Coupez! de Michel Hazanavicius: Une Critique Décalée du Film de Zombies

Ce n'est pas tous les ans que l'institution cannoise, en règle générale peu frivole, célèbre son ouverture avec une comédie qui donne l'occasion aux festivaliers de se divertir. Raison de plus pour saluer comme il le mérite « Coupez ! », de Michel Hazanavicius, un film délirant présenté sur la Croisette parallèlement à sa sortie dans les salles.

Dans sa nouvelle fiction, dont il convient de ne pas (trop) révéler la surprenante structure, le cinéaste s'amuse à dépeindre le tournage improbable d'un film de zombies mis en scène en un seul plan séquence pour le compte d'une plateforme.

Pourquoi le réalisateur dudit film (Romain Duris) y apparaît-il également en tant qu'acteur et insulte-t-il copieusement la comédienne principale ? Pourquoi les autres acteurs semblent-ils éprouver de sérieux problèmes avec leur texte et avec les péripéties d'un scénario absolument grotesque ? Pourquoi s'obstinent-ils tous à porter des prénoms japonais ?

Pour répondre à ces questions, Hazanavicius ne se contente pas de filmer le tournage et ses innombrables ratés, mais effectue également un désopilant flash-back pour raconter comment le cinéaste et ses comédiens en sont arrivés à collaborer sur cet accablant projet.

Un Hommage au Cinéma Fauché et à la Débrouille

Michel Hazanavicius ne se lasse pas d'évoquer l'univers du cinéma avec ses grands noms parfois si infatués et ses petites mains dévouées. Dans « The Artist », il honorait le cinéma muet et ses maîtres d'oeuvre. Dans « Le Redoutable », il dressait le portrait insolent d'un certain Jean-Luc Godard, aux prises avec une sévère crise d'inspiration.

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Après ces deux fictions déjà présentées à Cannes, Hazanavicius récidive avec « Coupez ! », le libre remake d'un film japonais (« Ne coupez pas », de Shin'ichirô Ueda) et, surtout, une comédie infiniment personnelle. Une comédie où il parodie les « figures de style » du cinéma d'horreur et où il rend hommage aux artisans du métier - comédiens plus ou moins compétents, techniciens plus ou moins malchanceux - qui, malgré les embûches, s'efforcent de donner naissance à un film. Et quel film…

Après un long prologue volontairement déstabilisant, Michel Hazanavicius, grâce à son scénario habile et à ses dialogues percutants, entraîne le spectateur ravi dans une mise en abyme absurde et cocasse qui, sans temps mort, examine un groupe de travailleurs du cinéma au travail. Le premier éclat de rire de Cannes 2022. Espérons que ce ne soit pas le dernier…

« “Coupez !” de Michel Hazanavicius, une ode hilarante au cinéma fauché » nous dit Télérama, « “Coupez !” de Michel Hazanavicius, une parodie plus morte que vivante » affirme Les Inrocks.

Cinéma guérilla : dans les coulisses de « Coupez ! » (extrait)

Une Construction Narrative Surprenante

L’entame de Coupez ! fait peur… et pas pour les bonnes raisons. Dans le film de zombies qui se déroule sous nos yeux, le jeu des comédiens plus qu’hasardeux hérisse les oreilles et laisse craindre le pire. Avant de comprendre qu’il ne s’agit que du premier tour joué par Hazanavicius avec ce remake de Ne coupez pas ! Une valse à trois temps : d’abord ce film de zombies où l’à-peu-près règne en maître donc puis les coulisses de sa production et enfin le making-of du tournage, où l’on revit la première partie sous des angles différents.

Tout tient à une idée géniale de scénario : plier en trois l’histoire que j’ai résumée en début de critique. On verra d’abord le fameux plan-séquence de trente minutes du point de vue du spectateur, combinaison plus ou moins consternante de plans flous ou ratés, de répliques improvisées sur un scénario indigent. On reviendra ensuite en arrière sur la genèse de ce film et les raisons qui ont conduit Rémi à l’accepter et la bande d’acteurs et de techniciens qui l’entourent à y participer. On assistera enfin, dans une séquence d’une demi-heure parmi les plus hilarantes jamais vues, à la somme d’imprévus que cette joyeuse bande a rencontrés pour filmer cette histoire.

