Joyeux Anniversaire Cinéma Histoire

S’il existait un livre sur les poissards du septième art, Pierre Etaix, aux côtés d’un Terry Gilliam, pourrait exiger un chapitre entier tant la carrière de ce touche-à-tout de génie semble parsemée d’embûches.

La reprise de son œuvre dans des conditions optimales, grâce aux efforts conjugués de la Fondation Gan pour le Cinéma, de Studio 37, de Carlotta (et de Arte pour la présente édition DVD), est le fruit d’un long processus juridique. Sans revenir sur ce parcours du combattant kafkaïen, ni sur la bataille juridique livrée par Etaix et Jean-Claude Carrière pour récupérer leurs droits d’auteur, force est de constater qu’une génération entière de cinéphiles a loupé le wagon Etaix.

La ressortie de l’intégralité de son œuvre filmique constitue donc bel et bien un événement cinématographique d’envergure. Graphiste de formation, Pierre Etaix a vécu de ses illustrations avant de percer dans le monde du cirque et du music-hall parisien. Sa rencontre avec Jacques Tati s’avérera déterminante.

Le cinéaste de Jour de fête l’engage comme dessinateur, gagman, puis assistant réalisateur sur Mon oncle. Pour cet amoureux du slapstick, élaborer des gags, comme il aurait pu le faire du temps de Mack Sennett, constitue une forme de consécration.

Après sa rencontre avec le tout jeune Jean-Claude Carrière, il décide, néanmoins, de franchir un cap artistique en passant, à son tour, derrière la caméra. Le cinéma de Pierre Etaix s’avère moins iconoclaste et plus référentiel que celui de Tati.

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En cinéphage acharné qui connaît l'Histoire du cinéma burlesque sur le bout des doigts, Etaix construit une mécanique rigoureuse qui lui permet de faire cohabiter dans ses œuvres, l’impérieuse nécessité de faire rire et une ambitieuse volonté didactique.

Les cinq longs métrages de Pierre Etaix questionnent, chacun à leur manière, le rapport qui unit le spectateur à l’œuvre qu’il visionne. Comme si en plus de divertir, Etaix souhaitait analyser les moyens qu’il emploie pour parvenir à ses fins.

La plupart des grands burlesques se sont façonnés un personnage "type" déclinable tout au long de leur filmographie. Chaplin a incarné Charlot, Keaton a pris les traits de Malec et Harry Langdon ceux de Harry.

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Les Débuts Cinématographiques de Pierre Etaix

Premier jalon cinématographique d’Etaix, Rupture constitue également l’acte de naissance de Pierre, son alter ego, de l’autre côté de l’écran. Coréalisé avec Jean-Claude Carrière, Rupture est un film à l’argument simple : Pierre reçoit une lettre de rupture. Vexé d’avoir été éconduit de la sorte, il décide d’écrire une réponse cinglante à sa désormais ex-conquête… sans y parvenir.

A la vision de ce court métrage, on comprend pourquoi Bresson confia à Etaix un rôle de pickpocket dans son œuvre éponyme. La gestuelle du comédien rappelle celle des plus brillants illusionnistes. Les objets du quotidien qui passent entre ses mains sont habilement détournés de leur fonction. Chez Etaix un stylo, ou un timbre, deviennent de redoutables adversaires qui rivalisent en coups tordus pour faire échouer toute tentative de domptage.

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Projeté en première partie de La Guerre des boutons d'Yves Robert, on peut légitiment penser que Rupture fut visionné par plus de 9 millions de spectateurs !

Après le succès de Rupture Etaix et Carrière entament le tournage d’un court métrage encore plus ambitieux, partant cette fois encore d’un argument simple pour développer un impitoyable enchaînement de gags. Cette charge drolatique sur les inconvénients de la vie citadine préfigure le sketch Tant qu’on a la santé qui donnera son titre au troisième long métrage d’Etaix.

Plus généreux encore en gags et davantage chorégraphié que Rupture, Heureux anniversaire témoigne du sens de l’observation d’Etaix et de Carrière et de leur habilité à construire des situations comiques de grande envergure. Les gags de Rupture ne concernaient qu’un seul personnage. Comme souvent, un court métrage donne l’occasion, pour le cinéaste en herbe, de se chercher un style autant que d’appréhender ce nouveau média.

