Analyse du film "Le Dîner de Cons": Un Festin de Rire et de Réflexion

Sorti en 1998, Le Dîner de cons, réalisé par Francis Veber et produit par Gaumont, est devenu au fil des années une véritable référence du cinéma comique français. Le film a attiré plus de 9 millions de spectateurs en France, se plaçant parmi les plus grands succès du box-office de son époque.

Affiche du film Le Dîner de Cons

Affiche du film Le Dîner de Cons

Synopsis

Pierre Brochant est éditeur. Snob et arrogant, il prend plaisir à participer avec ses amis bourgeois à des dîners où sont conviés de pauvres abrutis, sans en connaître la raison. A savoir en rire et déclarer vainqueur celui qui a ramené le plus con. Justement Brochant pense tenir la victoire. En la personne de François Pignon, un agent du fisc, moche, sans le sou, et passionné par la construction de modèles réduits en allumettes. Un con de classe mondiale !

Les Personnages Principaux

Dans Le Dîner de cons, Francis Veber offre une galerie de personnages hauts en couleur, chacun contribuant à la dynamique comique et à la réflexion sous-jacente du film.

Thierry Lhermitte et Jacques Villeret dans Le Dîner de Cons

Thierry Lhermitte et Jacques Villeret dans Le Dîner de Cons

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Pierre Brochant (Thierry Lhermitte)

Brochant est un bourgeois mal-intentionné et malhonnête qui vit dans un bel appartement Parisien, avec vue sur la Tour Eiffel. Corporatiste, il est évidemment ami avec ses anciens camarades de promotion, certainement comme ses parents avant lui. Menteur, il profite de la crédulité des gens pour la tourner à son avantage. Peu importe, du moment que Brochant peut se moquer de l’autre. Cet homme a un cynisme tel qu’il dénigre tout. Sans scrupule, il a piqué la femme de son pote. Et il serait prêt à inviter le père de son meilleur ami pour le ridiculiser.

François Pignon (Jacques Villeret)

L’homme du peuple justement est François Pignon, insupportable de connerie. Le fonctionnaire minable, largué par sa femme pour plus con que lui encore. Petit. Gros. Chauve. Il doit sûrement avoir mauvaise haleine. Son humour ne fait rire que lui. Il est tellement con qu’il ne réalise même pas qu’on se moque de lui. Prêt à pardonner à celui qui l’a planté dans le dos. Il est celui dont on se moque parce qu’on peut s’en moquer. Ses tentatives de faire le bien se soldent par des échecs cuisants. Pathétique, il enchaîne les bourdes. La morale est qu’on ne doit avoir pitié de personne.

Juste Leblanc (Francis Huster)

Mais son vieil ami, interprété par Francis Huster, partage une attitude assez proche. Et quel personnage au nom révélateur! Il s'appelle... Juste, de son prénom. Quant à son nom? Leblanc.

Analyse Thématique

Georges Brassens, un peu fataliste, pensait la connerie comme une maladie dégénérative (cf Spider-Man). S’il est possible que le temps ne fasse rien à l’affaire, la connerie est néanmoins plus subtile qu’on ne le pense. Pour schématiser, on pourrait séparer d’un côté les cons gentils des cons méchants. Les premiers se distinguent par leur imbécilité, leur vulgarité, leurs blagues lourdes (cf Idiocracy). Tandis que les seconds savent parfaitement raisonner mais se moquent ouvertement des autres. Ceux-là n’ont aucune excuse.

On est toujours le modèle de quelqu’un et le con d’un autre. Dans ce monde, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Car la connerie est universelle.

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La mécanique comique du film

Le film, considérablement dégraissé comparé à la pièce d’origine, ne souffre d’aucune baisse de rythme. On ne s’ennuie pas un seul instant, une prouesse d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’un huis-clos. Le Dîner de cons enchaîne les séquences cultes et dialogues hilarants. De nombreuxses répliques du film sont rentrées dans notre mémoire collective : Ah bon il a pas de prénom, On vous a raté aujourd’hui on ne vous ratera pas la semaine prochaine, On a les droits, etc.

Francis Veber adapte intelligemment sa pièce pour le cinéma. Il conserve intact la mécanique redoutable et millimétrée de la pièce. Il aère l’ensemble de moments en extérieur bienvenus. Son rythme et sa courte durée permettent au film d’échapper à l’impression de théâtre filmé. On retrouve intact le ton à la fois acide et tendre de la pièce, où le con n’est pas forcément celui qu’on croit. Les poncifs du vaudeville (entrées, sorties, quiproquos, maîtresse et coup de théâtre final) sont présents, mais les dialogues sont remarquablement ciselés et le ton résolument moderne.

Comme l’a montré le succès du film, Francis Veber a rempli son contrat : divertir.

