L'histoire de la radiodiffusion en France est marquée par des évolutions significatives, notamment dans les années 80, période de changements et d'innovations. Des débuts du monopole d'État à l'émergence des radios libres, cette époque a façonné le paysage audiovisuel français tel que nous le connaissons aujourd'hui.
Une radio Radiola des années 1980
Les débuts du monopole d'État
Après la Première Guerre mondiale, la station radioélectrique installée sur la tour Eiffel est remise au secrétariat d’État de la Poste, des Télégraphes et des Téléphones (P.T.T.). En décembre 1921, cette administration civile publie un communiqué où elle affirme que « le monopole des communications radioélectriques est étendu aux communications radiotéléphoniques », sans référence à une loi.
Le législateur intervient pour instituer un monopole dans la lignée de la loi du 6 mai 1837 qui a posé « la nécessité d’un contrôle des infrastructures de communication et du contenu de l’information qui y circule ». Le monopole a été étendu à la télégraphie sans fil en décembre 1851. Désormais, la loi du 30 juin 1923, l’étend « à l’émission et à la réception des signaux électriques de toute nature ».
Toutefois, des autorisations provisoires sont accordées à des stations privées. Après Radiola devenue Radio Paris en 1924, d’autres stations suivent en province, dont Radio Lyon en 1924. Dans la France de 1928, on dénombre quatorze stations privées et onze stations publiques.
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Après la libération du territoire, l’ordonnance du 23 mars 1945 instaure le monopole de l’État sur la radiodiffusion. Les autorisations d’émettre, accordées aux stations privées avant la guerre, sont révoquées. Le monopole s’exerce par la Radiodiffusion Française (RDF), qui devient la Radio-télévision française (RTF) le 9 février 1949 puis l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) le 27 juin 1964.
L'évolution technologique et l'émergence des radios périphériques
Pour contourner la législation, les radios périphériques ont installé leurs émetteurs à l’étranger. L’écoute des ondes se fait en modulation d’amplitude (GO, PO et OC) sur les transistors qui ont succédé aux récepteurs à lampes. La modulation de fréquence (FM) commence à être utilisée à partir de 1954.
Le monopole d’État est confirmé en juillet 1972 mais, deux ans plus tard, par la loi du 7 août 1974, l’ORTF est démantelé. Sept organismes le remplacent mais, « en pratique, c’est Télévision de France (TDF) qui veille désormais à l’intégrité du monopole ».
La lutte pour la libération des ondes
L’information muselée ne correspond pas aux aspirations de la population, des jeunes aux adultes, et des radios illégales sont créées sporadiquement, pour quelques émissions. L’occurrence radio libre apparaît en 1975. Le pouvoir reste vigilant et un long combat pour la libération des ondes s’engage mais rien ne change, même après la naissance de l’Association pour la libération des ondes (ALO) en 1977.
La lutte continue et, le 15 février 1978, 17 radios pirates émettent simultanément (huit en région parisienne et neuf en province). Cette Journée nationale démontre, paradoxalement, « l’efficacité redoutable du brouillage (...) orchestré par TDF ». Ensuite une réunion internationale réunit près de trois cents personnes, à Paris en mars 1978 ; année où les féministes créent leur propre radio parisienne, Radio Femmes, baptisée peu après Les Radioteuses), pour lutter contre « l’indiscutable machisme » du mouvement des radios locales.
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Toutes ces actions incitent le gouvernement à réagir et à faire voter, le 28 juillet 1978, une nouvelle loi en faveur du respect du monopole. Cette mesure intransigeante marque la fin d’une période pour les précurseurs des radios pirates qui ont fait preuve de persévérance et d’ingéniosité pour déjouer au mieux les pièges de la répression et la saisie de leurs émetteurs.
La crispation des pouvoirs publics heurte toujours les aspirations de la population à un moment où le temps libre augmente et où le monde associatif se développe. Pas tout à fait car des radios clandestines apparaissent lors de conflits sociaux, notamment celui de la sidérurgie lorraine, avec l’appui de syndicats.
Pour alerter et mobiliser la population locale, Radio Lorraine Cœur d’Acier est lancée le 17 mars 1979 et devient l’âme d’une lutte, même ponctuée d’échauffourées le 16 mai 1979, lors des oppositions aux actions de brouillage de TDF. L’ALO alerte les partis politiques afin d’obtenir la cessation des brouillages.
Le Parti socialiste entre dans le débat et permet que la première émission de Radio-Riposte soit réalisée dans ses locaux le 28 juin 1979. D’autres péripéties suivent et les radios locales deviennent un des enjeux de l’élection présidentielle de mai 1981.
Le vainqueur, François Mitterrand, est favorable à une certaine libération des ondes et, le 9 novembre 1981, la loi « portant dérogation au monopole d’État de la radiodiffusion » est votée. Les radios privées locales sortent de la clandestinité et peuvent désormais émettre en toute légalité.
