Nawell Madani, l'humoriste et actrice belge, a connu un parcours riche en succès, mais aussi marqué par des critiques et des controverses. De ses débuts au Jamel Comedy Club à ses projets Netflix, son travail suscite des réactions passionnées.
"C'est moi la plus belge!" : Un spectacle autobiographique acclamé
Nawell Madani s’est emparée des salles de cinémas avec son « One-Meuf-Show », C’est moi la plus belge ! Partout où elle est passée, les salles ont affiché complet ! Zéniths, Olympia, Trianon, Palais des Sports, Comédia… Son spectacle s’est joué à guichets fermés.
Dans son spectacle, qui a remporté le prix du « Meilleur One Man Show » aux Globes de Cristal, Nawell Madani se livre dans un portrait autobiographique à la fois drôle, émouvant, féministe et engagé. Se moquant ainsi des garçons, comme des filles et des clichés. Elle hypnotise le public et l’emmène aux premières loges de son parcours. Vannes, danse, musique et improvisation prennent corps dans ce show au charme fou et à l’énergie communicative. On passe du rire aux larmes.
Il s'agit d'une expérience dépaysante qu'offre Nawell Madani, quatre soir par semaine, dans son spectacle. De la Belgique, à Paris, en passant par une escale en Algérie, l'humoriste endosse le rôle de tour-opérateur comique pendant une heure et demie de fous rires.
À travers les situations qu'elle met en scène, Nawell Manadi crée le contact avec le public, sans jamais le forcer. On se retrouve dans ses répliques hilarantes, pleurant de rire à chacune de ses transformations. L'auto-dérision est aussi un art qu'elle maîtrise à la perfection, notamment lorsqu'elle évoque son passé de garçon manqué, moment culte de la soirée.
Le temps de plusieurs interludes, la scène se transforme en véritable dancefloor, l'humoriste retrouvant ses vieux démons de chorégraphe. Accompagnée de deux danseuses professionnelles, qui ne manquent elles aussi pas de répondant, la danseuse nous en met plein la vue.
Nawell Madani : Les dates amoureux - "C'est moi la plus Belge" - Comédie+
"Jusqu'ici tout va bien" : Succès et critiques sur Netflix
Le 7 avril 2023, Nawell Madani s'éloignait de son registre habituel en proposant une série qu'elle a écrite et réalisée, diffusée sur Netflix, Jusqu'ici tout va bien. L'humoriste y tient également le rôle principal, Fara Bentayeb. Il s'agit d'une journaliste travaillant pour une chaîne d'info en continu.
Dévoilée le 7 avril sur Netflix, Jusqu'ici tout va bien suit une jeune femme issue des quartiers prise entre ses rêves de journalisme et la délinquance de son jeune frère. Entourée de ses sœurs, elle se retrouve prise dans l'engrenage du grand-banditisme pour protéger sa famille. Un polar teinté d'humour pour lequel Nawell Madani, qui y campe le rôle principal, a également officié comme scénariste et réalisatrice.
Six jours après sa sortie, le programme est la série la plus regardée en France et la septième dans le monde. Un carton d'audiences qui s'accompagne d'un revers: de nombreuses critiques, parfois violentes, sur les réseaux sociaux.
Réactions aux critiques
Après de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, Nawell Madani prend la parole. "Mon intention était noble".
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"Je voulais parler des femmes de quartiers qui se battent pour leurs frères", explique Nawell Madani. "De l'absence du père, de comment on est perdue quand il part, comment ses filles prennent la place."
La star du stand-up révélée par le Jamel Comedy Club explique que la critique la plus douloureuse, "c'est quand tu entends que tu as stigmatisé davantage": "J'ai mis une femme voilée rayonnante, solaire (Kahina Carina), une fille invalide, les enfants de Yasmina (Carima Amarouche) qui sont en surpoids, des gens qu'on n'a pas l'habitude de voir à l'image."
La comédienne ajoute avoir voulu "pointer du doigt" le racisme auquel font face les minorités issues de l'immigration, autant de la part des "franco-français" que "entre algériens, entre maghrébins, entre maghrébins et noirs africains (...) On voulait parler du racisme et du sexisme qu'on peut rencontrer dans les médias, mais aussi dans les quartiers, la famille."
Une autre critique récurrente portait sur le choix de Paola Locatelli, influenceuse et actrice d'origine capverdienne et italienne, pour incarner une jeune fille d'origine maghrébine: "On doit aussi montrer l'exemple.
Dans les colonnes de Télécâble Sat, la Belge a préféré relativiser et a déclaré : "Je prends les critiques, c'est normal ! J'ai envie de m'améliorer mais jamais une série n'a autant été décortiquée. On m'a dit : « Laisse la drogue et les braquages aux mecs. Fais tes petites comédies romantiques ». Même pour mon premier spectacle, on disait que ça fonctionnait parce que j'étais « fraîche ».
