Angelin Preljocaj : Un Portrait Documentaire sur France 5

France 5 a diffusé un documentaire captivant explorant la vie et l'œuvre du chorégraphe Angelin Preljocaj. Ce portrait-documentaire s’appuie sur les répétitions de sa nouvelle pièce « Gravité ». Le film dévoile le processus de création de son récent ballet « Gravité », terme à prendre dans ses deux acceptions.

Angelin Preljocaj ouvre son studio de travail à la réalisatrice Florence Platarets. Au printemps 2018, le patron du Ballet Preljocaj, le Centre chorégraphique national d’Aix-en-Provence, y répète Gravité, sa nouvelle pièce pour douze danseurs. Pas à pas, depuis les premiers jets jusqu’aux ultimes débriefings avec les interprètes et à la création du spectacle, en septembre, au Théâtre de Villeurbanne, à Lyon, on suit les étapes de cette fabrique du geste patiente et passionnée.

Au travail, Angelin Preljocaj se glisse au milieu de sa troupe, discute, fouille le thème, en retourne les couches pour faire advenir le geste. « Au début, je suis dans un état où je ne sais plus rien, confie-t-il. Il faut tout recommencer et surtout faire des choses que je ne sais pas faire. » La page blanche va peu à peu s’écrire et se transmettre aux danseurs.

« On se détend pour parler de la gravité, dit-il en rassemblant le groupe. Ce thème contient de l’abstraction mais il évoque aussi des états de corps. » Quelques jours plus tard, il pointe « le travail musculaire, physique, celui de résistance de l’air qui va donner l’impression de gravité. »

Au Pavillon Noir, roc massif et beau conçu par l’architecte Rudy Ricciotti, Preljocaj, qui a créé sa compagnie en 1984, travaille dans le studio Karin-Waehner (1926-1999), danseuse et chorégraphe allemande qui est l’une des figures de son parcours.

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Tiraillé entre spectacles narratifs comme Blanche Neige (2008), sur une musique de Prokofiev, et manifestes d’écriture façon Empty Moves (2004-2014), sur du John Cage, le trajet artistique de Preljocaj se décline dans ce portrait-documentaire au gré d’images d’archives, de spectacles et de commentaires de personnalités. Aurélie Dupont, directrice de la danse à l’Opéra national de Paris, le couturier Jean-Paul Gaultier ou le dessinateur Enki Bilal donnent leurs points de vue ainsi que les chorégraphes Kaori Ito et Sylvain Groud, complices de premier plan d’Angelin Preljocaj.

La choréologue Dany Lévêque, collaboratrice depuis vingt-cinq ans, souligne combien la transmission de la danse tient au cœur du chorégraphe. Angelin Preljocaj a 10 ans lorsqu’il prend son premier cours de classique tout en pratiquant le judo. Il suit l’enseignement de Waehner à l’adolescence avant de partir en 1980, comme nombre de chorégraphes de l’époque, à New York, dans les studios du maître de l’abstraction Merce Cunningham (1909-2009). Il plonge dans l’effervescence de la Grosse Pomme.

Il cite parmi ses influences le cinéma, le burlesque et les comédies musicales dont Gravité, en particulier dans le dernier tableau du Boléro, porte l’empreinte. Sur la musique de Maurice Ravel, lors de cette longue séquence finale, les interprètes en cercle font palpiter un vivant kaléidoscope qui rappelle que l’abstraction chorégraphique est matière bien concrète, comme le soulignait Cunningham, sensuelle même, au diapason des intensités multiples des corps en action.

Angelin Preljocaj

« Danser pour grandir » : Un autre documentaire à ne pas manquer

« Danser pour grandir » suit 12 jeunes danseurs et danseuses, sélectionnés pour intégrer le Ballet Preljocaj Junior. Chaque année, les auditions pour le Ballet Preljocaj Junior attirent de toute l’Europe des centaines de jeunes danseurs et danseuses, âgées de 17 à 20 ans. Français, belges, italiens, allemands ou portugais, ils se retrouvent à Aix-en-Provence, dans l’espoir de décrocher le précieux sésame qui leur permettra de fouler en septembre le sol du studio du Pavillon Noir.

La sélection est très exigeante : seuls douze d’entre eux seront retenus pour une formation d’un an en alternance. À la clé, le diplôme national supérieur professionnel de danseur et pour les meilleurs, un contrat d’engagement au sein du Ballet Preljocaj, le ballet contemporain fondé par le célèbre danseur et chorégraphe Angelin Preljocaj.

