Les géants du cinéma fantastique et héroïque, MCU et DC, regorgent de personnages aussi charismatiques les uns que les autres. Souvent, la force est alliée à la beauté dans les nombreux films de super-héros. Ce ne sont pas les superbes actrices qui diront le contraire !
Dans l'univers des super-héros, les femmes ont souvent été représentées de manière stéréotypée. Cependant, avec l'évolution des mentalités et des mouvements féministes, les personnages féminins gagnent en complexité et en profondeur.
Les adaptations filmiques modernes des classiques, comme la Wonder Woman de Gal Gadot, ou le Captain Marvel actuel avec Brie Larson, ont permis l’expression de personnages féminins plus étoffés - Sana Amanat, vice-présidente de Marvel, a d’ailleurs insisté sur la nécessité d’une plus grande diversité des personnages présentés dans les cases comme sur les écrans.
Gal Gadot dans le rôle de Wonder Woman
Les Archétypes et Leurs Évolutions
Les personnages féminins les plus puissants dans leur version comic-book sont souvent les plus maltraités, je suis assez frappé de la fadeur de Tornade, de Rogue ou de Strange-Girl/Phoenix dans les films de la série X-Men, par exemple, malgré les excellentes actrices qui les interprètent.
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Wonder Woman est un personnage très important dans l’histoire de la bande dessinée : son auteur, William Moulton Marston était un psychologue réputé, inventeur d’un test de pression sanguine aujourd’hui encore utilisé pour les détecteurs de mensonge, et un féministe militant qui a créé Wonder Woman dans un but très précis : offrir aux petites filles une héroïne en costume à laquelle s’identifier.
Dans Wonder Woman, la « demoiselle en détresse » est un homme, Steve Trevor, régulièrement ligoté ou évanoui, un peu comme l’adolescent Robin dans Batman, tandis que la princesse amazone possède une force incroyable et est assimilable à une divinité.
Le traitement très plat de Susan Storm dans les deux films récents est d’autant plus navrant que l’actrice qui l’interprète, Jessica Alba, avait donné toute sa mesure comme super-héroïne dans l’excellente série Dark Angel (2000).
C’est d’ailleurs peut-être dans les séries que les super-héroïnes féminines fonctionnent le mieux. L’Emma Peel de la série Chapeau melon et bottes de cuir (un autre « Avengers »), reste une référence du domaine depuis presque cinquante ans.
Exemples de Super-Héroïnes Marquantes
- Black Widow (Natasha Romanoff) : Une experte en arts martiaux sans superpouvoirs, interprétée par Scarlett Johansson.
- Scarlet Witch (Wanda Maximoff) : Une superhéroïne avec des pouvoirs de télékinésie et de contrôle mental.
- She-Hulk (Jennifer Walters) : Une avocate qui se transforme en une héroïne verte dotée de superpouvoirs.
- Gamora : Une guerrière adoptive de Thanos, membre des Gardiens de la Galaxie.
- Peggy Carter : Une agente éminente de la Réserve scientifique stratégique pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le Traitement des Femmes dans les Adaptations Cinématographiques
Dans ses adaptations de récits super-héroïques, le cinéma se montre presque invariablement rétrograde, sinon réactionnaire, vis à vis du statut de la femme, et des histoires de couple en général.
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Dans Spider-man (2002) de Sam Raimi, par exemple, les amours de Peter Parker sont simplifiées au dernier stade : seule Mary Jane Watson compte pour lui alors que dans l’époque du comic-book qui est reprise au cinéma, le jeune homme papillonne et hésite entre Betty Brant, Gwen Stacy et Mary Jane Watson (qu’il épousera finalement), et cela fait même partie des péripéties importantes de la série.
Au cinéma, apparemment, Lara Croft ne saurait exister sans un homme pour lui donner une raison d’être. Dans la série Super Jaimie (1976), la femme bionique avait des ennemis au rabais et, nous expliquait-on de manière peu élégante, coûtait moins cher au gouvernement que son ami L’homme qui valait trois milliards.
Les super-méchantes sont peut-être mieux traitées : Catwoman dans le second Batman de Tim Burton, Mystique ou Emma Frost dans les X-Men.
Dans Babylon A.D., de Mathieu Kassovitz, le personnage d’Aurora, qui personnifie la pureté (bien qu’enceinte de jumeaux, elle est vierge, a vécu toute sa vie dans un couvent, et la mission du héros du film, Toorop, est de la transporter en lui cachant la corruption du monde), était censée se battre à la fin du récit, mais les financiers et les assureurs du film, qui voyaient la production de plus en plus mal engagée, ont eu des doutes au sujet de cette scène, comme le raconte Mélanie Thierry, l’actrice, dans le documentaire Fucking Kassovitz.
