De siècle en siècle, de génération en génération, les hommes se sont transmis oralement une multitude de mythes et de légendes dont bon nombre portait sur le monde de la mer et de ses abysses. Au fil du temps, la tradition orale s’est vue remplacée par celle de l’écrit.
Les contes, légendes et autres récits dans lesquels les studios Disney puisent leur inspiration sont parfois, pour ne pas dire souvent, très éloignés de leurs adaptations à l'écran, qui en atténuent logiquement la violence. Depuis l'origine, les productions de la maison Disney se sont toujours évertué à se faire les championnes d'une morale vertueuse, porteuse de messages d'amour et de générosité; où le bien triomphe toujours du mal, où les personnages principaux deviennent les réceptacles de valeurs hautement positives et surtout universelles, devant trouver leur chemin jusqu'à l'enfant qui sommeille (encore) en chacun de nous.
Des messages culminant avec une fin toujours heureuse bien sûr, à l'exception sans doute de la relecture de l'histoire de Pocahontas, qui ne termine pas sa vie dans les bras de John Smith.
Dans le vivier grouillant des inspirations des films Disney figurent en bonne place et naturellement les contes, de fées ou non, et piochent abondamment dans les écrits d'auteurs comme Charles Perrault, les frères Grimm, Hans Christian Andersen, l'auteur de La Petite sirène, pour ne citer que ceux-ci. Sans oublier bien entendu les légendes (avec Atlantide, l'empire perdu par exemple), la mythologie (Hercule)... Mais nombre de ces récits originaux comportent en réalité parfois une grande violence, de la cruauté, des passages carrément horrifiques même. Impossible -et c'est logique- pour Disney de conserver ces aspects sulfureux / polémiques, grand public oblige.
A charge donc pour les équipes du studio de les édulcorer, ou de les supprimer, de modifier la fin, etc... Pour que l'oeuvre puisse rentrer dans les canons moraux de la maison aux grandes oreilles.
Voici cinq exemples de récits originaux, confrontés à leurs versions Disney, visionnables sur Disney+. Mais il existe de très nombreuses autres versions, notamment en Asie, et même, au Moyen-Orient, sous l'Antiquité.
La Baleine dans les Contes et Légendes
Vues comme des monstres pour les uns ou au contraire comme “le passage salvateur ” vers l’au-delà pour les autres, elles sont restées durant des milliers d’années avec leur part de mystère… Ne les prenions nous pas d’ailleurs pour de simples gros poissons encore au début du 18ème siècle ?
A l’instar de la légende de Saint Bredan ou de celles Irlandaises citées plus haut, ce cétacé figure comme un animal maléfique, perfide qui se plait à tromper les navigateurs afin de les noyer ou de les dévorer !
Inconscient qu’il s’agissait là d’un mammifère marin, l’équipage aborde ce qu’il croit être une île paradisiaque, l’explore, y allume même un feu ! Mais subitement la terre se met à trembler… Conscient alors de leur méprise, les hommes se hâtent de retourner au navire mais malheureusement, bon nombre d’entre eux meurent, engloutis par les flots.
Là encore, le conte fait écho avec les superstitions populaires qui entourent la baleine.
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Le roman “Mobby Dick or The Whale” peut se lire comme une simple histoire de marin…, comme un documentaire sur la chasse à la baleine ou au cachalot…, comme une étude sociologique de l’époque Victorienne… ou encore comme un drame shakespearien où les thèmes de la démesure, de l’orgueil et de la démence cohabitent et s’enchevêtrent. Mobby Dick n’a pas échappé à cette règle et c’est ainsi que l’énorme cachalot blanc s’est vite vu devenir une baleine féroce et dangereuse !
La légende prend ses marques le 20 novembre 1820 avec le naufrage dramatique du baleinier l’Essex. Ce jour là, le navire qui comprend un équipage de 21 hommes prend en chasse un groupe de cachalots. Rapidement 3 baleinières sont mises à l’eau. Alors que tout l’équipage se prépare à harponner, un énorme cachalot de 25 mètres attaque à lui seul le navire resté en panne. Abandonnant aussitôt la chasse, les canots retournent au navire… Peine perdue : juste le temps d’amasser quelques vivres et matériels de navigation… et le bâtiment sombre.
Perdus au milieu de l’océan Pacifique, les 3 canots auxquels les hommes ont mis mât et voile de fortune voguent tant bien que mal vers le sud. Après avoir fait une escale de 7 jours sur une île inhabitée et hostile (probablement celle d’Henderson), 17 hommes reprennent la mer avec pour but de rallier l’île de Pâques. Nous sommes début janvier 1821. Le mauvais temps s’en mêle, les baleinières dérivent et se perdent de vue. Les vivres manquent et les premiers décès sont à déplorer de part et d’autre. Le 20 janvier, affaiblis, affamés et assoiffés, les survivants font leur premier acte de cannibalisme.( De ce que l’on sait, il y en aura 8 au total. On imagine sans mal le choc qu’a du provoquer l’histoire de ce naufrage ! Cette fois-ci, le cachalot (ou la baleine selon les versions) n’a dévoré personne mais a été la cause de cannibalisme !
