À l'aube de l'Amérique : Un western brutal et sauvage sur Netflix

Avec À l’aube de l’Amérique, Netflix signe un western brutal, se déroulant dans l’Utah de 1857. Disponible depuis le 9 janvier 2025, le western écrit par Mark L. Smith fascine autant qu’il choque.

Enfin une série qui nous sort du carcan des productions insipides et formatées pour adolescents ! « À l’aube de l’Amérique » réussit le pari audacieux de réinventer le western brutal et sauvage, tout en offrant une photographie magnifique.

Dans l'Amérique de 1857, la douleur est partout. L’innocence et la tranquillité perdent la bataille face à la haine et à la peur. La paix et la compassion sont des denrées rares. Il n’y a pas de refuge sûr sur ces terres rudes de l'Ouest américain. Une seule chose compte : survivre.

Loin des intrigues superficielles et des dialogues creux qui envahissent nos écrans, cette série plonge dans la rudesse et la violence d’un monde en construction, où l’humanité est mise à rude épreuve.

Flinguez d’une rafale de Winchester les westerns de papa ! Avec À l’aube de l’Amérique, la mini-série Netflix diffusée le 9 janvier, la conquête de l’Ouest dans l’Amérique du XIXe siècle dessine dès la première séance un horizon que personne n’avait osé imaginer. Crépusculaire en diable, hypnotisante comme rarement, hyperviolente, cette épopée vertigineuse déterre le hashtag de guerre : #bingewatching !

Lire aussi: Séries incontournables d'Amérique du Sud sur Netflix

Au milieu du XIXᵉ siècle, une mère et son fils sont emportés dans la violence du Far West. Cette mini-série, écrite par le scénariste de “The Revenant”, glace le sang autant qu’elle émeut, malgré une réalisation grossière.

A l'aube de l'Amérique
Affiche de la série "A l'aube de l'Amérique"

Un récit sombre et sans concession

Mark L. Smith, le coscénariste de The Revenant, signe un récit d’une noirceur inouïe, aux personnages taillés au tomahawk. Derrière les héros qui se révèlent peu à peu, gravite toute une galerie de personnages qui, pour beaucoup, ont troqué ce qui pouvait leur rester d’humanité contre la plus immonde des lâchetés.

Avec une violence crue, la série déconstruit des décennies de romantisation pour offrir une plongée sans concession dans l’Amérique du XIXᵉ siècle.

La série, que l’on attend déjà avec impatience, s’inscrit dans la lignée de productions comme Yellowstone et 1883, ou encore plus récemment Territory qui réunissent déjà les fans de westerns modernes. Avec la notoriété de Peter Berg et la réputation de Taylor Kitsch, American Primeval est déjà saluée par les critiques comme l’une des sorties les plus prometteuses de Netflix pour le début de l’année 2025.

American Primeval est décrite comme une « exploration brute et aventureuse » des premiers jours de la colonisation de l’Ouest américain. Le synopsis annonce un monde où colons et autochtones se confrontent dans un environnement rude, sans loi, où chaque décision peut coûter la vie. À travers des personnages issus de divers horizons, la série met en lumière les sacrifices nécessaires pour survivre dans cet univers impitoyable.

Lire aussi: Vengeance féminine au cinéma

Un contexte historique complexe

La nouvelle mini-série à succès diffusée sur Netflix, À l’aube de l’Amérique, illustre la vie et la mort atroce que certaines personnes ont connues dans l’Utah des années 1850 : un regard sans concession sur le massacre de Mountain Meadows, un acte sordide de violence collective qui a fait cent-vingt morts en 1857 à la « frontière », une démarcation fictive considérée lors de la conquête de l’Ouest.

Bien que la manière dont ce massacre ait été mis en image dans la série soit déjà à nous faire dresser les cheveux sur la tête, les faits réels sont bien pires encore. Point culminant d’une décennie de tensions et de suspicions mutuelles entre les pionniers mormons et le gouvernement des États-Unis, le massacre de Mountain Meadows s’est déroulé durant la guerre de l’Utah, un conflit que certaines personnes considèrent comme la première guerre civile de la nation.

Dans l'état de l'Utah, toujours peuplé aujourd'hui de 63% de mormons, le territoire est en proie à une guerre incessante entre armée américaine, mormons, indiens et migrants. La seule loi qui existe vraiment est celle du plus fort et la violence est totale dans le paysage magnifique mais inhospitalier.

Peu de gens en France connaissent la « Guerre de l’Utah », confrontation armée entre le gouvernement fédéral des Etats-Unis naissants et les colons mormons qui avaient tenté de créer, sous la direction de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, un état indépendant en Utah.

