Adaptations cinématographiques du Seigneur des Anneaux : Analyse et Influence

Il y a des livres et des films qui nous marquent à jamais, qui changent notre manière de percevoir le monde et d’appréhender la culture.

Pour beaucoup, l’une de ces œuvres est Le Seigneur des Anneaux. Cette œuvre a influencé l'existence de nombreuses personnes, et comment ils ont appris à aimer quelque chose passionnément tout en le critiquant avec la même ferveur.

Affiche de la trilogie Le Seigneur des Anneaux

Affiche promotionnelle de la trilogie cinématographique "Le Seigneur des Anneaux"

L'impact initial et l'évolution du regard

L'histoire commence avec des heures passées entre les étagères des bibliothèques, à lire frénétiquement Le Seigneur des Anneaux. Même sans saisir tous les sous-textes de l’œuvre de Tolkien, l'émotion était immense, remplissant un vide intérieur de ces histoires que l'on rêvait de vivre.

Avec le temps, l'esprit critique s'est affiné, et en relisant Le Seigneur des Anneaux des années plus tard, certaines choses ont frappé de plein fouet. Ce sentiment, par exemple, d’être dans un monde où 95 % de la population est masculine et blanche, et la désillusion que cela a provoqué.

Avant, on ne voyait que les créatures fantastiques et les armures brillantes. La culture, et surtout la fantasy et la science-fiction, sont des milieux si masculins qu’en tant que jeune fille, on avait pris cela comme une évidence.

Pourtant, il n'y a jamais eu aucun mal à s’identifier à certains personnages de l’univers créé par Tolkien, tout simplement parce que pour la plupart, ils n’appartiennent pas au réel, les Hobbits en première ligne. Ils étaient ce que l'on en faisait.

Comme pour beaucoup d’autres adolescentes, ils étaient alors les seules références proposées dans ces histoires de cape et d’épée, de dragons et de sorciers.

L'influence d'Eowyn et le féminisme

L'adaptation au cinéma a provoqué un changement radical. On aurait tort de sous-estimer l’influence d’Eowyn sur une jeune fille de 15 ans, surtout si cette dernière a grandi dans les années 1990.

C’est un fait : il y a peu de personnages féminins dans Le Seigneur des Anneaux, films et livres confondus. Et ceux-ci sont généralement secondaires, et pour certains très stéréotypés. Pourtant, les principaux ne sont pas forcément anecdotiques.

On pourrait évoquer Arwen ou Galadriel, mais concentrons-nous sur Eowyn. Elle est l’une de celles qui ont permis de mettre un pied dans le féminisme. Non pour le côté « badass » qui lui est souvent attribué, mais parce qu’elle avait droit à la complexité.

Eowyn

Eowyn, un personnage complexe et influent

Elle n’était pas limitée à une seule caractéristique. Sa détermination, ses sentiments pour Aragorn, son dévouement à son oncle, à son peuple, sa froideur, sa sensibilité, son aplomb, sa féminité, sa répartie… Elle incarnait tout cela à la fois.

Ne lui reconnaître son importance qu’en évoquant le moment où elle affronte le Roi-Sorcier d’Angmar, c’est en somme la limiter à une forme de valorisation par la force, qui fait écho à une certaine masculinité.

En tuant le Roi-Sorcier, elle a accompli son souhait, celui de se battre aux côtés des hommes et protéger les siens. Eowyn se prouve à elle-même ce dont elle est capable, et elle peut alors avancer.

Dans les films, Eowyn est à maintes reprises remise à sa place, tout en étant désignée comme une « shieldmaiden », c’est-à-dire une femme guerrière. On lui intime constamment de rester auprès des femmes et des enfants, de ne pas prendre les armes, de se limiter à ce que la société attend d’elle.

Le réalisateur et scénariste arrive à créer ce même rapport entre le public et Eowyn : notre frustration pour la jeune femme quand celle-ci est confrontée au sexisme, et notre soulagement face au début de son émancipation.

Une libération figurée par une scène majestueuse lors de la bataille finale qui, quoique simplifiée par les contraintes du divertissement, n’en reste pas moins symbolique et puissante.

À la fin des livres, Eowyn épouse Faramir et décide de se consacrer à une vie tranquille, loin de la gloire ou des apparats de la royauté. Un choix que suit son aimé : « Je serai guérisseuse, et j’aimerai tout ce qui pousse et n’est pas stérile. […] Je ne désire plus être reine ».

Une manière pour elle de renouer avec elle-même et de se reconstruire. Tolkien décrit ce changement comme un processus de guérison indispensable pour elle, après avoir été confrontée à la guerre et ses atrocités.

Beaucoup voient cela comme une sorte de régression pour une femme que l’on croyait émancipée. Et pourtant, cette perception vient essentiellement du fait que, socialement, les activités liées à l’attention, au soin, sont principalement vues comme féminines, et donc moins valorisantes.

