Le cinéma a souvent servi de miroir aux conflits qui ont marqué l'histoire, et la guerre en Yougoslavie ne fait pas exception. Des films poignants aux œuvres polémiques, le 7ème art a exploré les complexités de cette période sombre, ravivant parfois des tensions entre les peuples.
"Dara iz Jasenovca" : Une œuvre controversée
Le film "Dara iz Jasenovca", qui a représenté la Serbie aux Oscars, a suscité de vives réactions et ravivé les tensions entre Serbes et Croates. Réalisé par Peter Antonijević, ce film se présente comme une œuvre sur les atrocités de la guerre vue à travers les yeux d'une enfant serbe dans le camp de concentration de Jasenovac, situé en territoire croate pendant la Seconde Guerre mondiale.
La bande-annonce du film met en avant la solidarité, les exécutions sommaires et la force de résistance de l'esprit humain, des ingrédients classiques du film concentrationnaire. L'objectif semble être de dénoncer le martyr des Serbes, des Juifs et des Tziganes dans les Balkans.
Cependant, avant même sa sortie, le film a déclenché une polémique. Le magazine américain Variety a évoqué les « intentions douteuses » d'un film de « propagande à peine déguisée ». Cet article a suscité des commentaires incendiaires sur la toile et la riposte des réseaux nationalistes serbes, qui affirment que leurs « ennemis empêchent qu'on parle du génocide (serbe) de Jasenovac ».
Un site d'information croate a même évoqué une « nouvelle guerre » culturelle entre Serbes et Croates autour de ce film. Le Los Angeles Times a déploré que l'histoire de ce camp ne soit le prétexte à « un règlement de comptes », avec des stéréotypes de « soldats cruels, de méchantes religieuses et des figures maternelles à la fois protectrices et suspectes ».
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Les derniers chiffres dénombrent environ 80 000 personnes, en majorité serbes, assassinées dans le camp de Jasenovac entre 1941 et 1945, sous l’autorité du gouvernement Oustachi, une variante nationale du fascisme, allié de l’Allemagne nazie. Une mémoire historique terrible, déjà ravivée dans le processus de démembrement de la Yougoslavie dès les années 1980 et bien sûr au cours des guerres des années 1990 entre les anciennes républiques de la fédération.
SBIFF Cinema Society Q&A - Dara of Jasenovac
Les autorités serbes défendent avec détermination le film qu’elles ont financé et qu’elles présentent, pour la première participation du pays, aux Oscars pour représenter les couleurs nationales. Ce qui intéresse la réception américaine tient moins au conflit régional entre deux nations que la récupération de l’histoire de la Shoah à cette fin.
Avec le risque selon Jay Weissberg dans Variety de réduire encore davantage le sujet à un thème à succès, une valeur sûre du marché cinématographique mondiale, parce que la Shoah fait vendre, et la banalisation par un cocktail de sensationnalisme et de sensiblerie d’un évènement hors normes qui mérite, y compris dans la fiction, un traitement au premier plan.
Camp de concentration de Jasenovac
Reporters de guerre : Témoins et acteurs du conflit
Le cinéma a également rendu hommage aux reporters de guerre qui ont couvert le conflit en Yougoslavie, à travers des films comme "Sympathie pour le diable" et "Harrison's Flowers".
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"Sympathie pour le diable" : Au cœur du siège de Sarajevo
Le film "Sympathie pour le diable" de Guillaume de Fontenay retrace le parcours de Paul Marchand, un correspondant de guerre qui a couvert le siège de Sarajevo. Le film, tourné en Bosnie, se concentre sur cette période particulièrement mouvementée de sa vie.
Sarajevo, novembre 92, sept mois après le début du siège. Le reporter de guerre Paul Marchand nous plonge dans les entrailles d’un conflit fratricide, sous le regard impassible de la communauté internationale. Le long métrage décrit fort bien l'engagement d'un homme face à l'horreur de la guerre.
Guillaume de Fontenay a connu Paul Marchand au travers du journal de Radio-Canada où il était correspondant de guerre freelance depuis Beyrouth et ensuite en poste à Sarajevo à partir de 92. C'est en 1997 qu'il a lu son livre coup-de-poing "Sympathie pour le diable". Il explique : "Un cri du coeur, une litanie sur la guerre, la mort et son expérience de correspondant de guerre après ce conflit.
