Experts du crime : Quand la science mène l'enquête

Les séries policières ont mis à l’honneur depuis des années ces femmes et ces hommes en blanc, qui sont parmi les premiers à intervenir sur les scènes de crimes. Elles prêtent aux experts la faculté de résoudre les crimes à eux seuls.

DANS LES COULISSES DE LA POLICE SCIENTIFIQUE - COMMENT LA SCIENCE RÉSOUT LES CRIMES | Reportage

Mais qu'en est-il dans la réalité ? Le documentaire, diffusé sur France 5, nous plonge dans la peau des experts du crime.

Scène de crime

Les experts scientifiques sur une scène de crime reconstituée.

Immersion au cœur de la science criminelle

Pour le savoir, ce film suit des scientifiques de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie sur une scène de crime. En combinaison blanche, gantés, des pochettes de pièces à conviction remplies, une torche de lumière bleue ou un scalpel à la main, ce sont les experts, les scientifiques de l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie dont nous découvrons les métiers et les manières de procéder sur le terrain.

Un nouveau documentaire présenté par Mathieu Vidard sur le grand spectacle de la science.

Reconstitution d'une affaire emblématique

Afin d'expliquer le plus concrètement possible les différentes disciplines et leurs usages, ce documentaire a pris le parti de reconstituer une scène qui a réellement existé, en 2002, dans la Somme. Celle, reconstituée à l’identique, de l’homicide d’une jeune fille découverte assassinée dans un champ en Picardie en 2002. Il s'agit de l'homicide de Christelle Dubuisson, une jeune femme de 18 ans, dont le corps a été découvert sous une camionnette en plein champ.

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À l’époque, les investigations scientifiques avaient duré trois ans et convoqué toutes les disciplines des sciences criminelles. Un véritable cas d’école que les experts de la gendarmerie ont repris pour les besoins du film. Ils ont reproduit ce qu'on ne voit jamais : toutes les étapes techniques de l’enquête, toutes les analyses en laboratoire qui ont permis de confondre le coupable.

L’affaire a été choisie pour son exemplarité, le travail de la scientifique pendant trois ans ayant été décisif. Vingt ans plus tard, la scène de crime a été reconstituée à l’identique. Des gendarmes et scientifiques d’aujourd’hui ont accepté de refaire les mêmes gestes qu’à l’époque, devant la caméra.

À la clé : quelque 1 500 scellées et surtout la résolution de l'affaire, avec la condamnation de Jean-Paul Leconte, le bourreau, surnommé depuis « le tueur de la Somme ». Un fait divers dramatique qui a permis, ensuite, l'instauration d'une loi pour l'ouverture d'un fichier contre les délinquants sexuels.

Les métiers de la science criminelle

Première constatation : les membres de « la scientifique » arrivent bien en combinaison blanche, mais ils portent deux paires de gants bleus… A ces scènes reconstituées s’ajoutent les témoignages des enquêteurs de l’époque, tels Jean-Louis Cauvet, directeur de la cellule d’enquête Dubuisson (2002-2005), et Patrick Chilliard, expert de l’IRCGN sur cette affaire.

Et l’essentiel : le suivi, sur place ou en laboratoire, des interventions de différents corps de métiers, dont on ignorait parfois jusqu’à la dénomination. Si le métier de légiste est connu (Amandine Lamy détaille, entre autres, le mécanisme de la rigidité cadavérique), d’autres le sont moins : coordinateur de scènes de crime ; expert en fibres ; chef du département signal, image, parole ; morphoanalyste…

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Peu ragoûtante mais indispensable, l’étude d’œufs de mouche prélevés au coin de l’œil de la victime est décrite par Hubert Joulin, chef du département d’entomologie légale, pour affiner l’heure de la mort.

Analyse entomologique

L'étude d'œufs de mouche pour déterminer l'heure de la mort.

Évolution technologique et minutie des recherches

Le téléspectateur relèvera quelques différences avec la fiction, comme le temps long nécessaire à l’obtention des résultats d’analyse - douze heures pour passer un porte-cartes à la fumigation, afin de détecter d’éventuelles empreintes. Autre angle de lecture intéressant : l’évolution technologique en deux décennies, avec drones, scanners des victimes, GPS… présentés en fonction de ce qu’ils auraient pu apporter à l’affaire.

On peut aussi évaluer la minutie des recherches en quelques chiffres :

Éléments Quantité
Fragments du gilet de la victime 506
Scellés analysés en quatorze mois pour trouver cinq ADN 139
Scellés examinés en trois ans 1 507
Fibres textiles examinées dans l'affaire Dubuisson 688

Mais les outils de pointe ne sont là que pour aider l’humain, qui lui va vérifier et émettre des hypothèses. Sans cela, les enquêtes stagneraient. La science apporte beaucoup aux investigations. Mais le travail des scientifiques ne s’arrête pas là : une fois l’affaire résolue, ils ont de grande chance d’être appelés à la barre lors des procès d’assises. Ils vont alors se retrouver devant des personnes mises en cause, les familles des victimes et un jury populaire. Ils n’ont pas le droit à l’erreur d’autant que certains remettent en cause leurs analyses. Avant l’épreuve finale du procès, où tout peut arriver.

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Aujourd'hui, 240 scientifiques travaillent à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie. Ils fournissent chaque année 600 000 expertises.

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