La franchise Robocop a connu son heure de gloire à la fin des années 80. En 1987, RoboCop de Paul Verhoeven a fait sensation par sa violence, son humour noir et sa satire sociale.
Le personnage de RoboCop, un policier tué en service et transformé en cyborg par une multinationale, est devenu un symbole de la science-fiction et du cinéma d’action. Le film a connu deux suites, sorties respectivement en 1990 et 1993. Ces suites ont été réalisées par des réalisateurs différents, et ont été écrites sans la participation des scénaristes originaux.
Premier film signé par Verhoeven dans son nouveau pays d'adoption, les Etats-Unis, "Robocop" est une puissante réflexion sur les dérives de l’obsession sécuritaire de l'oncle Sam. Si Verhoeven livre en apparence un film parfaitement calibré pour le public hollywoodien, c'était évidemment mal connaître celui que l'on surnommait alors "le hollandais violent". Car sous le manteau du divertissement se cache une féroce satire de son pays d’adoption.
Pour le cinéaste, Robocop était ni plus ni moins qu'un "Jésus américain", comme il l'expliqua dans un passionnant entretien accordé au Guardian en mai 2022. "A l'origine, j'avais refusé le script du film, parce que c'était tellement éloigné de ce que j'avais pu faire en Hollande ! Plus tard, sur le plateau, j'ai été énormément aidé par le fait d'avoir un des scénaristes, Ed Neumeier, avec moi en permanence, m'empêchant de faire des bêtises".
Outre la charge parodique contre la société de consommation, le cinéaste esquissait une vraie réflexion sur les dérives de l’obsession sécuritaire, alors en plein essor dans l’Amérique de Ronald Reagan. Des interrogations qui sont d'ailleurs, au regard du contexte socio-politique actuel, plus que jamais d'actualité...
En 2014, le réalisateur José Padilha, connu aujourd’hui pour la série Narcos, s’est attaqué à un remake d’un classique du cinéma américain des années 80, Robocop. En 1982, l’histoire est sortie de l’imagination fertile de Edward Neumeier. Il en a eu l’idée en regardant Blade Runner, le film de Ridley Scott. Il a donc écrit le script et le scénario.
Après avoir pensé, entre autres, à Arnold Schwarzenegger, Paul Verhoeven se tourne vers Peter Weller, alors bien peu connu du public français. Dans son armure de métal, le visage de l’acteur n’apparait que très peu de fois à l’antenne. Trois films sont sortis, dont les deux premiers avec Peter Weller dans la peau de Robocop. Le tout premier film a été réalisé en 1987. Trois ans plus tard, place au deuxième opus, réalisé par Irvin Kershner. Enfin, en 1992, la trilogie a été refermée avec Robert John Burke dans l’armure du héros. Il sera connu plus tard pour ses rôles dans Gossip Girl (Bart) et New York unité spéciale (Ed Tucker).
Oui ! Et même deux dessins animés entre 1988 et 1999, vus dans Le Club Dorothée ou encore M6 Kid, sans compter les jeux vidéos à foison ou encore les bandes dessinées.
En 1994, la chaine canadienne CTV décide de lancer la production d’une série dérivée, repartant à la base de l’histoire. Le policier Alex Murphy, devenu Robocop, est alors incarné par Richard Eden pendant une seule et unique saison de 22 épisodes. Son visage est connu essentiellement des inconditionnels du soap culte Santa Barbara où il incarnait Brick Wallace.
En 1994, la franchise a tenté de se relancer sous la forme d’une série télévisée, diffusée en syndication. La série RoboCop se déroule quatre ans après le premier opus, et ignore les événements des films suivants. Elle suit les aventures de RoboCop, alias Alex Murphy, qui lutte contre le crime à Old Detroit. Afin de viser un public familial, la série a réduit la violence pour mettre l’accent sur la satire et a également introduit de nouveaux personnages, de nouvelles intrigues et de nouveaux thèmes.
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RoboCop a été diffusée pendant une saison de 22 épisodes, avant d’être annulée faute d’audience et de critiques positives. Elle a été largement méprisée par les fans du film original, qui lui reprochaient son manque de fidélité et de qualité.
