Montpellier, autrefois un terrain vierge en matière de studios de cinéma, est en train de devenir un pôle majeur de l'audiovisuel en France. Plusieurs facteurs clés ont contribué à cette transformation, notamment des investissements importants, un écosystème audiovisuel en pleine croissance et un soutien politique fort.
Un point de départ modeste
Il y a quelques années, Montpellier était un terrain vierge. "Plus Belle la vie" était tournée du côté de Marseille et la côte d’Azur coûtait cher pour y implanter des studios. En 2017, le groupe TF1, qui veut lancer “Demain nous appartient”, pose ses valises à Sète, transforme une ancienne usine d’embouteillage viticole en studio de tournage et créé une société de production exprès, baptisée Tel Sète. Aujourd’hui, 21 personnes y travaillent à temps plein et 3 équipes se relèvent pour tourner en permanence.
L'année suivante, France TV studio, une filiale de France Télévisions, s’installe à Vendargues, au nord de Montpellier, pour lancer “Un si grand soleil”. Le groupe investit énormément pour créer 4 plateaux de tournage sur un site de 16 000 m² pour produire toutes les séries du groupe. 250 personnes travaillent chaque jour dans des studios entourés de fonds verts. On y trouve les décors de la série : l’hôpital, le lycée ou le commissariat.
Un écosystème en plein essor
“Petit à petit, il y a un vivier d'intermittents qui s'est créé dans cette région, avec des gens qui se sont installés là-bas, des réalisateurs de cinéma qui viennent”, explique le producteur artistique pour Newen Studios, Théophile Clément. Il rappelle d’ailleurs que 300 intermittents viennent pour chaque session de tournage de “Demain nous appartient”.
On trouve aussi dans les parages des entreprises d’animation, d’effets spéciaux et des écoles des métiers du cinéma, comme Travelling ou CinéCréatis, avec lesquelles les productions travaillent. L’occasion de nouer des partenariats avec elles pour former des apprentis et trouver de la main d'œuvre. “Sur chaque session que je fais sur “Un si grand soleil”, j'ai trois assistants avec moi, plus un stagiaire qui vient de ces écoles-là”, illustre un des réalisateurs de “Un si grand soleil”, Benoît d’Aubert.
Lire aussi: Chalindrey : Cinéma & Culture
France.tv studio et Les Tontons truqueurs, en collaboration avec La Fabrique, développent actuellement un studio de production virtuel qui associera fonds verts et murs LED.
"l’avenir du tourisme à travers la VR et l’IA " ITW de Yann Le Cun Directeur de Recherche chez META
Des atouts naturels et un climat favorable
Dans cette zone très picturale, on trouve plusieurs théâtres différents : la Camargue, la façade maritime, la moyenne montagne des Cévennes… “Je me souviens qu'une fois, il fallait tourner une séquence qui était censée se passer en Afrique, raconte Benoît d’Aubert. On a tourné ça au bord du lac du Salagou, où la terre est rouge. Et c'est assez étonnant, en choisissant bien les axes, on y est.” Un côté carte postale qui se retrouve aussi dans “Demain nous appartient”, tournée du côté de Sète.
“C'est une ville qui est restée assez populaire, très tournée vers la culture, très artistique, avec l'héritage évidemment de Brassens, de Varda, de Paul Valéry, énumère Théophile Clément. Ce n'est pas une ville comme pourrait l'être, par exemple, Saint-Tropez, qui peut paraître un peu déconnectée des gens.”
“Ça s'appelle “Un si grand soleil”, donc il fait toujours beau !” plaisante Benoît d’Aubert. Avec environ 2700 heures par an, l’Hérault figure dans les hauteurs du classement national de l’ensoleillement. C’est autour de sept heures par jour, contre plutôt 5 à Paris. C’est donc une contrainte logistique en moins, celle de devoir tourner sous la pluie. Cela permet aussi de vendre un style de vie solaire, qui fait rêver.
Soutien politique et investissements massifs
Ville et métropole de Montpellier, région Occitanie, les élus locaux soutiennent les différents projets, en facilitant les investissements ou les démarches pour entreprendre des constructions. Un “mini-Hollywood” verra même le jour proche de Montpellier. Le pôle de création cinématographique Pics Studio devrait coûter 185 millions d’euros et sera cette fois tourné vers le cinéma international.
Lire aussi: L'évolution des salles de cinéma dans le Nord
De quoi créer une dynamique culturelle et des emplois, 13 000 selon l’objectif de la présidente de la Région, Carole Delga. De quoi aussi assurer un beau soft power à Montpellier, ce qui compte pour une ville candidate pour devenir capitale européenne de la culture 2028.
“Le plan de La Grande Fabrique de l'image / France 2030 dévoilé le 19 mai 2023 par la ministre de la Culture est un accélérateur d’une ampleur totalement inédite des industries culturelles et créatives françaises. Je suis très fière que le projet porté par notre filiale France.tv studio soit sélectionné. Il donnera un élan décisif à notre implantation en Occitanie pour en faire des studios aux capacités élargies et à la pointe de l’innovation.
Pics Studio : Un projet d'envergure internationale
Alors que trois feuilletons ont déjà posé leurs caméras dans la région (Demain nous appartient à Sète, Un si grand soleil à Vendargues et Ici tout commence à Saint-Laurent-d’Aigouze) et que les tournages se multiplient dans le coin, voilà que des studios XXL s’apprêtent à sortir de terre, au nord de Montpellier.