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Coupez ! jouant avec une multitude de types d’humour (physique, absurde, de situations, de vannes…), on y retrouve des effluves de La Classe américaine, de Mes amis, d’OSS et du Redoutable. Le cinéaste libère son côté sale gosse mais ne perd jamais la maîtrise, en s’appuyant sur la force de sa direction d’acteurs (il en faut du talent des deux côtés de la caméra pour jouer faussement faux et Romain Duris, Bérénice Bejo, Finnegan Oldfield, Gregory Gadebois, Jean- Pascal Zadi & co n’en manquent pas) et son envie de susciter de l’émotion par- delà le rire.

Le film est un film dans le film, et commence par un plan séquence d'une demie heure, tout à fait enflammé...C'est un tournant, du film, le film fait du making of, du script, et filme tout cela en "Live"...

On rit devant "Coupez !" On rit beaucoup. Et ce rire fait du bien. "Coupez !" redonne ces lettres de noblesse à un genre en faillite : la comédie. "Coupez !" nous fait rire intelligemment en mettant en abyme le tournage d’un film : c’est l’histoire d’un réalisateur qui tourne un film sur un réalisateur en train de tourner un film. Et c’est, comme dans le jeu des sept erreurs, l’intelligence du spectateur qui est sollicitée en lui montrant les coulisses du film qu’il vient de voir. Ces coulisses sont désopilantes (on n’oubliera pas de sitôt Grégory Gadebois en acteur alcoolique et dégobillant) et elles transpirent d’amour pour le cinéma, un art fait de mille débrouillardises. Hazanavicius a mis dans ce film des tonnes d’anecdotes vécues, drôles et attachantes, qui reflètent l’imagination que nécessite un miracle toujours renouvelé et invisible : réussir à mettre une scène dans une boite. Seul un réalisateur avec une telle expérience était capable de le faire. Merci à lui !

Comme dans La nuit américaine de Truffaut, et de manière plus malicieuse encore, Hazanavicius répond à un grand fantasme cinéphile sur la fabrication du cinéma et en particulier les tournages, intérêt rehaussé quand il s"agit de longs plans-séquences. Coupez ! ne ressemble pas à Compétition officielle, plus centré sur l'amont du film et ses duels d'égos, mais il le complète par un prisme autre, tout en maniant également le sens de l'absurde et même du mauvais goût.

Coupez ! est rempli de clins d’œil appuyés au spectateur et se révèle souvent très drôle mais ce que l'on retient, outre le plaisir d'une belle mise en abyme, est l'hommage au septième art, y compris aux productions fauchées et classées Z, et surtout aux petites mains qui œuvrent dans l'ombre et résolvent par le système D les difficultés techniques voire les défaillances ou caprices de ceux qui prennent la lumière.

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Affiche du film Coupez !

Affiche du film Coupez !

Un Casting Épatant

Que dire des acteurs, ? ils sont excellents et ont complètement compris le scénario un peu dingue et gore. Je cite Romain Duris, Bérénice Bejo, Gregory Gadebois, avec sa philosophie de la vie, Finnegan Olfield et sa "bouille" d'extraterrestre, Matilda Lutz, l'électron charme du film, etc.

Le casting assure le spectacle: Romain Duris joue deux réalisateurs dépassés par les événements avec beaucoup de talent, Bérénice Bejo défonce tout en actrice barrée, Finnegan Oldfield joue très bien le jeune acteur emmerdant, Jean-Pacal Zadi campe un musicien impuissant face au film avec des réactions marrantes, Grégory Gadebois, Sébastien Chassagne et Raphaël Quenard donnent de leur personne pour jouer des zombies, Lyes Salem est excellent en producteur peu ambitieux, Matilda Lutz est amusante en actrice limitée qui se donne du mal mais c'est compliqué... La touche d'émotion avec la fille du réalisateur (Simone Hazanavicius) est un peu juste pour émouvoir totalement mais ce n'est pas très grave, l'inventivité et la folie de Coupez!

