La Grande-Motte, station balnéaire du littoral languedocien, oscille entre le calme et l'effervescence, la tradition et la modernité. C'est dans cet entre-deux que se dévoile un espace unique, marqué par l'étang de l'Or, le canal du Rhône à Sète, et surtout, son architecture emblématique.
En arrivant par la Petite Camargue, les célèbres cabanes émergent une à une de la canopée de pins. Ironie de l’histoire, ces cabanes sont aujourd’hui toujours présentes dans le paysage littoral, malgré les coups de boutoir répétés de l’État. Elles contrastent avec les pyramides à venir, un contraste saisissant entre deux mondes et deux identités.
Un Voyage dans le Temps : Des Années 60 à Aujourd'hui
Aujourd'hui, il est possible d'apprécier La Grande-Motte hors saison, lorsque le tourisme de masse ne parasite plus le geste architectural visionnaire de cette station balnéaire labélisée Patrimoine du XXe siècle en 2010.
La Grande-Motte est une téléportation dans le postmodernisme cosmique d'une architecture des années 60-70 totale. Chaque allée y recèle un trésor de design futuriste suranné, transformant le week-end à venir en chasse à la pépite visuelle. On y retrouve des bâtiments rétrofuturistes nommés le Poséidon, l'Eden, le Fidji, le Temple du Soleil, le Babylone, l'hôtel Quetzal…
Le Rêve d'un Architecte : Jean Balladur
La Grande Motte en écoute : Jean Balladur, philosophe et architecte (épisode n°1)
Ce « nouvel art de ville », comme le proclamera l'une de ses devises, est l'aboutissement du rêve de l'architecte et philosophe Jean Balladur (1924-2002). C'est à ce cousin d'Edouard qu'échoit en effet l'élaboration, au début des années 60, de l'une des six stations balnéaires pour classes moyennes du projet Racine, voulues par de Gaulle sur le littoral languedocien afin de créer une Costa Brava à la française.
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Balladur passera trente ans à plancher et faire plancher une soixantaine d'architectes sur cette toile vierge de marécages, où il se met en tête de tout réinventer. Quand il débarque en 1962, il faut bien un philosophe pour imaginer qu’un jour, ces 1 200 hectares de marécages camarguais, achetés par l’Etat en douce à partir de 1959, à peine démoustiqués, auront l’ambition de concurrencer les deux autres villes modernistes entièrement dessinées par un seul architecte : Brasília (Brésil, Oscar Niemeyer) et Chandigarh (Inde, Le Corbusier).
L'Utopie en Béton : Un Orchestre de Bétonnières
Balladur, élève de Sartre et contributeur de sa revue les Temps modernes , va faire jaillir l'utopie de ces terres hostiles. Fasciné par les possibilités plastiques de ce matériau liquide, il l'utilisera comme un sculpteur, créant une ville où l'humain, au centre des préoccupations, a cette impression de déambuler dans un Vasarely géant, aux confins de l'architecture et de l'art cinétique.
Juste avant la commande Grande-Motte, Balladur a visité deux lieux qui marqueront profondément son geste : les pyramides de la capitale précolombienne de Teotihuacàn (Mexique), et le Brasília de Niemeyer, tout en courbes sensuelles. Ainsi, le sommet de sa Grande Pyramide se pare d'un bec de Quetzacoatl, le serpent à plumes mexicain, tandis que les balcons de la résidence Acapulco sont tous encadrés de la même forme étrange : une reproduction sans malice aucune, fait-il mine de jurer, du nez de ce général De Gaulle à qui il doit tant…
Polémiques et Regain d'Intérêt
Juillet 1967 : avec l'inauguration officielle du port et de son Point zéro, la Grande-Motte s'ébroue pour défricher les mentalités. Difficile de comprendre d'emblée ces interventions de sculpteurs avant-gardistes distillées un peu partout, ces concepts symbolistes (au Couchant le côté féminin et les bâtiments galbés dits « conques de Vénus » ou « bonnets d’évêque », au Levant l'angularité masculine des pyramides), bref, cette philosophie omniprésente qui vise à éviter « une ville sans histoire, sans passé et sans souvenirs aux espaces vides de vécu »…
Malgré ces intentions abouties, cette écriture architecturale unique, l'utopie finit par passer au second plan, faisant pour les décennies qui suivent de la Grande-Motte ce symbole moqué du tourisme de masse. Mais du haut de ces pyramides, le regain d'intérêt pour la cause moderniste vous contemple désormais. Boosté notamment par le festival annuel des architectures vives, le chef-d'œuvre balladurien est redevenu sexy, de sa passerelle des Lampadophores à sa place du Cosmos.
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La Grande-Motte : Un Paradis Apprécié par le New York Times
D'après le prestigieux journal américain, la station balnéaire est un lieu de vacances paradisiaque, à l'architecture unique au monde. Le prestigieux journal américain le New York Times a publié un article dithyrambique sur l'architecture et le style de vie dans la station balnéaire héraultaise, agrémenté de clichés argentiques des photographes parisiens Laurent Kronental et Charly Broyez réalisés entre 2019 à 2023.
Au moment de sa création dans les années 70's, La Grande-Motte a longtemps été surnommée "la Grande Moche". Une image qui a complètement disparu pour Jérôme Arnaud, le directeur de la station, qui parle désormais de "La Grande Mode".
Tableau récapitulatif : La Grande-Motte en chiffres
| Élément | Chiffre |
|---|---|
| Heures de soleil chaque mois d'été | 370 |
| Nombre de vacanciers | 2 millions |
| Kilomètres de plages | 18 |
| Pourcentage d'espaces verts | 70% |
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