Soleil Vert : Une Analyse Rétrospective d'une Dystopie Prophétique

Il y a 50 ans, le film de science-fiction "Soleil Vert" décrivait une année 2022 caniculaire, sur fond de crise des ressources et avec comme figurants des personnages portant des masques. Comment ce film a-t-il pu à ce point tomber juste ? Est-ce que la science-fiction peut prédire notre avenir ? On est en droit de se poser la question pour ce qui est de Soleil Vert. Même si à l’époque, beaucoup de critiques ont dit : "Ce film est complètement improbable", d'après l'écologue Frédéric Ducarme, chercheur en philosophie de l'écologie.

Le film nous projette en 2022, dans une ville de New York surpeuplée de 40 millions d’habitants, étouffée par la chaleur et la pollution. Les pluies acides sont quasi-permanentes. La nourriture est devenue un luxe, remplacée pour la plupart par des substituts comme le Soleil Vert. L’œuvre dépeint un futur dans lequel l’humanité est aux prises avec une crise écologique majeure. Les océans sont mourants et la canicule est présente toute l’année en raison de l’effet de serre.

L’affiche de Soleil vert, sinistre dystopie qui place, en son centre, la question alimentaire, semble offrir une vision catastrophique et violente d’un monde en perdition. Dans un futur désormais proche - puisque l’action a lieu en 2022 -, les populations s’entassent en ville, ici New York et ses fameux gratte-ciel. À ce phénomène d’urbanisation s’ajoute celui de la surpopulation, la cité comptant plus de 40 millions d’habitants, foules indistinctes saturant l’espace public, comme on peut l’apercevoir au troisième plan.

Image tirée du film Soleil Vert

De la Surpopulation au Changement Climatique

Make room ! Make room !, le roman de Harry Harrisson sort au milieu des années 1960. La peur de l’époque c’est la surpopulation et c’est ce que prophétise ce livre de science-fiction. Quelques années plus tard, quand le réalisateur Richard Fleischer veut l’adapter au cinéma, le baby-boom s’essouffle et la surpopulation fait moins peur.

"Richard Fleischer cherche à mettre à jour son scénario et il va se tourner vers un écologue professionnel : Frank Bowerman. C’est lui qui propose plein de thèmes qui, à l’époque, sont assez inconnus : le réchauffement climatique, la crise des ressources, l’érosion de la biodiversité et les conséquences politiques qui suivent derrière. Ce qui en fait un film extrêmement visionnaire pour son époque." Frédéric Ducarme

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Dans le film, l’homme a exploité toutes les ressources naturelles de la Terre. Plus d’arbres, plus d’animaux, plus de nourriture, plus d’eau… Cette crise alimentaire renforce le pouvoir de multinationales sans scrupule. L’entreprise productrice du Soleil Vert jouit d’une puissance incontrôlée, qui n’est pas sans rappeler le poids des multinationales dans nos sociétés.

"Le film ne se contente pas d’être un film, comme on a eu beaucoup depuis, de catastrophe écologique. C’est aussi un film profondément politique avec l’idée de collusion d’un État corrompu et d’entreprises sans foi ni loi. Alors que beaucoup de films de catastrophes écologiques sont plutôt sur un aspect assez chrétien de la punition divine. Là, c’est pas du tout ça. On est vraiment sur un film d’enquête et de révélation d’un système politique qui a entraîné la crise écologique. Donc on a des choix politiques, qui entraînent des problèmes écologiques, qui eux-mêmes vont renforcer des problèmes politiques et sociologiques. C’est cet emboîtement de l’ensemble, très inattendu de la part d’un grand studio hollywoodien comme ça, qui fait toute l’originalité de ce film." Frédéric Ducarme

L'Amnésie Environnementale

Dans ce New York fictif de 2022, au 44 millions d’habitants, rares sont ceux qui se souviennent du monde d’avant. La population, nourrie avec des barres colorées, ne se rappelle presque plus de la vraie nourriture. Et le film aborde de façon émouvante et poétique un problème souvent ignoré de la crise écologique : l’amnésie environnementale.

