Le Dernier Parrain : Une Fresque Familiale et Criminelle Signée Mario Puzo

En vingt-six ans, le délai passé entre le Parrain et le Dernier Parrain, Mario Puzo aura eu le temps d'écrire une véritable fresque familiale de qualité. Le Parrain fut déjà un chef-d'œuvre romanesque ayant donné lieu à une adaptation de qualité. Il ne s'agit pas d'une suite, bien que les deux titres soient proches. Il n'y a aucun lien entre les deux intrigues, aucun clin d'œil même si une partie des deux histoires se déroulent à New-York. L'indépendance entre les deux romans surprend tout d'abord. Mais bien vite celle-ci est appréciée car elle permet au lecteur de découvrir une intrigue nouvelle, autonome.

Indépendante, oui... mais qui s'appuie toutefois sur des thèmes bien connus. L'un des thèmes évoqués dans le Parrain (le glissement d'une société souterraine vers la société légale) sert ici de toile de fond. Ce choix permet de créer un scénario franchement intéressant, subtil, fruit d'un équilibre habilement orchestré. Autant dire que les adeptes d'histoires de truand seront peut-être un peu déçus...

Si l'ouvrage est peu connu en France, le Dernier Parrain mérite indéniablement une plus grande publicité et surtout une plus grande notoriété ! À une bien plus grande échelle que le Parrain, le Dernier Parrain est un chef d'œuvre. Le quart de siècle qui a passé entre les deux opus a été plus que bénéfique ! À lire d'urgence !

Le Parrain : Une Fresque Familiale et Criminelle

Les Personnages : Entre Héritage et Modernité

L'une des forces de l'ouvrage réside dans le nombre et la qualité des personnages. Les personnages sont attachants. Il est difficile de ne pas voir un peu de Don Corleone dans Dan Domenico, ni un peu de chacun des personnages dans les principales têtes d'affiches masculines. Les femmes (Athena et Claudia, mais aussi Rose-Marie, Dita, Molly, Bethany) prennent une importance nouvelle et difficile à soupçonner a priori. La rivalité entre Cross et Dante méritait toutefois quelques (dizaines) de pages en plus.

J'ai bien aimé les personnages de ce livre de Athènes,Claudia,et les autres et que dire de la rivalité de Dante et de Cross.

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Une Intrigue Captivante et des Ambiances Saisissantes

Malgré l'impression d'avoir affaire à un pavé, l'ensemble se lit à une vitesse étonnante. Les chapitres se succèdent, les pages se dévorent à une vitesse incroyable. Bien que donnant parfois l'impression de s'attarder, l'intrigue est prenante d'un bout à l'autre. Les ambiances sont saisissantes et très contrastées : l'enclave du Bronx, la folie de Las Vegas et du Xanadu, les dessous d'Hollywood tout un programme, sans parler d'un cours intermède sicilien.

Heureusement la suite est de meilleure augure avec entre secret de famille,blanchiment d'argent,les coups bas,la corruption, trahisons, meurtres. Bon je pense aussi que Mario Puzo a un compte à régler avec le monde du cinéma!!!! (Par contre faut il coucher pour réussir ????? A vous de voir)

Les Thèmes Abordés : Corruption, Pouvoir et Règlements de Comptes

Ce roman aurait pu être écrit dans les années 2020, tant il plaide la cause des femmes et explique les règles actuelles du milieu du cinéma. Les émotions sont justes, les thématiques fortes et terriblement d'actualité. les pressions sociales et les coucheries dans le monde du cinéma sont dénoncées sans ambages (quand un producteur explique que coucher donnera un rôle et refuser de coucher mettra un terme à une carrière prometteuse y a pas d'équivoque possible) ce qui est pas mal pour un livre paru initialement en 1996 et de la part d'un auteur né en 1920 hé bé oui . Il est clair que Puzo règle ici ses comptes avec l'industrie hollywoodienne. On y trouve aussi le thème de l'autisme et moi je trouve que c'est touchant.