Etaix comprend que s’il souhaite persévérer dans la voie exigeante du burlesque, il a besoin de corps davantage que de comédiens professionnels. Satisfait de la prestation des comédiens qu’il emploie dans son film, malgré leur statut amateur, Etaix décidera de poursuivre l’aventure avec eux pour ses œuvres futures. Heureux Anniversaire peut donc être appréhendé comme le manifeste de l’œuvre à venir.

A l’heure ou les écrans français accueillent des flots de comédies boulevardières poussives et/ou verbeuses, Etaix et Carrière détonnent en proposant une réactualisation d’un cinéma que l’on pensait sinon éteint, à tout le moins délaissé par la grande majorité des cinéastes hexagonaux.

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Hollywood ne s’y est pas trompé en décernant à Heureux anniversaire l’Oscar du meilleur court métrage, attirant ainsi l’attention des médias français sur cet héritier de Max Linder.

A l’origine ce court métrage n’en n’est pas un. Il fait partie intégrante du premier montage de Tant qu’on a la santé, long métrage de Pierre Etaix exploité en salles en 1965. Pourtant, en 1971, Etaix sort un nouveau montage du film qui exclut ce segment.

Structuré en deux parties, En pleine forme débute dans un cadre bucolique, mettant en scène Pierre en plein camping sauvage. Nous assistons à son réveil et à la préparation de son petit déjeuner, tentative qui s’avère aussi laborieuse que la rédaction d’une lettre dans Rupture. Sous l’œil d’Etaix, le camping se transforme en un véritable camp de prisonnier.

La caméra insiste sur les barbelés et le summum semble atteint quand un campeur rejoint sa mère, placée de l’autre côté des barbelés, comme on irait au parloir, avant de la quitter un sac d’oranges dans les mains. La promiscuité vire bientôt au cauchemar pour Pierre.

Nous sommes bien loin des Vacances de Monsieur Hulot, et si En pleine forme respecte scrupuleusement le genre comique auquel il appartient indéniablement, la critique qui s’ébauche préfigure le documentaire à charge Pays de cocagne, qui sortira 6 ans plus tard. La société de consommation a toujours intéressé Etaix. Avec En pleine forme Etaix pose donc les jalons de Pays de cocagne, son film le plus « scandaleux ».

Le Soupirant est le film des premières fois. Premier long métrage, première réalisation "autonome" d’Etaix (mais Jean-Claude Carrière cosigne toujours le scénario), premier triomphe public et critique également puisque le film obtient le Prix Louis Delluc, aux côtés de L’Immortelle d’Alain Robbe-Grillet, belle preuve de la vitalité et de la diversité du cinéma hexagonal de l’époque.

De première fois il est également question dans le scénario. Il s’agit d’écrire un film autour du personnage de Pierre, cette figure de Pierrot lunaire que les auteurs inscrivent dans un pendant filmique du roman d’apprentissage. Sur cette thématique de l’apprentissage, Etaix et Carrière fournissent d’abord un canevas de deux pages au producteur Paul Claudon.

Après des mois de travail, ils arrivent à ce que Pierre Etaix surnommera « la bible », un document qui combine scénario, dessins de tous les plans du film, portraits de personnages, etc. Le terme entrera d’ailleurs officiellement dans le lexique des scénaristes pour désigner un document circonscrivant l’univers d’une fiction.

L’univers du Soupirant se compose d’une maison bourgeoise, d’appartements "cosy", de boites de nuits "select", de music-hall populaire et d’extérieurs urbains et champêtres. Car si le film part du personnage, celui-ci s’ancre dans des espaces très précis.

Etaix - qui s’occupe également des décors, des accessoires et des trucages du film - parvient à typer son personnage en quelques secondes. Au début du film, une scène très drôle le montre en train de découper la page d’un magazine sur laquelle s’exhibe une pin-up. Mais lorsque Pierre entreprend de coller la page sur le mur de sa chambre, on se rend compte qu’il était intéressé par son verso, au contenu scientifique.

Etaix construit également une chambre à l’image de Pierre. Ainsi les murs de la pièce attestent-ils de la passion de l’astronomie qui anime cet individu décidemment lunaire. Décors et accessoires définissent l’individu, non sans l’aide d’une bande-son d’une richesse exceptionnelle.

