Le Festival international du film de Venise, également connu sous le nom de Mostra de Venise, est un événement cinématographique majeur qui se déroule chaque année en Italie. La 82e édition a débuté le 27 août 2025. Ce festival récompense chaque année des œuvres riches et singulières.
Un peu d'histoire
La Mostra de Venise naît en 1932 sous l’impulsion de Giuseppe Volpi, entrepreneur ayant fait fortune dans le tabac et grand amateur de cinéma. Avant de fonder le festival, il dirige déjà la Biennale de Venise, une fondation organisant des événements artistiques variés. Dans le prolongement de cette mission culturelle, il lance la première exposition internationale d’art cinématographique, désormais connue sous le nom de Mostra Internazionale d’Arte Cinematografica di Venezia.
Giuseppe Volpi est aussi un adepte du fascisme et un proche allié de Benito Mussolini. Il occupe ainsi plusieurs postes clés sous son régime : de 1925 à 1928, il est ministre des finances, puis président de la Confédération générale de l’industrie italienne entre 1934 et 1943, période durant laquelle il met le monde industriel au service de la dictature.
La Mostra de Venise devient elle aussi un instrument de propagande. Benito Mussolini entend en faire une vitrine culturelle de l’Italie fasciste. Dès 1938, les récompenses ne sont plus attribuées par un jury indépendant, mais directement par le gouvernement. Une Coupe Mussolini, destinée à couronner le meilleur film, est également créée.
Pendant la guerre, les distinctions reviennent presque exclusivement à des films italiens ou allemands, souvent de propagande. Les autres pays, comme les États-Unis, la France ou la Grande-Bretagne, cessent de participer. La Mostra est finalement suspendue en 1943 face à l’intensification du conflit et à la chute du fascisme.
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Le Lion d'Or : Symbole de Venise
Depuis 1954, le prix remis au meilleur film de la Mostra porte le nom de Lion d’or. Cette distinction existait déjà six ans plus tôt, sous l’appellation de « Lion de saint Marc ». Saint Marc, auteur de l’un des quatre Évangiles, est traditionnellement représenté par un lion ailé, devenu au fil des siècles l’emblème de la ville de Venise. Au IXe siècle, des marchands vénitiens auraient rapporté d’Alexandrie, en Égypte, les reliques de saint Marc. Devenu alors le saint patron de la République de Venise, il offre à la ville son emblème.
Mostra de Venise : le Lion d'or à "Father Mother Sister Brother" de Jim Jarmusch • FRANCE 24
Les Années de Crise et de Renouveau
Pendant une décennie, la Mostra de Venise est profondément affectée par la crise sociale et politique qui secoue l’Europe à la suite de Mai 68. Le climat de contestation touche également la culture, soumise aux débats idéologiques de l’époque et critiquée pour être trop élitiste et « bourgeoise ».
En 1969, le festival renonce donc à attribuer des prix officiels. Jusqu’en 1979, la Mostra survit, mais sans sa compétition internationale traditionnelle ni l’attribution du Lion d’or.
Face à la pandémie de Covid-19, la Mostra de Venise a refusé de capituler. Alors que le Festival de Cannes était annulé et celui de Berlin organisé en ligne, le festival italien a maintenu son édition 2020 au Palais du cinéma, à Venise, en présence du public. Pour limiter les attroupements, un mur blanc avait été installé pour dissimuler les stars, tandis qu’un écran géant diffusait en direct les images du tapis rouge à proximité.
Palmarès Récent
Le prestigieux festival italien de cinéma de Venise a rendu son verdict ce samedi 6 septembre 2025. Parmi les grands vainqueurs de la 82ᵉ Mostra de Venise, on retrouve :
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- Lion d’or : Father Mother Sister Brother, de Jim Jarmusch
- Lion d’argent - Grand prix du jury : The Voice of Hind Rajab de Kaouther Ben Hania
- Lion d'argent de la meilleure réalisation : The Smashing Machine de Benny Safdie
- Coupe Volpi de la meilleure actrice : Xin Zhilei dans The Sun Rises on us all de Cai Shangjun
- Coupe Volpi du meilleur acteur : Toni Servillo dans La Grazia de Paolo Sorrentino
- Prix du meilleur scénario : A pied d’œuvre de Valérie Donzelli
- Prix spécial du jury : Sotto le nuvole de Gianfranco Rosi
- Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir : Luna Wedler dans Silent friend d’Ildiko Enyedi
Quelques Films Primés à Venise à (Re)voir
Voici une sélection de films distingués à Venise, disponibles sur les plateformes :
- « La Chambre d’à côté », de Pedro Almodovar (Lion d’or 2024) : Les retrouvailles de deux amies, alors que l’une d’elles s’apprête à mourir.
- « Pauvres Créatures », de Yórgos Lánthimos (Lion d’or 2023) : Un savant fou façonne une créature à partir d’une suicidée.
- « Nomadland », de Chloé Zhao (Lion d’or 2020) : Une femme en deuil entreprend un voyage intérieur à travers les paysages américains.
- « Joker », de Todd Phillips (Lion d’or 2019) : Une biographie au réalisme brutal de Joker, satire grinçante du « trumpisme ».
- « Roma », d’Alfonso Cuarón (Lion d’or 2018) : Un hommage à la domestique qui l’a choyé durant son enfance.
- « La Forme de l’eau », de Guillermo del Toro (Lion d’or 2017) : Une femme de ménage muette approche une créature sous-marine tenue prisonnière.
- « The Wrestler », de Darren Aronofsky (Lion d’or 2008) : Un catcheur endetté, malade et seul refuse de décrocher.
- « Le Secret de Brokeback Mountain », d’Ang Lee (Lion d’or 2005) : La passion mutuelle et impossible de deux cow-boys.
- « Trois Couleurs : Bleu », de Krzysztof Kieslowski (Lion d’or 1993) : Une jeune femme veut reprendre goût à la vie après le décès de son mari et sa fille.
- « Sans toit ni loi », d’Agnès Varda (Lion d’or 1985) : Le dernier itinéraire de Mona la routarde.
- « L’État des choses », de Wim Wenders (Lion d’or 1982) : Réflexion époustouflante sur le cinéma.
- « Belle de jour », de Luis Buñuel (Lion d’or 1967) : Les après-midi au bordel de Séverine, jeune bourgeoise mariée.
- « Le Désert rouge », de Michelangelo Antonioni (Lion d’or 1964) : Une jeune femme fragile ne parvient pas à s’adapter à la réalité d’un monde asphyxié.
- « L’Année dernière à Marienbad », d’Alain Resnais (Lion d’or 1961) : Film-poème sur l’amour fou et l’oubli.
- « Le Passage du Rhin », d’André Cayatte (Lion d’or 1960) : Un boulanger et un journaliste sont faits prisonniers en Allemagne.
- « Rashōmon », d’Akira Kurosawa (Lion d’or 1951) : Un mari, une femme, un bandit se sont croisés dans une forêt.
Le Festival de Venise continue d'être un baromètre important des tendances du cinéma mondial, célébrant la diversité et l'innovation dans l'art cinématographique.
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