Sol, joué par Edward G. Robinson quelques mois avant sa mort, se souvient avec regret du monde d'avant. "L’amnésie environnementale est un des grands concepts de la psychologie de l’environnement et il est très représenté dans le film puisqu'on a deux générations. On a le vieux Sol, qui se rappelle du XXe siècle, des paysages, des écosystèmes, de la bonne nourriture aussi et qui est complètement dévasté par l’évolution du monde. Donc, un exemple de solastalgie. Alors que Thorn qui est plus jeune, lui, a une vision très floue de ces récits-là. D’ailleurs il pense qu’ils sont plus ou moins exagérés, mythifiés, il ne se rend pas compte de tout ce qui a été perdu. Et ça c’est vraiment un des grands enjeux de la psychologie environnementale : c’est que chaque génération naît dans un monde qui est déjà appauvri et ne se rend pas forcément compte de ce à quoi ça ressemblait avant. Des exemples d’amnésies environnementales vous pouvez en trouver très simplement si vous allez sur la Côte d’Azur. Quand on regarde les textes un peu plus anciens, au XVIe siècle, le port de Marseille était tellement infesté de dauphins que c’était une problématique pour les bateaux. Et sous l’Empire romain toutes les plages de la Méditerranée française étaient envahies de phoques." Frédéric Ducarme

La mémoire de Sol (Edward G. Robinson) réactive sans cesse le goût d’images dépassées par le présent. À l’inverse, Robert Thorne est un homme du nunc, emporté par un mouvement constant qui ne connait ni possibilités de retour ou d’avancée. Fasciné par la projection qui accompagne le suicide programmé de Sol, Robert prend conscience de l’absence de son héritage. Le goût de la viande, l’odeur d’une fleur, la beauté d’un paysage, plus rien ne subsiste sinon de manière ponctuelle et inédite.

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Scène du film Soleil Vert montrant la surpopulation

Dans cette société désenchantée, où l’espérance est morte, la seule issue pour avoir accès à des représentations de paysages naturels est l’euthanasie. C’est l’une des solutions imaginées par l’État pour lutter contre les conflits sociaux et la surpopulation. Se donner la mort, de manière assistée, est ainsi récompensé. Sol, l’ami de Thorn, y aura recours. Allongé dans une salle hermétique, seul, il y verra projetés sur des écrans géants des films réconfortants et déchirants d’une nature aussi belle que généreuse, comme elle l’était autrefois. L’accès à ces images est donc possible, mais la mort doit s’en suivre. Le fait de connaître le monde d’avant exclut de la société, mais aussi de la vie.

Une Alerte Peu Entendue

Soleil Vert dépeint avec virtuosité ce phénomène lent et irréversible de la catastrophe écologique. Diffusé comme un blockbuster, ce chef-d’œuvre de science-fiction a marqué une génération tout en réussissant le tour de force de politiser la question écologique.

Mais à sa sortie en 1973, ce n’est pas tant l’aspect environnemental qui choque mais plutôt ce que découvre le personnage principal, Thorn, joué par Charlton Heston. Pas de spoil mais promis, ça vaut le coup de (re)voir ce film, devenu culte par sa force visionnaire.

La séquence d’ouverture du film est montée autour d’un millier d’images. En deux minutes sont résumées des décennies d’un développement économique sans frein, qui ont transformé la planète en un lieu ravagé par la pollution, la surpopulation et la crise climatique. Il y est question d’émissions de « gaz à effet de serre » destructrices : remise dans son contexte de l’époque (où la conscientisation sur les enjeux climatiques était bien moins forte qu’aujourd’hui), cette prise de position dès le début du film est un cas de figure unique.

L’une des conséquences de cette destruction quasi-totale de la biodiversité mondiale est incarnée - de manière centrale - par l’enjeu de l’alimentation. Les pâturages, les champs ou encore les espaces naturels ayant été dévastés, les seuls aliments disponibles sont rationnés et produits (selon le discours officiel) à partir de plancton ou de soja : les biscuits « Soylent ». Seule une minorité de nantis peut encore avoir accès à des produits alimentaires de qualité. L’équation entre nutrition et inégalités de classe sous-tend l’intégralité du film.

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La nuit, partout, dans les édifices, les escaliers, les couloirs dorment des personnes sans-abri. En journée, la population fourmille dans les rues. Le chômage règne en masse. Outre l’oisiveté, l’une des seules activités est d’acheter au marché noir les rares produits encore disponibles ou d’attendre sa ration de biscuits « Soylent ».

