Qu'est-ce que l'amateurat : Définition, Histoire et son Rôle dans les Sciences et chez Disney

On entend souvent parler des amateurs dans divers domaines, mais qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Cet article explore la définition de l'amateurat, ses racines historiques, son importance dans les sciences participatives et son application dans le contexte spécifique de la bande dessinée Disney.

Définition de l'Amateurat

Il existe de nombreuses définitions du terme "amateur". Selon le Littré, c'est "Celui qui a un goût vif pour une chose." Le point commun de ces définitions est que nous sommes amateurs lorsque nous nous passionnons pour un domaine. Le CNRTL et le Littré parlent d'un domaine qui a une « valeur », qui semble faire partie de la culture. La science fait partie intégrante de la société et a une valeur culturelle et citoyenne. Par contre, nous ne trouvons pas de référence à une quelconque idée de métier ou de rémunération.

Pour le Trésor de la Langue Française, un amateur est une « personne qui exerce une activité comparable à une activité professionnelle mais qui s’en distingue en ce qu’elle n’est pas rémunérée ». Avec cette définition, il semble donc qu’une activité d’amateurat soit extérieure à la profession exercée. Nous le constatons, il y a une polysémie du mot « amateur ».

Ainsi, peut-on bien parler d’amateur.trice.s de sciences ? Pour moi, la réponse est clairement oui ! Car la science fait (ou en tout cas doit faire) partie de la culture ! Elle doit être ancrée dans un contexte socio-politique et historique. Elle prend donc une valeur culturelle. Elle prend aussi une valeur citoyenne. En effet, elle fait partie intégrante de la société.

Racines Historiques de l'Amateurat

L’amateurat prend ses racines au XVIIème et plus particulièrement au XVIIIème siècle, bien qu’à ce moment, on ne parle pas encore « d’amateurs ». C’est à cette époque que la bourgeoisie parvient à s’affranchir de la domination aristocratique et religieuse. Une nouvelle pièce occupe une place centrale dans la maison, c’est le salon que l’on dédie à la vie sociale, à la société. On y invite des amis, mais aussi des artistes, des philosophes ou encore des savants. Tout ce petit monde peut faire l’apprentissage de la parole publique. Le salon devient alors un lieu d’échanges entre différentes classes sociales.

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Ce terme de « musée » pouvait aussi désigner des sociétés savantes (nommées aussi « clubs »). Leur organisation était très semblable à celle des salons bourgeois. Cependant leur existence et programmation ne dépendaient pas du seul maître de maison, mais des usagers. Ces sociétés savantes faisaient appel à des financements privés, à des mécènes ou à des souscripteurs afin de pouvoir inviter des conférenciers.

Cette époque verra également la naissance des cabinets de curiosité. Ce sont des lieux de recherche, de production et d’accumulation de connaissances scientifiques. À la base, ils étaient uniquement l’apanage de l’aristocratie. Puis ils se développent un peu partout sous l’égide des savants et de la bourgeoisie. Ce sont des lieux de « sociabilité cultivée ». Ils participent à l’émergence d’un espace public dédié aux sciences. Ils permettent également de faire se rencontrer des savants d’origines sociales et géographiques différentes.

Après la Révolution Française, le gouvernement s’empare de ces cabinets et va s’en servir comme structures éducatives, précurseures des musées d’histoire naturelle.

Un exemple notable : Jean-Jacques Rousseau

Peut-être que l’un des plus anciens (et très connus) amateurs que nous pouvons citer est (suspens…) : Jean-Jacques Rousseau ! Oui, le fameux philosophe ! Même s’il semble critiquer les sciences et l’utilité des connaissances dans son œuvre de 1750, le « Discours sur les sciences et les arts », Rousseau était en réalité un grand amateur de sciences. Notamment de chimie ou encore de botanique. Domaine scientifique qu’il a également voulu transmettre de manière pédagogique à travers différents ouvrages, en insistant notamment sur l’utilité de la nomenclature proposée par Linné.

L’amateurat apparaît réellement à la fin du XIXème siècle avec l’émergence d’un important mouvement populaire qui grandit en même temps qu’augmentent l’industrialisation et l’urbanisation des sociétés occidentales. Les citoyens sont à la recherche de nature, d’un air propre, de verdure… Ils veulent rompre avec l’air vicié des villes dû à l’essor des industries. De nombreuses personnes font alors l’acquisition de jumelles ou d’appareils photographiques et partent (re)découvrir leur environnement. Les enfants n’échappent pas à cet engouement et au début du XXème siècle, le mouvement « woodcraft » (connaissance de la forêt) propose à de jeunes garçons américains de s’initier au mode de vie amérindien (en tout cas dans la façon où on le fantasmait à l’époque).