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Dans ce documentaire inédit, le réalisateur Julien Bengel suit la métamorphose d’Angie, Jules, Nanami, Ayla, Jack, Tiago, Sofia, Afonso, Teresa, Owen et Audalys. Issus d’écoles et de conservatoires nationaux, venus de Paris, Lyon, Marseille, Lisbonne, Anvers, Dresde ou Genève, ils ont franchi avec succès le cap des auditions et intègrent pour un an le Pavillon Noir, siège du Ballet Preljocaj.

Sous la direction d’Angelin Preljocaj et de l’équipe pédagogique, les jeunes gens vont mettre à l’épreuve leur passion pour la danse, leur détermination, leur rigueur et leur volonté de travailler pour réaliser leur rêve : vivre de la danse. Au fil de cette année décisive, c’est une véritable métamorphose qui attend chacun d'eux. Ce documentaire, qui résonne avec les 40 ans de la compagnie cette année, ouvre une fenêtre sur une jeunesse rarement filmée et extrêmement moderne.

Angelin Preljocaj

Influences et Inspirations d'Angelin Preljocaj

Ce mois-ci, France 5 diffuse une nouvelle série intitulée « Influences, une histoire de l’art au présent ». Chaque semaine, un documentaire suit un plasticien, un metteur en scène, etc., le temps d’une création, pour évoquer son parcours, ses maîtres, ses modèles. L’Annonciation, La Fresque… Plusieurs de vos créations sont en lien avec la peinture. D’où cette inspiration vous vient-elle ?

Angelin Preljocaj : La question du corps est présente dans l’histoire de l’art jusqu’à l’abstraction. Depuis le début de l’humanité, l’homme a beaucoup travaillé à la représentation du corps, comme dans les peintures rupestres. Ce genre de détails de l’histoire de la peinture est important pour moi : l’idée du cadre, du mouvement, de la forme. Tout ce qui est lié au corps me questionne.

C’est venu en fait plus tard, à l’âge de 18 ans, lorsque j’ai visité une rétrospective sur Lucio Fontana, à Rome. Je trouvais le début de l’exposition intéressant, notamment sur son degré de maîtrise de l’art figuratif, quand, tout à coup, je vois cette toile lacérée. J’ai eu une émotion très forte, non parce qu’il ouvrait la toile d’un coup de cutter - je ne suis pas sûr que cela soit forcément empli de sens et d’évidence en soi - mais au regard de l’ensemble de son parcours, ce qui l’a amené à traverser la toile. C’est là que j’ai compris que le chemin compte plus que le résultat.

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Je retiens surtout une visite au Met, à New York, où je me suis retrouvé dans un petit espace triangulaire au milieu de toiles de Monet, Gauguin et Cézanne. J’ai fondu en larmes devant Les Pommes de Cézanne. Personne n’a peint des pommes comme cela ; ce n’est plus la reproduction du réel, c’est l’essence même. Cézanne est à l’intérieur de ce qu’il peint.

Travailler avec un plasticien m’apporte des contraintes qui me déroutent dans le bon sens du terme. Je cherche à être déstabilisé, car pour moi c’est être en mouvement. En tant que chorégraphe, je recherche comment je peux dériver, changer d’axe, de point de vue à travers ces collaborations. La pire chose pour un artiste est d’être pris dans l’ornière de son propre « style ». C’est à cela que j’essaye d’échapper à travers ces rencontres.

Au départ, on m’avait proposé plusieurs œuvres dont La Chambre de Van Gogh, mais ce tableau était trop puissant pour que je puisse trouver mon espace dedans. Je suis alors passé devant Les Raboteurs de parquet de Caillebotte et j’ai vu ces dos nus arc-boutés sur ce parquet dont les lignes m’évoquaient une partition, avec ces copeaux de bois semblables à des notes. J’ai perçu la sensualité du sol qui m’a rappelé des sensations de mon enfance - mon père menuisier me racontait la façon dont il travaillait le bois, utilisait le rabot - et tout cela m’a fortement inspiré.