Avec plus de 2 millions de réfugiés et de déplacés, plus de 100 000 morts, la guerre de Bosnie est considérée comme le conflit le plus sanglant qu’ait connu le continent européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Le siège de Sarajevo est le plus long de l’histoire de la guerre moderne. Il a duré du 5 avril 1992 au 29 février 1996. Près de 12 000 personnes furent tuées et plus de 50 000 blessées dans la ville.
Affiche du film Sympathie pour le diable
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"Harrison's Flowers" : La quête d'une femme dans une Yougoslavie à feu et à sang
"Harrison's Flowers" d'Elie Chouraqui relate le destin d’une femme, Sarah Lloyd, interprêtée par Andie MacDowell, en quête de son mari, Harrison Lloyd, reporter-photographe célèbre pour Newsweek, retenu quelque part dans une Yougoslavie à feu et à sang. Le film montre à la fois le quotidien d'un reporter de guerre et les atrocités commises pendant la guerre de Yougoslavie.
Octobre 1991, Harrison Lloyd est envoyé en Yougoslavie pour "couvrir les débuts d'un conflit mineur". Personne, à cette époque, ne comprend encore cette guerre. Sarah, sa femme, mère de deux enfants, lui fait promettre de revenir pour l'anniversaire de son fils. Il promet, part, tarde à rentrer et est porté disparu aux environs de Osijiek, non loin de Vukovar, dans l'est de la Croatie.
Pour Sarah, le monde s'écroule, mais elle refuse de croire au décès de son époux. Andie MacDowell crève l'écran dans ce film, ne se contentant pas d'arborer son joli minois, non c'est une véritable grande actrice. C’est assez peu fréquent pour être souligné, Harrison’s flowers est un film utile, nécessaire. Relatant le destin d’une femme en quête de son mari retenu quelque part dans une Yougoslavie à feu et à sang, il nourrit la cause des grands reporters, ces témoins du tragique dont la soif d’aventures a tôt fait de leur faire oublier les dangers.
Autres films marquants sur la guerre en Yougoslavie
De nombreux autres films ont abordé la guerre en Yougoslavie, offrant des perspectives variées sur le conflit et ses conséquences. Voici quelques exemples :
- No Man's Land (2001) de Danis Tanović : Une comédie dramatique qui dénonce l'absurdité de la guerre à travers l'histoire de deux soldats, un Bosniaque et un Serbe, coincés dans un no man's land.
- Sarajevo, mon amour (2006) de Jasmila Žbanić : Un drame qui traite du sujet difficile des actions des citoyens normaux lors d'une situation anormale.
- La Voix d'Aida (2020) de Jasmila Žbanić : Un drame historique qui revient sur le massacre de Srebrenica en 1995.
Le cinéma yougoslave : Une production riche et diversifiée
Avant les conflits des années 1990, la Yougoslavie possédait une industrie cinématographique florissante, soutenue par le gouvernement et le Maréchal Tito. En 1946, Tito décide de construire une ville du cinéma, la Filmski Grad, dans les environs de Belgrade, une Hollywood de l’Est en quelque sorte, et en 1947, il crée les studios Studio Central Films, qui deviendront plus tard les Studios Avala Films.
En 1954 est créé le Festival du Film de Pula, qui se tient encore aujourd’hui. C’était l’événement annuel du cinéma yougoslave ! De nombreuses coproductions internationales ont été tournées en Yougoslavie, avec des acteurs américains de renom comme Richard Burton et Orson Welles.
Cependant, la guerre a mis un terme à cette période faste. En juin 1991, vu le contexte politique, le Festival de Pula est annulé. Les Studios Avala Films vont être emportés dans la tourmente. Entre 2005 et 2007, ils sont mis en vente aux enchères ainsi que 14 salles de cinéma de Belgrade. A ce jour aucune salle n’a rouvert ses portes et les Studios chers à Tito sont toujours invendus.
Malgré les difficultés, le cinéma yougoslave a continué à exister, témoignant de la résilience des artistes et de leur volonté de raconter les histoires de leur pays.
| Titre du film | Réalisateur | Année de sortie | Genre |
|---|---|---|---|
| No Man's Land | Danis Tanović | 2001 | Comédie dramatique, Guerre |
| Sarajevo, mon amour | Jasmila Žbanić | 2006 | Drame |
| La Voix d'Aida | Jasmila Žbanić | 2020 | Drame, Guerre, Historique |
| Sympathie pour le diable | Guillaume de Fontenay | 2019 | Biopic, Guerre |
| Harrison's Flowers | Elie Chouraqui | 2000 | Drame, Guerre |
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