Pourtant Le Soupirant est un film avare de dialogues. On comprend aisément qu’un scénario, qui fait la part belle aux situations visuelles et à une architecture sonore des plus complexes, nécessite des pages de descriptions détaillés et de croquis pointilleux. Il y a dans l’art de Pierre Etaix une exigence du détail qui le rapproche des grands peintres. Elle se double souvent de l’acuité du caricaturiste féroce.

En tombant amoureux de Stella, une star de la chanson à la mode, Pierre fait une entrée fracassante dans le monde du vedettariat, fait de mensonges, de manipulations et d’exploitation mercantile. A partir du Soupirant, le monde du spectacle s’invitera dans tous les longs métrages de Pierre Etaix. Mais loin de se montrer déférent ou de chanter avec ostentation les louanges des artistes qui le font vibrer, Etaix scrute ses coulisses, sans pour autant tomber dans la mise en abyme grossière.

Il délaisse les habits du bouffon pour endosser celui du "désillusionniste", plaçant son spectateur au cœur d’un dispositif de distanciation. Devant la caméra d’Etaix, vie et spectacle s’interpénètrent.

Le chemin qu’emprunte Pierre, dans Le Soupirant, s’avère circulaire, comme son trajet sur le chariot qui boucle le film. Après avoir navigué de milieux en milieux, perdant son pucelage symbolique au contact des figures étranges qui les peuplent (la bourgeoise alcoolisée, la vedette de music-hall, etc.) il constatera, en effet, que ce qu’il cherchait se trouvait sous son nez.

Le succès commercial du Soupirant a ouvert bien des portes à Pierre Etaix. De jeune espoir du cinéma français il devient auteur "bankable", et ce même si ce terme n’est guère usité à l’époque. Les sollicitations pleuvent de partout.

On réclame une suite à son précédent film et des producteurs suédois offrent même à Etaix de tourner cette séquelle dans leur pays, avec Karin Vesely (qui campe la jeune fille au pair suédois dans Le Soupirant) comme partenaire. Etaix ne cède pas aux sirènes du conformisme et emprunte, au contraire, un chemin semé d’embûches.

Yoyo: Un Chef-d'œuvre Cinématographique

Les commentateurs parlent souvent d’un "film sur le cirque" pour décrire le second long métrage d’Etaix. Le cinéaste, lui, a souvent répété que c’est le Huit et demi de Fellini qui lui avait donné l’envie de s’atteler à Yoyo. Le scénario l’occupe pendant six mois et le tournage dure quinze semaines. Quelques plans sont tournés au cirque Pinder, mais le film nécessite surtout la construction de décors imposants.

L’ambition ne se résume évidemment pas aux moyens consentis pour le film. Le scénario s’impose d’emblée comme un tour de force : celui de raconter la vie d’un clown sur plusieurs générations en inscrivant sa trajectoire dans une peinture globale des grandes ruptures du siècle.

Ainsi le film débute-t-il avec l’évocation de la vie du père de Yoyo. Nous sommes dans les années 20 et la vie de ce riche oisif, qui s’ennuie à mourir dans sa propriété, nous est contée avec les attributs du film muet. Pas une parole n’est prononcée.

Pierre Etaix

La bande-son laisse seulement filtrer quelques rares bruitages et la musique. Lorsque le récit dépasse l’année fatidique de 1927, une voix éclatante vient rompre le silence pour nous indiquer que le cinéma parlant est désormais une réalité. Et effectivement, bientôt les premiers dialogues du film se feront entendre.

Plus tard dans le film, la télévision fera son apparition et orientera à son tour le récit, permettant à Etaix de s’interroger sur la survivance du music-hall à l’ère du petit écran. Toutes ces considérations, aussi théoriques soit-elles, demeurent parfaitement intégrées au récit. Le propos ne se fait jamais lourd, ni scolaire. Quant aux références cinématographiques qui parsèment le film, leur emploi s’avère plus ludique.

Dans une scène délirante, Adolf Hitler se met à singer Charlie Chaplin comme pour se venger du Dictateur. Dans une autre, Yoyo, son père et sa mère, débarquent dans un village où Zampano et Gelsamina (les héros de La Strada de Fellini) sont censés donner une représentation à 8 ½. Car Yoyo est un film divertissant, poétique, drôle et intelligent.