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La (re)découverte de la nature par ces citoyens leur permet de ne pas seulement être consommateurs de sciences, mais aussi de participer à leur conception ! Ainsi, de véritables projets participatifs voient le jour.

En 1880, l’action des ornithologues d’Allemagne et d’Europe Centrale permet d’étudier les migrations des oiseaux, afin de mieux connaître leurs trajets et ainsi de les protéger contre certains dangers qui peuvent les affecter. C’est donc encore un enjeu environnemental. Ce projet a pris beaucoup d’ampleur et des néophytes ont donc été impliqués, même s’ils n’avaient pas de connaissances particulières. Ces projets participatifs et ces associations impliqués dans la protection de l’environnement ont vraiment eu beaucoup de succès.

En Allemagne ou aux USA, à la veille de la Première Guerre Mondiale, il y avait plus de 100 000 membres dans les sociétés de protection des oiseaux. Ces dernières, au fur et à mesure, se sont dotées de département de recherche et accueillaient ainsi des scientifiques. Les liens entre amateurs et scientifiques étaient ainsi de plus en plus forts.

La biologie n’est pas le seul domaine où l’amateurat s’est bien développé : la connexion entre amateurs et scientifiques en astronomie est également très ancienne (près de 300 ans).

Malgré tout, il y a quand même beaucoup d’inégalités au sein de l’amateurat. Ainsi, jusqu’au XXè siècle, les femmes naturalistes sont peu nombreuses. Celles qui sont acceptées dans les cercles naturalistes le sont souvent en hommage à leur père ou à leur époux. On leur laissait surtout une place en tant qu’illustratrices naturalistes. Par exemple, dans le cas de la botanique, Linné a utilisé beaucoup de métaphores pour expliquer le système sexuel des plantes. Métaphores qu’il n’était pas convenable d’expliquer à une jeune fille.

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De plus, même si les scientifiques et les citoyens éclairés travaillent ensemble, dans certains cas, il y a toujours une question de hiérarchie. Les scientifiques ont l’impression qu’ils sont là pour encadrer les « amateurs ».

Heureusement, les rôles des amateur.trice.s des siècles passés sont quand même (très) reconnus ! Les naturalistes ont permis la récolte, la description ou encore le classement de nombreuses espèces animales et végétales.

Aujourd’hui, on trouve beaucoup d’amateur.trice.s (dans le sens de non-professionnel.le.s) dans les sociétés d’histoire naturelle ou dans les associations de protection de la nature. Ils manifestent un très fort engagement et, souvent, un haut niveau d’expertise. On en retrouve également beaucoup sur le « terrain » : citoyen.ne.s passionné.e.s, universitaires retraité.e.s, étudiant.e.s… tous se retrouvent à travailler ensemble.

Ce qui a permis de faire naître la notion de « sciences participatives ».

Sciences participatives

Les Sciences Participatives

Les sciences participatives sont des programmes de collecte d’informations impliquant une participation du public dans le cadre d’une démarche scientifique. Elles rapprochent chercheurs et citoyens dans des objectifs de connaissance. Elles reposent souvent sur un trinôme : un organisme scientifique qui élabore les protocoles et analyse les données, une association qui assure l’animation du programme et bien évidemment la communauté d’observateurs.

Les sciences participatives constituent aujourd’hui un formidable outil de mobilisation citoyenne, ainsi que d’initiatives associatives et publiques. Certes, le travail complémentaire des amateur.trice.s ne va pas forcément de soi. Il faut étudier et analyser les résultats de leurs observations, notamment avec des traitements statistiques.

Pour autant il est très important d’impliquer au maximum les amateur.trice.s dans ces études afin qu’ils/elles ne se sentent pas dépouiller de leurs observations et qu’ils/elles puissent prendre complètement part à l’élaboration des sciences. De plus, il ne faut pas que les scientifiques mettent en place des « contrôles » des observations.

La notion « d’amateurat » est ancienne et prend ses racines dans l’essor et l’affirmation de la bourgeoisie. L’amateurat est surtout né avec la (re)découverte de la nature et la prise de conscience de la nécessité de sa conservation au moment de la Révolution Industrielle. Cela a permis la constitution de projets participatifs. Ces derniers associent à la fois des citoyens engagés et cultivés, ainsi que des scientifiques.

Aujourd’hui, on reconnaît le travail complémentaire des amateur.trice.s.

Citoyens & sciences participatives - À chacun son programme !

