Betty sur Netflix: Une Critique Mitigée d'une Série sur le Skate et l'Émancipation Féminine

La série Betty, diffusée sur Netflix, explore la vie d'un groupe de jeunes femmes évoluant dans l'univers majoritairement masculin du skateboard à New York. Réalisée par Crystal Moselle, elle est librement inspirée de son film "Skate Kitchen".

Betty Série Netflix

La série suit le parcours initiatique de ces jeunes filles essayant de se faire une place dans le monde du skateboard. Elles s'appellent Janay, Honeybear, Kirt, Indigo et Camille. Ces filles, toutes plus charismatiques et attachantes les unes que les autres, sont incarnées par de vraies skateuses, dans une version fictionnalisée de leur vie.

Une Saison 1 Rafraîchissante

Le charme de cette première saison résidait dans l'ambiance générale d'improvisation, de "à l'arrache", de spontanéité, que ce soit dans le déroulement de l'histoire que dans la manière dont cette dernière était filmée, d'une manière quasi-documentaire hyper rafraîchissante. Cette saison 1 arrivait ainsi à traiter des sujets assez lourds et peu abordés de manière hyperréaliste, intelligente, et à contrecourant de l'ambiance pathos qu'on peut habituellement reconnaître dans les séries pour ados. Les représentations féminines et les relations qui les connectent sont superbement construites, à contre-courant de ce qu'on peut voir d'habitude. Les messages féministes sont ainsi amenés avec subtilité et brio, sans jamais forcer. La saison ne fait pas une caricature d'aucun de ses personnages, qui sont tous hyper attachants, atypiques mais très représentatifs de la jeune génération.

La série aborde des thèmes tels que:

  • Être une adolescente épanouie en 2020, dans un environnement métropolitain et cosmopolite.
  • La famille de cœur que l'on se constitue, au gré de ses choix hasardeux et opportunistes.
  • La confiance et l'innocence de la jeunesse, à la recherche d'une existence insouciante et vivante, pleine de joie, de sensation, de bonne rencontre, d'amitié et d'amour.
  • La vie presque normale et ordinaire, de gosse de la middle class of Manhattan, autour d'une passion commune.

C'est une chronique sur le skate de rue. Bref, un vrai bol de jouvence...Réalisme à la Sundance, et feel good movie à la fois. Une bienveillance totale. Sans extrémisme ni amertume. Même dans les moments les plus dur et glauque. On sent bien que c'est grandement improvisé à l’instinct. Filmé sauvagement à l'arrache. Quasiment entièrement en décor urbain "naturel". Et visiblement, avec beaucoup d'acteur non professionnel...La forme et le fond, ont la fraicheur et le charme indé de ses défauts.

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Avec une caméra toujours en mouvement, chaque épisode nous offre des moments de grâce où les jeunes femmes semblent s'envoler sur leurs skates, courent sous la pluie, dansent en pleine rue les yeux fermés, ou apprennent à des petites filles à skater. C'est une superbe série sur la jeunesse, ses après-midis insouciants, ses embrouilles vite oubliées et ses crushes dévorants.

Les images et la photo sont toujours belle et élégante. Les mouvements de caméra paraissent parfois brutaux, erratique et spontané. Et L'OST hétéroclite est juste et envoutante. Plutôt pop, fashion et acidulé. Sans pour autant n'être qu'une playlist forcé, de "truc" du moment dont on cherche à faire une promotion sournoise...Personnellement, passé les deux premiers épisodes, un peu trop éparpillé et temporisé à mon gout, j'ai facilement accroché jusqu'à la fin de saison. Une saison que j'ai bouffé d'une traite, et dont pour moi, le principal désagrément est d'être à la fois beaucoup trop courte et addictive. ça fini là où on voudrait que ça commence. Je pense que j’aurais peut-être dû regarder le film avant...En tout cas vivement la suite, que l'on retrouve enfin tous ces fascinant personnages, haut en couleur, et extrêmement attachant.

Une série réservé à tous ceux qui aiment l'énergie brute et sincère de Downtown 81, Wild Style, Styles Wars, Kids, Thirteen ou Lords Of Dogtown. Une série sympatique, avec de beaux messages sur les femmes et leurs conditions. On suit cette bande de filles qui embarque tout avec elles. Avec son casting impeccable, la série Betty monte en puissance au fil des épisodes : une ode ultra-contemporaine à la nonchalance et au droit à exister dans une société post-MeToo. C’est beau, doux et puissant.

Réappropriation et Féminisme

Betty n’est pas le nom d’un personnage ; il s’agit d’un mot d’argot américain qui désigne une jeune femme qui fait du skateboard. Ou plutôt, qui fait semblant. Le terme est souvent utilisé de manière péjorative, pour renforcer les discriminations envers les femmes dans l’espace public en leur niant la possibilité d’accéder aux mêmes loisirs que les hommes. Toute la portée de la série de Crystal Moselle, adaptée de son propre film Skate Kitchen (2018), est de se réapproprier ce statut sans chercher à faire de ses héroïnes des modèles.

Le militantisme de Betty n’est pas didactique : il se diffuse à travers les scènes d’errance, il imprègne les relations entre ces femmes politisées, qui comme pour le skate, montrent qu’elles ont le droit d’être imparfaites, que ce soit dans leurs opinions ou leurs actes. Camille (Rachelle Vinberg), une des seules à savoir vraiment bien faire de la planche, n’hésite ainsi pas à abandonner les autres lorsqu’il s’agit d’entrer dans un skatepark très sélect dont on refuse l’accès à ses camarades.

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Si être une femme dans l’espace public est un combat, être une femme noire relève de la lutte de Sisyphe. Dans une société post-MeToo qui tente de se convaincre qu’elle a changé, Betty est un porte-étendard d’autant plus brillant que la série est douce, lente et touchante. Avec douceur et en prenant son temps, Betty montre un New-York moite et chaleureux, où les femmes prennent de l'assurance avec nonchalance. Une photographie estivale dont le message féministe est d'autant plus fort qu'il est diffus.

Saison 2: Une Baisse de Qualité?

Mais malheureusement, c'est là que la saison 2 échoue dans les grandes largeurs. Déjà, c'est clair que l'histoire est davantage scriptée et encadrée, ce qui fait perdre tout le charme très spontané de la première saison. Ensuite, le cheminement des personnages est davantage maladroit, leur histoire est un peu plus brouillonne et moins porteuse de sens. La réalisation a voulu apporter une dimension humoristique qui tombe totalement à plat.

Mais le principal point négatif pour moi, c'est que la saison 2 a voulu se faire un remake de Sex Education, et a inséré pendant tous les 6 épisodes des séquences d'éducation sexuelle très maladroites. La réaction des garçons à ces séances dégoulinaient de bonnes intentions, mais manquaient très certainement de profondeur et de réalisme, ce qui est dommage étant donné la manière dont la saison 1 traitait le même sujet. Bref, cette saison 2 donne l'impression que la réalisation a voulu brosser son audience dans le sens du poil, et qu'elle a voulu faire passer des messages politiques indigestes, au détriment de toute subtilité.

Comparaison des Saisons

Aspect Saison 1 Saison 2
Ambiance Improvisation, spontanéité Scriptée, encadrée
Traitement des sujets Hyperréaliste, intelligent, subtil Maladroit, brouillon, moins de sens
Humour Naturel Forcé, tombe à plat
Messages politiques Subtils, bien amenés Indigestes, forcés

En conclusion, la série Betty offre une perspective intéressante sur la jeunesse, le skate et le féminisme, mais sa qualité semble diminuer en saison 2.

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