Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM): Un Instrument du Génocide Rwandais

La Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), surnommée « radio machette » ou « Radio de la haine », a joué un rôle central dans le génocide rwandais de 1994. Créée en juillet 1993, elle est rapidement devenue un outil de propagande redoutable, incitant à la haine et à la violence contre la minorité tutsi. Cet article explore l'histoire de la RTLM, son impact dévastateur, et les conséquences pour ceux qui l'ont utilisée comme instrument de mort.

Carte du Rwanda

Carte du Rwanda

Contexte et Création de la RTLM

Depuis octobre 1990, avec la guerre opposant le Front Patriotique Rwandais (FPR) au régime de Juvénal Habyarimana, les médias sont devenus un terrain du combat politique. Pour l’Akazu, le clan des extrémistes hutus regroupés autour de Mme Agathe Habyarimana, la femme du dictateur, la station était une riposte aux accords d’Arusha, dont la signature était imminente. Ceux-ci prévoyaient, en effet, le partage des ondes de Radio-Rwanda (la radio nationale) ; les hommes du « Hutu power » mirent alors sur pied leur propre radio. L’argent provenait pour partie de la femme du président et de M. Félicien Kabuga. M. Ferdinand Nahimana, le « Goebbels hutu », était directeur des programmes.

La RTLM se voulait interactive et joyeuse, populaire pour sa musique zaïroise entraînante et les vives conversations de ses animateurs. Les journalistes passaient cependant une grande partie de la journée à marteler aux Rwandais, sous-entendus hutu, de se méfier de leurs ennemis communs : le FPR, les Tutsi et leurs « complices » de l'opposition politique. Les Tutsi y sont systématiquement déshumanisés en étant qualifiés d'inyenzi (cafards) ou d'inzoka (serpents).

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Le Rôle de la RTLM dans le Génocide

Le 6 avril 1994, à la suite de l'attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana - qui appartient à l’ethnie hutu -, c’est la RTLM qui annonce la mort du chef d’État rwandais et incite immédiatement les Hutu à la venger. Le FPR et les Tutsi sont accusés d’être à l’origine de cette attaque. Militaires, autorités civiles et milices, avec le concours d’une partie de la population civile, se lancent aussitôt dans les tueries systématiques de leurs voisins et proches tutsi. Le gouvernement intérimaire génocidaire distribue des postes de radio à travers tout le pays afin de s’assurer le soutien de la population hutu, ainsi qu’une diffusion plus large de sa propagande.

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À chaque barrage routier, les miliciens chargés d'éliminer les Tutsi en possèdent un. La RTLM les encourage à poursuivre leurs actions meurtrières, appelant les Hutu à participer aux massacres, tout en divulguant des informations sur la localisation de certains Tutsi. La RTLM a même été qualifiée de "réseau social" de l'époque, diffusant des listes de noms et adresses de victimes, car comme le souligne Florent Piton, "ces listes de noms qui sont proclamées à la radio, ils sont le témoignage aussi de ce rôle central joué par les voisins".

Rwanda Genocide Memorial

Mémorial du Génocide au Rwanda

L'idéologie de la Haine

Au nom d’une propagande gouvernementale extrémiste, les médias ont participé à construire et à diffuser une idéologie raciste et haineuse à l’encontre de Tutsi rwandais systématiquement présentés comme des ennemis infiltrés parmi la population hutu. Les plus extrémistes d’entre eux sont utilisés par l'État pour répandre une propagande hostile à l'armée rebelle et aux Tutsi résidant au Rwanda, présentés comme des « complices » du FPR en raison d'une prétendue affinité « raciale ». Tout Hutu doit savoir qu’une femme tutsi, où qu’elle soit, travaille à la solde de son ethnie tutsi.

Ces directives ravivent les stéréotypes coloniaux d’une femme tutsi apparemment plus belle mais également plus rusée que leurs concitoyennes hutu. Dépeintes comme des espionnes à la solde du FPR et de leur ethnie, les femmes tutsi sont constamment représentées dans des situations sexuelles suggestives et sont opposées aux nouvelles « mères de la race » hutu.

Conséquences Judiciaires

Le rôle incendiaire des médias tout comme leur utilisation concrète dans l’extermination explique les jugements rendus, au TPIR comme au Rwanda, contre de nombreux journalistes. En 2003, les juges du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ont condamné Hassan Ngeze, Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayagwiza pour avoir provoqué la mort de milliers de civils innocents sans pour autant avoir utilisé d'armes à feu, de machettes ou d'armes blanches. Ces trois journalistes rwandais ont ainsi été reconnus coupables « d'incitation directe et publique au génocide » à travers les médias qu'ils dirigeaient en 1994.

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Vingt-cinq ans après, que sont devenus les animateurs et les actionnaires ? Arrêté au Cameroun en 1996, Jean Bosco Barayagwiza a été condamné pour génocide à trente-sept ans de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ; il est mort en 2010 d’une hépatite C dans une prison du Bénin. Ferdinand Nahimana a été condamné par la chambre d’appel du TPIR à trente ans de prison pour sa responsabilité « dans les crimes d’incitation directe et publique à commettre le génocide et pour n’avoir pas prévenu ou puni la diffusion de propos criminels à la RTLM » ; il purge sa peine au Mali. Valérie Bemeriki a été condamnée à perpétuité pour planification de génocide ; elle est incarcérée dans un pénitencier rwandais.

D’autres courent toujours. Félicien Kabuga, 84 ans, est l’un des fugitifs les plus recherchés de la planète. Pour avoir notamment importé 25 tonnes de machettes chinoises un mois avant le début des massacres, il est accusé de « génocide, complicité, incitation et complot en vue de commettre un génocide et crime contre l’humanité ». La justice internationale offre 5 millions de dollars (environ 4,5 millions d’euros) pour le moindre renseignement susceptible de conduire à son arrestation.

Tableau des acteurs clés de la RTLM et leur sort :

Nom Rôle Sort
Ferdinand Nahimana Directeur des programmes Condamné à 30 ans de prison
Jean Bosco Barayagwiza Actionnaire, Fondateur de la CDR Condamné à 37 ans de prison (décédé)
Valérie Bemeriki Animatrice vedette Condamnée à perpétuité
Félicien Kabuga Principal financier Fugitif, recherché
Tribunal pénal international pour le Rwanda

Salle d'audience du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Arusha, Tanzanie

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