Les affrontements entre l’armée US et les milices mormones eurent lieu de 1857 à 1858, et l’un des épisodes les plus célèbres - et les plus atroces - fut, dans une vallée appelée Mountain Meadows, le massacre de 120 migrants traversant la région dans l’espoir de rejoindre la Californie, massacre commis par une milice mormone appuyée par une troupe d’indiens.

Lire aussi: Netflix : Marcel le coquillage, un film à voir ?

Les Mormons et l'Utah

Les pionniers de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, un mouvement religieux connu sous le nom de mormonisme, arrivèrent pour la première fois dans l'Utah en 1847, à la recherche d’un lieu où ils seraient libres de pratiquer leur religion. La communauté était depuis longtemps en proie à l’hostilité. Les mormons avaient fui New York, le Missouri et l’Illinois. En 1844, dans ce dernier État, Joseph Smith, le fondateur du mouvement, avait été assassiné par une foule en colère opposée au mormonisme. Brigham Young, son successeur à la tête de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, guida ses disciples plus loin encore à l’Ouest.

Leur destination était le territoire de l’Utah, cédé par le Mexique aux États-Unis après la guerre américano-mexicaine. Les membres de la communauté entreprirent d’y fonder leur propre État, celui du « Deseret », mais le gouvernement fédéral rejeta leur tentative d’autonomie. En lieu et place de cela, il créa le territoire de l’Utah, dont Brigham Young fut le premier gouverneur.

Cette décision aurait dû apporter la stabilité mais les relations se détériorèrent au cours des années 1850. Le territoire fut en proie à des difficultés découlant du manque relatif d’infrastructures, de la méfiance qui régnait entre les colons et les résidents amérindiens, et des conflits religieux.

Brigham Young, grandiloquent, se montrait méfiant à l’égard de ce qu’il considérait comme une ingérence fédérale dans les affaires des mormons. Puis, lorsque l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours révéla qu’elle acceptait la polygamie, une question sociale et religieuse explosive, la controverse au sujet de l’autorité mormone dans l'Utah s’étendit à l’ensemble du pays.

En 1857, James Buchanan, président nouvellement élu, commença à organiser l’éviction de Brigham Young. Alors que les journaux nationaux continuaient à rapporter les croyances non conformistes des mormons et de leur administration territoriale théocratique, le chef du gouvernement et son cabinet déclarèrent l’Utah comme étant « en rébellion » et planifièrent une grande expédition militaire pour chasser le gouverneur.

La nouvelle de l’offensive à venir mit ce dernier et ses partisans sur la défensive. Convaincu que sa communauté était persécutée, il décréta la loi martiale en août 1857 et la milice territoriale commença à se préparer à affronter les soldats fédéraux.

Dans son bras de fer avec le gouvernement fédéral, Brigham Young disposait d’un avantage : l’Utah consistait en une étape essentielle sur la route terrestre vers l’Ouest. Lorsque les émigrants se dirigeaient dans cette direction, leurs cortèges se rassemblaient en formant de grands ensembles connus sous le nom de convois de chariots et leur chemin les menaient en règle générale à travers le territoire de l’Utah.

La rhétorique nationale enflammée contre le mormonisme avait alimenté la crainte des membres de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours d’être finalement une nouvelle fois chassés de chez eux. En réaction, ils s’opposèrent aux convois de chariots venant de l’extérieur et limitèrent les échanges commerciaux à leur communauté religieuse. Le territoire de l’Utah était désormais en état d’alerte, ses résidents mormons prêts à une guerre totale.

Pionniers Mormons

Pionniers Mormons tirant des chariots à bras vers Salt Lake City

Le massacre de Mountain Meadows

Alors que le décor était planté pour un dramatique affrontement entre les soldats fédéraux et la milice territoriale de Brigham Young, un long convoi de chariots en provenance de l’Arkansas entreprit en août 1857 de rouler à travers le territoire de l’Utah.

De nos jours essentiellement connu sous le nom « Baker-Fancher », celui-ci était en réalité composé de plusieurs familles. Il faisait route vers la Californie sur la piste que les mormons s’attendaient à voir empruntée par les troupes fédérales pour les envahir. À leur arrivée sur le territoire de l’Utah, les membres du convoi de chariots, pour la plupart méthodistes, se heurtèrent aux habitants mormons, raillant leurs croyances religieuses et se querellant avec eux au sujet de leur réticence à faire du troc pour des produits de première nécessité.