Oui c'est le monde impitoyable de la mafia , et on retrouve toutes ces petites choses qu'honteusement on aime bien et qu'on attend d'un tel récit car les morts sont violentes, les exécutions sans pitié. Drogue, meurtres, corruption et placements politique, on retrouve tout ça ici. Largement meilleur que le livre le parrain du même auteur.

Corruption, Pouvoir et Règlements de Comptes

La Mafia : Mythes et Réalités

La mafia remonte au Moyen Âge, voire à l’Antiquité Faux. « Cela fait justement partie des mythes que la mafia entretient pour se donner une profondeur historique. Peu de gens vont jusqu’à affirmer qu’elle remonte à l’Antiquité. En revanche, l’idée selon laquelle elle serait née au Moyen Âge et s’inscrirait dans la lutte des Siciliens pour leur indépendance reste un préjugé tenace qu’il faut déconstruire. En réalité, les faits sont assez clairs : la mafia apparaît au milieu du XIXe siècle. »

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La mafia est née dans la pauvreté et l'illégalité À nuancer. « La mafia est indéniablement une organisation criminelle, donc illégale, même si elle peut intervenir dans des secteurs relevant de la légalité.D’un point de vue sociologique, les premiers mafieux sont plutôt issus d’une petite bourgeoisie émergente, notamment celle des intendants, des gardiens de vergers ou de fontaines. Installés à ces postes intermédiaires, ces derniers exercent une influence à la fois sur les paysans et sur les grands propriétaires, dont ils assurent la protection des biens. De quoi favoriser la mise en place du système qui aboutit aux organisations mafieuses. »

L'Italie fasciste de Mussolini était parvenue à écraser la mafia Faux. « Il existe une véritable action de Mussolini et de Cesare Mori [alors préfet de Palerme] contre la mafia. Le fascisme supporte mal qu’une organisation intermédiaire s’insère entre l’État et le peuple. Les archives des années 1930 montrent d’ailleurs que des actions fortes et ciblées sont menées dans certaines zones. Mais le fascisme ne vient pas à bout de la mafia et ne l’écrase donc pas véritablement. »

Les années 1950-1960 incarnent « l'âge d'or » de la mafia italienne Vrai. « Plusieurs signes montrent que, durant ces années, l’organisation est au sommet de sa puissance. D’abord, elle entretient un lien très fort avec le parti qui domine alors la vie politique italienne, la démocratie chrétienne. Deuxième indice : après la Seconde Guerre mondiale, la mafia contrôle largement le processus de reconstruction de Palerme. Troisième signe : il n’y a pas, à cette période, de “cadavres exquis”, selon l’expression utilisée, c’est-à-dire qu’elle n’a pas besoin d’assassiner des personnalités de premier plan pour affirmer son autorité. Dernier élément important : elle participe activement au trafic de drogue, qui décuple ses ressources financières. »

Les mafieux ont toujours respecté un code d'honneur très strict Faux. « La mafia se réclame bien d’un code d’honneur très strict, qu’elle met volontiers en avant. Mais elle est loin, en réalité, de le respecter. Le terme “code d’honneur” a une connotation positive qu’il faut interroger en soi : il s’agit, en réalité, de placer la loyauté de l’individu au service de la mafia. Celle-ci n’hésite pas à tuer des femmes et des enfants, elle entretient des conflits internes et, entre mafieux, les guerres sont sanglantes et sans merci. On ne peut donc vraiment pas parler de “code d’honneur”, au sens de respect de certaines valeurs, comme une forme de loyauté, de retenue ou de respect de la parole donnée. »

Les chefs mafieux ont souvent été des stratèges brillants et charismatiques À nuancer. « Les mafieux possèdent indéniablement un sens de l’organisation. Même lorsqu’ils vivent cachés, comme cela se produit à partir des années 1990, ils restent capables d’organiser tout un réseau ou de commanditer des assassinats. Quant au charisme, il est très variable : certains chefs en possèdent beaucoup, d’autres sont extrêmement réservés, voire un peu fades. On est loin des représentations hollywoodiennes d’Al Pacino ou de Marlon Brando. Les grands mafieux, Totò Riina ou Bernardo Provenzano, sont relativement simples, dotés d’une culture plutôt élémentaire.