Remake ou Hommage ?

Tout d'abord bravo à ceux qui ont eu la super idée de regarder le film japonais original : One cut of the dead. Don't stop shutting 2017 ("Ne coupez pas" Kamera o tomeru na!). Film lui-même inspiré d'une pièce de théâtre "Ghost in the box". Je viens donc d'apprendre que c'est un remake du coup ça me déçoit un peu. Cependant je reste très emballée et enthousiaste, j'ai passé un bon moment. Malgré une bande annonce (mais il lui fallait éviter de trop en divulguer) qui ne m'avait pas vraiment attirée, le film lui m'a vraiment plu. Il est surprenant, déroutant et tellement drôle. On rit beaucoup et ça c'est important.

Remake du film japonais « Ne coupez pas ! » sorti en 2019, on peut se demander s'il y a un réel intérêt à refaire une version française, et pourtant celle-ci se révèle réussie mais également en lien avec le film original. Hommage aux films et aux séries Z, l'histoire commence par le tournage d'un film de zombies sonnant comme un gros nanar... mais patience, laissez-vous porter par le scénario pour y découvrir l'envers du décor ! Très drôle, frais, original et bien pensé, Michel Hazanavicius s'en sort haut la main avec également un casting qui prend du plaisir, et ça se voit ! Une comédie surprenante qui fait beaucoup de bien.

En effet Coupez ! respecte l’œuvre originale, y ajoute sa french touch qui nous parle peut-être davantage, et c’est dynamique, drôle et bien réalisé. En réalité j’ai passé un bon moment, mais simplement, il n’apporte rien. Le film commence d’ailleurs par se présenter comme une forme de suite, mais se révèle être un remake plan par plan. Je trouve que c’est la première occasion manquée du réalisateur, qui aurait pu se distancier et offrir quelque chose de plus personnel, au lieu de rester dans un entre-deux : si c’est une suite, il ne peut pas y arriver exactement les mêmes galères, si c’est un remake, citer l’original ainsi est pour le moins incongru.

La construction narrative est semblable au film original, dont une première partie en un long plan séquence d'environ 30mn où on ne sait jamais si on est dans le tournage et à quel moment il y a de vrais zombies ou non. Dès le flash-backs pourtant tout prend sens et le rythme effréné ne va plus s'arrêter. Pourtant il y a un hic ; en effet, le personnage de la productrice japonaise alias Yoshiko Takehara reprend donc son rôle du film original, et impose alors que le film ne serait pas un remake mais une suite, mais si c'est une suite alors pourquoi les situations sont quasi les mêmes ?! Incohérent, il faut donc voir son apparition comme un clin d'oeil et un hommage.

Un Film qui Divise

Tu aimes ou tu détestes, du coup moi j'ai adoré. Surtout dépassez les 32 premières minutes, je vous en supplie ne vous laissez pas avoir par les apparences : ceci est un vrai film, très construit, très organisé. 1h50 de zombies je n'y croyais pas et pourtant SI !

Franchement une petite ce film .... les 30 premières minutes vous déstabilise prêts à sortir du ciné ...... ensuite le film nous plonge dans la conception et sa nature pour finir sur les dernières 30 minutes justes parfaites à se tordre de rire et à comprendre tout le film surtout !!!!!!

Totalement déplorable, et même pas drôle, cette première demi-heure pathétique est d’autant plus frustrante qu’elle a dû nécessiter une lourde préparation afin que tout soit bien raté (sic). Il était quelque peu suicidaire de débuter un long-métrage de cette manière, d’autant que, même en le sachant, on a tendance à décrocher devant tant de vacuité et de loupés. Lorsque cette séquence se termine sur un générique de fin, le spectateur comprend que le véritable film va enfin commencer.

Romain Duris dans Coupez !

Romain Duris dans Coupez !

Informations Clés sur le Film

Catégorie Détails
Titre Coupez !
Genre Comédie
Réalisateur Michel Hazanavicius
Acteurs Principaux Romain Duris, Bérénice Bejo, Grégory Gadebois
Sortie 2022
Durée 1h52
Musique Alexandre Desplat
Pays France

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