Les "Malgré-Elles" sur France 3 : Un pan méconnu de l'histoire alsacienne et mosellane

Le groupe France-Télévisions a produit un téléfilm tourné en Alsace sur le sujet des Malgré-elles. Il s'agit de ces femmes, originaires des régions d'Alsace et de Moselle, qui, à l'instar des Malgré-nous, ont été enrôlées de force dans la machine de guerre du IIIe Reich.

Femmes du RAD en France

Femmes du RAD en France

Si la plupart des jeunes femmes, âgées de dix-huit à vingt-cinq ans, ont été employées comme auxiliaires dans les usines d'armement, les fabriques de munitions ou les hôpitaux militaires du IIIème Reich à partir du printemps 1941, certaines "Malgré-elles" se sont retrouvées à des postes de combat. L'incorporation de force dans les formations paramilitaires allemandes du RAD (service du travail) et du KHD (service d'aide à la guerre) a concerné plus de 45 000 alsaciens et mosellans dont une forte proportion de femmes, comme le rappelait en 2009 un rapport du Sénat.

De nombreuses femmes originaires des régions wallones de Belgique ou du Luxembourg ont vécu des destins semblables, tout comme leurs maris enrôlés aux côtés des Malgré-nous alsaciens et mosellans. L'histoire de ces femmes a longtemps été ignorée avant que Nina Barbier ne publie en 2000 aux éditions du Rhin "Les alsaciennes et Mosellanes incorporées de force dans la machine de guerre nazie". Ce n'est qu'en 2008 qu'elles ont obtenu d'être indemnisées, il restait à l'époque 5.800 malgré-elles survivantes d'Alsace et de Moselle.

Le téléfilm "Malgré-Elles" sur France 3

La fiction "Malgré Elles" a été diffusée sur France 3. La fiction doit permettre de toucher l’ensemble du public français sur cette histoire méconnue. «Quoi de mieux, explique Nina Barbier, pour toucher les plus jeunes, et tous ceux qui ne connaissent pas l’histoire de l’Alsace? A part Les Deux Mathilde, pas grand chose n’a été fait sur le sujet et cela ne faisait qu’effleurer la période 1942-1945».

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L'histoire est à la fois belle, triste, dure, mais surtout très émouvante. Il est presque impossible de ne pas avoir les larmes aux yeux à la fin. Juste après avoir fini de le regarder, on a de nouveau envie de se plonger dedans.

C'est l'histoire de deux jeunes alsaciennes, pas encore majeures, et enrôlées de force par les allemands durant la dernière guerre. Il ne faut pas rechercher dans ce film une vérité historique, mais avec trois scénaristes à l'écriture et débordant d'imagination, on aurait pu craindre le pire.

Le tournage s'est passé sur plusieurs villes mais la partie dont un figurant témoigne était à Turckheim dans une ancienne usine de papier. Sélectionné pour jouer un soldat allemand pour une durée de 4 jours, le tournage s'est avéré convivial mais intense. Peu d’acteurs (4 principaux : 2 françaises + 2 officiers allemands), aucune star au générique, à part Macha Méril qui jouera une des héroïnes en version « âgée ».

L'équipe était très sympa et accessible, notamment le réalisateur Denis Malleval et son staff. Les scènes tournaient essentiellement autour de l’activité de l’usine d’obus, les échanges entre les officiers, et une histoire d’amour entre une ouvrière française rebelle et un des gradés allemands.

Le documentaire "Les Malgré-Elles" de Nina Barbier

Avant d’être abordée dans un téléfilm, l’histoire des Alsaciennes mobilisées dans les unités paramilitaires allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale a été racontée dans un documentaire instructif, en 1999 : Les Malgré-Elles. Fruit d’un long travail d’enquête, ce film émouvant découle de la propre histoire de son auteure, la documentariste Nina Barbier, qui a découvert à l’adolescence l'histoire de sa mère, aujourd’hui disparue.

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Partant d’une photo de cette dernière en uniforme de l’armée allemande, Nina Barbier débusque un versant secret du passé maternel : « La honte d’avoir été obligé de travailler pour l’ennemi a perduré, longtemps, en Alsace. Tout un pan de cette jeunesse brisée avait été enseveli. J’ai dû déterrer beaucoup de choses enfouies sous les tabous et les non-dits. »

La réalisatrice réussit à faire parler plusieurs anciennes « auxiliaires de guerre », dont sa mère, aussi réticente à se dévoiler que ses condisciples, embrigadées par le ReichsArbeitsDienst - service national du travail -, puis affectées dans diverses unités en Allemagne : armée de l'air, hôpitaux militaires, usines de munition, télé-transcriptions… Ces rescapées du travail forcé et de la germanisation sous régime nazi finissent par s’épancher.

En 2008, presque dix ans après l’enquête de Nina Barbier, qui a également publié un livre sur le sujet, les 5800 « malgré-elles » encore en vie obtiennent enfin reconnaissance et sont indemnisées - vingt-sept ans après leurs homologues masculins, les « malgré-nous ».

Jeunesses volées : Un nouveau documentaire de Nina Barbier

Le film Jeunesses volées, réalisé par Nina Barbier et coproduit par Day for Night productions et l’ECPAD, sera diffusé pour la première fois sur France 3 Grand Est le 27 octobre à 22 h 45. Vingt-cinq ans après, alors que les femmes ont été reconnues comme « incorporées de force en territoire ennemi » en 2008, ce nouveau documentaire revient sur cet épisode de façon plus personnelle avec les témoignages des dernières Malgré-elles et des archives allemandes inédites.

Cette fois, c’est Nina Barbier qui déroule et porte le récit et se met en scène pour un dernier hommage à sa mère partie en 2010 et aux milliers d’Alsaciennes et Mosellanes longtemps restées dans l’ombre. Les archives de l’ECPAD, provenant du fonds allemand, sont essentielles dans ce film. Elles apportent de la densité et de la profondeur aux récits des incorporées et, donnent au film une dimension universelle.

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Une archive a particulièrement ému Nina Barbier : il s’agit d’une actualité allemande tournée dans un camp de R.A.D. en 1944, où une cheftaine nazie souhaite à ses jeunes appelées un bon « KriegsHilfstDienst », le service d’aide à la guerre. Après les six mois de R.A.D., les jeunes filles vont partir travailler dans les usines de munitions de la Wehrmacht, comme aides à la Luftwaffe ou dans la Marine allemande.

Nina Barbier espère que Jeunesses volées saura toucher toutes les générations, en France et en Allemagne, et qu’il portera avant tout un message de paix dans le monde, essentiel en ces temps de conflit en Ukraine et de montée des nationalismes en Europe. Des projections sont déjà planifiées en région Alsace, à Strasbourg et au Mémorial de l’Alsace-Moselle, à Schirmeck, qui est visité par de nombreux touristes, lycéens français et allemands. Elle a par ailleurs été contactée par le rectorat pour des projections et conférences dans les établissements scolaires de la région.

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