Netflix propose une variété de contenus captivants, allant des drames historiques poignants aux thrillers policiers complexes. Cet article explore deux productions notables : "Les Oubliés" et "Les Dossiers Oubliés", en offrant une analyse détaillée de leurs synopsis, thèmes et qualités artistiques.
Les Oubliés
Les Oubliés est basé sur une histoire vraie peu connue de la Seconde Guerre mondiale : celle des prisonniers allemands utilisés pour déminer les plages danoises, dans un parfait mépris de la Convention de Genève.
Synopsis : 1945. La guerre vient de s’achever et le Danemark est libéré de l’occupant nazi. Celui-ci a laissé derrière lui plusieurs tonnes de mines sur les plages, en vue d’un éventuel débarquement. La mission de déminage étant terriblement dangereuse, l’armée danoise a la bonne idée d’exploiter les prisonniers de guerre.
Prisonniers allemands déminant les plages danoises en 1945
Bien qu’inconnu en France, Martin Zandvliet a à son actif plusieurs longs-métrages, mais c’est incontestablement Les Oubliés qui lui a offert une reconnaissance internationale, allant jusqu’à une nomination à l’Oscar du Meilleur film étranger. Il faut dire qu’il s’attaque à un genre ultra-balisé et une période historique dont on pensait avoir déjà tout entendu, le film de guerre entre 39 et 45, tout en lui trouvant une approche relativement neuve. Les crimes de guerre des vainqueurs restent toujours un sujet délicat et le déminage est un aspect de la guerre peu exploité sur grand écran.
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Ici, Zandvliet transforme de vastes plages ensoleillées en un espace exigu et lugubre. En nous plaçant du point de vue de ces garçons contraints de risquer leur vie et en s’ouvrant sur le regard farouche du sergent qui les surveille, le film pose aussitôt une ambiance oppressante qui tiendra le spectateur en haleine jusqu’à la fin. Ou presque.
Ici, et contrairement aux codes classiques du genre, les allemands sont les victimes de méchants danois, eux-mêmes supervisés par des anglo-saxons parfaitement inhumains. Impossible de ne pas penser que la volonté de dénonciation du réalisateur aboutit à une réalité historique quelque peu biaisée. Une simple évocation des horreurs commises par le 3éme Reich dans lequel ont grandi ces enfants-soldats suffirait à amoindrir cette relecture binaire. Au lieu de ça, Zandvliet fait un tout autre choix, celle d’humaniser peu à peu le sergent, au risque d’amoindrir la cruauté qu’il voulait pointer du doigt.
Quand les gentils vainqueurs deviennent les oppresseurs, les méchants perdants sont transformés en victimes attendrissantes, mais au final tout le monde prendra la voie de la rédemption. Toutefois, le comportement de Rasmussen vis-à-vis de ces jeunes prisonniers ne s’améliore qu’au fur et à mesure qu’il réalise lui-même l’horreur de la mission qui leur est assignée. Ceci se fait au cours de scènes au suspense imparable.
Les passages consacrés au déminage s’étirent volontairement, en multipliant les gros plans, laissant ainsi planer une tension morbide, celle de nous faire attendre, la peur au ventre, l’explosion fatale si redoutée. Avoir précédemment partagé la souffrance, mais aussi les espoirs de liberté, des pauvres gamins envoyés sur ces plages, appuie l’effet dramatique de ces morts inévitables. Et à chaque fois que celles-ci arrivent, le film prend une tournure dramatique d’une incroyable violence. L’approche âpre, réaliste et épurée qu’il entreprend prouve son efficacité à nous placer aux côtés des personnages aux moments les plus inconfortables.
Pourtant, la bien-pensance qui nait dans les moments où le sergent Rasmussen et l’Allemand Sébastien devisent comme de bons amis sur la plage, façon Will Hunting, ou plus encore lorsque ce même sergent s’offre une partie de ballon rond avec ses prisonniers, la cruauté fait brutalement place à une certaine naïveté. Le plaidoyer sur la vengeance perd tout son sens quand la bonté devient le moteur du soi-disant bourreau qui nous entraine vers un happy-end consensuel qui met à plat une majeure partie des efforts de réalisme historique entrepris jusque-là. On retiendra tout de même ces moments difficilement supportables sur cette plage pleine de mines et le suspense qu’elles ont su générer.
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Le pouvoir des petits gestes du quotidien
Les Dossiers Oubliés
Si l’on met de côté la faiblesse du titre français, qui ressemble à celui d’une émission qu’aurait pu présenter Jacques Pradel, la série Les Dossiers oubliés (Department Q) rappelle la capacité sans pareille des Britanniques à remettre du charbon dans la machine à polar. On y trouve pourtant tous les ingrédients d’une recette des plus classiques, concentrés notamment dans son personnage principal.
Installé à Edinbourgh, qu’il exècre, Carl Morck (Matthew Goode) est une caricature de policier anglais : solitaire, incontrôlable et traumatisé. De retour au travail après une intervention dramatique qui a coûté la vie à un policier, laissé un autre paralysé et gravement blessé Morck lui-même, il est placé à la tête d’un tout nouveau département des affaires classées, financé dans l’espoir d’améliorer le faible taux d’élucidation du commissariat. Vu l’endroit où le pôle a été installé (des sanitaires vétustes), et le personnel affecté aux côtés de Morck - un ancien policier syrien recyclé au service informatique et une agente en stress post-traumatique -, on ne peut pas dire que ce soit gagné.