Lorsque le convoi croisa la route de colons mormons assiégés non loin de Cedar City, des affrontements éclatèrent. La situation qui en résultait, opposant Alexander Fancher, l’un des hommes qui menait le convoi de chariots, à des chefs de la milice locale tels que John Doyle Lee et Isaac Chauncey Haight, maire de Cedar City, était telle une « cocotte-minute », écrivirent les historiennes Sarah Barringer Gordon et Jan Shipps dans un article publié en 2017.

Contrariés par ce qu’ils considéraient comme des insultes à leurs mariages, à leurs foyers et à leur mode de vie, un groupe d’hommes de Cedar City mené par John D. Lee et Isaac C. Haight décida de donner une leçon aux émigrants. Ils enrôlèrent un groupe de Paiutes qui habitaient la région dans le but de faire passer l’incident pour un raid amérindien plutôt que pour un outrage commis par des mormons locaux.

En septembre 1857, les hommes de la milice et les Paiutes venus leur prêter main forte lancèrent une attaque contre le convoi. Lors de ce siège qui dura quatre jours, les émigrants étaient regroupés en cercle autour de leurs chariots. Le 11 septembre, les miliciens offrirent aux derniers membres restants un passage sûr à travers l’Utah si ceux-ci déposaient les armes. Lorsque certains obtempérèrent, les hommes de la milice se mirent à ouvrir le feu.

Peu de personnes furent épargnées. « Certaines jeunes femmes imploraient les assassins de ne pas les abattre », se souvint Nancy Saphronia Cates, l’une des survivantes, en 1875. « Mais ils n’ont eu aucune pitié pour elles, les rouant de coups avec leurs armes ». Au total, cent vingt personnes furent massacrées ; seuls de jeunes enfants survécurent. La plupart d’entre eux furent adoptés par des personnes habitant la région.

Les auteurs du massacre dissimulèrent les preuves a posteriori. Seul l’un des conspirateurs, John D. Lee, fut poursuivi en justice. Il rejeta d’abord la faute sur les Paiutes, puis prétendit que la milice l’avait sommé d’abattre les colons. Il laissa encore entendre que la tuerie était l’œuvre de Brigham Young lui-même. En mars 1877, soit deux décennies après le crime, il fut mis à mort par un peloton d’exécution sur le site où le massacre eut lieu.

Somme toute, la guerre de l’Utah ne dura pas longtemps. Brigham Young démissionna de son poste de gouverneur en 1858, autorisant la présence d’une garnison militaire sur le territoire de l’Utah, et les mormons qui avaient fui leurs foyers par crainte d’un siège des forces fédérales revinrent. L’Utah devint un État des États-Unis en 1896.

L’historien Richard Douglas Polla a qualifié la guerre de l’Utah de « conflit inutile, coûteux et source de perturbations ». Ses homologues n’ont toutefois de cesse de débattre sur le rôle qu’a tenu le massacre de Mountain Meadows au sein celui-ci.

Que s’est-il réellement passé près de Cedar City ce jour de 1857 ? La brutalité a-t-elle été cautionnée, voire organisée, par les dirigeants mormons ? Le massacre de Mountain Meadows doit-il être considéré comme une cruelle anomalie ou bien comme une mise en lumière du danger que représentent la théocratie et l’intolérance religieuse ? Faute de preuves, ces questions ne trouveront peut-être jamais de réponse.

Massacre de Mountain Meadows

Monument commémoratif du massacre de Mountain Meadows

Un western réaliste et sans concession

Il faut avoir le cœur bien accroché. Supporter de voir des gorges tranchées, des corps éventrés pendus, des blessures à vif, du sang gicler. « À l’aube de l’Amérique », qui débarque ce jeudi 9 janvier sur Netflix, ne fait pas dans la dentelle. Même si les scènes de tueries et massacres, franchement redondantes, ne sont pas toujours nécessaires, cette série de Peter Berg sur les pionniers du Far West nous séduit.

Derrière ce western sanglant, qui attirera les fans de « Yellowstone », se cachent deux habitués des films d’action : le scénariste Mark L. Smith (« The Revenant », « La Fille du roi des Marais ») et Peter Berg à la réalisation (« Du sang et des larmes », « 22 Miles », « Deepwater »).

On est en 1857 dans l’Utah. Sarah, arrivée par le train de Boston, débarque avec son fils de 10 ans dans un fort planté au milieu du désert. Un monde d’hommes violents et ivrognes, à la gâchette facile. Elle doit se rendre à Crooks Springs pour y rejoindre son mari, qui y a trouvé du travail. Et cherche un guide pour l’y emmener.

Mais les guerres font rage, entre les peuples autochtones en colère de se voir dépossédés de leurs terres, les milices mormones, rageuses et sans pitié pour étendre leur influence, et l’armée fédérale, qui a bien du mal à faire régner l’ordre au milieu des voyous.

