Prenez une lampée de La Grande Évasion, une grosse louche de 24, un soupçon de Oz, et un fifrelin de Shawshank Redemption, laissez mijoter à feux doux pendant quelques années, et vous obtenez Prison Break, un thriller carcéral qui emprisonne ses spectateurs dans une spirale infernale dont il est bien difficile de s'extraire.
Affiche de la saison 1 de Prison Break
Genèse et Inspiration
Quand Paul T. Scheuring présenta en 2003 le concept de ce qui est aujourd'hui Prison Break aux dirigeants de la Fox, on lui expliqua poliment qu'un show racontant épisode par épisode la tentative d'évasion d'un homme s'étant volontairement fait condamner pour sauver son frère de la peine capitale ne dépasserait jamais le stade du doux rêve.
Malgré le succès interplanétaire de 24, considéré comme une « anomalie », personne au sein du network ne croyait à la viabilité d'un tel projet. Trop sérialisé qu'ils disaient. Limite de la science-fiction.
Or quand Lost a fracassé le paysage audiovisuel américain à la rentrée 2004, le vent a tourné et les girouettes ont bien été obligées de suivre le mouvement. Prison Break a donc vu le jour par une belle soirée de septembre 2005, à l'heure où d'habitude Jack Bauer chasse le terroriste à travers Los Angeles. Adieu Californie, bonjour Illinois et ses courants d'air.
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Malgré des différences formelles des plus flagrantes, comme l'absence de split-screen ou de chrono temps réel, la filiation entre les deux shows saute aux yeux dès les premières minutes. Plus on avance dans l'histoire, plus la filiation s'avère patente et démontre bien que sans 24, Prison Break n'aurait jamais vu le jour.
Multiplication des rebondissements, cliffhangers quasi-systématiques en fin d'épisode, spectateurs maintenus dans une ignorance permanente, les traits de famille entre Prison Break et ses glorieux aînés se comptent par dizaines. Le show fait donc partie de ces roller-coasters télé des temps modernes qui, à défaut de se plonger dans une analyse des tréfonds de l'âme humaine, emmènent le spectateur dans une véritable course contre-la-montre qui délivre la dose hebdomadaire d'adrénaline nécessaire à la survie de l'espèce.
Structure Narrative et Rythme
Après des débuts plus qu'honorables à la rentrée 2005, la Fox a rapidement pris la décision d'allonger la sauce. Le run initial de treize épisodes est arrivé à son terme en novembre, et le show a repris quatre mois plus tard pour aller au bout d'une saison régulière de vingt-deux épisodes avec le classique final du mois de mai.
Il en résulte une certaine dichotomie dans la mesure où la saison est divisée en deux portions quelque peu inégales. Les auteurs peinent à trouver leurs marques et tâtonnent visiblement dans les premiers épisodes. Le premier déclic s'opère cependant au cours du diptyque des épisodes 6 et 7, à partir desquels l'histoire commence à vraiment prendre corps. La machine adopte alors un rythme de croisière jusqu'au treizième volet, qui aurait initialement dû marquer la fin de la première saison.
La prolongation accordée à la série nous a fort heureusement épargné l'insupportable attente générée par le cliffhanger qui clôt l'épisode. Dans la seconde moitié de saison, le show trouve alors un second souffle. Toutes les pièces du puzzle commencent à s'assembler, et la pression monte presque exponentiellement vers la résolution finale qui boucle la saison.
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Chaque chapitre devient une épreuve et chaque scène voit son lot de moments forts exploser ou d'emmerdes tomber sur nos héros comme un essaim de sauterelles sur un champ de blé. À l'image d'une journée de bureau ordinaire pour Jack Bauer, le crescendo imposé d'un épisode à l'autre nous fait dire « bon cette fois-ci, ils sont vraiment dans une merde noire, ils vont jamais pouvoir s'en sortir », et l'on ne compte plus les épisodes où l'on finit sur les dents, à se ronger les ongles ou à attaquer la table.