Le soin maniaque apporté à la lumière, la précision des cadres, le travail sur la profondeur de champ et la richesse de la bande-son (tant les bruitages que la délicieuse partition du film) contribuent à faire de ce second long métrage le chef-d’œuvre de son auteur. Certaines scènes de la partie muette, tournées en 16 voire en 12 images/secondes, semblent tout droit sorties d’un chef-d’œuvre inédit des années 20.

Pourtant le film ne rencontre pas le même succès que Le Soupirant. Davantage exigeant que ce dernier, sans pour autant sacrifier sa dimension comique, il séduit environ 100 000 spectateurs. Mais les critiques ne s’y trompent pas. Les ennemis intimes de la critique française que sont Positif et Les Cahiers du Cinéma célèbrent d’une seule voix le coup de maître d’Etaix.

Parmi toutes les raisons qui pourraient justifier le demi-échec (ou demi-succès, si l’on endosse l’habit de l’optimiste) de Yoyo, Pierre Etaix privilégie le mode de réception du film. Il faut savoir qu’à l’époque les séances de cinéma sont dites permanentes. Les films sont projetés en boucle et le spectateur peut acheter son ticket à n’importe quel moment et, donc, rentrer dans la salle au beau milieu du film, si tel est son désir.

Etaix estime que cela ne facilite pas l’attention du spectateur pour l’œuvre projetée. C’est décidé, son prochain film sera donc découpé en segments indépendants les uns des autres.

L'Histoire de la Chanson "Joyeux Anniversaire"

En 1893, les sœurs Mildred et Patty Hill, de Louisville, Kentucky, composent sans le savoir une chanson qui sera près d’un siècle plus tard chantée plusieurs milliers de fois tous les jours dans le monde entier. Nous connaissons tous la mélodie composée par Mildred Hill, mais les paroles originales de Patty Hill ne souhaitent pas un « Joyeux anniversaire » (« Happy birthday to you » dans sa forme anglophone) mais plutôt « Good morning to you » (« Bonjour à vous »).

Toutes deux éducatrices et partisanes du mouvement « kindergarten », philosophie prônant la stimulation artistique et créatrice des enfants par le jeu et la musique, les sœurs Hill composent ensemble une chanson destinée à être chantée par les instituteurs à leurs élèves chaque matin :

Good morning to you / Bonjour à vousGood morning to you / Bonjour à vousGood morning, dear children / Bonjour chers enfantsGood morning to all / Bonjour à tous

La chanson est publiée la même année dans le recueil « Song stories for the Kindergarten » et devient rapidement l’hymne d’accueil officiel des établissements scolaires à travers les Etats-Unis.

Nul ne sait quand et par qui ont été ajoutées les nouvelles paroles, mais le mot « anniversaire » apparaît dès 1911 aux côtés de la mélodie déjà tant adorée dans le recueil The Elementary Worker and His Work, et en 1924, la chanson « Happy birthday to you » est officiellement publiée avec la mélodie jusqu’alors intitulée « Good morning to all ».

Par la dominance croissante des médias, la chanson est largement médiatisée et monte en popularité. Elle est chantée à la radio, à la télévision, et même sur scène, sans aucune forme de rémunération déclarée pour ses autrices, les sœurs Hill. En 1931 la chanson apparaît dans la comédie musicale Band Wagon de Vincente Minnelli, puis dans le dessin animé Bosko’s Party des Looney Tunes un an plus tard.

anniversaire

En 1933, l’entreprise Western Union propose son premier télégramme chanté pour les anniversaires, avec « Happy birthday ». Lorsque la chanson apparaît de nouveau dans une comédie musicale en 1934, As Thousands Cheer d’Irving Berlin, la troisième des sœurs Hill, Jessica, parvient finalement à obtenir les droits d’auteurs de la chanson, pour raison de sa similitude avec l'originale composée par ses sœurs.

S’il est impossible d’imposer le respect des droits d’auteur d’une chanson dans un cadre privé (une fête de famille par exemple), toute interprétation de « Happy birthday » dès 1935, dans un lieu public tel un restaurant, à un évènement sportif, dans une œuvre musicale ou dans un film, est facturable. Cependant, il semblerait que certains compositeurs à l’époque ne furent pas au courant.

En 1944, Leonard Bernstein ajoute quelques mesures de la célèbre chanson dans sa comédie musicale On The Town. Peu après la première de sa nouvelle œuvre, il se voit contraint d’effacer cette brève citation suite aux menaces juridiques des détenteurs des droits d’auteur.

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