La pollution plastique est devenue un enjeu majeur de société, suscitant de nombreuses informations, publications scientifiques, rapports, chiffres, reportages, photos et vidéos diffusés sur divers supports médiatiques et réseaux sociaux. Des colloques, forums, conférences et débats alimentent également cette problématique.
Le niveau de production de plastiques pourrait atteindre le milliard de tonnes par an d’ici à 2050, tandis que les déchets plastiques s’accumulent et polluent l’ensemble des écosystèmes. Comment avons-nous perdu le contrôle de cette invention, pendant un temps synonyme de progrès ?
Les Négociations Internationales et les Divergences d'Intérêts
Les diplomates des 170 pays réunis à Busan (Corée du Sud) fin novembre 2024 pour entériner un traité visant à éliminer la pollution plastique, en réduisant la production à l’échelle mondiale. Les diplomates des 183 pays réunis pendant dix jours à Genève n’ont pas réussi à s’accorder sur les mesures à déployer pour mettre un terme à cette pollution omniprésente.
Pendant ces dix jours de discussion, présidée par l'Équatorien Luis Vayas Valdivieso, aucun accord n'a pu être trouvé. Pour mieux comprendre les raisons de cet échec, Nathalie Gontard, directrice de Recherche à l’INRAE et autrice de Plastique, le grand emballement (Stock), nous explique ce qu'il s'est passé : "Dans ces négociations, il y a des groupes de pays qui s'affrontent et qui défendent différents intérêts."
D’un côté, une centaine de pays dits "de haute ambition", dont ceux de l’Union européenne, partisans d’un traité limitant la production de plastique et s’attaquant à l’ensemble de son cycle de vie. De l’autre, un petit groupe de pays dits "obstructeurs", dont les pays du Golfe, l’Iran et la Russie, producteurs de pétrole et de gaz, qui veulent limiter la portée de ce texte à la seule question de la gestion des déchets et du recyclage.
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"Il y a d'un côté un groupe de pays qui représentent les industries pétrochimiques, donc les pays du Golfe, la Chine, la Russie, etc. qui défendent leurs intérêts économiques et qui ne veulent pas toucher à la production de plastique et bien entendu non plus ni à l'usage. De l'autre côté, on a un groupe de pays dit de la haute ambition, qui est menée par le Rwanda, la Norvège, le Pérou, l'Union européenne, etc. Ils souhaitent que ce futur traité couvre le plastique sur toute sa durée de vie avec une obligation de réduction de la production mondiale et surtout une validation qui est sur la base d'un consensus et non pas d'un vote majoritaire. On se retrouve avec un blocage très important."
Pétrole et Plastique: Une Chaîne Indissociable
Les industries du pétrole et du plastique étant étroitement liées dans la mesure où l'emballage plastique permet le transport. Dans les pays du Nord, pendant très longtemps, les pays producteurs de pétrole transformaient leur pétrole en plastique.
Une pratique toujours d'actualité : "C'est une chaîne qui est très fractionnée. Il y a les extracteurs du pétrole, les industries de la pétrochimie, où le pétrole est transformé en ce que l'on appelle les "larmes de sirène", il y a des fuites et qu'on retrouve sur les plages, lorsqu'il y a des fuites à partir des bateaux qui les transportent. Ensuite, ces "larmes de sirènes" qui ressemblent à des petits grains de riz sont transportées de par le monde, un petit peu partout, pour être transformées en objets. C'est ce qu'on appelle les fabricants de produits finis, il y a de la formulation, de la transformation et tout ça, ça se passe un petit peu partout."
Les Origines et l'Évolution du Plastique
Au 19e siècle, on employait déjà le terme plastique, qui voulait dire simplement le fait qu'une matière se moule et n'a pas de forme prédéfinie. Nathalie Gontard revient sur les origines du plastique : "Le principal avantage du plastique est qu'il se met en forme. On lui donne n'importe quelle forme de façon extrêmement facile. Il suffit de le chauffer, il se ramollit, ensuite, on le met dans un moule, on l'étire, il y a tout un tas de procédés pour cela, et on le laisse refroidir. Ça a constitué un progrès faramineux comparé à tous les autres matériaux qui existaient. Le bois qu'il faut couper, raboter, le tissu qu'il faut tisser, coudre, le métal qu'il faut couper, assembler, etc. Petit à petit ce plastique, non seulement il a remplacé toutes ces matières traditionnelles, mais en plus, il a créé ses propres besoins, ses propres applications. Le plastique continue à créer de nouveaux besoins, comme la fast fashion par exemple, qui est nourrie de fibres synthétiques, ou le fast-food, emportée sous emballage plastique."
L'Impact Sanitaire du Plastique: Un Enjeu Crucial
Alors que plus d’un tiers sa production sert à fabriquer des emballages, les chercheurs et les ONG s’interrogent sur son impact sanitaire. Au contact des aliments, les emballages libèrent des additifs ou des monomères, en particulier quand ils sont chauffés ou stockés trop longtemps. Ces produits chimiques peuvent agir comme des perturbateurs endocriniens et agir sur notre système hormonal.