Pour l’instant, on ne sait pas quand précisément. Ce sont deux poids lourds de l’immobilier, l’aménageur urbain GGL et le promoteur Spag, qui portent ce projet, à Saint-Gély du Fesc. Son nom : Pics Studio. Ce site, qui regroupera tout ce dont une société de production audiovisuelle a besoin (plateaux de tournage, bureaux de production, locaux de prestataires techniques, stock de décors et de matériel, etc.), s’installera sur 30.000 m2, au sud-est de cette commune de 10.000 habitants.
Ces studios sont destinés à attirer « des séries, des films, des publicités, français et étrangers », confie Alain Guiraudon, le patron de GGL, qui porte le projet.
Lire aussi: Avis Home Cinéma LG 1000W
Les studios seront implantés au sud-est de Saint-Gély-du-Fesc - GGL
À l’horizon 2027, un pôle cinématographique d’envergure internationale y ouvrira ses portes. Son nom : Pics Studio . Le cœur de cette "cité du cinéma" battra sur la ZAC Les Vautes. Y seront construits environ 40 000 m2 de plancher afin d’accueillir plateaux de tournage, ateliers de décors, loges, studios de postproduction, une salle de projection et autres.... Les bâtiments épouseront la topographie des 14 ha dédiés en privilégiant une implantation dans les creux. Une ceinture verte autour du site sera maintenue afin de limiter l’impact visuel et sonore.
Ce projet privé porté par la SARL Parc des Vautes. La municipalité facilite sa réalisation. Le permis de construire a été délivré fin 2023. La Ville l’ accompagne notamment sur l’insertion urbaine. Ainsi, un réaménagement du rond-point dit d’Intermarché est à l’étude pour mieux gérer les flux de circulation. Une réflexion est menée avec les différentes collectivités pour améliorer la desserte de bus.
Un besoin criant de studios en France
Ce projet tombe à pic : la France manque cruellement de studios. En 2019, un rapport du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) pointait un « sous-dimensionnement des équipements français par rapport aux autres pays européens », freinant l’attractivité du pays en termes de grosses productions.
Ce projet, à Saint-Gély-du-Fesc, permettrait ainsi de rattraper le retard français en la matière. Montpellier n’y échappe pas. Si Netflix ou Amazon Prime trouveront sans aucun doute dans le coin d’incroyables décors naturels, quand ils devaient tourner en studio, ils ne pouvaient pas. Les seuls gros plateaux dans l’ex-Languedoc-Roussillon sont dédiés à la production des séries maison de TF1 ou de France Télévisions.
Certes, le service public a déjà ouvert ses studios de Vendargues à des productions extérieures, notamment pour le long-métrage Tu ne tueras pas, réalisé par Cécilia Rouaud, mais cela reste rare.
« L’explosion des plates-formes justifie le besoin de développer des infrastructures comme celle-ci », confie Maxime Beaufey, membre d’Occitanie Films, l’organisme qui accueille les productions audiovisuelles dans la région. « Autant les séries quotidiennes ont leurs propres studios et vont continuer à les développer, autant les productions extérieures n’avaient pas véritablement d’outil à leur disposition pour développer leurs projets, poursuit-il. Au-delà des décors naturels, on perdait des journées de tournage, en raison de l’absence de studios. Ce projet est tout à fait bienvenu.
L'évolution des studios de cinéma en France : Un bref aperçu
Depuis Méliès, on utilise des studios, on reconstitue le réel en studio pour diverses raisons, notamment la partie créative, des fonctionnalités pratiques (la lumière, les espaces). Bref, le studio facilite beaucoup d’aspects de la conception d’un décor. Dans l’industrie du cinéma, il était tout à fait naturel de tourner en studio, tant en Europe qu’aux États-Unis.
En France, la Nouvelle Vague s’est imposée comme une période marquante dans l’histoire des studios, puisque les cinéastes ont soudainement privilégié les tournages en extérieur, des moyens techniques plus légers, des caméras à l’épaule qui réclamaient moins de moyens. Le recours au studio s’est alors un peu perdu pour toute une génération d’opérateurs, chefs décorateurs, techniciens et réalisateurs, toutefois, même pendant cette période, certains réalisateurs ont continué à tourner en studio, comme par exemple Alain Resnais.
Au début des années 1980, cette période marque plutôt le retour au studio via les films publicitaires. Avec un afflux d’environ trois mille films français par an en France, ces productions ont amené naturellement un retour au studio. Ce mouvement s’est accentué au milieu et à la fin des années 1980 en s’étendant aux longs métrages - il était rarement question de séries à l’époque. Finalement, toute cette génération de techniciens, chefs décorateurs et chefs opérateurs qui travaillaient pour les films publicitaires ont adapté leurs nouvelles compétences aux longs métrages. On peut l’observer aussi pour toute une génération de réalisateurs, Étienne Chatiliez, par exemple, vient de la pub, Patrice Leconte également faisait beaucoup de films publicitaires en parallèle à ses projets de longs métrages.
Vers la fin des années 1980, il y a eu une période de forte demande pour les studios pour tourner des longs métrages, avec une problématique d’offre puisque les studios historiques étaient, d’une certaine manière, vampirisés par la pub. C’est ce qui nous a motivés pour créer les studios d’Arpajon en 1987 en reconditionnant un bâtiment industriel.
tags: #studio #cinema #montpellier