Créée il y a plus de quarante ans, l'association sans but lucratif et autogestionnaire Les Grignoux gère 13 salles de cinéma sur trois sites à Liège (Le Parc, le Churchill et le Sauvenière) et un à Namur (le Caméo).
Sa programmation est axée sur les films d'art et essai et les cinémas minoritaires, les avant-premières, les débats et les matinées scolaires.
Pour mieux comprendre les liens étroits que Liège entretient avec le cinéma, il faut remonter aux années 1970 et à une certaine tradition du film documentaire.
Parmi ces « cinéastes du réel » figurent les Dardenne, mais aussi Thierry Michel, Jean-Claude Riga, Jean-Christophe Yu… Tous portent un regard singulier sur leur région industrielle frappée par la crise. Ils tourneront des films engagés, ancrés dans la réalité sociale.
Depuis une vingtaine d’années, la ville est aussi devenue une terre de fiction. « L’extraordinaire rayonnement international des Dardenne y est pour beaucoup », souligne M. Reynaert.
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Comme eux, plusieurs producteurs liégeois (MM. Jean-Yves Roubin, Joseph Rouschop, Jacques-Henri et Olivier Bronckart…) ont fait leur chemin.
De façon souvent remarquable : ils défendent un cinéma d’auteur de qualité, soutiennent de jeunes réalisateurs, coproduisent et distribuent des films étrangers.
« Autrefois, les producteurs étaient de simples ensembliers financiers. Cette génération-là a bien compris qu’il fallait aller au-delà », explique M. Reynaert.
Par ailleurs, la région liégeoise est devenue un lieu de tournage attractif et réputé dans le milieu.
Entre les courts et les longs-métrages, les clips et les spots publicitaires, plus de deux cent vingt-cinq projets ont ainsi été soutenus.
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« Notre petite équipe, assez réactive, travaille en parfaite collaboration avec les bureaux de Namur et du Hainaut, indique M. Jean-François Tefnin. Nous avons la chance de disposer, dans un périmètre restreint, de décors naturels très variés : campagne, industrie, villes… Cette concentration permet de réduire considérablement les coûts de production.
Mais le septième art, à Liège, c’est aussi la diffusion, avec une association de promotion et d’exploitation de films baptisée Les Grignoux, membre du réseau Europa Cinémas (6).
Celle-ci a débuté en 1982 avec l’ouverture d’un ciné-club (Le Parc) situé à Droixhe, en banlieue liégeoise.
Elle dispose désormais de huit salles (cinémas Le Parc, Churchill et Sauvenière) et emploie une centaine de salariés.
Les chiffres sont impressionnants : plus de 480 000 entrées par an ; 150 000 spectateurs francophones pour le projet « Ecran large sur tableau noir » ; un journal gratuit tiré à 60 000 exemplaires.
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« Nous essayons de susciter une dynamique permanente. « Comme nombre de Liégeois, s’incline Lanners, j’ai “biberonné” aux Grignoux.
Ces longs mois de fermeture ont porté un rude coup à ses réserves financières, mais l'équipe compte bénéficier à la réouverture des salles de l'appui d'un public impatient de renouer avec la convivialité des lieux.
L'HISTOIRE DU CINÉMA
Chemin lumineux. Rencontre, ce 10 avril 2025, avec les réalisatrices Mary Jiménez et Bénédicte Liénard.
Elles sont venues présenter leur film, Fuga (2024), en avant-première, dans les murs du cinéma indépendant Le Churchill (Les Grignoux).
Beau film, échanges joyeux et malicieux avec le public après la projection.
La joie du travail à deux : « On a déjà fait des films seules, mais à deux, on construit une troisième cinéaste qui est faite de nous deux. C’est un peu miraculeux cette troisième cinéaste. Être réalisateur, c’est très solitaire et difficile et c’est moins difficile à deux et plus créatif. » (Entretien du 24 mars 2025 sur le site Cinergie.be)
Avant Fuga, elles ont déjà réalisé ensemble plusieurs films situés dans l’Amazonie péruvienne : Sur les braises (2013), Le Chant des hommes (2015), By the Name of Tania (2019).
Elles ont aussi écrit la pièce Sortir du noir (2019), à partir de récits de migration de la Tunisie vers l’Europe.
Se situant entre fiction et documentaire, les films de Jimenez et Liénard nous invitent à chaque fois à réactiver nos mémoires, mais « sont toujours des films au présent ».
Fuga raconte la répression des femmes adultères, des prostituées et des homosexuel·les par les groupes armés communistes du MRTA et du Sentier lumineux dans les années 1980 et 1990.
«En termes de production, d’industrie technique et de dynamique dans la diffusion, Liège fait exception », estime M. Philippe Reynaert, directeur de Wallimage (1) et animateur à la Radio-Télévision belge francophone (RTBF).
« On peut parler d’un petit eldorado pour le cinéma », confirme M. Jacques-Henri Bronckart, producteur (Versus Production).