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En plus, des microplastiques et des nanoplastiques se retrouvent dans les océans, l’air et les sols. Ils contaminent la chaîne alimentaire et peuvent se retrouver dans nos assiettes. On en trouve dans les fruits de mer et le poisson, mais aussi dans plusieurs aliments transformés, dans l’eau en bouteille et l’eau du robinet. Les anciennes canalisations d’eau potable en PVC peuvent relâcher pour leur part du chlorure de vinyle monomère. Une contamination bien connue en Pays de la Loire. Selon une étude du WWF, chaque personne ingérerait ainsi l’équivalent de cinq grammes de microplastiques, soit le poids d’une carte bleue, par semaine.
"Le plastique posera un problème de santé publique probablement majeur dans les années à venir car la contamination de notre environnement avec les microplastiques, les nanoplastiques, devient énorme, du fait de l’augmentation de la production de ces plastiques au niveau mondial et donc du coup, du fait de notre exposition qui va être croissante », alerte toxicologue Xavier Coumoul (Inserm, Université de Paris) dans l’enquête « Ces plastiques qui nous intoxiquent », diffusée mardi 2 février sur France 5.
Le Recyclage: Un Leurre?
Comme le dénonce le livre Recyclage le grand enfumage de Flore Berlingen. Seuls 24% des déchets plastiques ont été recyclés en France en 2019. Dans le monde, c’est moins de 10 %. Les déchets plastiques présents en décharge y resteront pour des milliers d’années, avec les membranes géotextiles censées éviter les fuites de données dans les nappes phréatiques. « On a beau les recycler, les brûler ou les enfouir au fond des décharges, ils ne disparaissent jamais vraiment », alerte Ludivine Favrel.
Plastic Pollution: How Humans are Turning the World into Plastic
Face à ces constats, Ludivine Favrel propose aux consommateurs de réagir et de diminuer sa consommation de plastique, notamment d’emballages. Le reportage montre ainsi une famille qui passe au vrac et commence à fabriquer ses yaourts pour limiter les emballages.
"Plastic Odyssey": Une Mission pour Sensibiliser et Recycler
Partis affronter les mers en 2022, Simon Bernard et Alexandre Dechelotte se sont donnés pour mission de sensibiliser au fléau de la pollution plastique, via l'expédition "Plastic Odyssey" qui rassemble la plus grande communauté de recycleurs de plastiques au monde. Le film documentaire "Plastic Odyssey - Mission Pacifique" suit l'expédition "Plastic Odyssey", menée par deux jeunes français révoltés par les conséquences désastreuses de la pollution plastique sur les océans.
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À bord d'un navire laboratoire, Simon Bernard et Alexandre Dechelotte ont parcouru les mers du monde entier pendant 3 ans, à la rencontre d'entrepreneurs locaux pour les accompagner dans leur démarche de récolte et de recyclage des déchets plastiques. Dans la continuité d'un premier documentaire sorti en 2023 sur Canal+, "Plastic Odyssey - Mission Pacifique" raconte le périple de l'équipage de "Plastic Odyssey", cette fois au cœur du Pacifique.
Dans le deuxième documentaire, "on va carrément voir le plastique sur des îles désertes qui sont complètement coupées du monde, à des jours et des jours de navigation", explique Simon Bernard au micro de "La France bouge". "On en avait entendu parler en 2019 parce qu'une expédition avait tenté de la nettoyer, mais avait échoué", relate le co-fondateur de l'organisation "Plastic Odyssey".
Mais l'équipe a relevé le défi, malgré les difficultés semblant insurmontables. "Il y avait une barrière de corail que personne n'arrivait à franchir avec ces tonnes de déchets". Un obstacle qui n'a pas dissuadé les deux Français. Ces derniers ont trouvé une solution pour le moins originale, en passant... par les airs.
Le mardi 26 novembre 2024 s’est tenu au Busan Cinema Center l’évènement parallèle francophone Un Traité Mondial sur les Plastiques : apports des scientifiques en francophonie co-organisé par Sorbonne Université, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, l’Alliance française de Busan, l’Ambassade de France en République de Corée et la Coalition des Scientifiques pour un Traité Plastique efficace.
Après une ouverture de la soirée par Marie-France Dignac, Directrice de recherche INRAE au sein de l’ Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de Paris (iEES Paris : équipe COMIC du département ECOMECO) à Sorbonne Université, suivie par quelques mots par le directeur du cinéma et par Alexander Mootoo, conseiller politique à l’Ambassade de France en République de Corée, une projection du documentaire « Cher plastique, une histoire d’amour toxique » réalisé par Dorothée Adam s’est déroulée, en français sous-titré en coréen, et avec la présence de spectateurs coréens.
Ce documentaire part à la rencontre de chercheurs, dont certains étaient présents lors de l’évènement, qui traquent avec minutie la pollution plastique et ses effets, en mer comme à terre. Il dresse aussi un état des lieux de la relation ambiguë que nous entretenons avec ce matériau depuis son avènement dans les années 50. Pour rendre compte de ce lien affectif, la réalisatrice a choisi de s’adresser directement à lui, ce « cher plastique », omniprésent mais toxique.
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