Le premier est un écrit de J.N. Reynolds intitulé Mocha Dick or The White Whale of the Pacific dans lequel l’auteur évoque l’existence d’un cachalot mâle* qui fréquentait les eaux de l’île de Mocha au sud du Chili. Chassé certainement dés les années 1810, Mocha Dick aurait donc survécu à plusieurs harponnages. Le deuxième écrit est un article publié en 1839 dans le Knickerbocker’s Magazine qui relate l’histoire d’un cétacé blanc (cachalot, baleine ? ?) qui, après avoir reçu 19 harpons, aurait causé la perte de 30 marins, 5 baleinières et 14 canots !
Illustration d'une édition ancienne de Moby-Dick.
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La Baleine dans l'Œuvre de Jules Verne
Par la bouche de ses personnages, notamment du naturaliste français Aronnax et du capitaine Némo, il explique que les baleines sont “des êtres inoffensifs et bons”, qu’elles appartiennent à différentes familles et qu’elles sont localisées en divers endroits en fonction de leur espèce. Tout en faisant dialoguer ses personnages à bord du Nautilus, Jules Verne évoque les légendes mystérieuses qui nimbent ces mammifères marins, fait référence au naufrage de l’Essex (dans la version de Jules Verne, il s’agissait d’une baleine et non d’un cachalot !) et parle de la chasse à la baleine.
“Ce sont des cachalots, animaux terribles que j’ai quelquefois rencontrés par troupes de deux ou trois cents !
Pinocchio et la Baleine : Un Thème Récurrent chez Disney
Pinocchio (1940) - Pinocchio And Geppetto Escape From Monstro The Whale
Le conte de Pinocchio a été adapté de nombreuses fois et sous plusieurs formes sur les écrans. Il y a la version plus connue, celle de Walt Disney, sortie en 1940. D'autres films s'adressent aux enfants, comme celui mis en scène par Roberto Benigni par exemple. Il existe également des relectures bien plus sombres. La plus récente, réalisée par Matteo Garrone, date de 2020.Il est même possible de trouver des films d'horreur, comme La revanche de Pinocchio. Une série Z pas vraiment glorieuse, mais assez loufoque pour susciter la curiosité.
Étrangement, ces visions plus macabres du conte italien sont celles qui se rapprochent le plus de l'histoire originale.
Après maintes péripéties et bêtises, Pinocchio qui s’est transformé en âne, s’aperçoit de la disparition de son père adoptif, le vieux Gepetto. En effet, ce dernier, inquiet de la disparition du petit pantin, s’est aventuré en mer afin de le retrouver. Selon les versions, il s’agit d’une baleine, d’un gros poisson voir même d’un requin… Dans tous les cas, l’enfant terrible rencontre Monstro qui l’avale aussitôt ! Et là, ô miracle, Pinocchio retrouve son père dans l’antre de la baleine. Après d’heureuses retrouvailles, Pinocchio met en place un stratagème afin que Monstro les recrache.
La encore, la baleine joue son rôle de “passeur”. Elle est à la fois le symbole de la mort du pantin de bois et celui de la naissance du petit garçon. Elle est la mère-matrice qui permet le passage d’un état à un autre et son ventre n’est autre que la caverne où à lieu la transformation du pantin. Est-ce que l’auteur de ce conte, Carlo Collodi, voulait une telle interprétation ?
Monstro dans Pinocchio (2022)
Monstro : La Terreur des Fonds Marins
Monstro est la terreur des fonds marins. Elle apparaît dans l'histoire lorsque Pinocchio, qui est parvenu à s'échapper de l'Île des plaisirs, apprend que son père, Geppetto, a été avalé par la baleine. afin de le retrouver et de le sauver, malgré les mises en garde de Jiminy qui semble connaître l'animal marin. Plongeant néanmoins au fond de l'océan, Pinocchio demande son chemin aux créatures qu'il croise, ce qui provoque une panique indescriptible. Car la réputation du monstre est telle que la simple évocation de son nom terrorise la faune sous-marine.
