Batman, la série animée : Résumé de la saison 2

La sortie de The Batman a été une excellente occasion de redécouvrir l'une des meilleures adaptations du Chevalier Noir : Batman, la série animée. Considérée à juste titre comme l'une des meilleures adaptations du justicier de Gotham, cette série a marqué un tournant pour le super-héros DC.

Batman, la série animée

Si la Warner l’a principalement commandée pour profiter de la Batmania après le succès du Batman de Tim Burton, la série a vite trouvé son public et son identité, à mi-chemin entre la nouvelle itération plus mature de Michael Keaton et la version kitsch du Batman d’Adam West.

Que ce soit avec son générique exaltant, sa charte graphique qui a servi de base aux autres productions animées du studio, sa direction artistique art déco, son écriture fouillée et complexe, son doublage de qualité ou son ton grave et mélancolique peu commun, l’œuvre signée Paul Dini et Bruce Timm a marqué un tournant pour le super-héros DC, tout en accordant plus de crédibilité et d’intérêt à l’animation.

Les épisodes marquants de la saison 2

Gueule d'Argile

L'épisode raconte la vie de Matt Hagen, un acteur de talent contraint de travailler pour un industriel véreux, Roland Daggett, afin d'obtenir une crème pouvant cacher son visage monstrueux. Parce qu'il ne veut plus être à la solde de Daggett, les hommes de ce dernier font avaler le produit miracle à Hagen, le transformant en Gueule d'Argile.

Il illustre parfaitement le talent de Bruce Timm pour réécrire l'origine des vilains de Batman. L'épisode pose son ambiance de film d'épouvante avec cet acteur star ne supportant pas son propre reflet et qui se voit transformé en monstre de boue pouvant changer d'apparence. Comme pour Mister Freeze ou Double Face, Gueule d'Argile n'est pas un bête criminel, mais un homme que le sort accable et qui se marginalise pour devenir ce qu'il ne voit que de lui, un monstre.

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Sa transformation en créature hideuse est le résultat de la cruauté de gangsters dans une scène qui fait basculer Hagen. La mise en scène glaçante laisse le public imaginer la torture que subit l'acteur, doublé par un excellent Ron Perlman.

En partant d'un vilain pas forcément passionnant et à l'apparence de tas de gadoue brutal, la série l'entoure d'une origine dramatique qui amène un tout autre regard sur ce monstre d'argile à la gueule béante et au regard menaçant. Le jeu de Perlman et la tristesse du personnage dans la scène déchirante du studio de télévision rendent ce vilain poétique.

De plus, Bruce Wayne est accusé d'un crime qu'a commis Matt Hagen sous l'apparence du milliardaire, ce qui conduit le justicier à franchir des limites qu'on l'a rarement vu dépasser pour obtenir des informations. L'enjeu est énorme, si Bruce Wayne ne peut prouver son innocence, c'est la fin de Batman.

Avec le film The Batman de Matt Reeves qui encre le Chevalier de la Nuit dans un univers réaliste, il y a peu de chance de voir Gueule d'Argile traîner ses pieds boueux dans Gotham. C'est tellement regrettable quand on voit le potentiel qu'il pourrait apporter avec plusieurs intrigues mettant plus en avant Bruce Wayne. Entre l'enquête sur l'entreprise commercialisant le remède de Hagen et le combat pour ne plus être suspecté d'un crime, Bruce Wayne/Batman serait occupé littéralement jour et nuit.

Gueule d'Argile

Le poisson rieur

Batman, La Série Animée 🇫🇷 | Heureux comme un poisson dans l’eau [Episode #34]

Pour correspondre à son jeune public, la série privilégie à nouveau la violence psychologique à la brutalité graphique pour illustrer tout le sadisme du Joker, qui s'amuse autant à jouer au chat et à la souris avec le Justicier le plus énervé et suréquipé de Gotham, qu'à persécuter les plus faibles comme on écraserait des fourmis.

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Le Joker empoisonne tous les poissons de Gotham avec sa toxine et veut déposer des droits d'auteur sur l'utilisation de son visage dans l'espoir de toucher des bénéfices sur chaque poisson vendu avant de menacer de tuer tout le monde.

Parmi tous les crimes qu'a pu commettre le Joker, celui-ci est aussi unique que mémorable. Il dévoile tous les aspects de sa personnalité : un être chaotique et déraisonnable, un clown hilarant et absurde, voire ridicule, mais aussi un tueur dérangé et terrifiant qui pourchasse Batman jusqu'au bout pour l'assassiner.

Heureux comme un poisson dans l'eau est aussi une des premières transpositions d'un comic book consacré à Batman à l'écran, avec un épisode écrit par Paul Dini et réalisé par Bruce Timm adapté de deux récits des années 70 : The Laughing Fish de Steve Englehart et Marshall Rogers et The Joker's Five Way Revenge de Dennis O'Neil et Neal Adams.

