La Rivière Espérance : Un Voyage au Cœur de la Dordogne du XIXe Siècle

La Rivière Espérance est une fresque romanesque de Christian Signol qui nous transporte au cœur du XIXe siècle, en suivant la vie des bateliers de la Dordogne. Ce roman de terroir, imprégné d'histoire et d'émotion, dépeint un monde où la rivière est à la fois source de vie et théâtre de drames.

La Dordogne

La Dordogne à Beynac-et-Cazenac.

Un Fleuve, Une Vie

Au début du XIXe siècle, la Dordogne était une artère fluviale essentielle, une des plus belles voies de transport. Bateliers, pêcheurs, passeurs : tous dépendaient de cette rivière, la vénérant comme une déesse capricieuse, capable de fortune et de misère. Comme tout le monde sur le port de Souillac dans ces années 1830, les Donadieu sont bateliers.

La Rivière Espérance, c'est la grande trilogie romanesque de Christian Signol, l'histoire dont Marie et Donadieu sont les héros, et avec eux tout le petit peuple des bateliers qui naviguaient au XIXe siècle sur la Dordogne, de Souillac à Libourne jusqu'à Bordeaux... Fresque d'un temps traversé par les combats politiques et les secousses de la modernité, fresque d'un monde et d'un métier singuliers, ce roman de courage et de liberté est au...

Christian Signol (né en 1947) est un de nos plus grands « écrivains de terroir ». Avec d'autres auteurs comme Claude Michelet, Gilbert Bordes ou Michel Peyramaure, il a dépeint, tout au long de nombreux ouvrages la vie paysanne dans les provinces, telle qu'elle se déroulait au XIXème siècle et dans les premières années du XXème. Ces « romans de terroir », décriés par certains critiques (malgré le patronage de grands anciens comme Colette, Genevoix ou Giono) ont d'emblée reçu l'assentiment et l'enthousiasme de lecteurs qui, avides d'évasion et en même temps ravis de retrouver leurs origines paysannes, ont adoré se replonger dans l'atmosphère rude et profondément émouvante de ces époques révolues.

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Trois romans composent cette saga inoubliable : « La Rivière Espérance » (1990), « le Royaume du fleuve » (1991) et « L'âme de la vallée » (1993). Les Donnadieu sont bateliers, ils naviguent sur le fleuve sur des « gabares » (le mot s'écrit aussi bien avec deux r, ce qui est plus proche de l'occitan dont il est issu), sortes de bateaux plats destinés au transport des marchandises. Benjamin, le fils, embarque le jour de ses treize ans avec son père Victorien, réalisant le rêve de toute son enfance.

Roman de terroir, « La Rivière Espérance » est également un roman historique, en ce sens qu'il évoque tout un pan de l'histoire d'un pays où le commerce fluvial était la première réalité économique, et le travail assuré pour toute une population. le tour de force de Christian Signol est d'insérer cette réalité dans un roman fort et émouvant, où les sentiments entre les protagonistes se doublent d'un amour profond pour la terre où ils sont nés, et pour le fleuve qui la parcourt, nourricier, mais capable aussi de terribles colères.

Dans un style parfaitement évocateur (notamment quand il évoque la rivière), Christian Signol fait bien plus que dessiner devant nous une carte postale, il l'anime et la fait vivre, et il nous fait même pénétrer à l'intérieur.

L'Initiation de Benjamin

En 1832, Benjamin Donadieu, treize ans, réalise son rêve : embarquer sur une gabare, un bateau destiné à charrier le bois, et effectuer la périlleuse descente de la Dordogne, depuis Souillac jusqu'à Libourne. Comme son père Victorien et son grand-père, Benjamin perpétue une longue tradition familiale. Il laisse à Souillac sa mère, Elina, et deux jeunes filles qui lui font les yeux doux.

À treize ans, Benjamin embarque sur la " gabare " de son père. Il part à la conquête d'un monde nouveau. Entraîné dans des conflits entre grands marchands, victime d'une machination, Benjamin sera séparé de ceux qu'il aime et de sa jolie promise, Marie. C'est ce que découvre Benjamin, lorsqu'il embarque pour la première fois sur la gabare capitane de son père.

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Le Métier de Batelier

À la lecture de cette trilogie, nous découvrons ce qu'était le métier de batelier au 19ème siècle. Nous découvrons la rude vie de ces hommes chargés de transporter du bois, du sel, sur la Dordogne, avec laquelle ils doivent se mettre en accord. Cette rivière qu'ils aiment tant ne leur fait pas de cadeau et prend son tribut d'hommes tous les ans.

Bateliers, pêcheurs, passeurs : tous aimaient cette rivière qui les faisait vivre, cette déesse qui dispensait fortune et misère, cette amante jalouse qui parfois retenait l'un des leurs...

Les Gabares : Chargées de bois à la descente, de sel à la remonte, les « gabares » de Victorien, le père, sont connues tout le long de la vallée, la maîtrise et l'honnêteté de l'homme incontestées.

