Liseron Boudoul est une figure emblématique du journalisme de guerre en France. Travaillant à TF1 depuis près de trente ans, elle s'est imposée comme une grand reporter de terrain, couvrant les conflits les plus marquants de notre époque. Son parcours, son approche du métier et ses expériences en zones de conflit font d'elle une personnalité respectée et admirée.
Formation et Débuts de Carrière
Fille d’une polonaise et d’un auvergnat, Liseron Boudoul est originaire de Saint-Etienne. Depuis sa plus tendre enfance, Liseron Boudoul veut devenir journaliste. Une partie de sa famille réside en Haute-Loire. Elève brillante, elle intègre l’Institut d’Etudes Politiques.
Après ses études à l'Institut d'études politiques de Paris, elle débute sa carrière de journaliste à la radio pour le groupe Radio France et ses stations France Inter, France Culture et RFI. Elle fait ses débuts à la télévision aux côtés d’Anne Sinclair sur des sujets politiques.
De LCI à TF1: L'Émergence d'une Reporter de Guerre
Elle rejoint ensuite la rédaction de LCI où elle se découvre une passion pour les sujets géopolitiques et les conflits internationaux. C’est au sein de la chaîne TF1 que Liseron Boudoul devient grand reporter de guerre.
Mais le tournant de sa carrière, c’est bien son arrivée chez TF1 au service des informations générales. C'est sur la chaîne privée qu'elle se découvre une passion pour le terrain et qu'elle devient grand reporter de guerre.
Journaliste passionnée par le terrain, elle est ensuite engagée par TF1 où elle traite notamment du tsunami du 26 décembre 2004 dans l’océan Indien ou encore des émeutes dans les banlieues françaises de 2005.
Puis un jour, TF1 décide de l’envoyer en Irak pour pallier la défection d’un reporter. Envoyée sur place lors du tsunami de 2004, des émeutes dans les banlieues françaises en 2005 puis des événements en Irak, en Palestine, au Mali et en Libye, elle s’impose comme une des correspondantes de guerre françaises les plus aguerries.
Grand reporter au service Monde de la première chaîne, elle couvre au plus près des lignes de front les conflits en Irak, en Palestine, en Libye et au Mali, entre autres. En 2014, elle couvre par exemple les évènements à Gaza.
Couverture des Conflits et Zones de Crise
Durant les années 2010, la reporter de guerre couvre diverses zones de conflits en Syrie, et fait un travail remarquable concernant la bataille de Mossoul ainsi que la chute de Raqqa.
Si Liseron Boudoul a toujours su qu’elle voulait devenir journaliste, cette appétence pour les zones de conflit est apparue en 2011 lors de son premier reportage au Moyen-Orient, en Libye, pour la prise de Tripoli par les rebelles. «J’ai coutume de dire que je suis née avec le Printemps arabe, complète-t-elle.
Lire aussi: Qui est Maya Lauqué ?
#Mediapart10ans Les défis du journalisme d’enquête
C’était le 22 août dernier, une semaine après la prise de la capitale de l’Afghanistan par les Talibans. Elle est l’une des premières journalistes françaises à être entrée dans Kaboul. «À notre arrivée, c’était le chaos total à l’aéroport», se souvient-elle. «Il y avait des centaines d’Afghans, des familles, des enfants sur le tarmac, avec des avions militaires de tous les pays». Elle restera trois semaines sur place avec son journaliste reporter d’images, Romain Reverdy, à assister à l’écriture d’une page de l’histoire.
Aujourd’hui, elle n’a qu’une envie, repartir en Afghanistan. «J’y pense tous les jours», précise la journaliste qui a prévu de s’y rendre dans quelques mois pour raconter la désastreuse situation économique. «L’Afghanistan est l’un des pays les plus pauvres au monde. Les talibans ne sont pas arrivés avec des valises de dollars et des familles sont en train de mourir de faim. S’il n’y a pas une aide internationale, ce pays va être au bord de la crise humanitaire», prévient-elle, incitant à sortir des «débats occidentaux bien-pensants si loin du terrain et de la réalité».