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De façon générale, les parrains reflètent aussi leur époque : ils ne sont pas les mêmes au milieu du XXe siècle que dans les années 2000. Dans les années 1950, on les surnomme “les oncles” et ils donnent l’impression d’être de simples paysans. Dans les années 1970, apparaissent des figures plus flamboyantes. Ils suivent les évolutions de leur temps, mais il n’existe pas réellement d’archétype du parrain mafieux, comme on en a généralement en tête. »

Il existe des rituels d'intégration très anciens et codifiés Vrai. « On considère que le rituel d’initiation n’a pas changé depuis la naissance de la mafia. Ils ne sont pas retranscrits, mais les historiens en ont retrouvé des traces dans certains documents. Il consisterait à se piquer le doigt avec une épine d’oranger et à utiliser le sang versé pour maculer une image de la Vierge. Celle-ci serait ensuite brûlée. L’orange et le citron, fruits emblématiques de la Sicile, y tiennent un rôle, rappelant l’appartenance culturelle originelle. Globalement, les rituels d’intégration sont typiques des phénomènes sectaires : il s’agit de “tuer” l’ancien individu pour le faire renaître comme un homme nouveau, appartenant à la mafia.

Par ailleurs, il existe une forme de religiosité, même si les valeurs des mafieux sont bien sûr très éloignées du christianisme. Cette dimension donne toutefois du poids au serment, qui y fait référence : le membre doit servir la mafia avant toute autre chose, y compris avant sa propre famille. »

Les grands mafieux vivent dans le luxe et l’ostentation Plutôt faux. « Très souvent, un chef de mafia vit discrètement, même lorsqu’il possède une grande fortune. Un mode de vie relativement modeste reste la norme, mais ils existent certains cas particuliers. Dans les années 1970-980, par exemple, certains adoptent un comportement de nouveaux riches : ils se font construire de grandes villas, des piscines luxueuses ; ils affichent un certain style “tape-à-l’œil”. Par exemple, le palais de Totò Riina n’est pas sans rappeler l’opulence de celui de Ceausescu. »

La mafia a su utiliser à son profit les clichés diffusés par le cinéma Vrai. « Il existe une véritable porosité entre fiction et réalité, surtout dans les années 1970. Certains codes popularisés par le cinéma ou la télévision sont ainsi repris par les criminels eux-mêmes. De sa cellule, Totò Riina n’a pas manqué un épisode de la série qui lui a été consacrée. Ces représentations ont pris une dimension valorisantes. En Italie, cette influence est encore plus forte, car il existe un véritable genre cinématographique dédié à la mafia. Par exemple, lorsqu’un acteur incarne un célèbre commissaire de police à l’écran, le phénomène d’identification est parfois si fort qu’il peut y avoir une confusion dans l’esprit du public entre le rôle et celui qui l’interprète. »

Des liens obscurs mais continus se sont mis en place entre les mafias du monde entier À nuancer. « Ce n’est pas mon sujet d’étude principal, mais il est vrai que la mafia sicilienne entretient des liens avec la mafia américaine. Plus largement, les mafieux participent, par leurs activités, à des échanges internationaux. C’est le cas pour le trafic de drogue : les mafieux siciliens faisaient, par exemple, appel aux gangs marseillais pour le raffinage de la drogue...En revanche, je reste prudent sur l’idée d’une « internationale de la mafia » : la criminalité et l’argent circulent, mais ces liens ne semblent pas organisés de manière structurée. Chaque organisation reste profondément enracinée dans son territoire : ‘Ndrangheta calabraise, mafia sicilienne, Camorra napolitaine… Par ailleurs, la mafia n’est pas hiérarchisée et structurée comme une armée : il existe de la désobéissance et des rivalités entre familles. »