En 1993, Orion Pictures, le studio qui avait produit les films RoboCop, a été racheté par MGM. La société voyait encore du potentiel dans la franchise, et a décidé de créer une série télévisée basée sur le personnage de RoboCop.
Le studio a confié la production de la série à Skyvision Entertainment, une société canadienne spécialisée dans la syndication. Neumeier et Miner ont saisi cette occasion pour ressusciter leur scénario original de RoboCop 2, connu sous le nom de RoboCop II : The Corporate Wars, qui avait été rejeté par Orion parce qu’il était jugé trop étrange.
La série a été conçue pour être diffusée en syndication, c’est-à-dire sans être rattachée à un réseau de télévision spécifique. Destinée au public familial, la série a du respecter certaines normes de violence et de langage.
La production de la série Robocop a commencé en 1993, après l’achèvement du pilote. Elle a été tournée au Canada, principalement à Toronto, pour des raisons de coût et de facilité. Le producteur exécutif était Kevin Gillis, qui avait travaillé sur des séries animées comme The Christmas Raccoons ou Le Prince Casse-Noisette. Le producteur délégué était Stephen Downing, qui avait été scénariste et producteur sur des séries policières comme MacGyver ou Magnum. Le coordinateur des effets spéciaux était Dennis Pawlik, qui avait travaillé sur des films comme Terminator 2 ou Total Recall.
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Le premier défi était de trouver un acteur pour incarner RoboCop, après le refus de Peter Weller et Robert Burke, qui avaient joué le rôle dans les films. Skyvision a choisi Richard Eden, un acteur canadien qui avait joué dans des séries comme Santa Barbara ou Street Legal. Eden a accepté le rôle et s’est entraîné pour imiter les mouvements et la voix de Peter Weller.
Le deuxième défi était de créer les effets spéciaux et les cascades nécessaires pour rendre crédibles les scènes d’action et les situations futuristes. La série a utilisé des effets spéciaux variés, comme des explosions ou des prothèses. La série a essayé d’être inventive et originale dans ses effets spéciaux et ses cascades, tout en respectant les contraintes budgétaires et les normes télévisuelles.
Le matte painting de John Fraser crée l’illusion des décors diurnes et nocturnes de Delta City. Un immense écran bleu est suspendu à l’extérieur de la fenêtre du décor du bureau du président. Ces peintures représentent la fusion des lignes d’horizon du présent et du futur Detroit avec la ligne d’horizon de Toronto. Pour certains bâtiments, ils ont repris les décors et ont construit des maquettes de gratte-ciel autour de chaque décor. La ville entière est modélisée sous forme de fichiers informatiques.
Le troisième défi était de différencier la série du film, tout en restant fidèle à l’esprit du personnage et à l’univers créés par Verhoeven. Pour des raisons de droit, la série n’a pas pu utiliser le robot ED-209. Ainsi, la série a remplacé la partenaire de RoboCop, Anne Lewis, par Lisa Madigan, une inspectrice ambitieuse et indépendante, mais aussi le chef de la police, Warren Reed, par le sergent Stan Parks, un officier expérimenté et paternaliste. Elle a également introduit de nouveaux personnages, comme Charlie Lippencott, le technicien en chef de RoboCop, Diana Powers, une secrétaire de l’OCP dont le cerveau a été transféré dans le cyberespace, ou Pudface Morgan, un criminel défiguré qui devient l’ennemi juré de RoboCop.
Enfin, certaines scènes du film original ont été retournées avec les nouveaux acteurs pour son générique d’ouverture.
Le rôle de Lisa Madigan a été attribué à Yvette Nipar, une actrice américaine qui avait joué dans des séries comme 21 Jump Street ou Matlock. Nipar a remplacé Nancy Allen, qui avait joué le rôle d’Anne Lewis dans les films. Nipar a incarné Madigan avec énergie et conviction, en faisant une femme forte et courageuse, mais aussi sensible et loyale. Les autres acteurs ont également livré des performances notables, en incarnant des personnages variés et attachants.
Blu Mankuma a interprété le sergent Stan Parks, le chef de la police honnête et intègre, mais aussi pragmatique et réaliste. Ed Sahely a joué Charlie Lippencott, le technicien en chef de RoboCop, sympathique et comique, mais aussi loyal et dévoué. Andrea Roth a joué Diana Powers, l’intelligence artificielle de MetroNet.