Sarah le comprend vite : on ne peut faire confiance à personne et ici, c’est chacun pour sa peau. Elle fera la connaissance d’Isaac Reed, homme rugueux et taiseux qui connaît le coin comme personne, et accepte finalement de l’accompagner.

Dans le désert aride comme dans le froid polaire, la série permet de voyager dans le Far West américain. Dans ces six épisodes, l’atmosphère est pesante, le réalisme saisissant et on a souvent peur, surpris à de nombreuses reprises par un énième assaut, une balle ou une flèche venus relancer les hostilités. Car là-bas, dans ce pays de boue, de crasse, et de poussière, on tue pour un rien. La présence lumineuse de Taylor Kitsch (« Friday Night Lights ») et Betty Gilpin (« The Hunt »), partenaires de galère dont le cœur s’ouvre doucement, y est pour beaucoup.

Les femmes y tiennent de vrais beaux rôles, tant celui de Sarah, mère courage à l’impressionnante force de caractère, que ceux d’Abish, jeune mormone malmenée, ou encore d’une cheffe de tribu autochtone. Ce sont elles, les véritables héroïnes réclamant la paix entre les peuples face à la violence sourde et abjecte.

Froid, violent, poisseux, gore, sans concession, "à l'aube de l'Amérique" vous happe dès le premier épisode et vous garde en apnée pendant 6 épisodes d’une intensité redoutable. Des scènes d’une force hallucinante, des acteurs impeccables, des décors sublimes, une musique oppressante, une direction artistique et une photographie irréprochables.

Sa caméra virevolte, casse les codes du cadrage, immortalise des images léchées et bistrées, presque monochromatiques. Celles-ci ajoutent à la noirceur de cette série qui pue le lisier et le cadavre en décomposition, qui sent l’alcool, la crasse et la peau de bête.

Dans l’objectif, le duo Sara/Betty Gilpin (découverte dans Glow et récemment vue en nonne intrépide dans la série Mme Davis sur Warner TV), et Isaac/Taylor Kitsch (Navy Seal dans The Terminal List sur Prime vidéo) essuie les tirs croisés.

Si À l’aube de l’Amérique enfonce les derniers clous dans le cercueil du western à l’ancienne, cette série en forme de survival raconte une autre histoire, pendant haut et court les récits binaires ou les gentils Cow-boys affrontent les méchants Indiens.

Mark L. Smith a donc imaginé, autour d’un massacre bien réel, l’histoire d’une femme de l’Est, accompagnée par son fils invalide, cherchant à rejoindre un poste avancé de colonisation pour y retrouver le père hypothétique de l’enfant.

Peter Berg, le réalisateur de tous les épisodes, a la main lourde en termes de violence gore, de détails sordides (la palme revenant à la partie se déroulant dans un campement de colons français encore plus primitifs !), de comportements bestiaux et de déchirements incessants.

Et cette sauvagerie de tous les instants joue contre la série, qui aurait bénéficié de moments de pause, permettant au téléspectateur de reprendre ses esprits, et de réfléchir sur ce que American Primeval lui raconte.

On pourra aussi déplorer des choix narratifs qui s’écartent de ce que l’on pense aujourd’hui être la vérité historique : par exemple, l’implication indirecte de Brigham Young, le chef de la communauté mormone, dans le massacre est ici suggérée alors qu’elle ne semble pas fondée… ce qui permet à Mark L. Smith de développer son récit.

Car ce que nous rappelle et nous montre ici Mark L. Smith, c'est que l’état de l’Utah vers les années 1857 disposait encore de pas mal de terres vierges. Cela attirait de nombreuses convoitises pour s’approprier tout ce qui est possible de prendre. Mais très vite, des conflits naissent entre les nombreux prétendants. On y trouve l’armée US officielle mais aussi des armées privées, des ethnies indiennes qui se battent contre la colonisation, les mormons et leur milice et ...

« À l’aube de l’Amérique » réussit le pari audacieux de réinventer le western brutal et sauvage, tout en offrant une photographie magnifique. Loin des intrigues superficielles et des dialogues creux qui envahissent nos écrans, cette série plonge dans la rudesse et la violence d’un monde en construction, où l’humanité est mise à rude épreuve… voire traumatisante même, dans sa peinture d’une violence insensée contre des victimes pour la plupart démunies… au point que les téléspectateurs sensibles pourront préférer en rester là !

Ce qui serait dommage, parce que, même si les cinq épisodes suivants comportent chacun leur lot de scènes horribles, il y a un véritable discours politique au cœur d’American Primeval que feraient bien d’écouter ceux qui croient à la propagande « MAGA ».

tags: #al #aube #de #l #amerique #netflix