Elisa y Marcela est un film espagnol réalisé par Isabel Coixet, qui a suscité de vives réactions lors de sa présentation à la Berlinale. Il raconte l'histoire vraie de deux femmes, Elisa et Marcela, qui se sont mariées en Espagne au début du XXe siècle, une époque où l'homosexualité était fortement réprimée.
À la fin du XIXe siècle, Marcela rencontre Elisa dans une école religieuse. Une amitié très forte se noue, une histoire d’amour se crée. Quelques années plus tard, les deux jeunes femmes se retrouvent, s’aiment, vivent ensemble… mais comment faire pour éviter les commérages ?
Elisa y Marcela a le très grand mérite de nous faire découvrir l’histoire vraie de ces deux femmes lesbiennes, qui se sont mariées un siècle avant les débats sur le mariage pour toutes et tous. Le récit proposé marque par sa fluidité, sa narration simple et limpide. Il met l’accent sur l’amour sincère, la délicatesse, l’engagement de deux jeunes femmes dans un monde qui leur est entièrement ennemi.
A travers ces différents portraits, la famille avecevska s’en donne à cœur joie pour dénoncer les traditions en Macédoine, les conservatismes, les attitudes qui encouragent à ce que rien ne bouge (l’omerta est véritablement le thème central de cette édition de la Berlinale).
Galice, fin du XIXème siècle. Elisa est élève enseignante dans un couvent de religieuses. Elle y rencontre Marcela. Naîtra une passion sans limites conduisant les deux jeunes femmes à braver tous les interdits.
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Pour Elisa et Marcela, Isabel Coixet mise sur le noir et blanc. Une sensibilité qui transmet sans superflu les sentiments, la violence mais aussi l’amour. Les décors et les paysages entre la Corogne et le Portugal vous plongent dans l’époque. Elisa et Marcela sont interprétées tout au long de leur vie par deux actrices qui se sont mises à nues. Natalia de Molina qui a été découverte avec Techo y Comida y interprète Elisa et Mario (vous comprendrez en regardant le film). Ensembles, elles portent le film grâce à leur alchimie.
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Une Production Netflix Controversée
Le débat sur Netflix s'est invité à la Berlinale avec l'entrée en compétition d'"Elisa y Marcela", premier film financé par la plateforme en lice pour l'Ours d'or, un sujet qui divise réalisateurs et exploitants de salles.
Mais avant même que le film soit montré à la Berlinale, quelque 160 exploitants de cinéma allemands ont envoyé une lettre au festival et à la déléguée pour la Culture au gouvernement allemand Monika Grütters, exigeant qu'il soit retiré de la compétition. "Nous, les exploitants de cinémas indépendants en Allemagne, ne sommes pas d'accord avec le fait qu'+Elisa y Marcela+ d'Isabel Coixet, un film qui ne sera pas distribué normalement dans les cinémas mais seulement diffusé sur Netflix, soit présenté", ont-ils dit, demandant qu'il soit "montré hors compétition".
Le directeur de la Berlinale, Dieter Kosslick, dont c'est le dernier festival après 18 ans de service, n'a pas cédé à leur requête, mais appelé à ce que les gros festivals de cinéma s'accordent sur ce sujet.
Isabel Coixet, habituée de la Berlinale, a réagi vivement à la lettre des exploitants allemands. "C'est sûr que ça fait mal cette lettre", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse. "Je trouve que c'est un grand manque de respect pour le festival, pour les films, pour le travail des deux actrices, pour mon travail, pour celui de la production".
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La réalisatrice de 58 ans a expliqué qu'"Elisa y Marcela", difficile à financer en raison de son sujet et du noir et blanc, avait pu se faire grâce à Netflix. "J'ai juste écrit le scénario, j'ai essayé d'avoir des financements pendant dix ans, et personne n'était vraiment intéressé", a-t-elle raconté.
Il va être difficile d'ignorer ces films en festivals, surtout quand ces festivals (à l'instar de Berlin) s'offre une sélection dédiée aux séries ...
Voici un tableau récapitulatif des réactions et des enjeux autour de la diffusion du film par Netflix :
| Acteur | Position | Justification |
|---|---|---|
| Exploitants de cinéma allemands | Contre la compétition | Film non distribué en salles |
| Dieter Kosslick (Directeur de la Berlinale) | Pour la compétition | Nécessité d'une position commune des festivals |
| Isabel Coixet (Réalisatrice) | Pour la compétition | Difficulté de financement sans Netflix |
Critiques et Réflexions sur le Film
Esthétiquement parlant, il offre quelques très belles séquences, le tout en noir et blanc. Mais si le jeu des actrices est plutôt bon, les longueurs se font sentir rapidement. Une scène de sexe impliquant un poulpe est franchement ridicule.
Cette histoire d’amour en noir et blanc, filmée, une fois n’est pas coutume pour Coixet sans effets de genre, dans un bel académisme (façon Roma, façon Netflix ?), était un projet qui traînait dans les cartons de la réalisatrice espagnole depuis une dizaine d’années et qui ne trouvaient pas de financeur, probablement du fait de son sujet (la critique contre les lois répressives sur l’homosexualité fémine).
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La caméra, par ses mouvements, son optique (noir et blanc soigné) magnifie les deux actrices, traduit leur attirance l’une à l’autre, dés les premiers sourires. Très vite, à l’instar de « La vie d’Adèle », on sent une passion naître, qui imprime la pellicule pour mieux s’imposer aux yeux du spectateur. La façon de filmer est cependant bien différente, les scènes d’amour s’étirent, mais l’accent est mis sur un désir tendre, sur une sensualité très intime, très privée, quoi qu’Isabelle Coixet y glisse ce qui sans aucun doute s’apparente à un fantasme, une pieuvre dégoulinante (et puante apprendra-t-on en conférence de presse) qui colmatent les vides entre les courbes corporelles enlacées.
Sensuel, tendre, presque vidé de tout complément d’ordre masculin, les deux actrices rayonnent; leur amour indiscutable et simple offre un contraste détonnant avec les « on dit » locaux, et leurs dérives conformistes. Militante, Coixet termine son film par un rappel bien d’actualité, l’homosexualité reste dans de nombreux pays considéré comme un crime et passibles de peines pouvant être très lourdes.
Isabel Coixet rate complètement son sujet, en le dévitalisant et en frôlant le grotesque à certains moments. Ses bonnes intentions sont bousillées par un scénario répétitif et une mise en scène vaniteuse.