Pour contrôler ces individus désespérés et pléthoriques, l’État encadre la distribution des biscuits avec une violence terrible et impose des heures de couvre-feu. Accablées par la pauvreté, certaines mères confient leurs enfants aux religieuses, dans des églises surpeuplées. Les rues de la ville, encombrées et asphyxiées, ne sont plus en mesure d’écouler les flux de voitures ou de piétons. L’immobilité forcée englue les individus dans leur misère et le désespoir.

Tableau noir poussé à l’extrême, cette situation dépeinte agrège les craintes liées à l’explosion de la démographie mondiale : de 1,65 milliard au début du XXᵉ siècle à près de 4 milliards lors de la sortie du film (plus de 7 milliards aujourd’hui en 2022). Là encore, la catastrophe n’est pas exogène. Elle s’enracine au contraire dans l’essence même de l’humanité, dans sa démographie galopante et dans son incapacité à maîtriser sa nature « invasive ».

Le scénario frappe ici les consciences par son nihilisme profond. « Soleil vert » est traversé par une affliction qui ne s’interrompt momentanément que lors de rares scènes intimistes, lorsque les personnages sont seuls et isolés. Comme si la démographie incontrôlée balayait toute possibilité de vivre heureux en groupe, comme si elle brisait l’harmonie des sociétés et détruisait la cohésion sociale.

Les seuls espaces vides montrés dans le film sont les fossés qui séparent les quartiers riches du reste de la ville. Le calme est au service de l’ordre. Le vide érige des frontières.

L’assassinat est commis au début du film par un tueur à gages dans une résidence de luxe, à l’encontre d’un responsable de « Soylent Corporation », William Simonson. Il y vivait dans l’opulence, avec un accès à de la viande et des légumes, à de l’eau chaude et à de l’alcool. Au cours de son enquête, l’inspecteur Thorn profitera et abusera de ces ressources ; alors que lui-même n’a vécu que dans la privation et la misère, malgré son travail. Peut-on le lui reprocher ? Certes, la corruption guette et les méthodes douteuses sont généralisées, mais tous les personnages sont enkystés dans des déterminismes extrêmement puissants qui maintiennent un ordre social injuste.

L’une des séquences les plus fameuses du film se déroule lors d’une distribution de biscuits « Soylent ». Celle-ci tourne court, l’approvisionnement en denrées étant trop faible au regard de la foule pléthorique attendant sa ration. L’ordre est donc donné aux policiers de procéder à l’évacuation. Les personnes affamées protestent et chargent. L’armée riposte par l’emploi de camions-bennes géants dotés de lames qui se soulèvent pour ramasser les manifestants, comme de vulgaires détritus que l’on évacuerait de la chaussée. À travers l’inhumanité sidérante de cette action convergent à la fois une critique acerbe de la violence d’État et une métaphore de l’industrialisation possible de la répression. Cette séquence peut également être vue comme une allégorie de l’horreur de l’holocauste, à travers la mécanisation et la massification de ses procédés meurtriers.

Dans l’univers de la consommation industrialisée, l’humain a perdu son humanité ; il est machine, objet, autant consommable que les barres énergétiques qu’il ingère. La séquence d’émeute que filme Richard Fleischer oppose les machines prédatrices aux corps-proies. Le désastre climatique assure le devenir-aliment de la population humaine. La répétition des plans affirme à travers une violence symbolique qui rappelle les procédés du montage eisensteinien, cet indiscutable état de faits. Ce cheminement était déjà annoncé par les images du générique.

Comme pour beaucoup de films, cette production à grand budget, issue d’un studio hollywoodien, est avant tout écrite, financée et réalisée par des hommes. Sur ce sujet, rien de très novateur, donc, dans le processus de création. Celui-ci reste éminemment masculin. L’intérêt se situe ailleurs. Dans le roman d’Harry Harrison, les femmes sont les égales des hommes. Pour son adaptation, Richard Fleischer et son scénariste Stanley R.

Elles sont placées dans un appartement, et y restent associées ad vitam aeternam au gré des changements de locataires. Dans cette sous-classe existent différentes catégories, certaines femmes vivent dans des résidences de luxe, d’autres dans des logements plus modestes. Elles s’occupent de leur locataire, leur font à manger, font les courses. Même si ce n’est explicitement pas soulevé dans le film, on imagine qu’elles puissent aussi être sexuellement « utilisées », puisqu’elles n’ont pas de valeur en tant qu’individus. Elles ne sont que des objets. À leur égard, l’attitude de Charles, le concierge du gratte-ciel où est assassiné Simonson, est symptomatique. Il les frappe, les violente, les humilie en les privant de toute liberté. L’ajout de cet élément scénaristique donne une dimension encore plus forte aux fractures sociales et humaines dépeintes dans le film. Il exacerbe l’aliénation des individus au profit de l’intérêt d’une minorité. Mis à part le vieux Sol, aucune personne n’est réellement libre dans ce monde blafard.