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L'essor des radios locales et les défis financiers
Au cours de ces années de gestation, le financement des radios locales a été débattu avec la possibilité, ou non, d’introduire de la publicité sur les ondes. Des gens s’intéressent au développement des radios locales. Aussi, certains fondent-ils, en 1978, l’Association départementale d’enregistrement et de diffusion sonore. Ils sont une dizaine d’adhérents, des hommes, à financer et à créer la station Radioméga.
Radio Bresse émet durant une période d’avril 1980, depuis la Maison des syndicats mais ce n’est pas « une radio locale [car] la CGT n’entend pas concurrencer la presse locale ». En réalité, cette initiative s’inscrit dans un programme national que la CGT "nationale" a lancé en amont des élections prudhommales de décembre 1979.
Dans quelles conditions la publicité sera-t-elle tolérée ? Comment les radios pourront-elles vivre sans un financement par de la publicité à l’antenne ? À Bourg-en-Bresse, cette question est déjà évoquée lorsque Le Progrès rencontre les deux hommes qui, le 31 août 1981, lancent Radio 2 sur les ondes depuis un studio installé au 5 de la rue Victor Basch à Bourg-en-Bresse.
La deuxième radio locale créée à Bourg est Radio-Tonic mais l’essai ne dure guère. C’est donc Chippy Radio, qui émet depuis la rue Bourgmayer, à partir d’octobre 1982, avec, d’ailleurs, l’implication d’anciens animateurs de Radio Tonic.
Radio Tropiques est lancé le 22 novembre 1982 sur une autre tonalité, « une sensibilité de gauche sur la F.M. », sur un rayon de trente kilomètres autour de Bourg. Elle bénéficie du prêt de matériel par la Jeunesse laïque (un club regroupant plusieurs disciplines sportives) et du studio de la Maison de la jeunesse et de la culture. Le responsable d’antenne Michel Hutinel préfère parler plus de "radio dépaysement" que de "radio des pays de l’Ain.
Ces quatre radios, au statut associatif, sont présentes parmi les 190 associations réunies au Parc des expositions de Bourg-en-Bresse, les 22 et 23 octobre 1983, dans l’enthousiasme et le foisonnement des initiatives culturelles, sociales, solidaires ou sportives.
La fin de l'interdiction de la publicité et la restructuration du paysage radiophonique
Cet enthousiasme agite partout le monde des radios libres au point que la "bande FM" est devenu une "jungle" où les règles ne sont pas toujours respectées. Dans sa conférence de presse d’avril 1984, le chef de l’État annonce la fin de l’interdiction de la publicité, sous certaines conditions pour donner des moyens financiers aux radios locales qui devront choisir entre un statut d’entreprise et celui d’association.
Fin novembre 1984, TDF impose de nouvelles règles. Sur les onze radios existantes dans l’Ain, seules six reçoivent la nouvelles autorisation. Chippy Radio et Radio-Tonic sont contraintes à se taire alors qu’elles seraient, « selon des sondages officieux, les radios les plus écoutées sur la place de Bourg ».
Finalement, en septembre 1985, Radio-Tonic reçoit l’autorisation d’émettre et Chippy Radio se met dans l’illégalité en choisissant de reprendre ses émissions depuis « un lieu que ses animateurs préfèrent garder secret ».
L'arrivée des réseaux nationaux et la concentration des médias
En effet, avec l’accès à la publicité, la "loi du plus fort" s’impose dans le monde radiophonique et la Nouvelle radio des jeunes (NRJ) s’impose d’abord à Paris avant d’être l’une des premières à se constituer un réseau en province par des radios locales franchisées. Un autre réseau, Nostalgie, est le premier réseau à s’implanter dans l’Ain, à l’été 1987, successivement à Ambérieu, à Oyonnax et à Bourg avec la reprise de Radio-Tonic, « en proie à des difficultés financières ».
Un an après, la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL) établit un nouveau plan. Les radios locales se répartissent en deux catégories : « les associatives à petits budgets, bénévoles et audience réduite ; les réseaux. Commerciaux, musicaux, d’information et parfois religieux, ils ont peu à peu pris le pas sur ces fameuses radios "locales" ».
Quelques exceptions échappent à ces deux catégories et restent indépendantes, comme Radio 2. Les radios locales ont désormais dix ans et, pour Le Progrès, Hubert Guyon fait le point dans l’édition du 19 octobre 1991.
En septembre 1993, la station est reprise, avec d’autres objectifs de gestion, par Jacques Perret, venu de Saône-et-Loire. Des licenciements sont programmés. L’inquiétude est de rigueur car « Radio 2, avec ses 150 000 auditeurs, possède une implantation inégalée et des moyens techniques extraordinaires.
Tableau récapitulatif des étapes clés :
| Année | Événement |
|---|---|
| 1921 | Extension du monopole aux communications radiotéléphoniques |
| 1945 | Ordonnance instaurant le monopole de l'État sur la radiodiffusion |
| 1975 | Apparition des premières radios libres |
| 1981 | Loi dérogeant au monopole d'État, légalisation des radios privées locales |
| 1984 | Fin de l'interdiction de la publicité à la radio |
| Fin des années 1980 | Développement des réseaux nationaux et concentration des médias |
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