Analyse de la fable "Le Loup et le Lion" : Une exploration détaillée

La fable "Le Lion, le Loup et le Renard" de Jean de La Fontaine est une critique satirique de la cour royale, mettant en scène trois personnages emblématiques : le lion crédule, le loup stupide et le renard rusé. Jean de La Fontaine, poète et moraliste du 17ème siècle, a écrit cette fable inspirée d'Ésope en 1678. Malgré son éloignement de la cour de Louis XIV, il fut élu à l'Académie française en 1684.

Cette fable présente une alternance de vers (alexandrins, octosyllabes) et de rimes (croisées, suivies, embrassées), ce qui donne de la vivacité au texte.

Jean de La Fontaine

Jean de La Fontaine

Les personnages et leurs rôles

Le lion, décrépit et goutteux, représente le roi, affaibli par l'âge et la maladie. Le loup, cherchant à se mettre en valeur à la cour, dénonce le renard, voyant en son absence une occasion de s'attirer les faveurs royales. Le renard, rusé et éloquent, utilise la flatterie et la ruse pour se sortir d'une situation délicate et se venger de son détracteur.

Structure de la fable

La fable se divise en plusieurs parties distinctes :

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  • Vers 1 à 7: Introduction et description du lion malade, appelant des médecins.
  • Vers 8 à 13: Absence du renard et manœuvre du loup pour le dénoncer.
  • Vers 14 à 30: Contre-attaque du renard, marquée par un discours direct vif et animé.
  • Vers 35 à 40: Morale de la fable, détachée du récit et s'adressant directement aux courtisans.

Analyse détaillée

Le Lion : un roi affaibli

Le premier adjectif « décrépit » s’utilise pour un bâtiment comme pour un homme et révèle l’usure visible du temps ; le Lion est ici un animal qui représente une personne : le roi. Ce dernier est considéré comme « abîmé » par les années ; il avait . Le fabuliste décrit les effets redoutables et redoutés de la vieillesse . Le deuxième adjectif « goutteux », atteint , malade de la goutte, aux connotations tout aussi péjoratives ne s’applique qu’à l’homme noble qui mange trop et qui souffre de violents rhumatismes articulaires ; cette maladie qui devient chronique à partir d’un certain âge, provient d’une alimentation trop riche en viande, sucres et alcool. Louis XIV en souffrait déjà en 1678. L’expression familière « n’en pouvant plus » continue à dégrader l’image du Lion.

Au vers 2, La Fontaine utilise le champs lexical de la maladie trouver un remède… pour critiquer l’éternelle illusion de l’homme au sujet de son immortalité. Le roi demande ici l’impossible et l’exige de ceux qui l’entourent ; Ce on désigne l’ensemble de la Cour:l’effort doit être collectif ; Tous doivent se mettre au service du monarque mais le lecteur se doute déjà qu il sera impossible de le satisfaire. La critique devient plus précise au vers suivant : elle prend la forme du mot « abus ». La Fontaine souligne ainsi la nature despotique du pouvoir exercé par le roi et la mégalomanie de ce dernier qui prétend échapper à sa condition mortelle.

Le Renard : Maître de la ruse et de l'éloquence

L’ironie de La Fontaine est perceptible avec le mot « camarade » qui est ici une antiphrase; on sait très bien qu’il n’y a aucune solidarité entre le Loup et le Renard, cet adjectif préfigure la moralité: aucune camaraderie n’est possible entre les courtisans. Le mot « absent » met en relief la lâcheté du Loup qui profite de l’absence du Renard pour le calomnier. « le Prince » est mis pour le Loup qui devient ainsi le personnage le plus important à la Cour, juste en dessous-du roi ; le verbe « veut » au vers 12 témoigne de sa puissance car il faut respecter sa volonté comme celle du roi qui s’était manifestée au vers 2. Pour faire sortir les renards de leur trou et pouvoir les tuer, on enfumait leur tanière et La Fontaine reprend cette notation réaliste car il a pu maintes fois observer des chasses au renard. v.13: l’accumulation des verbes d’action souligne le souci d’aller vite . Tout à l’heure a le sens à cette époque d’immédiatement, sur le champ . Le lecteur s’attend donc à voir le renard en mauvaise posture ; Le fabuliste prépare le morceau d’éloquence du renard : il le met en scène et ce dernier fait une arrivée théâtrale. Au vers 13 « il vient » « et connaît les intentions du loup « sachant que le loup lui faisait cette affaire » .