Car la possibilité même du choix semble être anéantie par la pesanteur de l’ignorance, de l’oppression et de la misère. À la fin du film, l’enquête de Thorn percute l’inattendue euthanasie de son ami Sol. Les deux convergent néanmoins vers une résolution commune. Alors qu’il réussit à s’infiltrer dans une usine ultra-sécurisée, après avoir suivi le corps de son ami transporté avec des centaines d’autres cadavres dans des camions, Thorn découvre que les biscuits « Soylent » sont - en réalité - produits à partir de carcasses humaines.

Là aussi, cette fin ne figure pas dans le roman, elle fut ajoutée par Richard Fleischer. Cette idée de génie participa largement à rendre ce film encore plus puissant et atypique. Comme celle de « La planète des singes », du « Sixième sens » ou encore d’« Usual suspects », elle concourut à faire entrer « Soleil vert » dans le panthéon des dénouements cinématographiques d’anthologie. Mais au-delà de cette formidable trouvaille, c’est bien la démarche d’analyser et de traiter les liens entre anthropophagie et subsistance de l’espèce humaine qui marque les esprits et nous interroge.

Jusqu’à aujourd’hui, au cinéma, peu d’œuvres de science-fiction ont réussi à porter aussi loin certaines hantises, craintes et considérations politiques. La force de « Soleil vert » s’ancre en partie dans le subtil équilibre entre l’attachement aux personnages et le dégoût provoqué par ce monde apocalyptique. Mais son intérêt principal réside sûrement dans sa capacité à nous interpeller et à faire écho aux dérives bien réelles de nos sociétés.

Le héros découvre un secret bien entretenu par la multinationale : une société devenue anthropophagique sans le savoir. Le film montre également une société dans laquelle la division sociale est exacerbée.

La scène la plus marquante du film montre le suicide assisté du vieux professeur « Sol » Roth. Dans cette société dystopique de 2022, une personne peut décider de mourir quand elle estime avoir assez vécu. Le thanatorium est un lieu dédié à cet effet.

2022… Le futur entrevu par Harry Harrison, l’auteur du roman qui a inspiré le film, entre en résonance avec notre société actuelle. Bien sûr, le film a vieilli. Si une chose ne peut être anticipée dans un film, c’est bien l’esthétique. Difficile de deviner comment se dessiner le futur, les formes qu’il prendra sur le plan esthétique. Mais le film ne présente pas un futur aseptisé à la Star Trek ; il montre au contraire la saleté ambiante. De même, pas d’emballement au niveau technologique : pas de voitures telles qu’on les imaginait à cette époque dans un futur plus ou moins proche.

Si ce film a eu un certain retentissement, c’est probablement parce que ce qui est présenté comme une fuite en avant irrémédiable rejoint certaines de nos peurs contemporaines, sur fond de capitalisme débridé, dont le collapsisme ne serait que l’expression ultime.

Tous ces phénomènes, rendus saillants dans Soleil vert, soulignent les multiples dimensions et enjeux sécuritaires liés à l’alimentation : depuis la question du contrôle des ressources et des flux, de la gestion de l’état de crise permanente, en passant par sa réalité biopolitique (façonnage des corps, contrôle de l’information, circularité de la rumeur, contagion de la défiance, économie morale de la foule).

Ce film est sorti en France en juin 1974. Deux mois avant, l’agronome René Dumont, spécialiste des questions alimentaires dans les pays en voie de développement, se présentait à l’élection présidentielle. Dans son clip de campagne, son pull rouge et la séquence du verre d’eau avaient marqué, mais il était aussi le premier candidat représentant les écologistes, que l’on « accuse d’être des prophètes de malheur et d’annoncer l’apocalypse ». Dumont déclarait que l’on manquerait d’eau « avant la fin du siècle », quand Soleil vert nous voit devenir cannibales en 2022, faute de ressources alimentaires suffisantes, bien réparties et saines.

