenilles bleues, et ne laissent visibles que les yeux. Exactement le contraire, notez bien, du chat du Cheshire : il s’évanouit, à l’exception de son sourire qui demeure en suspens quelque temps après tout le reste…

Alice se réveille de son rêve lorsqu’elle réalise que les soldats de la Reine ne sont au fond que des cartes à jouer. Ok le monde est dingue mais elle n’a rien à craindre. Elle a surmonté la peur d’être perdue, et de ne pas être comprise. Elle a les cartes en main, saura dorénavant faire la part entre cauchemar et réalité, et se souviendra du conseil du chat quand elle lui demandait « Dites-moi, je vous prie, de quel côté faut-il me diriger ? » « Cela dépend beaucoup de l’endroit où vous voulez aller, » dit le Chat.

« Cela m’est assez indifférent, » dit Alice. Un peu comme tout adolescent, en ce moment, qui ne sait pas s’il veut devenir ébéniste, médecin, aller chez le psy vider son sac, ou juste pouvoir retourner danser en boîte au lieu de réviser ses maths. « Alors peu importe de quel côté vous irez, » dit le Chat. « Pourvu que j’arrive quelque part, » ajouta Alice en explication. « Cela ne peut manquer, pourvu que vous marchiez assez longtemps. »

En fait, le chemin d’avenir est comme ce chat philosophe : inquiétant quand il semble s’évanouir, mais dont la seule partie qui reste visible assez longtemps est un sourire.

S'il fallait choisir un film d'animation particulièrement bizarre dans le patrimoine des studios Disney, c'est un seul qui recevrait cette distinction : Alice au pays des merveilles. Librement inspiré des romans britanniques de Lewis Carol, le film est avant tout une histoire sans queue ni tête où il ne se passe jamais grand chose, et dans lequel chaque action ou événement déclenche invariablement des situations tout aussi incongrues. En bref, rien ne fait avancer le scénario qui se veut volontairement inexistant.

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