Parents à perpétuité : Un drame familial au cœur d'une enquête

L'affaire Agnès Marin, survenue au Chambon-sur-Lignon, a marqué les esprits. En 2011, la jeune fille de 13 ans a été violée et assassinée par Matthieu, alors âgé de 17 ans. Aujourd'hui, Dominique et Sophie Moulinas, les parents de Matthieu, publient un livre intitulé Parents à perpétuité (Flammarion). Ils se confient à "Complément d'enquête".

France 2 a diffusé un téléfilm dramatique, également intitulé Parents à perpétuité, inspiré de cette histoire vraie. Le téléfilm a attiré 3,1 millions de téléspectateurs, soit 16,4 % de part d’audience.

Parents à perpétuité : Un drame familial au cœur d'une enquête

Un livre pour comprendre l'impensable

«Nous sommes les parents d’un tueur et d’un violeur. Nous sommes pétris de honte, de chagrin et de culpabilité. Pourtant, nous aimons toujours notre fils, nous restons ses parents. A perpétuité. » Ainsi commence Parents à perpétuité, le livre écrit en 2016 par Sophie et Dominique Moulinas. Pour échapper aux regards des voisins, la famille Moulinas est venue se réfugier dans un village du Gard, en pleine garrigue.

Enseignants, ils se souviennent d'un petit garçon heureux. Dyslexique mais "adorable", Matthieu ne pose aucun problème. Pourtant, la maladie est déjà là : elle éclate à l'adolescence.

Un premier crime annonciateur

Le crime dont a été victime Agnès Marin fait écho à une première affaire, commise seize mois auparavant. À l'été 2010, à 16 ans, Matthieu viole une jeune fille de son village. Le 1er août 2010, Matthieu a attiré une ancienne camarade d’école dans un endroit isolé avant de la violer sous la menace d'un couteau. L’expert qui examine Matthieu écarte le risque de récidive, jugeant les remords de l’adolescent sincères.

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Jugé non dangereux par l'expert psychiatre, il est libéré après quatre mois de détention provisoire. Après quatre mois en détention provisoire, le jeune homme est placé sous contrôle judiciaire. A condition qu’il quitte son département d’origine et qu’il fasse sa scolarité en internat. Ses parents remuent ciel et terre pour lui trouver un établissement. C’est ainsi qu’il arrive, après 16 refus, au collège-lycée Cévenol de Chambon-sur-Lignon. Celui-là même où est scolarisée la jeune Agnès, de quatre ans sa cadette.

Le collège Cévenol, en Haute-Loire, accepte de le scolariser. Quelques mois plus tard, le 16 novembre 2011, il l’attire dans la forêt qui jouxte l’établissement sous prétexte d’aller cueillir des champignons avant de la violer et l’assassiner.

Suite à son interpellation, l’adolescent avoue. « On n’a pas compris grand-chose, confiait son père, en 2016, sur France Inter. Mais, en même temps, on n’était pas en état de comprendre quoi que ce soit. Vous savez, l’expression "coup de massue" : on a été anéantis par ça. Anéantis et seuls. C’était tellement atroce. »

Comment rester parents d'un "monstre" ? C’est comme si c’est toi qui l’a commis, ce crime, confiait sa mère dans un documentaire paru en 2016. C’est pas toi, mais c’est toi. C’est ton sang, ta chair, les valeurs qui tu lui as transmises, c’est tes codes.

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Un combat pour la vérité et la justice

Depuis que leur fils est en prison, Dominique et Sophie Moulinas se battent pour qu'il reçoive des soins. Son père raconte son obsession d'aller le voir, sa certitude qu'il a besoin de lui. Une fois par semaine, sa femme et lui se relaient pour rendre visite à Matthieu. Comment faire pour rester ses parents malgré la honte, la culpabilité ?

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Les psychiatres qui l’ont examiné par la suite ont mis en lumière un profil schizoïde et une importante dangerosité. « Matthieu ne voulait pas sortir de prison, il n’avait aucune velléité de retourner à une vie normale, il se savait dangereux », se remémore son ancienne avocate qui regrette toutefois que « ni son âge ni sa pathologie mentale » n’aient été pris en compte par la cour.

Réclusion criminelle à perpétuité

Il est condamné à la perpétuité, rarissime pour un mineur. En première instance comme en appel, Matthieu a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, la cour rejetant « l’excuse de minorité ». Avant lui, seul Patrick Dils avait connu un tel sort avant d’être innocenté. Depuis personne.

Malgré les conseils de leur avocate, Matthieu et ses parents refusent de se pourvoir en cassation. « Ils étaient épuisés », se remémore-t-elle.

Ce téléfilm est librement adapté du livre-récit de Sophie et Dominique Moulinas. Dans la fiction, qui porte le même nom que le livre, on suit les parents de Guillaume, 17 ans, basculer dans un monde qu’ils n’imaginaient pas côtoyer. Les noms ont été changés, les lieux et les dates aussi, mais pas le propos. L’amour filial peut-il vaciller lorsqu’il est confronté au pire ? Peut-on aimer ses enfants tout en étant répugné par leurs actes ? Comment faire face à l’impensable ?

Presque quinze ans après cette affaire, cette avocate expérimentée se dit encore très marquée, tant professionnellement qu’humainement, par ce dossier qu’elle qualifie de « hors norme ».

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L'État condamné pour « faute lourde »

Après la plainte déposée en 2014 par les parents d’Agnès, le tribunal de grande instance de Paris a reconnu en 2017 la « faute lourde » de l’État : la juge d’instruction avait autorisé la sortie de prison du criminel après les faits commis dans le Gard. En appel, le 1er octobre 2019, l’État a été condamné pour sa responsabilité dans ce drame.

Le collège-lycée Cévenol, lui, a fermé ses portes le 11 juillet 2014, après soixante-seize années d’existence.

Le collège Cévenol a fermé ses portes

Un livre controversé

Trois cents pages qui avaient soulevé la colère de Paola et Frédéric Marin, les parents de l’adolescente. Dans un entretien au Figaro en avril 2016, ils déclaraient leur dégoût après cette publication : « Ils plaident la maladie mentale de leur fils pour le faire sortir de prison et dire qu’ils n’y sont pour rien. Avoir eu deux procès à huis clos leur permet de réécrire l’histoire.

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