Aux voyages galactiques rapportés par tant de récits de science-fiction, Fleischer et son scénariste Stanley R. Greenberg préfèrent l’espace terrestre décrit par le roman de Harry Harrison publié en 1966. Le titre de celui-ci, Make Room ! Make Room !, souligne l’importance octroyée à l’espace dans la dramaturgie du récit. L’enquête entreprise par Robert Thorne (Charlton Heston) prend la forme d’un jeu de piste aux trajectoires multiples.

Plus le temps s’allonge, plus l’espace se réduit. L’équation ne peut que se résoudre tragiquement. Raréfié, le territoire influe sur la l’humanité de ses occupants.

la fin de l'humanité

Dans le monde de Soleil Vert, on rejoint, une fois un certain âge atteint, Le Foyer. Un lieu ou l'on pratique l'euthanasie généralisée, non sans avoir offert à celui qui va mourir un dernier plaisir, quelques notes de musique et la vision de paysages bucoliques désormais disparus. Alors que Sol Roth le rejoint, nous voyons, dans un grand moment d'émotion, disparaître un personnage attachant, et surtout partir avec lui l'un des plus formidables acteurs de l'histoire du cinéma.

Avec Soleil Vert, Richard Fleischer nous offre l'un de ses derniers diamants, témoin de son talent de metteur en scène, de son sens aigu de la narration et de l'esthétique. Un film qui marque irrémédiablement tous ses spectateurs, même quarante ans après son tournage.

En 1973, le film de Richard Fleischer, avec Charlton Heston, décrivait un monde suffocant et apocalyptique. Un plaidoyer écologique qui a, depuis, fait de nombreux émules à Hollywood. Quand Soleil vert de Richard Fleischer, arrive sur les écrans en avril 1973, le spectateur américain a depuis longtemps appris à vivre avec la fin du monde.

Il aura donc fallu attendre le début des années 1970 pour qu’un film n’évoque pas une menace exogène, mais une catastrophe climatique et environnementale, dont l’homme est le seul responsable. Ce qui est aujourd’hui central dans le cinéma du XXIe siècle - du 2012 (2009), de Roland Emmerich, à Snowpiercer, le Transperceneige (2013), de Bong Joon-ho, en passant par le récent Downsizing (2017), d’Alexander Payne - est alors inédit.

Si le film se penche autant sur la question de l’environnement, c’est que Fleischer l’avait préparé avec l’aide de Frank R. Bowerman, alors président de l’Académie américaine pour la protection de l’environnement. Hors des écrans, l’époque était aux frémissements de la prise de conscience écologique. En 1970 avait eu lieu la Journée de la Terre, première manifestation environnementale d’envergure aux états-Unis, sous l’impulsion du sénateur du Wisconsin Gaylord Nelson.

Mais, à sa sortie, l’impact de Soleil vert tient surtout à la présence de la star Charlton Heston. Bien avant de devenir l’étendard de la NRA, le lobby américain des armes à feu, l’acteur a incarné Moïse dans Les Dix Commandements et s’est impliqué en faveur du mouvement des droits civiques. Il symbolise à sa manière la conscience morale américaine. Le voir brandir le poing, à la manière des Black Panthers, pour révéler, dans le dénouement final, que le soleil vert est fabriqué à partir d’humains et non de plancton, depuis longtemps disparu avec la pollution des mers, prend une résonance particulière. Comme si à la lutte des minorités pour leur émancipation devait succéder un combat encore plus crucial : celui pour la survie de notre espèce.

Thorn est le premier coupable. Il faut que le monde soit conscient de son hypocrisie pour en sortir. Ne plus être hypocrite reviendrait à accepter la situation, en connaissance de cause. De toute façon, il n’est plus vraiment temps d’ouvrir les yeux. New York en 2022 appartient déjà au passé. On sait bien que tout est pourri. Il suffit de regarder.

Acteurs Principaux:

  • Charlton Heston (le détective Robert Thorn)
  • Edward G. Robinson (Solomon « Sol » Roth)
  • Leigh Taylor-Young (Shirl)
  • Joseph Cotten (William Simonson)

Équipe Technique:

  • Réalisateur: Richard Fleischer
  • Scénariste: Stanley R. Greenberg (basé sur le roman "Make Room! Make Room!" de Harry Harrison)
  • Directeur de la photographie: Richard H. Kline

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