Interprétations et Récompenses

Jacques Villeret reprend le rôle qu’il a créé au théâtre et a interprété plus de 600 fois durant trois ans. En candide bienveillant désireux de bien faire et enchaînant bien malgré lui les « boulettes », il y est magistral de bout en bout. Jacques Villeret est le seul rescapé de la pièce d’origine. Il est accompagné ici par un Thierry Lhermitte qui, impeccablement dirigé par Francis Veber, tient là un de ses plus grands rôles au cinéma. Thierry Lhermitte offre un contrepoint parfait à la tornade comique Jacques Villeret. Le reste du casting est au diapason. On retiendra notamment Daniel Prévost et une épatante Catherine Frot qui dans un rôle court fait des merveilles.

Le comédien obtiendra le César du meilleur acteur, l’année suivante. Daniel Prévost, dans un emploi mémorable de contrôleur fiscal, sera récompensé par le César du meilleur second rôle.

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Anecdotes

Selon Francis Veber, les dîners de cons ont réellement existé à une époque. Dans le commentaire audio du DVD, Francis Veber reconnaît une erreur de français involontairement comique dans le film. François Pignon dit à un moment que « c’est confusant » : « Je crois que j’ai fait une faute grammaticale et un amalgame avec « confusing » en anglais…cette fausse passe comique alors que ce n’était pas volontaire.

Gérard Depardieu voulait jouer François Pignon au départ, mais Francis Veber refusa catégoriquement et souhaitait que Jacques Villeret reprenne le rôle.

Remake Américain

Un remake américain fut produit en 2010 avec Steve Carrell reprenant le rôle de Jacques Villeret et Paul Rudd celui de Thierry Lhermite. Le titre original Dinner for Schmucks fut réduit à The Dinner en France.

En France, ce Dinner n'a fait qu'une brève irruption en salles, ne réunissant que 852 spectateurs et spectatrices à la faveur d'une sortie technique en novembre 2010.

Le dîner de cons fête ses 25 ans ! - C à vous - 19/12/2023

Impact Culturel et Héritage

Depuis la sortie de L’emmerdeur, Pignon est devenu un archétype de Français moyen, débonnaire et souvent naïf : ses avatars se sont promenés dans des comédies à succès, prenant parfois le patronyme de Perrin. La présence d’un tel personnage a permis d’épicer la structure de buddy movies tels que Les Compères ou La Chèvre, où Pierre Richard jouait les mouches du coche, avec une maladresse touchante.

Le personnage de François Pignon, créé par Francis Veber, traverse les décennies et les œuvres.

🎉 27 ans plus tard, François Pignon nous fait toujours rire.

Box-office

Premier jour sur Paris. Ces premiers chiffres étaient essentiels, la comédie en huis clos ayant coûté 12 500 000 euros, le budget d’un blockbuster pour une production française, puisque Veber a toujours eu la dépense facile et la vision de la comédie au format XXL (le film a été tourné en CinemaScope). Tous les voyants étaient au vert. Les Américains avaient adoré le film et l’ont vite acheté pour une sortie locale où il fera en son temps 4 millions de dollars, ce qui était énorme pour une production francophone.

En première semaine, Le Dîner de cons et sa bande de vieux routards de la comédie virent la nouvelle génération de la pôle position, à savoir Taxi produit par Besson, qui passait en seconde. 1 157 996 entrées pour le Veber en 7 jours dans 404 salles pleines à craquer. 250 971 entrées rien qu’à Paris : Gaumont, alors associé pour la distribution à Disney, via Buena Vista, tient là un film phénomène. En 2e semaine, 1 016 590 convives se mettent à table (-12%), sur 510 salles. La 3e semaine du Dîner de cons est encore admirable, 1 096 117 entrées soit une hausse de 8% de sa programmation. Veber a déjà 3 271 453 spectateurs dans ses filets.

Le dîner de cons restera 6 semaines au sommet du box-office pour ne trébucher qu’à la fin du mois de mai marqué par la sortie du blockbuster Deep Impact de Mimi Leder. Pourtant, Veber et ses hôtes reprennent le dessus le 3 juin pour une nouvelle semaine en première place. 8 semaines au sommet, un record depuis Les visiteurs en 1993 qui était resté 11 semaines à cette place. La comédie dînatoire dépassait désormais les 5 547 137 spectateurs.

A la fin de l’été, le phénomène était toujours prospère, attirant encore 93 121 spectateurs en 20e semaine. En 23e semaine, Le dîner entame le dessert. Le dîner de cons restera 29 semaines dans le top 20 français, jusqu’en novembre 1998.

Au total, 9 247 001 entrées.

Conclusion

Le Dîner de cons est bien plus qu'une simple comédie; c'est une satire sociale mordante qui, à travers le rire, nous invite à réfléchir sur la cruauté, la vanité et la complexité des relations humaines. Le film de Francis Veber reste un incontournable du cinéma français, un classique indémodable qui continue de séduire et de faire rire les spectateurs de toutes générations.

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