Mener la gabare tout en situant à chaque instant sur le cours de la rivière les rapides, les calmes et les meilhes, les dormants, les gravières Savoir manoeuvrer entre les îlots et les bancs de graviers, anticiper les intempéries et à défaut y faire face, c'est ainsi que l'on devient un grand batelier, tel son père.

Au fil d'une balade à travers les paysages qui l'inspirent, Christian Signol évoque ses oeuvres.

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Gabarre sur la Dordogne

Une gabarre sur la Dordogne.

Amours et Rivalités

Comme son père Victorien et son grand-père, Benjamin perpétue une longue tradition familiale. Il laisse à Souillac sa mère, Elina, et deux jeunes filles qui lui font les yeux doux.

Marie surprend Emeline dans le cloître, en train de confier à Benjamin que son père monte une expédition destinée à briser la carrière de Victorien. Mais une fois de plus, Donadieu triomphe en trouvant une solution pour son bois auprès du marchand Duthil, dont le fils Alexandre poursuit des études d'avocat. L'avenir s'éclaircit pour les Donadieu et Benjamin marche fièrement sur les traces de son père.

Benjamin, bien qu'âgé seulement de treize ans, a déjà des vues sur Émeline Lombard, une beauté aux grands yeux, mais il sait qu'elle ne sera jamais pour lui, car un fils de matelot ne peut se marier avec une fille de marchand.

Marie et Benjamin ont le même âge, et bien des embûches vont se dresser sur leur chemin pour se rapprocher.

Toutefois, Marie, tiraillée entre la sécurité matérielle que lui offre le clerc de notaire qu'elle doit épouser et son amour pour le jeune homme, hésite à lui rendre visite. Emeline n'a pas autant de scrupules. Perfide, elle conduit Benjamin, dès qu'il peut se mouvoir, vers Marie. Ce dernier découvre tout à la fois Aubin, l'enfant qu'elle a eu avec un autre homme, et son prochain mariage. Désespéré, il va noyer son chagrin dans un bar. Mais le jour des noces de Marie, il se présente devant elle. Sans hésiter, la jeune femme abandonne son fiancé et part avec Benjamin.

Marie quitte Souillac pour Bordeaux afin de demander à Alexandre Duthil d'intervenir pour faire libérer Benjamin. Elle ignore qu'Emeline s'y oppose de toute la force de son amour déçu et rancunier.

L'Ombre du Progrès

Ce 19ème siècle voit aussi l'apparition du chemin de fer qui va mettre en péril la vie de ces bateliers. Alors que les frères Pereire, magnats du chemin de fer, règnent sur Bordeaux et menacent de couvrir de rails les rives de la Dordogne, la famille Donadieu, bateliers de père en fils, connaît encore de belles années de prospérité. La famille Donadieu est ruinée par l'arrivée du chemin de fer.

L'arrivée du chemin de fer est devenue la principale préoccupation des habitants de Souillac. Alexandre et Emeline défendent leur projet de voie ferrée à Souillac.

Ce dernier tome est mon préféré, je l'ai trouvé plus vivant que le second. Après les difficultés politiques qui ont mis à mal la vie tranquille de nos héros, ils sont ici confrontés à un nouvel ennemi : le chemin de fer.

Tableau : L'Impact du Chemin de Fer sur les Bateliers

FacteurConséquence
Arrivée du chemin de ferDéclin du transport fluvial
Concurrence accrueDifficultés économiques pour les bateliers
ModernisationDisparition progressive d'un mode de vie traditionnel
Le chemin de fer

L'arrivée du chemin de fer.

Un Style Envoûtant

Les descriptions que nous donnent Christian Signol sont envoutantes, magiques mais également rudes, glacées et dangereuses, telle est la Dordogne. Il sait transcrire de manière si fidèle ce courant si changeant mais hypnotique.

Dès l'entame de ce beau roman, on est séduit par le style admirable dont fait montre Christian Signol pour nous plonger dans l'atmosphère de cette aube fraîche sur les rives de la Dordogne.

Une chose est certaine : Christian Signol est un véritable poète qui sait mettre en valeur les beautés de sa Dordogne, dont il fait un personnage à part entière de son roman. Il sait également en décrire les colères et les dangers.

La plume de l'auteur, juste, poétique, envoûtante, enchanteresse, nous raconte cette nature, belle mais dangereuse, qu'on imagine et voit fort bien grâce à toutes ses descriptions.

« L'aube était loin et pourtant la rivière étincelait. Au-dessus de la frise des bois pâlissait une frange de ciel où s'étaient diluées les étoiles. Plus bas, sous un torrent de lune, de fins îlots de brume scintillaient en dormant. Plus bas encore, assoupies au flanc des collines, de lourdes flaques de nuit croupissaient sur les chênes dont les masses touffues se projetaient sur le miroir des eaux.

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