Que le doute sur le film entier se traduise par l’idée que la jeune fille pure ne doit surtout pas se battre me semble révélateur.
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J’espère avoir démontré par l’exemple que le problème des super-héroïnes au cinéma, est surtout que les films qu’on leur a dédiés étaient mauvais, mal écrits, et sans doute profondément phallocrates, ou en tout cas n’osant pas traiter les héroïnes comme des personnages puissants et indépendants.
Analyse Féministe des Super-Héroïnes Marvel
Dans Searching for Feminist Superheroes, Samantha Langsdale analyse les représentations féministes dans les comics Marvel à travers les personnages suivants : Spider-Woman, America Chavez, The Unstoppable Wasp et Ironheart.
Langsdale interroge la manière dont certains comics subvertissent les normes dominantes et offrent des représentations plus inclusives. Elle mobilise les philosophies féministes pour déconstruire les normes culturelles et idéologiques et met en avant l’intersectionnalité comme clef d’analyse.
L’ouvrage analyse comment l’origine ethnique, le genre, la sexualité et le handicap influencent les parcours des personnages et leur représentation. L’auteure insiste sur la nécessité de dépasser les stéréotypes souvent véhiculés par le genre super-héroïque, et plaide pour des représentations plus authentiques et nuancées des femmes et des filles dans les comics.
Langsdale va plus loin en proposant la construction d’une « archive » de super-héros féministes, qui constitue une innovation importante. Cet espace ne se limite pas à une collection statique : il se veut un lieu d’échange et de réflexion continue pour chercheurs et fans. Il vise à documenter et analyser la complexité des figures féminines dans les comics.
L’ouvrage met également en avant le pouvoir des récits marginaux : Langsdale montre que les histoires féministes peuvent remettre en cause les normes sociales en créant des personnages qui reflètent la diversité des réalités féminines. Il invite à explorer les marges du genre pour mieux comprendre l’émergence de représentations plus inclusives des femmes.
Voici un aperçu des personnages analysés :
Wonder Woman
| Personnage | Description | Analyse Féministe |
|---|---|---|
| Spider-Woman (Jessica Drew) | Une super-héroïne mère de famille. | Remet en question les normes de genre et offre une représentation féministe de la maternité et de l’identité féminine. |
| America Chavez | Première super-héroïne lesbienne et latina de Marvel. | Rejette l’individualisme et met en avant la solidarité des communautés marginalisées. |
| The Unstoppable Wasp | Valorise la diversité intersectionnelle. | Met en avant des dynamiques de solidarité et d’amitié féministe. |
| Ironheart (Riri Williams) | Une adolescente afro-américaine qui reprend le rôle d’Iron Man. | Intègre les problématiques liées à la justice sociale et à l’afrofuturisme. |
L'Influence des Comics sur la Mode
La fascination de la mode pour les super-héros ne date pas d’hier. En 2008, le MET de New York a consacré une exposition à la puissance des costumes de ces personnages adulés. Intitulée Superhéros: mode et fantaisie, l’exposition montrait comment les créateurs puisaient l"inspiration dans divers personnages de cet univers : figures fantastiques, méchants, femmes de l’ordinaire se transformant en guerrières redoutables.
L’exposition s’attardait plus particulièrement sur la relation entre la mode clin et le corps humain, car les univers de Spiderman, Thor ou Black Widow nous offrent des exemples de transformation du corps par l’habit.
Voici quelques exemples de designers et de collections inspirés par les comics :
- Thierry Mugler : Connu pour sa passion pour les corps athlétiques et son approche provocatrice de la forme et de la coupe.
- Dior (John Galliano) : Le défilé haute couture printemps-été 2001 s'inspire de Wonder Woman.
- Alexander McQueen : Fait souvent référence aux dilemmes moraux des héros et des méchants.
- Jean Paul Gaultier : Montre un intérêt constant pour les éléments des comics, notamment Spiderman.
- Balenciaga (Nicolas Ghesquière) : Catwoman est une figure d’inspiration indétrônable.
- Prada (Miuccia Prada) : S'associe à des dessinatrices de bandes dessinées et de manga pour la collection printemps-été 2018.
La mode s'inspire des super-héros
Conclusion
Les super-héroïnes ont parcouru un long chemin depuis leurs débuts. Elles sont devenues plus complexes, plus diversifiées et plus indépendantes. Leur influence se fait sentir dans la mode, la culture populaire et les mouvements féministes. L'avenir des super-héroïnes est prometteur, avec des représentations de plus en plus nuancées et inclusives.