L'Inducks : Un Exemple d'Amateurat dans l'Univers Disney

L’article présente une recherche empirique en cours conduite sur l’Inducks, une base de données numérique en libre accès qui offre un service d’indexation et de catalogue des bandes dessinées Disney d’environ vingt pays. Créée, alimentée et utilisée par des collectionneurs et des maisons d’édition, la base est au centre d’un processus de réorganisation des pratiques documentaires et éditoriales liées à la bande dessinée Disney et se configure comme un lieu privilégié de problématisation des rapports entre amateurs et professionnels.

Qu'est-ce que l'Inducks?

L’Inducks (aussi connu avec la graphie INDUCKS ou encore I.N.D.U.C.K.S., International Network for Disney-Universe Comic Knowers and Sources) est une base de données numérique en libre accès qui offre un service d’indexation et de catalogue des bandes dessinées Disney à une échelle internationale. Le nom joue sur la crase entre les termes « index » et « duck », le nom anglais du personnage de Donald et de l’une des deux familles principales de l’univers en question. La base compte, aujourd’hui, 153 630 histoires et 147 733 numéros de revues complètement indexés.

La plateforme est ainsi devenue, avec le temps, l’une des ressources principales de la production documentaire liée à la bande dessinée Disney et le lieu privilégié de référence aussi bien que de contact et d’échanges parmi des acteurs provenant de mondes sociaux fort différents. Se configurant comme une plateforme contributive culturelle, l’Inducks permet une déclinaison numérique inédite des modalités d’interaction et de collaboration entre amateurs et professionnels de la bande dessinée Disney en ce qui concerne la construction et l’emploi des ressources documentaires liées à cet univers culturel.

Une telle définition nous ouvre à une analyse de la participation culturelle qui ne fait pas de l’amateur le domaine exclusif de l’observation mais qui prend en compte ses interactions avec différents acteurs pour peindre un cadre plus stratifié et plus représentatif du phénomène de la participation culturelle ainsi qu’elle se configure grâce aux plateformes.

Suivant la typologie proposée par Marta Severo, l’Inducks représente, en fait, une plateforme construite ad hoc par des collectionneurs et qui forme progressivement des liens de plus en plus définis avec des acteurs professionnels. Le cas de l’Inducks est d’autant plus intéressant car la configuration des nouveaux modèles d’organisation documentaire qu’intègre la documentarisation participative varie selon les pays de provenance des différents acteurs professionnels qui traitent la bande dessinée Disney (et notamment aux États-Unis, en Italie, en France et aux pays scandinaves).

Inducks

Fonctionnement de la plateforme Inducks

Composée d’une interface essentielle dérivée d’une logique plus fonctionnelle qu’esthétique et s’adressant à un public déjà familier avec les codes de la bande dessinée Disney, la plateforme s’offre à l’utilisateur comme un moteur de recherche qui prévoit un nombre plutôt large d’entrées (titre de l’histoire, mots clés descriptifs de l’histoire, code de l’histoire, auteur, titre de la publication, numéro de série d’une certaine publication, personnages, année de publication, nombre de pages, format recherché, parmi d’autres) et de parcours d’utilisation (recherche simple, avancée, à partir de listes, à partir de classements, aléatoire).

Si la consultation de la base de données ne demande pas l’inscription, une procédure très simple de création d’un profil numérique permet à l’usager de contribuer à l’indexation d’histoires et d’ajout de visuels, d’évaluer des histoires, de participer aux discussions, de créer sa propre collection numérique, de renseigner les numéros non indexés en sa possession, de générer ses propres statistiques, de signaler des erreurs éventuelles aussi bien que d’avoir accès à une messagerie individuelle.

La plateforme présente un index complet des publications liées à la bande dessinée Disney (260 titres seulement pour la section française) classées selon le type de publication (revues, suppléments, livres, journaux, ouvrages et revues d’étude, mangas) et leur intérêt historique (séries et revues ne paraissant plus, recueils et rééditions). En plus de l’éditeur et des pays, de la langue et de la date de publication, de chaque publication sont principalement indexées les histoires Disney, la couverture, les illustrations et les gags, chacune étant complétée par des codes de l’histoire ou du visuel, titres, auteurs, nombre de pages et personnages.

Bien que pour chaque pays se soient consolidées des dynamiques spécifiques, de manière générale la contribution sur la plateforme est gérée par une hiérarchie très simple où des maintainers (de 1 à 3 pour chaque pays) surveillent et légitiment le travail d’indexation fait par les indexers. Chaque contenu doit être approuvé par un administrateur pour pouvoir être publié.

