Arte a diffusé "Les Enchantés", un film bouleversant explorant la relation entre Luce, une petite fille de six ans, et son père Thierry, déficient mental. Comment grandir, apprendre et s’épanouir avec un papa déficient ? C’est à ces questions que tente de répondre le film Les Enchantés.
Librement adapté du roman Les Demeurées de Jeanne Benameur, Les Enchantés suit l’histoire de Thierry (Grégory Montel), un homme atteint d’une déficience mentale depuis la naissance et qui élève seul sa fille Luce (Daphné Richard) âgée de six ans. S’ils sont complices et soudés, ce père et sa fille sont surtout liés par un amour indéfectible. Mais la petite bulle dans laquelle ils vivent est sur le point d’éclater lorsque Luce fait son entrée au CP et qu’elle prend conscience du handicap de son père.
« C’est grave d’être bête ? » demande la petite Luce avec toute la candeur de l’enfance. « Oui, très grave », répond son père, déficient intellectuel, la voix mal assurée. Bientôt, la vie de ces deux-là, qui se plaisent à observer « la couronne » d’un cerf dans la forêt, allongés dans les herbes hautes, va radicalement changer. Finie, l’insouciance. L’entrée à l’école de la fillette va faire voler leur petite bulle en éclat.
Comment grandir lorsqu’on est tiraillé entre sa soif d’apprendre et l’amour sans faille que l’on porte à son papa ? Craignant que le savoir ne l’éloigne à tout jamais de son père, Luce décide donc de ne plus apprendre. Cependant, les institutions ne vont pas mettre longtemps avant de s’en mêler.
C’est donc à travers les yeux de Luce que nous suivons cette histoire émouvante. Sans jamais sombrer ni dans le pathos ni sans la mièvrerie, Les Enchantés trouve son équilibre grâce à un scénario délicat tout en nuance ainsi qu’une réalisation impeccable. Tandis que Gregory Montel livre une prestation époustouflante, la jeune Daphné Richard est quant à elle bluffante.
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Un Rôle Exigeant pour Grégory Montel
Dans « Les Enchantés », Grégory Montel (alias Gabriel Sarda dans « Dix pour cent »), incarne Thierry, un papa aimant atteint de handicap mental. Un rôle « un peu casse-gueule » dans lequel il s’est glissé avec beaucoup de pudeur.
« Il faut se sentir capable de prendre en charge un rôle pareil, souligne le comédien. De le prendre en charge correctement : à la fois d’un point de vue personnel et collectif, pour défendre les personnes en situation de handicap. Qu’ils ne se sentent pas choqués par la proposition. »
Pour aborder son personnage, Grégory Montel a passé du temps dans des foyers, notamment à Paris. « Avec Stan (Stanislas Carré de Malberg, créateur du téléfilm, adapté du roman « Les Demeurés » de Jeanne Benameur), on a passé quelques jours avec des personnes en situation de handicap mental. On a discuté, joué, mangé avec eux. On a fait un barbecue sur le toit-terrasse de leur établissement. Je voulais leur demander ce qu’ils attendaient de moi en tant qu’acteur. » L’interprète tenait aussi à partager avec eux son envie d’apporter une partie de lui dans ce personnage.
Physiquement déjà, il a fallu trouver une démarche, une façon d’être au monde. « Thierry va marcher un petit peu en avant, parce qu’il cherche avec sa tête. Il va parler tout doucement, parce que les mots sont plus difficiles à trouver, raconte l’acteur. S’il y a quelqu’un en face de moi, c’est un danger potentiel. Il y a une agitation intérieure. Si le danger est réel, il y a une agitation extérieure. Quand l’émotion est trop forte, je ne suis plus capable de gérer : je vais m’agacer, m’énerver. Tiens, la violence monte en moi. Je tape, je tape sur une table très fort. Ce sont des choses que j’ai apprises auprès de ces personnes, que j’ai ensuite travaillées de mon côté. »
L'Évolution de la Relation Père-Fille
Entre le père et sa fille (merveilleuse Daphné Richard, dont le regard irradie tout le téléfilm), un fossé se creuse au fur et à mesure que la petite fréquente l’école, apprend à lire et à compter. Jusque-là, son papa était un héros, celui qui imite à merveille le cri du loup et la fait joyeusement sauter sur ses épaules. Il devient un autre, qui invente l’histoire de « La Chèvre de Monsieur Seguin » parce qu’il ne sait pas lire et se fait voler par l’épicier qui ne lui rend jamais correctement la monnaie.