L'Approche de Liseron Boudoul sur le Terrain
Dans la lignée d’une Martine Laroche-Joubert ou de celle pour qui elle voue une grande admiration, Marine Jacquemin (à l’origine d’ailleurs de la construction de l’hôpital français de Kaboul), Liseron Boudoul fait partie des (moins en moins rares) femmes grands reporters de guerre. Loin d’être un obstacle. «Je suis d’abord journaliste», exprime-t-elle.
Quand il faut parler à un taliban, elle n’hésite pas à lui planter un micro sous le visage, «de façon arrogante», admet-elle volontiers. Mais sans aller jusqu’à la provocation. Sur place, la journaliste, qui est à l’aube de ses 58 ans, s’adapte aux us et coutumes.
Toujours en Afghanistan, elle s’est rapidement procuré l’abaya, tenue traditionnelle et locale adéquate, qui viendra remplacer le jean slim, la chemise longue et le simple foulard qui lui valaient des réflexions. «Ce n’est pas l’avis de tous les journalistes mais je préfère me fondre dans le décor pour ma sécurité. Et avec mon abaya, on me respectait mieux», nous dit-elle.
Lire aussi: Journalistes de France 3 : Qui sont-ils ?
Elle relativise aussi en pensant aux conditions de travail bien plus difficiles qu’elle a connues. «Quand on est journaliste clandestine dans un pays en guerre - je l’ai été trois fois en Syrie - ça c’est du risque. Vous pouvez avoir un avion ou un espion qui vous suit dans la rue. On partait le matin en n’étant pas sûrs de trouver une maison pour dormir le soir.»
La Peur et la Foi
Malgré toutes ces précautions, la peur est-elle présente? C’est une question qu’on lui pose souvent. Nombre de ses confrères, à l’instar de Patrick Bourrat, sont décédés dans l’exercice dans leur métier. «Bien sûr, je vous mentirais si je vous disais que je n’ai jamais peur. Mais à partir du moment où l’envie est plus forte que tout, alors il n’y a plus de questions à se poser. Le secret est de se maîtriser», explique Liseron Boudoul.
Le soutien de sa «petite famille» et sa foi aident aussi la chrétienne qu’elle est. Elle parle parfois religion aux musulmans qu’elle croise. «Cela permet de parler d’autre chose que du quotidien, de la guerre.
Engagement et Reconnaissance
Son engagement au service de l’information sera récompensé en 2018 lorsqu’elle recevra un prix pour l’ensemble de sa carrière lors de la cérémonie des Lauriers de la radio et de la télévision. Liseron Boudoul fait partie de la nouvelle promotion civile de la Légion d'honneur, ce vendredi.
La journaliste est récompensée pour ses 36 ans de service en tant que reporter de guerre. Un décret publié au Journal officiel, ce vendredi, récompense 358 personnes, dont une moitié de femmes et une moitié d'hommes, de la Légion d'honneur. Parmi cette nouvelle promotion civile, la journaliste de TF1 Liseron Boudoul est décorée chevalier de la Légion d'honneur pour ses "36 ans de service" en tant que reporter de guerre.
Liseron Boudoul et la Guerre en Ukraine
Grand reporter de guerre, Liseron Boudoul a couvert durant plusieurs mois la guerre en Ukraine. La guerre n’est pas encore déclarée quand Liseron Boudoul (sa “bio” par Gala ICI) part, début février, en Ukraine, avec le journaliste reporter d’images Gilles Parrot.
En effet, tout au long de cette mission, Charles d’Anjou, fixeur* et interprète l’accompagne. Avec lui qu’elle publie aujourd’hui ses carnets de guerre aux éditions de l’Observatoire. A travers ce livre elle révèle toutes les rencontres et les témoignages recueillis dans la souffrance de cette guerre sans fin, filmés ou non pour ses reportages.
tags: #journaliste #tf1 #liseron #boudoul