Oui, c’est un plaisir personnel, presque solitaire. J’ai commencé à peindre à l’acrylique et je suis tombé fou amoureux de la peinture à l’huile, c’est une matière organique qui a une vie propre. Lorsque vous posez des touches de couleurs, elles continuent à vivre, la peinture à l’huile laisse le temps de la retravailler, tandis que l’acrylique est pour moi plus minérale : une fois qu’on l’a posée, elle sèche et on ne peut plus y revenir. Il y a quelque chose de très sensuel dans la peinture à l’huile, elle peut être remodelée, sa matière picturale est en mouvement.

En danse, en musique comme en peinture, il n’y a pas un beau mouvement, une jolie note ou une belle couleur, tout cela est question de mise en résonnance. Pour moi, un port de bras n’est pas moins laid qu’un dos rond. Ce qui m’intéresse, c’est comment tout cela s’articule et fait sens de façon rationnelle, mais aussi inconsciente, subliminale. Francis Bacon disait que la peinture ne s’adresse pas à la raison, mais au système nerveux du regardeur, l’art vous déplace intérieurement.

C’est la définition même de la danse. Un danseur qui n’est pas animé intérieurement exécute un mouvement mécanique. J’aime notamment cette phrase de Spinoza qui demande : « Que peut le corps ? » Cela résonne fortement avec la place du corps dans nos sociétés actuelles : quelle est notre propension à courber le réel ? Cette relation entre le corps et l’espace-temps m’interpelle, les notions de poids, de vitesse, de masse… Comment nos corps peuvent incurver l’espace des événements de nos vies et du monde ?

Ce que j’aime beaucoup dans la peinture, c’est la transmission que rend possible sa matérialité à travers le temps, lorsqu’un même thème est peint sur plusieurs siècles, comme, par exemple, celui de l’Annonciation. Les peintres peuvent ainsi communiquer de façon télépathique, ayant accès à la perception de ceux qui les ont précédés.

Angelin Preljocaj

La Force de l'Âge : Un Documentaire Sensible

Monter un spectacle avec une troupe de huit danseurs tous âgés de plus de 65 ans. Derrière ce pari artistique un peu fou, le chorégraphe Angelin Preljocaj. De la douleur au plaisir, des doutes à la confiance retrouvée, la réalisatrice Valérie Müller met en lumière ces corps dansants et vieillissants portés par une force et un éternel désir de vie. Dans ce documentaire sensible, « La Force de l’âge » se révèle dans toute sa grâce...

Au départ, ils sont plus de 300, en France et en Italie, à venir auditionner. Professionnels ou non, tous ont plus de 65 ans. Angelin Preljocaj, lui, recherche avant tout des personnalités incarnant différentes trajectoires de vie et milieux sociaux.

Au terme des différents castings, huit interprètes sont sélectionnés. Ensemble, ils vont se lancer un défi de taille : au-delà du pari artistique, celui d’outrepasser les idées reçues sur la vieillesse. Travailler la mémoire et la synchronisation des mouvements, surmonter les doutes et les douleurs, tout en acceptant les marques du temps sur le corps…

Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s’est passé », rappelle Angelin Preljocaj en citant les mots attribués à Groucho Marx. « À l’intérieur de soi, on est toujours avec ce désir de projet, d’avenir, de découvrir le monde… On s’aperçoit que le corps est un peu en fin de course. C’est le dernier tour de piste et il ne faut pas le rater.

Pour les huit sélectionnés, l’enjeu est fort. Durant deux mois au Pavillon Noir d’Aix-en-Provence, dans une atmosphère de travail intense, six heures par jour, ils vont outrepasser les idées reçues liées aux effets de l'âge. Réactiver la mémoire, dérouiller les corps, montrer les rides, évoquer la sexualité sont autant de défis qu’ils doivent surmonter pour prendre leur place dans le spectacle et monter sur scène le jour de la première au Théâtre national de Chaillot, à Paris.

Dans ce dispositif, le film révèle les fragilités, les angoisses mais aussi la force du désir qui anime encore chacun des interprètes.

Angelin Preljocaj fait danser les détenues des Baumettes

Angelin Preljocaj fait danser les détenues des Baumettes. Réduits et abîmés par la détention, les corps retrouvent, grâce à la danse, le goût pour la liberté de mouvement et l'expression. De celui des personnes incarcérées ensuite, qui reprennent confiance dans leur individualité et se détachent progressivement du numéro d'écrou qui, seul, les distingue en prison.

Angelin Preljocaj

En scène avec Angelin Preljocaj

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