Par-delà les facéties et les facettes du Clown Prince du Crime (merveilleusement doublé par Mark Hamill et Pierre Hatet dans les deux versions), la réalisation permet de ressentir ce même sentiment d'insécurité qui traverse l'employé du Bureau des droits d'auteur de Gotham City, puis l'effroi de Batman et des autres quand il regarde le pauvre homme mourir dans un rire macabre. Agrémenté évidemment de scènes d'action à l'animation toujours irréprochable, encore aujourd'hui.

Harvey Bullock s'illustre en tant que flic et devance même Batman tandis qu'Harley Quinn subit la maltraitance de son Monsieur J pour lequel elle est prête à manger du poisson alors qu'elle déteste ça ou à enfiler un stupide déguisement pour faire la publicité des produits du Joker. Puis Batman se bat encore avec un requin, mais sans spray répulsif cette fois.

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Et lorsque le Joker fait une chute apparemment mortelle, malgré tout ce qu'il lui a fait subir, Harley Quinn reste pour pleurer son « pauvre, pauvre petit canard ». Une relation qui évoluera encore plus dans la série animée Harley Quinn.

Les pires des pires

Le Joker, le Pingouin, Double-Face et Killer Croc disputent une partie de poker en essayant de deviner l'identité du justicier avant d'être rejoint par Poison Ivy et que chacun raconte la fois où il a failli tuer Batman pour de vrai.

C'est l'épisode qui utilise au mieux les ennemis de Batman et la relation qu'ils entretiennent, aussi bien ensemble qu'avec le justicier.

Chacun, par ses gestes, ses prises de paroles ou son histoire, dévoile sa personnalité et comment il se représente le Chevalier Noir dans son imaginaire : le Pingouin est un arrogant qui est le premier à affirmer avoir failli le tuer, Poison Ivy fait connaître son penchant féministe en bousculant Killer Croc lorsqu'il lui fait remarquer que c'est un club réservé aux hommes, ou encore l'obsession de Double-Face pour le chiffre deux, poussée à l'extrême (braque deux millions de dollars en coupure de deux, engage « le gang des deux tonnes » pour l'aider dans son coup et a toujours deux cartes dans la main pendant la partie).

Et quand vient le tour du Joker, évidemment, il se sent évidemment obligé de prendre un studio d'enregistrement en otage et d'organiser un talk-show à la télévision pour raconter sa version des faits pendant que Harley Quinn embête Catwoman en la capturant dans une usine pour attirer Batman.

L'épisode est un condensé d'humour, de polar, de film noir, de peinture et aussi de pop culture : d'une certaine manière, le club de poker des super-vilains a été remplacé par le Super Cafe / Villain's Pub sur la chaîne YouTube How It Should Have Ended.

Double Jeu

C'est l'épisode en deux parties traitant sur la transformation du charismatique procureur Harvey Dent en Double Face après qu'un mafieux qu'il s'était fait comme ennemi l'ait défiguré.

De Batman, la série animée, Double Jeu est le premier épisode à être en deux parties. Un choix qui a déjà une certaine symbolique au vu du personnage, en plus de permettre de présenter Harvey Dent, la tragédie de sa transformation et l'impact sur son monde qui va s'écrouler. L'épisode est un vrai drame qui peut développer ses thèmes et faire de Harvey Dent un autre ennemi de Batman qui est ne se réduit pas à un gangster à qui il doit péter les rotules tous les soirs.

On a de la pitié pour cet homme à qui tout réussissait par la force de son travail intègre. Sa fiancée aimante croyait en lui, tout comme Gotham et Bruce Wayne. Voir ce chevalier blanc, doublé par un Richard Molle tout en nuance entre la voix douce de Harvey et rauque de son double, lutter contre ses démons qui refont surface permet de créer une profondeur nouvelle à la série. Car ce n'est pas juste l'acide qui va lui brûler visage qui fera de lui Double Face, Dent portait un monstre de colère refoulé qui ne demandait qu'à jaillir pour s'exprimer.

Dans la seconde partie de Double Jeu, le dramatique de ce que vit Harvey est renforcé par un Bruce Wayne si attristé pour son ami qu'il en oublie presque qu'il s'adresse à lui habillé en Batman. Ce combat pour sauver Harvey et l'aider à guérir de ses plaies intérieures se perçoit dans les expressions du Croisé Capé et le doublage de Kevin Conroy. En plus de ça, les épisodes délivrent un message d'amour fort et bien écrit au travers de Grace, la femme de Dent, qui continue de l'aimer malgré son visage monstrueux.