Dans les livres comme dans les films, la force d’Eowyn n’est peut-être pas où chacun-e l’attend, et c’est bien cela qui a parlé si fort lorsque l'on était adolescent. Elle n’est pas aimable, elle n’est pas parfaite, elle a des moments de grâce et de faiblesse, et c’est très bien comme cela.

Représentation de la masculinité

Le Seigneur des Anneaux peut difficilement se réclamer du féminisme. Mais ce réflexe consistant à frapper du sceau du féminisme absolument toute œuvre culturelle « acceptable », comme si celui-ci constituait une marque déposée, est absurde.

Le Seigneur des Anneaux, comme 99 % de la fantasy et de la SF, est un univers ultra-masculin, mais c’est aussi un univers qui, majoritairement, nous présente des créatures figurant la marginalisation.

Si l’on peut déplorer avec raison le manque de personnages féminins et leur rôle limité, voire archétypal, on peut aussi reconnaître aux adaptations cinématographiques quelque chose d’extrêmement important : la représentation de formes de masculinités différentes.

Cette alternative à la masculinité toxique dans un univers viriliste se reconnaît essentiellement ailleurs que chez les hommes, qui pour beaucoup sont franchement détestables et présentés en tant que tels. Mais les Hobbits, les Nains et les Elfes incarnent une possible différence.

Des personnages masculins pleurent, s’enlacent, s’embrassent, se font des déclarations d’amour, ont peur. C’est aussi simple qu’un Gimli bourru et barbu qui s’extasie sur des pétales de fleurs au couronnement d’Aragorn.

La plupart des protagonistes masculins vont à l’encontre de ce que l’on attendrait d’eux en tant que représentants du patriarcat dans un monde qui l’est éminemment. Ils sont multiples et, d'une certaine façon, ils représentent une altérité du masculin, hors des normes.

Le Seigneur des anneaux parle avant tout de personnes marginalisées, de celles et ceux que l’on sous-estimerait d’avance et qui se révèlent par leur force et leur résilience, lesquelles prennent des formes très différentes.

Son échec à représenter plus significativement cette marginalisation à travers des personnages féminins n’est pas minime, il en dit même long sur un système de pensée profondément ancré à la fois chez les écrivain-e-s et le public.

Toutefois, à mes yeux, les personnages masculins du Seigneur des anneaux questionnent l’identité de genre, et cela est incroyablement fort et important. Si le besoin de voir davantage de personnages féminins complexes est vital et urgent, celui de voir des personnages masculins différents l’est tout autant, particulièrement dans la fantasy et la SF.

Personnellement, voir Sam et Frodon se prendre dans leurs bras toutes les trois scènes et se regarder tendrement en se souvenant de ce qu’ils ont traversé, ça me retourne le bide et me donne de l’espoir en l’humanité.

Identification et morale du récit

Il n'y a jamais eu de difficultés à s’identifier à quantité de personnages du Seigneur des anneaux car pour certains, ils ressemblaient. Ils étaient des parias, comme Sam, comme Eowyn. Dans cet univers, les « marginaux » se reconnaissent entre eux, ils s’unissent. Et en fin de compte, ils s’élèvent mutuellement.

C’était cela qui touchait alors, et serre encore le cœur aujourd’hui. La morale du récit de Tolkien est ici : c’est entre les mains de celles et ceux que l’on mésestime et persécute que se trouve l’espérance de meilleurs lendemains.

Constats et critiques

Ces constats n’empêchent pas de critiquer généreusement les films de Jackson et les ouvrages de Tolkien, tout comme d’en apprécier certains aspects.

Mais ce que la passion du Seigneur des anneaux a vraiment appris, c’est que nous avons besoin de toujours exiger plus de la pop culture. Nous devons pouvoir apprécier et critiquer, sans pour autant que l’appréciation et la critique ne deviennent forcément antagonistes.

Ce n’est que par cette exigence que nous pourrons voir naître des œuvres peuplées de personnages qui nous ressemblent, mais surtout, des œuvres qui nous questionnent, nous confrontent à nous-mêmes, nous font réfléchir et évoluer.

La Communauté de l’anneau est sorti il y a longtemps. Et il serait donc sans doute temps que la fantasy au cinéma fasse pour quantité de protagonistes féminines ce qu’elle a si bien réussi à faire pour Gimli, Legolas, Elrond, Boromir, Faramir, Frodon, Sam, Biblo…

FilmAnnéeDurée (Version Cinéma)Durée (Version Longue)
La Communauté de l'Anneau20012h583h28
Les Deux Tours20022h593h43
Le Retour du Roi20033h214h14
Un Voyage Inattendu (Le Hobbit)20122h493h02
La Désolation de Smaug (Le Hobbit)20132h413h06
La Bataille des Cinq Armées (Le Hobbit)2014N/AN/A

Durées des films de Peter Jackson adaptés de l'œuvre de Tolkien

Les Adaptations Foireuses du Seigneur des Anneaux

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