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Une institutrice attentionnée, soucieuse d’aider cette élève dont elle a repéré la vivacité d’esprit, alerte les services sociaux. La place de ce marginal est-elle la bonne ? Le papa, c’est Thierry, il est né déficient mental. La petite, c’est Luce. À eux deux, ils forment un bloc d’amour indestructible. Jusqu’au jour où Luce, six ans, va à l’école et prend conscience du handicap de son père.
Ce qui émeut dès la première scène des Enchantés, c’est la délicatesse du regard porté sur ce duo père-fille, l’évidence du lien qui les unit, l’authenticité de ces personnages et l’alchimie incontestable entre Grégory Montel, qui livre ici une partition parfaite, et la toute jeune Daphné Richard, bouleversante de justesse. Ces petits miracles doivent beaucoup à la mise en scène sobre, pudique, presque réservée. Elle capte sur les visages et dans les regards les torrents d’émotions qui se cachent derrière les mots simples. Elle a l'élégance de toujours rester à bonne distance, ne forçant pas le téléspectateur à choisir le bon ou le mauvais camp, le bon ou le mauvais sentiment. Ce drame émotionnel se déroulant devant nos yeux regorge de scènes qui font flancher les glandes lacrymales. Comme celle où le visage de Luce s’illumine doucement lorsque sa maîtresse lui lit La Chèvre de monsieur Seguin ou celle où Thierry découvre le cahier de notes de Luce. Sans oublier la confrontation avec la juge ou la chanson de Christophe, Les Marionnettes, véritable hymne du père et de sa fille, qui revient régulièrement dans le téléfilm.
Réaction de Grégory Montel après avoir vu le film
Je vous avoue que j'avais très peur. Je vois toutes les imperfections mais globalement, on m'a dit que ça marchait alors ça me rassure. J'ai envie que le film fonctionne et que le public rentre dans l'histoire.
Distribution :
- Grégory Montel : Thierry
- Daphné Richard : Luce
- François Chattot : Claude
- Tassadit Mandi : Mina
- Lula Cotton-Frapier : Solange
Avis des Spectateurs
Film touchant , émouvant , une empathie pour les personnages et leur histoire. Un télé film comme on en voit peu. Qualité remarquable et découverte d'un réalisateur plein d'avenir qui a le sens de l'image et de la direction d'acteurs.
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Un film bijou, sensible et lumineux, sur l’amour filial, l’altérité, où il est aussi question de l’importance du langage ou plutôt des langages pour la construction d’un enfant. Une photographie sublime. Des acteurs justes.
Vu avec ma fille de 14 ans, son commentaire devant le générique, les yeux humides : « C’était incroyable.
Une très belle série pleine d'émotion, de délicatesse, de justesse, tant dans l'écriture que dans le jeu des comédiens. Le tout avec une grande intensité qui nous tient en haleine jusqu'au dernier moment !
Désenchantées, adaptée du roman de Marie Vareille, est une pépite d’émotion et de justesse. On y suit des héroïnes cabossées par la vie qui apprennent, chacune à leur manière, à se relever, à s’aimer et à retrouver leur place dans le monde. C’est à la fois lumineux, sincère et profondément humain - une série qui parle au cœur sans jamais tomber dans le pathos. Un chef d'oeuvre. Je suis bluffée. J'ai enchaîné les 4 épisodes d'un coup. Jusqu'à la révélation ultime, je ne vois pas comment on peut deviner à l'avance.