L'inspecteur de police anglais Carl Morck est efficace mais peu apprécié par ses collègues et sa direction. Mis au placard après une fusillade qui a mal tournée, il est affecté aux affaires non résolues. Dans cette nouvelle unité très peu considérée, il réunit une équipe composée de laissés-pour-compte de la police. Lorsqu'on lui confie le dossier sur la disparition d'une haute fonctionnaire il y a plusieurs années, Morck y voit l'occasion de sauver sa réputation tout en utilisant librement ses méthodes peu conventionnelles.
Carl Morck devient un homme hanté. C'est là que commence Les Dossiers oubliés, nouvelle série Netflix de neuf épisodes signée Scott Frank - le scénariste de Logan, de Minority Report, et du Jeu de la dame - qui s'est hissée en quelques jours à la première place du classement mondial de la plateforme. Netflix a misé sur un mastodonte : l'adaptation des Enquêtes du Département V, la saga de Jussi Adler-Olsen, traduite en quarante langues, vendue à 18 millions d'exemplaires - chiffre qui risque de grimper -, dont le Danemark avait tiré une série de films à succès entre 2013 et 2018.
Affiche de la série Les Dossiers Oubliés
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Il livre ici sa meilleure performance à l'écran, paré de sa plus belle barbe « mal taillée », son regard cerné et son ironie sèche, incarnant ce Morck au bord de la rupture avec une intensité contenue. Il est, peut-être, le personnage que le Royaume-Uni a pondu de plus proche de Sherlock Holmes depuis Benedict Cumberbatch. Le genre de flic qu'on déteste croiser, mais qu'on supplie de ne jamais lâcher l'affaire. Comment ne pas céder au binge-watching ?
L'affaire suit globalement la trame du premier tome de la saga, Miséricorde, hormis un changement radical de lieu - finito le Danemark. Le capitaine est réaffecté au « Département Q » - le V disparaît là aussi pour retrouver sa forme originale en version non traduite -, un service censé rouvrir d'anciens dossiers pour calmer la presse, au sous-sol humide du commissariat d'Édimbourg. Sans fenêtre, sans équipe, sans budget, sans autre soutien que des bureaux ronflants, casés entre des lavabos et des douches miteuses.
À ses côtés, Akram (Alexej Manvelov), exilé syrien, assigné au Département Q, dont le passé mystérieux lui a amplement fourni le bagage nécessaire ; et Rose (Leah Byrne), une jeune flic troublée par un traumatisme, dotée d'une précision redoutable pour lire les gens et sentir leurs failles -, qui apparaît normalement bien plus tard dans les romans. Leur premier dossier : la disparition de Merritt Lingard, une brillante avocate connue pour son intégrité, disparue quatre ans plus tôt. Officiellement suicidée en tombant d'un ferry, l'affaire a été classée, bâclée, oubliée. Mais plus l'équipe creuse, plus l'histoire devient trouble. Merritt avait des ennemis puissants, des collègues ambigus, un passé familial douloureux. Et un caractère bien trempé qui ne laissait personne indifférent.
Ne cherchez pas de poursuites en bagnole ou d'interrogatoires hystériques. Ici, l'action se planque dans le texte, les regards, les tics de langage. On pense à Sherlock pour les déductions fulgurantes de Carl Morck et sa lucidité qui l'empêche de vivre ; mais aussi à Doctor House pour les rapports humains cabossés - dans le genre humain qu'on adore détester - ou à Broadchurch, pour la manière de mêler le polar à la tragédie intime.
Dans la cuve hyperbare où Merritt est retenue, la violence grimpe d'un cran - jusqu'à frôler le gore. Privations sensorielles, supplices méthodiques, dents qui tombent : on comprend vite pourquoi Morck, à force d'enquêtes, finit sur les rotules. Reste qu'on aimerait voir la série assumer pleinement sa noirceur. Qu'elle aille au bout de la gravité de ses sujets, sans verser dans le grotesque dès qu'il s'agit de caricaturer ses « méchants ».
Les Dossiers oubliés est un vrai « en même temps » : une série qui captive malgré ses défauts. Une série au nom plat, parfois un peu caricaturale, mais qu'on n'arrive pas à lâcher. Et il y a là un potentiel immense : dix romans d'Adler-Olsen à adapter, dix descentes aux enfers, dix vérités à exhumer. Rien que pour savoir qui est l'auteur de cette embuscade en ouverture - celle qui nous a fait basculer -, on signe pour la suite.
Le pouvoir des petits gestes du quotidien
Tableau Récapitulatif Les Dossiers Oubliés
| Élément | Détail |
|---|---|
| Titre original | Dept. Q |
| Disponible sur | Netflix |
| Nombre d’épisodes | 9 épisodes |
| Créateur | Scott Frank, Chandni Lakhani |
| Adaptation de | Les enquêtes du Département V de Jussi Adler-Olsen |
| Genre | Thriller psychologique, polar |
| Ambiance | Noir, réaliste, gothique |
| Lieu | Édimbourg, Écosse |