Montro est l'un des méchants les plus redoutables car c'est un animal sauvage, à l'image du loup dans Pierre et le Loup, du rat de La Belle et le Clochard, de Sabor dans Tarzan, et en aucun cas un animal dressé comme Brutus et Néron, la chatte Félicia, ou bien Joanna. donc à rien d'autre que son propre instinct. Dès lors, elle est dangereuse, notamment lorsqu'elle a faim. Elle ouvre alors sa gueule et avale tout ce qui passe devant elle. C'est ainsi que des centaines de thons finissent dans le ventre du monstre marin. Et lorsqu'elle se sent menacée, elle fonce sans réfléchir pour se défendre. alors à leur poursuite. La violence de la confrontation est telle que le radeau de fortune de Geppetto éclate en morceaux lorsque la baleine plonge dessus.
Monstro apparaît dans le chapitre 34 de l'œuvre de Carlo Collodi. Nageant dans la mer, Pinocchio est confronté à ce que l'auteur italien présente comme un grand requin blanc, et non une baleine comme dans le film de Disney. y est décrite comme « l'Attila des poissons et des pêcheurs ». Le méchant avale Pinocchio qui retrouve alors son père, enfermé dans son ventre depuis deux ans.
L'animation de Monstro est confiée à Vladimir Tytla puis elle revient à Wolfgang Reitherman, l'artiste à l'origine du miroir magique de Blanche Neige et les Sept Nains. L'animateur a souvent expliqué que le challenge était excitant mais que le personnage était alors le plus difficile du film à animer car il ne possède pas de membres. Impossible donc de faire passer sa colère par des gesticulations. Reitherman a alors utilisé la masse de l'animal pour insuffler le danger, ainsi que son regard. Par ailleurs, la baleine est dotée de dents en lieu et place des fanons. Un moyen de renforcer la menace.
La baleine noire doit en partie son apparence graphique à Joe Grant, qui travaille à l'époque au sein du Département maquettes des studios Disney. Le cétacé ainsi que l'intérieur de son ventre ont en effet été reproduits à l'échelle afin de guider les animateurs.
La carrière de Monstro au cinéma est assez bien garnie. Déjà, en 1938, dans le cartoon Chasseurs de baleines avec Mickey, Donald et Dingo, une immense baleine menace les trois compagnons. Dans le dernier tiers du court-métrage, Dingo se retrouve même coincé dans son ventre, tel Geppetto dans le film de 1940. Il allume alors une mèche et enfume l'animal, la fumée réveillant le cétacé. il tente d'avaler Donald et fonce sur le navire de Mickey, s'encastrant littéralement dans la coque. également dans le film Les Bébés de l'océan, réalisé lui-aussi en 1938. Des petits enfants sirènes parés de perles jouent dans des bulles sortant de l'évent du cétacé. Mais bientôt, le jeu coupe court lorsqu'un escargot des mers chatouille et réveille l'animal, qui éternue, là encore comme dans le classique de 1940.
Plus récemment, la baleine apparaît en caméo dans Monstres & Cie, son image étant représentée sur un poster accroché dans le café de Monstropolis. Le monstre marin est également présent à la télévision. Dans la série Disney's Tous en Boîte, il est visible dans La Liste de Noël de Clarabelle et Monsieur Je Sais Tout. L'épisode Mickey et Minnie partent en vacances se termine par ailleurs par une publicité pour les « Croisières Monstro ». Enfin, Monstro apparaît ponctuellement dans un épisode de la série Once Upon a Time - Il Était une Fois, alors qu'il pourchasse Pinocchio et Geppetto.
Monstro fait son grand retour sur les écrans en 2022 dans l’adaptation de Pinocchio signée par Robert Zemeckis et disponible sur Disney+. Calqué sur le classique de 1940, le long-métrage offre alors au monstre marin un rôle passablement identique avec une scène de fin aussi grandiose et terrifiante durant laquelle il pourchasse Pinocchio et Geppetto parvenus à s’échapper de son ventre en allumant un gigantesque feu. Si le rôle de Monstro est semblable à celui du dessin animé, son apparence est cependant totalement revue.
Animé en images de synthèses, le méchant n’est en effet plus une « simple » baleine mais un véritable monstre marin doté de tentacules, de trois crêtes dorsales et d’une taille absolument colossale. La terreur est dès lors renforcée. La stigmatisation des baleines, présentées jadis comme des prédateurs sans pitié, est au passage effacée.
La Baleine qui voulait chanter au Met
En effet, en 1946, Walt Disney Production crée le court-métrage, La Baleine qui voulait chanter au Met, qu’il insère au film d’animation La Boîte à Musique. Grâce à l’impresario Tetti Tatti ce rêve impossible se réalise et voici Willy qui se retrouve à chanter au Metropolitain Opera de New York. Pleine d’entrain et de malice (de nombreux gags entourent l’histoire), la baleine devient très vite une véritable vedette, faisant succéder les rôles de Tristan, de Figaro et bien d’autres encore ! Et puis un jour, l’histoire bascule dans la tragédie.