Les mafieux font souvent office de justiciers locaux et protègent les plus faibles Faux. « Les mafieux aiment se présenter comme des justiciers. Ils peuvent, parfois, jouer un rôle de pacificateur là où l’État est absent, mais cela se fait toujours dans leur intérêt. Concrètement, cela peut prendre la forme du fameux pizzo : si vous possédez un commerce, vous payez une somme en liquide pour obtenir leur protection. Cela sert à financer les avocats ou à améliorer l’ordinaire des prisonniers de la mafia. C’est aussi une manière de dire : “Tu es sur mon territoire ! ” Cette logique rappelle celle des serfs et des seigneurs au Moyen Âge : d’ailleurs, il y a bien derrière tout cela une mentalité assez féodale. »

Les mafieux s’en tiennent traditionnellement à une grande solidarité entre eux Plutôt faux. « On assiste surtout à des conflits entre mafieux. Aux États-Unis, par exemple, il y a eu deux grandes “guerres”, et en Sicile également. L’idée de solidarité entre mafieux est souvent exagérée : vous êtes liés à un clan et certains restent fidèles, mais il est erroné de penser qu’une règle générale d’entraide ou de loyauté régit le monde de la mafia. On observe bien, à travers les décennies, dans les décès liés à l’organisation, que beaucoup de victimes sont elles-mêmes des mafieux. »

La société civile a activement participé au combat contre les mafias Vrai. « Il est important de dépasser l’idée selon laquelle la société civile serait passive face à la mafia. Certains sont complices ou vivent dans la peur, certes, mais l’histoire montre que de nombreux hommes politiques, syndicalistes, citoyens, laïcs ou religieux se sont mobilisés contre elle. Dans les années 1980 et 1990, en particulier, un sursaut majeur a eu lieu, notamment après la mort des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino. Cela s’est traduit par des résistances. On peut citer des exemples concrets : Libero Grassi, un commerçant sous protection, a été tué pour avoir refusé de payer le pizzo et des syndicalistes ont perdu la vie en défendant des projets agricoles qui empiétaient sur les intérêts mafieux.

Aujourd’hui, la mafia infiltre des secteurs légaux et recycle l’argent sale. Un supermarché, par exemple, peut être sous influence : le fermer mettrait au chômage plusieurs dizaines de personnes. La lutte contre les mafieux nécessite une action multidisciplinaire, mobilisant le droit, la criminologie ou encore l’économie. Les universités jouent un rôle clef dans cette mobilisation : un diplôme a été imaginé proposant ces compétences transversales ; certains amphithéâtres sont nommés en hommage à Borsellino ou à Falcone. Cette évolution reflète un changement fondamental dans les mentalités et dans le rapport de la société à la mafia. Le tabou est levé : on en parle plus librement et des centres anti-mafia sont installés au cœur des villes. »

De nos jours, la mafia reste très puissante Vrai et faux. « On peut voir le bon côté des choses : depuis vingt-cinq ans, il n’y a plus de “cadavres exquis”, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de meurtres spectaculaires de grands leaders. Sur les plans policiers et judiciaires, la mafia a clairement reculé. Malgré cela, d’un autre côté, la mafia aime agir dans l’ombre. Ce n’est pas forcément en tuant qu’elle exprime sa force. Elle fonctionne aussi par l’intimidation, la violence et le silence. Elle est sans doute encore présente. Elle s’adapte toujours au temps présent : c’est aujourd’hui une criminalité qui touche des domaines auxquels on ne pense pas forcément, comme le numérique ou la gestion des déchets… Elle innove, s’étend, se ramifie et se complexifie : cela impose d’affiner les armes pour la combattre.

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