Contributions et objectifs de l'Inducks

Du côté des contributeurs la création et l’alimentation de la plateforme et, notamment, le passage à une formation collective des index répondent généralement à un goût très prononcé pour la collection et à l’exigence de pouvoir construire et consulter régulièrement un catalogue complet et représentatif de la variété et de la portée internationale des publications Disney. L’un des propos de l’Inducks depuis ses débuts a été, en fait, celui de combler des trous dans l’information documentaire officielle qui ne créditait pas, par exemple, auteurs et dessinateurs des histoires (« c’était très compliqué de savoir qui avait dessiné, les noms des auteurs, des dessinateurs, etc., étaient jamais mentionnés ») ou qui ne prévoyait aucun code d’indexation pour un nombre de vieilles histoires ou de strips.

La pratique collective et dématérialisée est vue comme indispensable à la réalisation de l’entreprise de catalogue : la plateforme est, en fait, alimentée et mise à jour avec une fréquence quotidienne notamment par des contributeurs réguliers qui se chargent de l’indexation de chaque nouvelle sortie ou de segments spécifiques d’une publication, par des contributeurs plus occasionnels qui indexent surtout des visuels ou des histoires complémentaires (parutions ponctuelles de bandes dessinées Disney dans des titres non Disney, par exemple) et par les administrateurs qui accompagnent parfois leur travail de coordination des recherches documentaires sur des vieilles parutions ou histoires.

Les pratiques d’éditorialisation permises par la plateforme comprennent donc la numérisation de contenus (visuels, couvertures, histoires, indexes), le référencement des contenus numérisés, l’échange de fichiers, la recherche d’information documentaire souvent finalisée à la remise en circulation du contenu.

Impact sur les éditeurs professionnels

Les pratiques d’éditorialisation des contributeurs de la plateforme ont permis de consolider un nouveau système de référencement qui est au centre d’un processus d’harmonisation plus ou moins avancé avec les systèmes utilisés dans les bases de données internes par les différents éditeurs (« chaque histoire a un code spécifique qui est écrit en général au début de la première table mais qui des fois n’est pas marqué ou qui a été créé par Inducks et que les éditeurs réutilisent »), et qui témoigne également d’une intégration plus évidente du travail amateur par les professionnels.

Chez les éditeurs français qui s’occupent de bandes dessinées Disney, l’utilisation de l’Inducks est depuis une quinzaine d’années devenue fort régulière et, dans certains cas, quotidienne, notamment pour les services liés à la documentation et à l’édition. Les raisons de l’utilisation ne se limitent pas à l’ampleur et à la portée internationale de l’archive amateur ou à la possibilité qu’elle offre de comparaison avec les informations présentes dans les bases de données internes mais s’étendent souvent à la possibilité d’échanger avec les contributeurs pour leur demander des précisions ou du matériel.

Les types d’utilisation comprennent notamment la recherche documentaire finalisée à la publication, la recherche et la vérification d’informations et occasionnellement l’échange avec les contributeurs.

L'Inducks face aux systèmes documentaires professionnels

À partir de la définition d’éditorialisation donnée par Vitali-Rosati, nous pouvons ainsi résumer certains traits spécifiques à l’archive numérique de l’Inducks afin de la comparer ensuite aux autres ressources documentaires professionnelles :

  • Elle est une archive processuelle, ouverte, constamment en cours de formation, ce qui en fait une ressource très riche et, dans une certaine mesure, instable.
  • Son processus ne suit pas des modèles normatifs prédéfinis mais crée ses propres normes de manière « performative », d’où son pouvoir transformatif des équilibres de production documentaire en ce sens que la plateforme oblige le professionnel à participer de ce processus non préalablement normé et à s’y adapter.
  • Elle est ensuite une archive multiple, trait qui lui confère tout l’intérêt de sa remarquable extension dans le temps et dans l’espace, et collective, à souligner la dimension éthique et politique du processus contributif mobilisé par la plateforme et la profondeur des transformations qui découleraient d’une intégration professionnelle d’un tel outil documentaire.

Le terrain français montre diverses manières de se rapporter à l’Inducks qui traduisent divers degrés d’externalisation du travail documentaire (ou d’intégration d’un travail documentaire de type participatif) même au sein du même éditeur.

Diverses implications découlent de l’utilisation régulière de l’Inducks par les professionnels, notamment une reconfiguration des rapports entretenus avec le monde amateur. De manière générale, la plateforme vient se substituer au rapport direct du professionnel avec des connaisseurs de l’univers des bandes dessinées Disney qui fournissaient les mêmes informations complémentaires (« au début de notre collaboration on travaillait avec Ulrich Schröder qui est un dessinateur qui nous a aidé beaucoup en conseil éditorial ») et se pose ainsi comme un espace de médiation entre les professionnels et ces figures d’érudits.

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