Le discours du Renard est une véritable plaidoirie ; Il utilise une stratégie particulièrement efficace : -Le verbe introducteur : je crains, au vers 15, participe de la captatio benevolentiae ; D’emblée, il se présente comme une victime accusée à tort. Il accuse le loup indirectement de manquer de sincérité et d’avoir suggéré que le sort du roi lui importait peu . Le terme « mépris » relaye les accusations mensongères du loup qui a cherché à lui nuire. Il apporte ensuite d’habiles explications pour justifier son absence et utilise le terme hommage pour qualifier sa visite alors qu’on vient de l’amener de force . La politesse du renard n’est pas trop obséquieuse car, en habile courtisan, il sait doser les compliments et la flatterie.

Le loup et le renard

Illustration de la fable "Le loup et le renard"

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Le Loup : Victime de sa propre ambition

Le lecteur se réjouit de voir le loup puni. L’astuce ultime du renard consiste à avoir réussi à éliminer son rival alors que ce dernier l’avait mis dans une posture délicate. On peut supposer que le renard qui sait que rien ne pourra empêcher le roi de ressentir le poids des années, avait justement préféré garder ses distances afin de ne pas se retrouver aux prises avec la royale colère. La mort du loup est présentée comme un sacrifice qui est décrit de manière grandiose. Non sans finesse, le renard présente son martyre comme un dévouement héroïque: « Messire Loup vous servira ». On peut évoquer, dans le même ordre d’idées, la mort de l’âne qui lui aussi s’était dévoué pour sauver les animaux atteints par la peste. Et le loup était justement celui qui s’est le plus acharné pour le faire pendre. Mais Renard tourne le tout en dérision: on sert son suzerain comme on servirait un plat. La peau du loup finira par faire une robe de chambre.

Le lion, le loup et le renard

Illustration de la fable "Le lion, le loup et le renard"

Portée satirique et morale

La Fontaine dénonce les mœurs des courtisans, critique les désirs excessifs du roi et fait l’éloge de l’éloquence du renard. La morale de la fable s'adresse directement aux courtisans, les mettant en garde contre les dangers de l'envie et de la calomnie. Elle souligne que ceux qui cherchent à nuire à autrui finissent souvent par être pris à leur propre piège.

Cette fable a une portée satirique indéniable. La Fontaine tourne en dérision la cour de Louis XIV, où les courtisans rivalisent d'hypocrisie et de flatterie pour obtenir les faveurs du roi. Il critique également le pouvoir arbitraire du monarque, qui se laisse manipuler par les intrigues de cour.

Le fabuliste poursuit trois buts: il évoque le pouvoir de la parole et sa capacité de nuisance ne se servant du personnage du loup, toujours prompt à médire. Il nous rappelle également le pouvoir du langage, car c’est celui qui parle le mieux qui emporte l’adhésion .Sous couvert d’une une critique des mœurs courtisanes, le fabuliste ne se prive pas de critiquer subtilement le despotisme.

En conclusion, cette fable présente une analyse linéaire qui révèle sa portée satirique indéniable.

Jean De La Fontaine - Les Fables - Le Corbeau et le Renard- Yannick Debain.

Résumé des personnages
Personnage Représentation Caractéristique principale
Lion Le roi Décrépit, malade, crédule
Loup Courtisan ambitieux Envieux, calomniateur
Renard Courtisan rusé Éloquent, manipulateur

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