Personnages et Casting
S'il fallait cependant trouver un gros défaut à Prison Break, exception faite des multiples invraisemblances qu'un show de ce type génère naturellement, il faudrait se tourner du côté des loges et accabler le duo de tête.
Wentworth Miller fait certes un boulot honnête, mais sa prestation n'est pas particulièrement fine et manque cruellement de charisme. Dominic Purcell est malheureusement à l'avenant dans le rôle du grand frère condamné à mort et semble plus là pour perfectionner sa technique de l'endive qu'autre chose.
Fort heureusement, la maldonne est rattrapée par un groupe personnages secondaires sympathiques en diables, du gardien chef brutal à la jolie toubib de la prison en passant par le groupe de détenus aux destins bigarrés, que Robert Knepper éclabousse de toute son talent dans la peau du pervers T-Bag.
Au rang des facilités que l'on pardonne malgré tout aux scénaristes, citons le tatouage massif qui orne le torse de Michael Scoffield. S'il ravira les amateurs d'art charnel par ses qualités esthétique, il s'avère tout de même l'un des plus beaux deus ex-machina de ces dernières années. Besoin de justifier un point de détail ? Hop, un coup d'il sur le bras ou la taille de notre héros, et le tour est joué.
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La trouvaille est aussi répréhensible qu'efficace mais elle fait indéniablement partie du charme que dégage Prison Break dans son ensemble.
La population de Fox River
Voici un aperçu des personnages principaux de la série :
- Michael Scoffield (Wentworth Miller): Cerveau de l'opération. Cet ingénieur en bâtiment consacre son existence à faire évader son frère pour lui éviter la peine capitale.
- Lincoln Burrows (Dominic Purcell): Voyou condamné à mort pour un crime qu'il n'a pas commis.
- Veronica Donovan (Robin Tunney): Avocate et ancien amour de Lincoln, elle tente de le faire sortir de prison par tous les moyens légaux.
- LJ Burrows (Marshall Allman): Fils perturbé de Lincoln.
- Fernando Sucre (Amauray Nolasco): Compagnon de cellule de Michael.
- John Abruzzi (Peter Stormare): Mafioso et pièce essentielle du plan de Michael.
- Theodore "T-Bag" Bagwell (Robert Knepper): Détenu particulièrement dangereux.
- Directeur Henry Pope (Stacy Keach): Directeur de la prison de Fox River.
- Gardien chef Brad Bellick (Wade Williams): Brute épaisse et gardien chef.
- Dr. Sara Tancredi (Sarah Wayne Callies): Doctoresse de la prison de Fox River.
- Agent Paul Kellerman (Paul Adelstein): Agent Spécial du Secret Service et antagoniste principal.
Impact et Héritage
De la kyrielle de shows qui ont surgi des retombées de l'explosion télévisuelle des trois ou quatre dernières années, Prison Break est donc l'un des meilleurs représentants. Sachant parfaitement coller à l'air du temps, Paul Scheuring a su concocter un cocktail d'action et de suspense idéalement dosé, construit comme un gigantesque puzzle où chaque pièce a son importance.
Malgré des défauts inhérents au genre, Prison Break s'avère un show très bien construit et extrêmement addictif, dont il devient difficile de se passer après les premiers usages. Une bonne came récréative en fait.
La Musique au Cœur de la Série
Tu l'auras bien compris, la musique est un pilier fondamental de l’identité d’une série télévisée. Je ne parle pas que du générique de début. Celui-ci, on l'identifie tous facilement. Il est souvent notre premier contact avec l’univers de la série. Il établit le ton, l’ambiance et s’ancre dans la mémoire collective, et ce qu'il soit fait avec les pieds ou non.
Au-delà du générique, et pour revenir sur la question de la musique en tant que lien entre la fiction et le téléspectateur, il est crucial de comprendre que la musique d’une série est un véritable outil narratif. Ainsi, elle peut souligner des moments clés, révéler des traits de caractère ou même influencer la perception de l’intrigue.
La sélection musicale, qu’elle soit composée de titres originaux ou de chansons existantes, est méticuleusement choisie pour s’aligner avec l’évolution narrative.