La touche familiale de la série, Gadget, est interprétée par Sarah Campbell. Ellen Murphy, la femme de RoboCop, a également été rebaptisée ‘Nancy Murphy’, un personnage récurrent interprétée par Jennifer Griffin. Le fils de Murphy, Jimmy, apparaît également avec une certaine régularité. Dans la série, Murphy découvre que même s’il a épargné à sa famille le chagrin de savoir qu’il est maintenant un cyborg, leurs problèmes sont loin d’être terminés.
Le PDG de l’OCP, au lieu d’être appelé ‘le vieux’, a été rebaptisé ‘le président’.
Si le film de Paul Verhoeven reste la référence absolue pour Robocop, la série n’en est pas moins intéressante, notamment pour son esprit satirique et critique, tout en développant les personnages et les intrigues.
Plusieurs épisodes ont marqué les esprits. Nous pouvons citer « The Human Factor », qui oppose RoboCop et le père de Murphy, lui-même ancien flic, à un criminel sur le thème de l’araignée, déterminé à détruire l’OCP, qui avait été capturé par le père de Murphy avant son départ à la retraite. Dans un épisode ultérieur, RoboCop et le père d’Alex Murphy collabore à nouveau, un épisode qui aboutit à la révélation de l’identité de Robocop à son « père ».
Diffusée en 1994, la série Robocop a été boudée par les fans du film original. La série Robocop, malgré les critiques négatives qu’elle a reçues, est un « trésor » caché qui vaut la peine d’être découvert ou redécouvert. Si l’adaptation épisodique se détache de la violence qui caractérise l’univers de Robocop, elle se concentre sur la satire sociale de l’Amérique, un élément clé du film original, et sur la psychologie d’Alex Murphy. L’adaptation en série de Robocop est un témoignage fascinant de la télévision et de la pop culture des années 90, qui mérite d’être revisitée, surtout dans le contexte actuel où notre société ressemble de plus en plus à une dystopie capitaliste.
Accueil mitigé, déception… le film a eu du mal à trouver son public. En France, moins de 700 000 personnes se sont déplacées dans les salles obscures lors de sa sortie, loin des performances du premier opus de 1987 (1.7 million d’entrées) ou encore du second volet (1 million). Cependant, il fait un peu mieux que Robocop 3, sorti en 1993.
Voici un tableau comparatif des entrées en France pour les différents films Robocop :
| Film | Année de sortie | Entrées en France |
|---|---|---|
| RoboCop (1987) | 1987 | 1 700 000 |
| RoboCop 2 | 1990 | 1 000 000 |
| RoboCop 3 | 1993 | Moins de 700 000 |
Le calvaire de Peter Weller : La production envisagea sérieusement de confier le rôle de Murphy aux épaules XXL d’Arnold Schwarzenegger. "Mais on a pensé qu'il serait trop énorme une fois qu'il aurait mis le costume. Nous avons réalisé qu'il nous fallait quelqu'un de mince, afin de pouvoir créer cette combinaison du robot. Il était important qu'il ait un bon menton, - il devait être vraiment prononcé. Bien sûr, jouer était important, mais je ne peux pas nier que le menton de Peter Weller était l'une des principales raisons pour lesquelles il a obtenu le rôle".
Va pour Peter Weller donc. Qui va vivre un enfer. Le costume de Robocop était si lourd et chaud qu'il a perdu jusqu'à 1,5 kilos par jour en le portant. Un système d'air conditionné dans le costume fut alors installé dans le but de rendre les choses plus supportables pour le comédien.
Par ailleurs, avec un coût compris entre 500 000 et 1 000 000 dollars, le costume était ce qu'il y avait de plus cher dans le film. Lorsque l'équipe de Rob Bottin maquilla le comédien et lui posa pour la première fois son armure, il lui a fallu 11h..."Lors de son premier jour de tournage avec le costume, Peter est entré au maquillage à 6h du matin et nous espérions tourner vers 9h. Nous avons finalement commencé à tourner à 16 heures car il ne pouvait pas marcher dedans" se souvient Verhoeven. "Au final, nous avons dû arrêter le tournage et travailler avec lui pendant deux jours complets.