Et pour servir cette histoire magnifique, les épisodes ont une mise en scène aussi symbolique que travaillée. Les scènes de cauchemars de Harvey et Bruce nous mettent dans des décors torturés et rouges rappelant l'esthétique de Tim Burton. La couleur du sang et de la colère est constamment à l'image pour représenter la part sombre de Harvey que ce soit dans l'arrière-plan, comme dans les habits ou les éléments de décors.

Double-Face

Rêve ou Réalité

Après une tumultueuse course-poursuite, Bruce Wayne se réveille dans une vie où ses parents ne sont pas morts, Selina Kyle est sa fiancée et où Batman est un autre que lui.

Partant comme un épisode What…if ? réimaginant l'histoire de Batman, Rêve ou Réalité confronte Bruce Wayne à une vie qu'il a toujours rêvé, celle d'être un fils ayant sa famille. Mais pour ça, il doit faire une croix sur ce qui l'a inspiré pendant des dizaines d'années, sa quête de justice en tant que Batman. Ainsi, l'épisode, par le jeu de Kevin Conroy et les animations du visage de Bruce, arrive à nous faire douter que le playboy milliardaire puisse vivre sans Batman.

Que ce serait Bruce Wayne sans sa dévotion pour combattre le crime ? Un fils à papa qui n'a rien accompli seul, vivant une existence toute tracée.

Rêve ou Réalité est amusant par son histoire pour les questions qu'il se plaît à nous poser, mais ce qui le rend si intéressant est qu'il montre parfaitement et avec subtilité que sans Batman, Bruce Wayne perd tout.

Bruce devient à moitié fou donnant à l'épisode des airs de naissance d'un nouvel ennemi à Batman, questionnant les motivations des rivaux du Chevalier Noir. Surtout, l'écriture de ses scènes prépare à la révélation finale touchante suscitant une certaine compassion pour le vilain derrière cette manipulation.

Même si le concept est ultra basique et imaginé cent fois pour un super-héros, il est exploité à fond et avec brio, mettant en exergue la dualité de Bruce Wayne et sa lutte infinie qui l'écrase.

L'homme qui tua Batman

Le plus piteux des malfrats, Sidney Debris, devient le gangster le plus respecté de Gotham après avoir tué Batman, même s'il clame que c'est un accident.

Parce que c'est de ces histoires qui jouent avec le concept de Batman en le mettant au centre de l'intrigue, malgré son absence de l'épisode. Son ombre pèse sur la ville et les activités des criminels qui fantasment de le tuer, et quand ça arrive, celui qui a vaincu le Chevalier Noir ne peut qu'être un génie du crime.

Brian Bolland avait écrit une courte histoire concluant The Killing Joke où un type ordinaire se vante de pouvoir assassiner Batman juste pour connaître la sensation de tuer quelqu'un. La différence avec l'épisode L'homme qui tua Batman écrit par Paul Dini et réalisé par Bruce Timm nous raconte comment le meurtrier présumé du Dark Knight subit la situation et regrette ce coup de projecteur.

Personnage principal de l'épisode, Debris est un loser sympathique, un petit gangster qui a des rêves de gangster de renom, mais le charisme d'un comptable et une naïveté rare à Gotham. Comme un grain de sable dans un courant d'eau, Sidney est embarqué dans un enchainement de causes-conséquences le mettant au centre de toutes les attentions, même celle du Joker. De l'empathie mêlée à de l'humour noir entoure ce personnage et ses déboires.

Les scènes avec le Clown du Crime de cet épisode sont d'ailleurs parmi les meilleures de ces apparitions. La perte de son rival de toujours cause un vide chez le Joker qui en perd même le sourire. La folie du criminel grimé est superbement représentée dans ses quelques scènes. Capable d'organiser des funérailles pour son ennemi juré, de piquer des crises de colère, de pleurer, puis de conclure par une réplique devenue culte « Well that was fun.

Amour on Ice

Batman affronte Mister Freeze et on découvre la naissance de Mister Freeze. En racontant la naissance de Mister Freeze, l'épisode a presque entièrement redéfini le personnage, qui n'était jusque là qu'un super-vilain de seconde zone utilisé comme ressort humoristique dans les comics.

Pour le débarrasser de son image de bouffon, l'épisode malmène injustement le personnage et mutile son esprit autant que son corps pour dramatiser et approfondir son écriture. Comme Bruce Wayne, le scientifique est confronté à un deuil insurmontable, mais choisit de franchir la ligne rouge, préférant la vengeance aveugle à la justice éclairée ; contrairement à Batman qui lutte contre cette dualité.

Mr. Freeze

La saison 2 de Batman, la série animée, offre une plongée approfondie dans les complexités des personnages et les thèmes sombres qui définissent l'univers de Batman. Chaque épisode est une œuvre d'art en soi, contribuant à la richesse et à la profondeur de cette adaptation emblématique.

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