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Finalement, Nawell Madani est plutôt satisfaite du succès de la série et a notifié un point concernant la France : "Dans la série, j'avais envie de montrer des femmes maghrébines fortes. C'était nouveau. Dès qu'on est des Amazones, on nous dit que ce n'est pas crédible. La série a été numéro 1 en France et dans 47 autres pays.
Genèse du projet
Ce projet est né durant le confinement. Comme tout le monde, j’ai regardé toutes les séries qui étaient diffusées de Succession à Snowfall en passant par Validé. Je me suis dit : « Tiens, et une série sur les femmes ? ». Je voulais mettre la famille au cœur du récit et parler de femmes fortes et courageuses. En étant beaucoup à la maison, je lisais des faits divers et je me demandais comment certaines personnes arrivent à commettre le pire ? Comment ils rentrent dans cet engrenage ? Tout doucement, le challenge du polar est arrivé. Et ce qui a commencé comme une comédie s'est poursuivi dans le noir.
Le titre « Jusqu’ici tout va bien », c’est un clin d’œil à « La Haine » ? C’est une phrase que l’on dit assez souvent : « ça va ? », « Jusqu’ici tout va bien, après on verra, inch allah ! » C’est un clin d’œil à cette phrase que tout le monde sort et qui vient de La Haine. « Jusqu’ici tout va bien, jusqu’à l’atterrissage » , c’est un petit clin d’œil à ce film qui a marqué ma génération.
J’ai mis dans mon récit un peu de moi, de mes sœurs, des femmes que je rencontre. Vous voyez, ma maquilleuse derrière vous est ma sœur et à côté d’elle, c’est ma nièce. La famille est assez présente dans ma vie. Si je n’avais pas mes sœurs dans ma vie, je ne serai pas là où j’en suis. Elles me protègent et me disent les vérités qui ne sont pas forcément plaisantes à entendre. J’avais envie de raconter cela. Peu importe ce qui peut arriver dans la vie, quand on a un problème, on se retourne vers sa famille ou celle qu’on s’est créée. Dans mon film C’est tout pour moi, je n’avais pas pu explorer toute la famille. Une de mes sœurs a été voilée pendant plus de dix ans et a un enfant invalide… J’ai nourri la série de choses intimes pour que cela sonne vrai.
Polémiques autour du tournage
La série créée, écrite, produite et réalisée par Nawell Madani pour Netflix, Jusqu’ici tout va bien, a été un sacré bordel en coulisse.
Quinze membres de l’équipe technique de la série de Nawell Madani « Jusqu’ici tout va bien », diffusée depuis avril sur Netflix, ont décrit les conditions particulièrement pénibles dans lesquelles la série a été réalisée, dans une enquête publiée dimanche par Mediapart. Ils dépeignent des humiliations, un climat de tension permanente, voire des situations de mise en danger, vécues lors du tournage en 2022 de cette série - qui était la plus regardée en France lors de sa sortie, et était restée dans le top 10 de la plate-forme pendant quatre semaines.
« Ce tournage n’a été qu’une souffrance », témoigne ainsi une membre de l’équipe à Mediapart, quand une autre évoque même des symptômes de « stress post-traumatique ». « J’allais bosser la boule au ventre tous les jours, confie aussi un technicien son. Ce tournage nous a transformés. Il y a eu pour tous un moment où on ne s’est pas reconnu parce qu’on a été agressif ou désagréable à cause de cette tension permanente. »
Des témoins évoquent ainsi une brimade sur l’orientation sexuelle lancée ce jour-là à l’encontre de l’une des membres de l’équipe par la réalisatrice Nawell Madani. D’autres épisodes révélateurs de ce climat sont rapportés, comme lorsqu’un technicien a été embarqué dans le coffre d’une voiture conduite par une actrice qui n’avait pas le permis.
Deux membres haut placés de l’équipe de tournage, le directeur de production et le régisseur général, ont claqué la porte avant la fin, indique aussi Mediapart, qui évoque un « fait rare dans le monde du cinéma ». Mis au courant de la situation après plusieurs alertes lancées par des salariés, Netflix avait fini par dépêcher un « référent » sur le tournage. Mais ce dernier n’avait pas permis d’apaiser les choses, selon les personnes interrogées par le média d’investigation.
Certains techniciens rejettent la faute de ce chaos général sur les trop lourdes et nombreuses responsabilités confiées à la cinéaste : « Netflix a laissé tous les pouvoirs à Nawell, qui était fatiguée, mais aussi inexpérimentée pour occuper tous ces postes. Ils l’ont mise là parce qu’elle est connue, parce qu’elle a des millions d’abonnés, mais elle n’avait pas les épaules et c’est nous qui en avons payé le prix. »
Ni Nawell Madani, ni son avocat, n’ont donné suite aux sollicitations de Mediapart.