Faf Larage, interprète du générique français de Prison Break
Le Phénomène Faf Larage
À noter enfin, phénomène assez rare pour être mentionné, que pour la diffusion hexagonale de Prison Break, la chanson du générique a été confiée à Faf Larage, rappeur français dont on a déjà pu entendre les prestations sur la BO de Taxi 2 ou encore Gomez & Tavarès.
Le CD de cette chanson, baptisée Pas le temps, dont le style et les paroles collent parfaitement avec l'univers carcéral et le climat d'urgence de la série, sera disponible dans les bacs le 18 septembre 2006.
En 2006, le titre Pas le temps, interprété par Faf Larage, fait le tour des radios en France. Cette année, l'artiste sort Pas le temps, une chanson aux sonorités rap qui parvient rapidement à se hisser au top des Charts en France et en Belgique. Il faut dire que ce titre a connu une promotion rêvée par d'innombrables artistes puisqu'il a été utilisé comme générique de l'une des séries les plus regardées à l'époque : Prison Break.
En moins d'un an, les ventes de Pas le temps permettent à Faf Larage de remporter les premières certifications de sa carrière. Un disque de platine en France et un disque d'or en Belgique.
Faf Larage a effectivement révélé que les choses se sont compliquées quand "M6 est rentré dans la partie". "À ce moment-là, la chaîne n'est pas chaude du tout. Ils ont eu peur tout à coup. Ils étaient au moins une dizaine à décider et il y a eu des débats interminables. On m'a demandé de faire plusieurs autres versions, d'essayer encore et encore. C'était long. Ils ont tellement eu peur, de faire un générique français, car ça ne s'était plus fait depuis Dallas et tout ça… donc ils ont freiné", a-t-il détaillé.
Des craintes motivées par des mises en garde du public. "Il y a eu des pétitions de fans de la série qui disaient qu'ils ne voulaient pas d'un rappeur pour le générique de Prison Break, qu'ils allaient boycotter. Panique à bord !", se souvient-il.
Le rappeur, aujourd'hui âgé de 51, a dévoilé comment la situation avait réussi à se débloquer : "Deux mois avant la diffusion, Fabrice Nataf, le boss, a dit qu'ils allaient produire eux-mêmes à EMI et il appelle la Fox qui était très surprise que M6 ne bouge pas… Ils ont donc discuté avec la chaîne et deux jours plus tard M6 nous rappelait pour nous demander où en était le morceau. Comme la série arrivait, après tout est allé très vite, je suis monté à Paris, on a enregistré, mixé…", s'est remémoré Faf Larage, soulignant que si finalement le titre avait été numéro un des classements, il avait rencontré de nouvelles difficultés au moment de faire accepter sa chanson par les radios.
Audiences et Réception
La série a fait un véritable carton, battant épisode après épisode son record. Le pilote fut diffusé le 31 août et a réuni 5,4 millions de téléspectateurs pour 22,7% de part de marché. Le second épisode le même soir faisait 5,5 millions pour 24% de pdm. L'épisode 1.22 diffusé le mercredi 8 novembre réalisait un score de 7,3 millions pour 27,3% de pdm suivi par le 2.01 qui établissait un nouveau record : 7,5 millions pour 30,7% de pdm (soit du public devant sa télévision).
Entre le premiers épisode de la saison 1 et le premier épisode de la saison 2, la série a gagné 2,1 millions de téléspectateurs et place M6 en tête des audiences de ce mercredi 8 novembre.
Bref, un plébiscite énorme pour la série, du jamais pour une série étrangère sur M6.
Voici un tableau récapitulatif des audiences en France :
| Épisode | Date de diffusion | Téléspectateurs | Part de marché |
|---|---|---|---|
| Pilote (1.01) | 31 août | 5,4 millions | 22,7% |
| Épisode 1.02 | 31 août | 5,5 millions | 24% |
| Épisode 1.22 | 8 novembre | 7,3 millions | 27,3% |
| Épisode 2.01 | 8 novembre | 7,5 millions | 30,7% |